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  • Macron me fait penser à ma grand-mère catholique

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    Giuseppe Molteni (1838), La Confession, Fondazione Cariplo à Milan

    Je ne sais pas pourquoi… Mais Emmanuel Macron me fait penser à ma grand-mère catholique. Piètre figure de style ! En fait, je sais très bien pourquoi le président de la République française me rappelle mon aïeule apostolique et romaine. Et je me propose de vous narrer la chose.

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  • Islam : la Charte sur un toit brûlant

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    ©Stéphane de Sakutin/AFP

    Ainsi, la Charte des principes de l’islam de France a-t-elle reçu la bénédiction d’Emmanuel Macron. Pour le président français, ce texte représente «un engagement net, clair et précis en faveur de la République». A première vue, cette Charte semble répondre parfaitement aux attentes présidentielles. Mais à y regarder de plus près, ses fondements paraissent fragiles, voire viciés.

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  • Monsieur Macron, ceci n’est pas un référendum !

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    « Ceci n’est pas une pipe », titrait René Magritte au bas de son tableau représentant une bouffarde des plus classiques. « Ceci n’est pas un référendum » est-on tenté d’ajouter à la suite de l’annonce émise par Emmanuel Macron qui veut consulter les Français pour intégrer la défense du climat et la préservation de l’environnement dans l’article 1er de la Constitution.

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  • Islamisme : des trous dans la raquette de Macron

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    En ces temps de Roland-Garros, le président Macron est donc monté au filet pour défendre la laïcité. Mais sa raquette paraît bien trouée. On attendait ce grand discours sur la laïcité tant annoncé, tant promis. Nous avons reçu une allocution uniquement axée sur l’islam, comme si la laïcité se bornait à organiser la société avec une seule confession.

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  • Europe et plan de relance: à quand la démocratie?

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    La communication de Macron est tellement marquée par l’insincérité qu’on en vient à douter lorsque le président français proclame «historique» l’accord sur le plan de relance «covidien» de l’Union européenne. Si le qualificatif est trop galvaudé pour être retenu, ce plan constitue bel et bien une avancée importante vers une structure fédérale. Mais l’essentiel reste à conquérir : la démocratie. 

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  • Poésie à lire et à ouïr- DECONFITEOR !

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    Qui sera pris dans la toile ? / L’homme a un destin de mouche (Gettyimages)
    Retour à l’anormal. L’Europe déconfine à plein tube. La Chine reconfine à plein régime. L’Inde fait les deux en même temps. Entonnons tous ensemble en se frappant la poitrine, le Deconfiteor, version déconfinée et déconfite du Confiteor, prière où le fidèle reconnaît ses fautes. Sauf Macron, heureux d’être lui et fier de son action. Retour à l’animal aussi avec la 12e suite des Tankas covidiens.

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  • Contre le coronavirus, France et Suisse divergent

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    Alain Berset, conseiller fédéral chargé de l'Intérieurcoronavirus, France, Suisse, Macron, Berset

    Le coronavirus affiche-t-il le même la même trogne couronnée en France et en Suisse ? On pourrait en douter tant les mesures prises par les deux pays diffèrent. Le ministre suisse de l’Intérieur, le socialiste Alain Berset, a même brocardé Macron, sans le nommer. Pourquoi cette divergence? Essayons de réfléchir sans chauvinisme de part et d’autre.

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  • Le coronavirus à la mesure de la démesure

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    "C'est le châtiment! Faites pénitence!"

    Le coronavirus est une sorte de shabbat forcé. Autant profiter des restrictions qu’il impose et du calme qui en résulte pour prendre enfin le temps de la réflexion. Cet événement surgirait-il maintenant par un caprice du hasard microbien ? Où serait-il le fruit vénéneux de l’hybris mondialiste? Une mesure à notre démesure ? Et quelles leçons en tirer ?

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  • LAÏCITÉ - LOI DE 1905 : Macron ne désarme pas !

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    «Les promesses rendent les fous joyeux» dit-on à Genève. Macron l’avait affirmé le 18 mars dernier, lors de son grand raout avec les intellectuels : il renonçait à toucher à la Loi de 1905 qui garantit en France la séparation entre l’Etat et les religions. Mais la réformite macronienne et son cuisant prurit l’ont emporté sur l’engagement: le président français va relancer la réforme de cette loi.

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  • La retraite sonnée par Macron relance les syndicats

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    Pour défendre les salariés avec un minimum de savoir-faire et d’expertise, organiser des manifs spectaculaires et sans violence, c’est tout bête, mais au fond rien ne vaut les syndicats ! En France, la première journée de grève et de cortège contre la réforme Macron des retraites en a apporté la démonstration.

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  • Le Sapeur Jupiter au pied du mur du 5-Décembre

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    Le calendrier n’affiche pas encore «5 décembre» que ce jour devient déjà date historique. Il se transforme même en «Mur» au pied duquel Macron se voit contraint une fois de plus de jouer les Sapeurs Jupiter. L’image du mur choisie par les médias pour qualifier la future grève des transports et des enseignants illustre bien l’impasse dans laquelle se trouve la France.

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  • Macron et la marche funèbre de la Ve

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    Faudra-t-il compter les morts pour que Macron prenne la mesure de ce qui commence à devenir une révolution d’un type nouveau, menée sans structure verticale et par maillage horizontal? Compétent pour ramasser le pouvoir, le président français n’a pas eu l’intelligence politique de comprendre que le déficit démocratique de son pays est devenu insupportable (Dessin d'Acé).
    Pathétiques, les rétropédalages que mouline un gouvernement aux abois, avec ses annonces d’annulations de taxes bien trop tardives! Depuis plusieurs semaines, les Gilets Jaunes et le peuple derrière eux sont passés à autre chose qui se résume en deux mots tagués sur l’Arc de Triomphe: «Macron démission».
    Après discussion avec certains d’entre eux, il apparaît que la plupart des Gilets Jaunes se montrent bien conscient qu’une démission ne servirait à rien. A quoi bon remplacer Macron par Marine Le Pen, Wauquiez ou Mélenchon?  Et placer le général Philippe de Villiers à la tête d’un gouvernement musclé? N’est pas Charles de Gaulle qui veut. La France en a soupé, des hommes providentiels! C’est aussi le message que lancent les Gilets Jaunes en renonçant à toute personnalisation de leur mouvement.


