Politique française

  • Horreur, Castex a un accent !

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    Il paraît que le nouveau premier ministre français est un homme de terrain. De terrain de rugby, en tout cas.

    La nomination de Jean Castex comme premier ministre a laissé pantois nombre de médiacrates, volaille qui voletait dans la basse-cour élyséenne en caquetant : inconnu au bataillon, ce type ! D’où sort-il ? Et puis, vous avez entendu son accent ? Incroyable ! Un chef du gouvernement avec un accent ! Et un accent gersois ou pyrénéen, en plus ! Peut-on concevoir chose pareille ?

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  • Les Verts vont en voir de toutes les couleurs

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    Tableau d'Albert Bierstadt

    L’ennui avec les vagues, même vertes, c’est le reflux. Il est indéniable que le parti écologiste EE-LV a triomphé aux municipales françaises avec des trophées comme Lyon, Strasbourg, Besançon et un doublé comme à Grenoble. La fibre écologiste a éprouvé mille peines à tisser ses brins outre-Jura mais elle semble désormais bien branchée. Toutefois, les Verts vont en voir de toutes les couleurs.

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  • Loi Avia : les censeurs censurés

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    Clin d'oeil du regretté dessinateur suisse Mix & Remix, alias Philippe Becquelin

    Il arrive que tombent les masques, même en ces temps tristement covidiens! Par exemple celui que la majorité macronienne de l’Assemblée nationale française a voulu imposer à la liberté d’expression. La Loi Avia « contre les contenus haineux sur internet » a été amputée de tous ses éléments répressifs et liberticides par le Conseil Constitutionnel qui a diffusé cette décision, hier[1].

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  • Covid–19 : la Ve République à bout de souffle

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    ©Bernard Thomas-Roudeix

    Après quelque trois mois de gestion de la «crise Covid–19», l’heure des comptes a sonné. C’est plutôt celle des mécomptes qui va retentir aux oreilles du président Macron dans la mesure où cafouillage et rétropédalage constituent le moteur à explosions multiples et contradictoires de son gouvernement. Au-delà de ces défaillances, c’est la Ve République qui souffre d’insuffisance respiratoire.

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  • Contre le coronavirus, France et Suisse divergent

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    Alain Berset, conseiller fédéral chargé de l'Intérieurcoronavirus, France, Suisse, Macron, Berset

    Le coronavirus affiche-t-il le même la même trogne couronnée en France et en Suisse ? On pourrait en douter tant les mesures prises par les deux pays diffèrent. Le ministre suisse de l’Intérieur, le socialiste Alain Berset, a même brocardé Macron, sans le nommer. Pourquoi cette divergence? Essayons de réfléchir sans chauvinisme de part et d’autre.

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  • L’insoutenable légèreté de Benjamin Griveaux

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    On peut toujours compter sur des Russes pour animer les campagnes électorales en Occident ! Vous avez aimé le piratage des élections américaines par les services moscovites…Vous allez adorer les vidéos compromettantes diffusées par le réfugié russe à Paris Piotr Pavlenski, causes de la chute de Benjamin Griveaux. Le député macronien a retiré sa candidature à la mairie de Paris.

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  • Edouard Philippe, à quoi peut-il bien servir?

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    Quatorze mois de giletjaunisse, record battu de la plus longue grève des transports en France, réforme des retraites placée sous le signe de l’amateurisme, avalanche de crises non résolues, notamment dans le secteur de la santé en pleine perdition…Mais à quoi peut bien servir Edouard Philippe ? Eh bien, pas même de fusible !

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  • Les retraites laissent la gauche française sans voix

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    Pour Yannick Jadot, la réforme des retraites, ce ne devrait pourtant pas être de la petite bière!

    Il faut bien tendre l’oreille pour percevoir ce que la gauche française propose en matière de réforme des retraites. Elle a participé au cortège du 5 décembre, certes. Mais elle ne brille pas par ses propositions. La timidité des Verts est à cet égard, disons, éloquente.

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  • Le Sapeur Jupiter au pied du mur du 5-Décembre

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    Le calendrier n’affiche pas encore «5 décembre» que ce jour devient déjà date historique. Il se transforme même en «Mur» au pied duquel Macron se voit contraint une fois de plus de jouer les Sapeurs Jupiter. L’image du mur choisie par les médias pour qualifier la future grève des transports et des enseignants illustre bien l’impasse dans laquelle se trouve la France.

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  • Jacques Chirac, l’homme qui aimait les gens

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    Exemple de longévité sous les ors de la République, l’ancien président français incarnait toutes les contradictions de son pays.

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  • De Rugy ou la déconnexion du homard

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    Que serait la politique en France sans ces scandales qui associent luxe et pouvoirs ? Avec la régularité d’une pendule neuchâteloise et la constance des marées océanes, ils reviennent sur le tapis de soie, avec à chaque fois un signe emblématique pour les distinguer.