    C’est bien une crise profonde des institutions que la France subit actuellement. Ni les formations macrocompatibles ni celles de l’opposition ne veulent l’admettre et s’accrochent aux branches des institutions de la Ve République. Or, elles cèdent sous le poids des ans, ces branches. Ses partisans vantent sa «solidité», sa «souplesse» et la «stabilité gouvernementale» qu’elle permet, notamment en comparaison avec les valses folles des ministères de la IVe République.  Or, un regard rétrospectif démontre que ces qualités sont toutes relatives. Un an après Mai-68, le Général de Gaulle, malgré sa stature historique, a dû démissionner en cours de mandat. Georges Pompidou est mort trop tôt pour tirer leçons de sa présidence. Valéry Giscard d’Estaing n’a pas été réélu. François Mitterrand a été contraint de renoncer à son programme après deux ans passés à l’Elysée; il ne s’est maintenu que grâce à sa défaite aux législatives en 1986, ce qui lui a permis de tenir le rôle de principal opposant. Pendant ses douze ans de pouvoir Jacques Chirac n’a quasiment rien fait de notable, à part la suppression – aujourd’hui fort regrettée – du service militaire et d’autres réformes de peu d’ampleur. Par pure charité, nous ne dirons rien des présidences Sarkorzy et Hollande, leur impéritie parle, si l’on ose dire, à leur place.
    Emmanuel Macron avait pris le pouvoir par un concours de circonstances heureux. Heureux, du moins pour lui, sur le moment. Il a pris ce coup de chance pour un plébiscite qui l’a propulsé sur une orbite jupitérienne. Aujourd’hui, s’il s’effondre encore plus rapidement que ses prédécesseurs, il le doit autant à ses failles personnelles qu’à la faillite des institutions de la Ve République qui ne permettent pas au peuple de s’exprimer sur les sujets qui le concernent en premier lieu.


    Macron face à au prélèvement fiscal à la source


    Si le président Macron voulait laisser une trace autre que celle d’un Jupiter pour farces et attrapes, il devrait préparer les funérailles de la Ve République, plutôt que de multiplier les poses de rustines qui cèdent aussitôt qu’elles sont collées. Car le 1er janvier prochain, on semble l’oublier, sonnera l’entrée en vigueur du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu; il frappera une fois de plus les classes moyennes, grosses pourvoyeuses en Gilets Jaunes. Le président et son gouvernement auront beau multiplier les plans comm’ pour expliquer les avantages de la formule, plus personne ne les écoute et le salarié ne constatera qu’une chose : il percevra encore un peu moins que d’habitude. Bonjour le pouvoir d’achat!
    Dès lors, toutes les initiatives gouvernementales risquent fort de sombrer dans les abysses de la colère, une fois de plus.
    Macron se fait fort de connaître les nouvelles technologies nées des réseaux sociaux. Eh bien, qu’il utilise son savoir pour créer en France un vaste échange d’idées sur ce que pourrait être la future Constitution! Qu’il favorise la création d’espaces de discussion pour faire émerger de nouveaux canaux d’expression populaire. Le but n’est pas de transformer sur-le-champ la France en une Suisse avec démocratie directe à tous les ronds-points, mais au moins de tracer les voies vers une démocratie semi-directe compatible avec l’histoire des Français et leur génie propre.


    Toutefois, il est très peu probable qu’Emmanuel Macron adopte cette stratégie. En écrivant son «Coup d’Etat permanent», François Mitterrand avait dressé le plus implacable des réquisitoires contre la Ve République. Une fois parvenu au faîte du pouvoir, il s’est empressé de se fondre avec délice dans le moule élyséen pour devenir plus gaullien que de Gaulle. Emmanuel Macron, de tempérament autoritaire et persuadé de ses hautes qualités intellectuelles, n’est pas du genre à lâcher son sceptre même si son palais prend eau de toutes parts.
    Jean-Noël Cuénod

  • La salutaire vacance de Monsieur Hulot

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    Devinette macronienne : qu’est-ce qui ressemble le plus à un vieux monde ? Réponse : un nouveau monde. A preuve, la démission de Nicolas Hulot. Comme d’habitude, le président en exercice perd la main après un an de pouvoir. Comme d’habitude, l’écologie gouvernementale en France n’a d’autre utilité que celle d’un dieffenbachia, cette plante d’ornement au feuillage vert pâle.

    Un truc joli, l’écologie, mais dont les gouvernants français – et eux tout particulièrement –  se lassent vite comme ces posters représentant de superbes paysages. Au bout d’un moment, on ne peut plus les voir en peinture, les posters. Alors, on les balance à la poubelle. Comme le disait l’alors président Sarkozy, encore essoufflé par ses efforts déployés lors du Grenelle de l’environnement, « l’écologie, ça commence à bien faire ».

    Aucun président français n’a mené une politique cohérente dans ce domaine qui, à l’évidence, surplombe tous les autres. Le président Chirac avait fait un très beau discours à ce propos : « La maison brûle et nous regardons ailleurs ». Après cet énergique coup de menton, Jacques Chirac a jugé qu’il en avait fait assez pour la cause environnementale et s’est empressé de regarder à nouveau ailleurs.

    Hulot sous le charme du pipeautier virtuose

    Quant à Emmanuel Macron, la sauvegarde de la planète lui est tellement indifférente qu’elle est devenue l’Arlésienne de sa campagne présidentielle. Conscient de cette lacune qui pouvait faire mauvaise effet sur le plan médiatique, le nouveau président a réussi à engager dans son équipe, le seul écologiste à être populaire grâce à la télécratie, Nicolas Hulot. La plante d’ornement était posée bien en évidence sur le devant de la scène.

     Après ses déboires sur le plan politicien avec Les Verts, Hulot en avait sagement conclu que son action serait plus efficace en promouvant l’écologie dans l’espace médiatique plutôt que de s’embourber dans les marais électoralistes. Emmanuel Macron a donc dû user de tout son charme de virtuose du pipeau pour le convaincre d’entrer au sein de son gouvernement. Avec à la clé un de ces titres ronflants qui impressionnent le gogo hexagonal :  Ministre d’Etat – roulez tambour !  – Ministre à la transition écologique – sonnez clairons ! – et solidaire – fermez le ban ! Histoire de montrer combien le président Macron juge importante cette transition écologique.

    Mais le dieffenbachia de l’espèce hulotia ne manque pas d’épines et une belle ligne sur la carte de visite ne suffit pas. Emmanuel Macron l’a su d’emblée en accordant à son Ministre d’Etat une attention soutenue. Tout en lui imposant deux secrétaires d’Etat garde-fous, – Sébastien Lecornu, qui vient de la droite LR, et Brune Poirson, jeune pousse très En Marche –, qui doivent tout au président, rien à leur ministre même d’Etat et dont l’ambition lupine n’est un secret pour personne.

    Ce fut ensuite les arbitrages gouvernementaux souvent perdus par Nicolas Hulot, dont celui concernant le glyphosate. Devant l’impératif des intérêts financiers à court terme, la sauvegarde de la santé des travailleurs agricoles et des consommateurs n’a pas pesé bien lourd. Et l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, abandon voulu par Hulot, n’a pas suffi à faire oublier cette cuisante défaite. On n’éteint pas la « maison qui brûle » avec des pompiers cheminant à « petits pas écologistes ».

    Par conséquent, la présence, hier, de Thierry Coste, lobbyiste en chef de la chasse et des armes, à la conférence entre Macron et les chasseurs n’a été que la goutte de vinaigre qui a fait déborder le vase du dieffenbachia hulotia. En fait, dès son entrée au gouvernement, la question à poser n’était pas « Hulot va-t-il démissionner ? » mais « quand Hulot claquera-t-il la porte ? »

    Hulot plus fort que Macron au petit jeu de la com’

    Nicolas Hulot aurait pu peser plus lourd politiquement s’il avait pu s’appuyer sur un groupe parlementaire. Il aurait eu l’occasion de le créer mais n’a pas tenté l’expérience, faute d’avoir cette fibre politicienne sans laquelle il est impossible de faire de vieux os dans ce panier de crabes. Dès lors, isolé, asphyxié sous les caresses d’Emmanuel Macron, Nicolas Hulot ne disposait pour se défendre que de son fusil à un coup : la démission. Aujourd’hui, l’ex-ministre d’Etat affirme qu’il a pris sa décision comme ça, au débotté, lors d’une émission en direct sur France-Inter.

    En fait, la menace de la démission est d’un usage délicat. En partant trop tôt, vous passez pour un irresponsable ; en partant trop tard, vous perdez votre aura. Hulot est donc parti pile au bon moment. Il peut présenter un bilan honorable tout en prenant les gants de celui qui ne transige pas avec l’essentiel. Tout le monde attendait sa démission mais l’apparente spontanéité de son annonce a pris tout le monde par surprise. Au petit jeu de la communication, Emmanuel Macron aurait-il trouvé son maître ?

    En tout cas, cette démission intervient au pire moment pour le président. Affaibli par les affaires Benalla et Kohler, les mauvais chiffres de la croissance, les annonces d’austérité du premier ministre Edouard Philippe, Macron semble avoir perdu la main et subir cette fatalité qui accable nombre de présidents français après un an de pouvoir.

    Les bienfaits de la démission

    Mais l’essentiel n’est pas là. Cette démission a l’immense mérite de démontrer de façon éclatante l’incapacité foncière de la caste politicienne française, Verts y compris, à envisager sérieusement l’écologie. L’économie, la sécurité sociale, les institutions démocratiques telles que nous les connaissons maintenant ne survivrons pas à la série de cataclysmes qu’annoncent le réchauffement climatique et la destruction croissante de l’environnement. Chacun le sait et le clame. Mais la caste politicienne n’a pas la carrure suffisante pour imposer les conséquences de ce constat sur les puissants groupes de pression du capitalisme financier qui tient dans ses mains l’industrie agro-alimentaire et chimique.

    Toutefois, les politiciens ne sont pas les seuls responsables de cette lamentable impotence. Le peuple y a sa part. Elle n’est pas mince. Contrairement aux citoyens des pays de culture protestante, les Français, pour la plupart, n’ont que peu de goût pour l’écologie, comme leur culte de la bagnole le démontre. La sauvegarde de l’environnement ne surgit en tête de leurs préoccupations que lors de catastrophes majeures, telles celles de Tchernobyl et Fukushima. Mais après quelques semaines, l’intérêt se dégonfle. Le quotidien à court terme reprend vite le dessus. Dès lors, le sujet fait bailler les électeurs et les politiciens ne voient aucun intérêt électoral à prendre le risque de déplaire aux financiers de la pollution, pourvoyeurs de fonds et d’emplois.

    Tant que cette mentalité générale règnera en France et ailleurs, nous continuerons à foncer contre le mur en montant les décibels de l’autoradio.

    Jean-Noël Cuénod

     

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  • Pour ne pas en finir avec l’affaire Benalla

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    Benalla,Macron,Elysée

     La stratégie d’Emmanuel Macron pour conquérir l’Elysée est en train de se retourner contre lui. L’affaire de son chargé de mission en est une illustration. Voilà pourquoi cet épisode risque d’être plus dommageable que ne le laisseraient supposer les faits eux-mêmes.

    «Une tempête dans un verre d’eau». Jeudi, le président français Emmanuel Macron a qualifié ainsi l’affaire Benalla. Les faits sont certes graves : un proche du président affublé d’un brassard et d’un casque de policier moleste sans droit deux manifestants du 1er-Mai à Paris. Et les oppositions parlementaires à la majorité macronienne ont trouvé dans ce calamiteux épisode le moyen d’interrompre une série de succès alignée par le président. D’autant plus que le gouvernement et les collaborateurs directs de Macron ont multiplié les explications oiseuses démenties aussitôt et les faux-fuyants.

    Néanmoins, ni les faits, ni leur utilisation politique, ni les maladresses ne peuvent expliquer qu’ «une tempête dans un verre d’eau» se soit transformée en tsunami estival. Sans doute, faut-il voir dans ce phénomène la contradiction de plus en plus criante entre la stratégie utilisée par le président français pour conquérir le pouvoir et celle qu’il doit concevoir pour l’exercer.

    En lançant sa campagne, le candidat a rejeté d’emblée la structure pyramidale des partis traditionnels : trop lourds, trop verticaux, trop décrédibilisés aux yeux de l’opinion. Il a donc privilégié la structure horizontale en forme de toile d’araignée, Emmanuel Macron en occupant le centre avec un nombre très restreint d’affidés, parmi lesquels Alexandre Benalla qui a réussi à y figurer grâce à son inlassable dévouement dans l’exécution des corvées. Elle se révèle bien pratique, la toile. Au moindre événement, ses réseaux avertissent aussitôt l’Araignée centrale.

    Mais une fois parvenu au pouvoir, le nouveau président doit faire face à un type d’architecture éprouvée par les siècles : la Pyramide républicaine. Il en occupe le sommet, certes mais ne saurait impunément en ignorer les étages : parlement, administration, corps intermédiaires (syndicats, organisations patronales). Faire coïncider l’horizontalité de l’Araignée avec la verticalité de la Pyramide est tout sauf aisé.

    Benalla coincé entre l’Araignée et la Pyramide

    Benalla,Macron,Elysée

    D’autant plus, qu’à l’Elysée, Emmanuel Macron a conservé sa position d’Araignée entourée d’une poignée de proches. En octobre 2017 déjà, un compagnon de route du chef de l’Etat soupirait auprès de deux journalistes du Monde : «Sa garde de petits marquis l’isole et verrouille tout». Dès lors, Macron s’est ingénié à démanteler la séculaire Pyramide, en privant de recettes fiscales les collectivités locales, en affaiblissant le parlement avec son projet de réforme constitutionnelle (projet qui a du plomb dans l’aile depuis l’affaire Benalla) et en contournant les corps intermédiaires, même ceux qui lui sont a priori favorables.

    Ainsi, le secrétaire général de l’importante centrale syndicale CFDT Laurent Berger – qui était prêt à moudre son grain avec le président –  sonne l’alerte dans les médias: «Le président de la République a conscience qu’il représente une forme de centralité (…). Il considère que lui peut tout et que les corps intermédiaires sont des suppléments d’âme qui ne sont pas forcément nécessaires.» En un an, le président s’est donc mis à dos les collectivités locales, les sénateurs, les syndicats. Ce qui fait beaucoup de monde.

    C’est dans ce contexte qu’intervient l’autogoal Benalla. Les Français apprennent qu’un garçon de 26 ans – gendarme réserviste, nanti d’un master de droit (1) et d’une expérience de trois ans dans le service d’ordre du Parti socialiste – donne des ordres à de hauts gradés de la police, participe à l’élaboration de la sécurité présidentielle, est habilité secret-défense, se montre omniprésent auprès du président, proche des proches de l’Araignée centrale, et se substitue à la police pour frapper un manifestant. Il offre ainsi à la Pyramide républicaine l’occasion rêvée pour rappeler à l’ordre le président arachnéen.

    Emmanuel Macron éprouve en même temps les limites de sa toile. Jadis, bien installé au sommet de la Pyramide républicaine, François Mitterrand avait pu, pour se tirer d’embarras, sacrifier son ministre Charles Hernu dans l’affaire du Rainbow Warrior[2]. Aujourd’hui, le président ne peut plus compter sur des fusibles et doit assumer seul sa responsabilité.

    Pour continuer à présider, Macron devra donc tisser sa toile mais au sein de la Pyramide.

    Jean-Noël Cuénod

    Cet article est paru le 29 juillet 2018 dans l’hebdomadaire Le Matin Dimanche sauf les dessins qui illustrent ce blogue, dessins dus au talent de l’artiste Bernard Thomas-Roudeix. A consulter son site http://www.thomas-roudeix.com/

    (2) Selon le quotidien "La Montagne" Alexandre Benalla a fréquenté en 2013 et 2014 l'Université de Clermont-Ferrand en droit où il a décroché un master 1 en sécurité publique mais n'a pas validé son master 2.

     

    [2]Les services français avaient fait couler le 10 juillet 1985 ce navire de Greenpeace provoquant la mort du photographe Fernando Pereira

    Lien permanent Catégories : Politique française 20 commentaires
  • Benalla-Macron ou le syndrome de la maquilleuse

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    Et maintenant, qui va déguster ? (Alexandre Benalla, c’est le barbu avec oreillette).

    Si vous approchez d’une vedette média-lancée, vous avez certainement rencontré dans son entourage des personnages touchés par le syndrome de la maquilleuse. L’affaire Alexandre Benalla démontre qu’il n’y pas que les petites mains cosmétiques à en être affectées. Les gros bras présidentiels peuvent aussi subir ce mal des altitudes.

    Peu d’êtres sont aussi proches d’une star que sa maquilleuse (ou son maquilleur, plus rare). Elle connaît de son visage le moindre point noir. Pas une parcelle de peau n’échappe à son regard. Impossible de lui cacher ces minuscules défauts physiques qui sont la hantise de la Diva (ou du Divo car les célébrités masculines n’échappent pas à ce phénomène). Il n’y a point de grands hommes pour son valet de chambre, disait-on jadis. Il n’y a pas de beauté parfaite pour sa maquilleuse, ajouterait-on aujourd’hui.

    On ne cache pas ses secrets intimes à celle qui connaît le moindre de vos comédons et possède le pouvoir de les occulter. Si la maquilleuse n’ignore rien du corps de la star, elle sait tout, ou presque, de son âme, de ses amours, de ses chagrins, de ses angoisses, de ses espoirs. Elle devient sa confidente. Voilà l’artisane de la houppette nantie d’un statut privilégié qu’elle entend bien faire sentir à celles et ceux qui ont la suspecte intention de prendre langue avec la vedette.

    Durant sa longue carrière journalistique, il est arrivé au Plouc d’affronter cette redoutable garde du corps starifié. Certaines sont des anges dans un nuage de poudre de riz. Mais il arrive parfois que la maquilleuse soit plus imbue d’elle-même que la star, voire encore plus capricieuse. D’ailleurs, la star, c’est un peu elle. C’est même beaucoup elle. Allez, c’est elle, carrément !

    Alors, Alexandre Benalla relève-t-il du même processus ? Tout porte à le croire. Comment ce juvénile militant de La République en marche, un « helper » parmi d’autres au début de l’aventure macronienne, a-t-il pu se hisser à une place ? Les enquêtes l’expliqueront sans doute un jour ou l’autre.

     Dans son cas, deux choses frappent d’emblée : son jeune âge, 26 ans, et sa proximité avec le président Macron. Alors qu’il n’a pas eu le temps d’amasser des expériences dans un domaine si délicat et si complexe, c’est lui qui a organisé le groupe chargé de sécuriser la sphère privée du président et de la première dame. Son titre anodin « adjoint au chef de cabinet » ne traduit pas l’étendue de ses pouvoirs en matière de sécurité. Il côtoyait régulièrement le couple présidentiel, autant lors d’événements publics que familiaux. Il était le Cerbère numéro 1 d’Emmanuel et Brigitte Macron.

    Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que Benalla fût atteint par le syndrome de la maquilleuse. D’autant plus que l’aura de la présidence est en France particulièrement éblouissante et éclabousse les proches de son nimbe. Comment, à 26 ans, garder la tête froide dans ces conditions ? Les dérives du garde du corps étaient inscrites dès son engagement. Ceux qui ont permis et facilité son ascension – et qui n’hésiteront pas à en faire un pestiféré – portent donc la plus lourde part de responsabilité.

    Pour éviter le syndrome de la maquilleuse, il n’existe aucun vaccin. Seulement du bon sens. Mais dans la geste macronienne, le bon sens, ça fait vieux monde.

    Jean-Noël Cuénod

    VIDEO : AUDITION INTEGRALE DU PREFET DE POLICE MICHEL DELPUECH

  • Macron s’encouble sur le tapis de la migration

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    S’encoubler… Voilà un verbe tiré de l’arpitan[1]qu’Emmanuel Macron ferait bien d’intégrer dans sa nov’langue. Il signifie: se prendre les pieds dans quelque chose qui se trouve par terre. Alors que le président français se rend aujourd’hui à Bruxelles pour le sommet européen sur la migration, il s’est donc encoublé dans sa stratégie du «en même temps». 

    Ni à gauche ni à droite, les deux en même temps… Macron est parvenu à l’Elysée grâce à cette démarche chaloupée et oxymorique. Il a donc voulu la reprendre pour tenter de gérer l’ingérable question des migrants. Ingérable, dans la mesure où la réalité est estompée par les fumées âcre et épaisse des fantasmes de tous ordres, voire de tous désordres.

    A gauche : j’incrimine l’extrême droite au pouvoir en Italie en traitant le nouveau gouvernement transalpin d’ «irresponsable» et de «cynique» après son refus d’accueillir les réfugiés embarqués dans le bateau Aquarius. A droite : je jette l’opprobre sur l’ONG allemande Lifelineen l’accusant «de faire le jeu des passeurs» et en concluant ainsi ma diatribe : «C’est d’un cynisme absolu!»

    Permettez cet aparté: Macron utilise le même qualificatif insultant – «cynique»! – pour fustiger le gouvernement italien et l’ONG allemande. Le président français maîtrise trop son verbe pour que cet emploi soit dû au hasard ou à la pauvreté lexicale. Emmanuel Macron n’est pas Nicolas Sarkozy. Il s’agit donc bien de renvoyer dos-à-dos l’extrême droite italienne qui rejette les réfugiés et l’organisation humanitaire qui vient à leur secours. L’objectif : se placer au centre, comme figure morale (salut la gauche) et rationnelle (bonjour la droite). Cela dit, on peut se demander si cette démarche n’est pas, elle aussi, cynique !

    Mais en faisant l’habile, le président jupitérien s’est encoublé dans ses foudres. Le démagogiste Matteo Salvini, ministre ligard de l’Intérieur, n’a eu aucune peine pour lui répliquer que l’Italie avait accueilli bien plus de migrants que la France. Paris est d’autant plus mal placé pour faire la leçon que l’extrême droite transalpine a été portée au pouvoir, en grande partie à cause du manque de solidarité des pays européens (exceptée l’Allemagne) dans la prise en charge des migrants échoués sur les rives italiennes.

    De l’autre côté, la réplique de l’ONG aux accusations d’Emmanuel Macron est tout aussi cinglante : «Aurions-nous dû laisser se noyer les migrants?» A cynique, cynique et demi.

    Emmanuel Macron veut défendre le droit d’asile tout en verrouillant énergiquement ses frontières. Un choix aussi ambigu n’aurait été soutenable que s’il était accompagné d’explications détaillées et sereines. Le président aurait alors pu se hisser à la position de patron de l’Europe qu’il convoite depuis l’effacement d’Angela Merkel. Au lieu de cela, par ses fulminations intempestives et ses coups de menton à contretemps, il s’est mis à dos à la fois la partie humaniste des peuples européens et les tenants de la fermeture des frontières nationales. Un beau chenit comme l’on dit aussi en arpitan !

    Jean-Noël Cuénod

    [1]Langue originelle de type francoprovençal, propre à la Suisse romande, à la Savoie et au Val d’Aoste

  • La leçon de Kim Jong-un à Emmanuel Macron

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    Qui aurait dit qu’un jour le dictateur le plus méprisé de la planète – pourtant, la concurrence est vive – serait considéré par le président de la première puissance mondiale comme un interlocuteur à caresser dans le sens de la brosse chevelue ? Comme un chef d’Etat si important que le dit président doit se déplacer à ses portes pour parler avec lui, d’homme à homme ?

    A Singapour, Kim Jong-un apparaît comme le grand vainqueur du bras de fer que le tyran nord-coréen avait initié contre Donald Trump dès l’élection de ce dernier. Promenade en duo, secouage de raquettes présidentielles, pose en commun devant la postérité, c’est tout juste si Trump et Kim ne se sont pas précipités dans un french kiss fougueux, tels jadis les camarades Brejnev-Honecker. Kim Jong-un a donc réalisé l’inaccessible rêve de son grand-père et de son père : que la bolcho-dynastie soit reconnue comme partenaire à part entière par Washington.

    Et pour obtenir ce résultat, la Brosse Infernale n’a pas eu besoin de signer un acte de contrition. La déclaration d’intention paraphée par Trump et Kim n’engage à rien et relève, même écrite, de la parole verbale. La voici :

    • Les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée s’engagent à établir de nouvelles relations E.-U. – RPDC, conformément à la volonté de paix et de prospérité des peuples des deux pays.
    • Les Etats-Unis et la RPDC associeront leurs efforts pour bâtir un régime de paix durable et stable dans la péninsule coréenne.
    • Réaffirmant la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, la RPDC s’engage à travailler à une complète dénucléarisation de la péninsule coréenne.
    • Les Etats-Unis et la RPDC s’engagent à restituer les restes des prisonniers de guerre et des portés disparus au combat, avec un rapatriement immédiat de ceux déjà identifiés.

    Aucun calendrier, aucune contrainte. Trump adopte vis-à-vis du nucléaire Coréen l’attitude inverse que celle qu’il a opposée à l’endroit du nucléaire iranien. Et voilà le pire des régimes, celui des Kim, blanchi gratuitement par la Maison de même couleur.

    Quel contraste avec le sort réservé par Donald aux chefs d’Etat du G7 : Emmanuel Macron, Justin Trudeau, Angela Merkel traités comme des valets de ranch, tout juste bons à recevoir des volées de coups de pieds aux fesses entre deux bordées d’injures !

     A cet égard, le président français ferait bien de prendre leçon sur le sanguinaire hérisson replet qui règne sur Pyongyang. Lorsque Trump a poussé sa trogne sur le devant de la scène internationale, Emmanuel Macron a cru bon lui réserver un accueil triomphal. Puis, en avril dernier, juste avant que les Etats-Unis se retirent de l’accord nucléaire avec l’Iran, Jupiter avait désamorcé sa foudre pour se faire tout miel et oindre de flatteries, de protestations d’amitiés et autres onguents onctueux l’ours à la tignasse jaune.

    Dans l’esprit de Macron – si tant est que l’on puisse s’y glisser – ces jolies manières devaient inciter Trump à ne pas oublier qu’il avait ses fidèles alliés en Europe et qu’il serait du meilleur goût de les ménager ; qu’il se retire progressivement de l’accord iranien mais sans que cela nuise à l’Europe.

     Ces sucreries diplomatiques ont donc fait sur le président américain l’effet inverse. Il les a considérées comme autant de marques de faiblesse, provoquant chez lui une réaction de mépris vis-à-vis de ce frenchie aux manières chantournées de petit marquis parfumé. Rien de tel que les rudes bourrades entre vrais mecs dans les vapeurs du fumier.

    Lorsqu’un porteur de bottes texanes rencontre un chausseur d’escarpins, on sait vite lequel des deux va boiter.

    Kim Jong-un a pris le parti opposé. Provocation sur provocation. Et que je te menace d’envoyer des missiles nucléaires sur l’ile américaine de Guam. Et que je te traite Trump de « gâteux mentalement dérangé » (à Pyongyang, on ne craint pas le pléonasme), de « vieux fou », de « gangster », de « fripouille ». Tout heureux de trouver enfin un gus à sa mesure, Trump s’est mis en duo avec la Brosse Infernale : « Rocket man », « petit gros affameur de son peuple », « attend voir que je te balance ma big bombe pour t’éclater ». La température ayant grimpé juste là où il fallait, les duettistes ont pu changer d’octave : « Maintenant qu’on s’est bien engueulés, causons ».

    Trump et Kim ne connaissent qu’une chose, le rapport de force dans toute sa brutalité. Ils sont donc faits pour s’entendre. La Brosse Infernale a bien jaugé son adversaire-partenaire. Il n’aime pas les petits Mickey tout faibles, Donald. Il apprécie qu’on lui résiste, ça le met en valeur, bien plus que de faire des ronds de jambes devant les costumes Smuggler ou, pis, les tailleurs Chanel. Et même, ça le rassure ; il se trouve en terrain plus adapté à sa démesure. Après tout, le monde impitoyable des dealers immobiliers est-il si différent de celui des propriétaires de la Corée du Nord, mis à part les exécutions de ministre au tir de missile ?

    Emmanuel Macron est un tueur aux yeux bleus, mais à l’échelle de la politique française seulement. Pour s’imposer dans les rapports de force mondiaux, la ruse et les coups de billard à trois bandes ne suffisent pas. Il faut encore faire l’apprentissage de la brutalité. Monsieur Macron, il faudra chausser vos bottes texanes. Point besoin de les cirer.

    Jean-Noël Cuénod

  • Macron est-il soluble dans le mouvement social ?

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    Hasard du calendrier, la première confrontation entre les syndicats et le président Emmanuel Macron s’est déroulée, jour pour jour, 50 ans après la création du Mouvement du 22 Mars lancé en 1968 par Daniel Cohn-Bendit à Nanterre et qui allait bouter le feu à la France deux mois plus tard. Mais la comparaison s’arrête là; entre la France d’alors et celle d’aujourd’hui, il n’y a guère de points communs.

    L’actuel mouvement aurait plutôt comme modèle les grandes grèves de décembre 1995 qui avaient contraint le gouvernement Juppé à retirer ses réformes concernant les retraites, les statuts de la fonction publique et la remise en cause des régimes spéciaux dont, déjà, celui des cheminots. Autant de motifs de protestation qui ressemblent un peu à ceux d’aujourd’hui, à savoir l’arrêt des réformes que veut faire adopter le président Macron à marche forcée.

    Toutefois, même avec les grèves de 1995, la comparaison atteint très vite ses limites. A l’époque, le mouvement était soutenu par la majorité de l’opinion publique française qui avait, en quelque sorte, délégué aux cheminots l’expression de la protestation générale. Or aujourd’hui, 58% des Français jugent injustifiable la grève du rail, selon Opinion Way. Certes, rien n’est plus volatil qu’un sondage. Toutefois, Emmanuel Macron a fort habilement agité le chiffon rouge de la fin du statut spécial des cheminots, pour mieux le désamorcer en conservant ce statut pour les actuels salariés, tout en faisant oublier l’essentiel, à savoir la transformation de la SNCF en société anonyme. Pour l’instant, la future SA restera en mains de l’Etat. Mais ce nouveau statut juridique rend possible la privatisation du rail dont on sait les effets néfastes qu’elle a eu en Grande-Bretagne.

    Le rêve de Macron

    Mais l’offensive Macron ne s’attaque pas seulement au transport ferroviaire, loin de là.

    Le but de l’Elysée est clairement fixé:  insérer la France dans le capitalisme financier globalisé qui domine la planète. Après avoir réformé par ordonnance le Code du Travail, l’automne dernier, sans que les syndicats soient parvenus à l’en empêcher, Emmanuel Macron passe donc à la vitesse supérieure en demeurant fidèle à sa tactique : on écoute les uns et les autres, on leur concède quelques modifications à la marge, on ne cède rien sur l’essentiel et on lance la réforme par ordonnance afin d’accélérer le processus législatif.

    Aujourd’hui, les réformes de Macron vont plus loin que celle du Code du Travail. Outre le rail, la fonction publique en général est visée: rénovation du statut de fonctionnaire, recours accrus aux employés sur contrat et rémunération au mérite.

     Macron joue maintenant son avenir. S’il parvient à passer le cap de l’opposition syndicale, un boulevard s’ouvrira devant lui et il pourra se vanter d’avoir réussi à imposer des réformes de fond alors que pendant des décennies ses prédécesseurs s’en sont montrés incapables. Il aura transformé la France selon ses vœux et conformément à ses promesses de campagne. En revanche, si la mobilisation sociale prend de l’ampleur, cet élan sera brisé et le quinquennat risque alors de sombrer, comme les précédents, dans l’impotence.

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    Que Macron gagne ou perde, ce ne sera pas la joie…

    Dans les deux cas, le résultat risque d’avoir un goût amer pour la plupart des Français. Si Macron gagne, ce pays sera livré – avec des capacités d’autodéfense fortement amoindries – au capitalisme financier globalisé avec son cortège de gestion inhumaine des ressources humaines, sa course au profit, la lutte de tous contre tous et l’individualisme aliénant.

    Si Macron perd, tout son système s’effondre et il n’y a aucune force à gauche ou au centre crédible pour reprendre la main. Face au désordre généralisé qui risque de s’instaurer, la droite la plus réactionnaire, la plus nationaliste, la plus xénophobe pourrait alors s’imposer en instaurant un régime autoritaire qui, soit finirait par se plier aux exigences du capitalisme financier globalisé tout en maintenant la rigidité des mœurs et le racisme anti-immigré, soit imposerait des solutions de replis nationaliste et protectionniste qui rendrait la situation encore plus insupportable socialement et économiquement.

    Dès lors, l’émergence d’une nouvelle force démocratique, qui n’est pas encore apparue, ne relève plus de l’espoir mais de l’urgence.

    Jean-Noël Cuénod

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  • A la langue corse, Macron préfère le franglais

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    Alors que le président français refuse de donner un statut de co-officialité à la langue corse, même dans l’île où elle est parlée, sa présidence est marquée, à la fois par l’usage intense du franglais et la résurgence de mots français tombés en désuétude. Le pouvoir passe par un jeu de langues (Photo: Emmanuel Macron pendant son discours en Corse).

    Pour expliquer son refus, Emmanuel Macron a fulminé cet argument jupitérien et bien dans sa ligne jacobine : « Dans la République française, il y a une seule langue officielle, le français ». Circulez, il n’y a rien à entendre ! Pourtant, la publication des actes officiels à la fois en français et en corse, dans la seule Ile de Beauté, n’empêcherait nullement notre langue de rester celle de la République. A cela, Macronpiter répliquerait sans doute qu’en octroyant cette modeste concession aux Corses, il devrait aussi satisfaire les revendications similaires des Bretons, des Alsaciens, des Occitans, des Savoyards. Et alors ? La langue du grand Molière disparaîtrait-elle si les textes officiels étaient publiés en français et en breton à Rennes, en français et en occitan à Toulouse, en français et en alsacien à Strasbourg, en français et en arpitan à Annecy ? De toute évidence, non. La Suisse connaît quatre langues officielles. Ni le français, ni l’allemand, ni l’italien pâtissent de cette situation, au contraire. Quant au romanche, son statut de co-officialité l’a peut-être sauvé de sa disparition, ce qui aurait été malheureux pour la richesse culturelle de la Suisse.         

    « La langue a été le premier sédiment de la France, il est indispensable que nous gardions ce qui nous a fait » a proclamé Emmanuel Macron en Corse. Le français serait-il un sédiment si fragile qu’il serait pulvérisé en cas de co-officialité régionale ? C’est faire peu de cas de son capital culturel, incomparable par rapport aux langues régionales de la République. Notre langue resterait de toute façon prépondérante ; la France serait même perçue comme plus proche des populations qui forment ses marches.

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    Macron l’oxymore

     Mais justement, cette proximité, le président semble la fuir. C’est sans doute l’un des ressorts qui motive sa décision concernant la Corse. A défaut qu’elle soit rare comme il en avait fait la promesse hâtive, la parole de Macronpiter reste distante. Le président déteste les collectivités territoriales qui s’interposent entre lui et « son » peuple, comme le démontre le triste sort fiscal qu’il leur a réservé et la condescendance dont il ne manque pas de faire preuve à l’égard de ces élus de la bouse. En cela, ce faux moderne reprend les vieilles habitudes de la Ve République. Paris doit garder la main sur les gueux, sinon, voyez-vous, c’est la chienlit comme le dirait de Gaulle. Autoriser la publication en Corse des textes officiels dans les deux langues, c’est céder un peu de pouvoir symbolique. Et ce peu-là est encore de trop.

    Ce président, qui manie l’oxymore comme Poutine sa crosse de hockey, n’en est pas à une contradiction près. Vétilleux pour conserver la primauté absolue du français en Corse, il laisse grande ouverte la porte de la France à l’anglais et au franglais. Les correspondants étrangers – y compris les francophones – reçoivent des communications ministérielles en anglais ; les grands groupes français en font de même ; les ondes nous gavent les oreilles de chansons américaines et britanniques et même nombre de chanteurs de rock français éructent leurs borborygmes en émettant des sons anglomaniaques. Si la langue française est menacée, ce n’est certes pas par le corse !

    Quant au franglais, c’est la novlangue du macronisme. Au soir du premier tour de l’élection présidentielle, Le Plouc avait assisté, Porte de Versailles, à la soirée organisée par les Macron’s. D’emblée, il fut pris en charge par des « helpers » qui en référaient à leur « boss », voire à leur CEO pour répondre à ses questions, alors que d’autres peaufinaient le « show » avec la « team ambiance ». Heureusement, pour mettre en liens les « process », « helpers » et « boss » recouraient à des « call conf ». Une vraie « strartup ». D’ailleurs, c’est la formule-clé de Macron : « Faire de la France une startup. »

    Le franglais est aussi une arme de pouvoir pour Macron. En l’imposant à son mouvement, il cherche à le répandre à l’ensemble de la France afin d’accélérer l’insertion du pays dans l’économie globale de l’hypercapitalisme. D’où ce parler globish, devenu le patois de la République En Marche.

    Mais le « boss », pardon, le président ne doit pas parler comme le vulgaire pékin qui milite pour lui. Emmanuel Macron – dont la culture est authentique et non haute en toc – sait tisser ses discours sur la trame de l’élégance française. Le président doit montrer qu’il est plus éduqué, plus intelligent que ses troupes et que ses interlocuteurs, heureux mortels qui reçoivent le don de sa Parole. Il utilise même des mots tombés en désuétude – perlimpinpin, galimatias etc. ; dans sa bouche, ils prennent une nouvelle vigueur. Macron s’est mis à l’école du général de Gaulle qui mobilisait d’anciennes formules, lesquelles, par leur sonorité et leur étrangeté, marquaient durablement les esprits. Cinquante-sept après, « le quarteron de généraux en retraite » qualifie toujours les auteurs du putsch d’Alger. Le « volapük » ou « la hargne, la grogne et la rogne » sont autant d’expressions qui flottent encore dans la mémoire des plus vieux.

    Le corse banni de l’officialité, la grande ouverture anglomaniaque et le français châtié font partie intégrante de la stratégie macronienne. Au début, était le Verbe. Après Jupiter, Jéhovah. Carrément !

    Jean-Noël Cuénod

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  • Pourquoi tant d’amour en politique ? (+Vidéo)

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     Embrassade entre Brejnev et le patron de l'Allemagne de l'Est Honecker. La guerre n'était pas froide pour tout le monde.

    C’est devenu un tic et même un média-tic. Chaque fois que le sujet de l’Europe est abordé, les médias hexagonaux glorifient le « couple franco-allemand ». A l’issue du discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne, les débordements conjugaux gaulo-teutons n’ont pas manqué d’envahir gazettes, numériques ou non, boites à babil et étranges lucarnes[1]. Mais pourquoi tant d’amour en politique ?

    Cette passion française pour le voisin germanique n’est d’ailleurs guère partagée. A l’image du couple, les médias d’outre-Rhin préfèrent celle du « moteur franco-allemand ». Mercédès plutôt que Pénélope.

    La Françallemagne n’est pas le seul domaine qui voit fleurir les métaphores amoureuses. Dès qu’un président français entretient de bonnes relations avec un autre chef d’Etat, la sphère politico-médiatique évoque aussitôt un « flirt » (moult télés et radios ont même parlé d’un « flirt entre Macron et Trump », c’est dire si la métaphore est filée dans ses derniers retranchements !) ; une « idylle, si le « flirt » devient plus poussé ; voire des « fiançailles » si l’« idylle » est en voie de d’être consommée. Et si elle est consumée ? Eh bien, les gazettes déploreront le « désamour » qui commence à s’installer entre les deux pays et craindront une « rupture » et même un « divorce » ! Sortez vos mouchoirs… Mais rassurons-nous d’emblée car, les mœurs évoluant, les « ménages à trois » deviennent plus fréquents, à l’instar de ce titre du Monde : « La Chine et la France dans un ménage à trois avec l’Afrique ». La polygamie et la polyandrie ne sont pas loin.

    Il fut un temps où ce genre de clichés cucul-la-praline était l’objet d’une traque impitoyable de la part des correcteurs. Aujourd’hui, ces derniers sont de moins en moins nombreux, quand ils n’ont pas disparu. Hélas ! Mais ce phénomène n’explique pas à lui seul cette fâcheuse tendance à ramener les débats politiques sur le terrain de l’affectivité et des relations conjugales ou extraconjugales. Comme si la politique devait rester claquemurée dans les alcôves et chambres à coucher.

    Je vois d’ici les machos piétiner sur leurs gros sabots et mettre ce sentimentalisme journalistique sur le compte de la féminisation de la profession. Rien n’est plus faux ; les hommes se montrent tout aussi prompts que leurs consœurs à nous servir du sirop de mièvrerie. Ce n’est pas une affaire de genres mais plutôt de formation et, surtout, de climat idéologique.

    L’amour sorcier du pouvoir

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    Jadis, les journalistes venaient des horizons les plus divers. Certains sortaient des facs de lettres, de droit, d’économie, ou même de théologie, voire de professions aussi variées que la comptabilité, les assurances etc. D’autres provenaient de la filière des typos. Chacun arrivait donc avec son bagage particulier pour accomplir son stage et disposait des résistances naturelles pour éviter le formatage. Aujourd’hui, une grande partie des journalistes, voire la majorité, s’est coulée directement dans le moule des écoles professionnelles, sans avoir disposé de ce temps d’expériences d’adulte hors de la sphère des médias. D’où risques accrus de formatage qui induit les uns et les autres à se copier.

    Cela dit, des causes plus profondes expliquent sans doute cette omniprésence de la métaphore sentimentale. Elle permet de distraire les citoyens en posant un voile de mariée sur la réalité des rapports de force politiques. Chaque époque à ses contradictions. La nôtre consiste à mettre en scène la violence et à prôner l’euphémisme consensuel dès que le pouvoir est en jeu. La violence développe un aspect hypnotique qui est utilisé par la publicité pour faire tourner la machine commerciale. Mais dès qu’il s’agit d’interventions sur le terrain politique, la violence doit retourner à la niche, de peur qu’elle embrase toute la société. D’où la tentation de dédramatiser les jeux de pouvoirs en les érotisant. Dans cet exercice, la France semble mieux armée, de par sa longue culture courtoise, que d’autres sociétés plus rugueuses. La métaphore sentimentale en politique permet donc de contenir la violence sous-jacente dès qu’il s’agit de rapports de force.

     Mais elle peut aussi aller à fin opposée. La sphère médiatique, en réduisant tout à la sentimentalité, risque d’attirer le contraire de celle-ci, la haine. Le tout est donc de faire preuve de mesure en disant les choses telles qu’elles sont, sans chichi. Evidemment, ce n’est pas très sexy.

    Jean-Noël Cuénod

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    Et un petit coup de « Foule sentimentale » pour la route !

     

    [1] Hommage à l’inventeur des deux dernières formules, l’ancien directeur du Canard Enchaîné, feu Roger Fressoz, alias André Ribaud, inoubliable rédacteur de la chronique des années gaulliennes, « La Cour ».