    Il y avait Chirac et ses frais de bouche, Sarkozy et ses Rolex, Fillon et ses costards, Aquilino Morelle (conseiller de l’alors président Hollande) et son cireur de pompes faites sur mesure. Il vient d’y avoir François de Rugy et son homard fatal.

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  • Voter Parti animaliste, est-ce bête ?

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    C’est la petite surprise des Européennes en France. Le Parti animaliste a recueilli près d’un demi-million de voix (2,2%) malgré le silence des médias. Sa liste fait jeu égal avec celle du Parti communiste et en surpasse d’autres qui ont bénéficié d’une meilleure couverture médiatique. De nombreux  «partis frères» de la planète défendent la même cause. Le vote animaliste, pas si bête que ça?

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  • Européennes : Macron perd et rafle la mise

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    Le Rassemblement national arrive donc en tête des listes françaises pour le Parlement européen. Mais il recule par rapport en 2014 et, surtout, sa patronne Marine Le Pen fait beaucoup moins bien que la Lega  de Mario Salvini, son rival nationaliste. Le Capo dei Capi  des xénophobes européens, ce sera lui. Quant à Macron, il perd son pari de devancer RN. Mais rafle quand même la mise.

     

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  • Glucksmann et Bellamy :têtes pensantes et têtes de liste. Incompatible?

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    François-Xavier Bellamy, à droite (mais à gauche sur la photo!) et Raphaël Glucksmann, à gauche, (et donc le portrait à droite!) les penseurs français redonnent de la voix dans le débat politique de leur pays, avec des fortunes diverses. Mais c’est fou ce qu’ils ressemblent à leurs concurrents !

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  • A quand la Révolution ?

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    (Le grand saut dans le vide du peintre Yves Klein)coulisse-saut-vide-klein-01.jpg

    Où que l’on porte son regard sur les paysages politiques de la planète, c’est le vide. Voilà qui n’est pas pour rien dans la déprime générale qui accable les peuples.

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  • Emmanuel Macron, la déception programmée

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    Macron a élevé le vide bourratif au rang de philosophie politique, lors de sa conférence de presse de jeudi. Bourratif, car il a enfourné dans les oreilles médiatiques les mesures les plus hétéroclites, vide, car elles sont sans substances, puisqu’il appartient désormais au gouvernement de se dépatouiller pour leur donner corps. Jupiter, lui, s’en va bouder sur son Olympe.

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  • Quatre Français sur dix espèrent la révolution

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    Depuis la crise des Gilets Jaunes, les Français ont la tête près du bonnet phrygien. Un récent sondage IFOP diffusé par le site libéral Atlantico le confirme : 39% d’entre eux estiment que la révolution est le meilleur moyen pour changer la situation que traverse actuellement l’Hexagone.

    L’intérêt particulier de ce sondage réside dans le fait qu’une batterie de questions relatives aux sentiments des citoyens vis-à-vis de leurs dirigeants a été posée, non seulement en France mais aussi dans cinq autres Etats européens : Allemagne, Autriche, Italie, Espagne et Pologne (cliquez ici pour obtenir ce sondage en entier). La comparaison est donc aisée: la France est le seul pays à souhaiter l’émergence d’une vague révolutionnaire. Les autres Européens se montrent nettement moins enthousiasmés par l’arrivée du Grand Soir. L’option révolutionnaire est choisie par 20% des Allemands, 14% des Autrichiens, 13% des Espagnols, 28% des Italiens et 14% des Polonais.

    L’option réformiste pour changer les choses est plébiscitée par 81% des Polonais et 79% des Espagnols, largement approuvée par 60% des Italiens, 62% des Autrichiens et 57% des Allemands. En revanche, elle n’est espérée que par 50% des Français.

    Une révolution aux couleurs indécises

    440px-Revolution_Nationale_propaganda_poster.jpgIl reste à déterminer la couleur politique que pourrait prendre cette révolution hexagonale. Et là, tout se complique : 67% des électeurs prêts à voter France Insoumise (extrême gauche) aux prochaines élections européennes et 71% de ceux qui choisiront la liste Rassemblement National (extrême droite) adoptent l’option révolutionnaire. Difficile de trouver un plat commun pour la révolution à la mode Mélenchon et la révolution sauce Le Pen!

    Il est vrai qu’à l’intérieur de l’Hexagone, l’idée de révolution est nimbée d’une aura romantique et que les Français de droite comme de gauche aiment à se poser en rebelles et révolutionnaires, même si le plus souvent ils oublient d’enlever leurs charentaises en prenant cette posture.

    Il est vrai aussi que tous les profonds changements de l’ordre politique se sont produits dans un contexte de violence, soit par la révolution ou le coup d’Etat (1789, 1793, 1795, 1799, 1830, 1848, 1852), soit à la suite d’une guerre (1814, 1870, 1946, 1958). Dès lors, la violence est perçue en France de façon positive, comme un facteur de changement pour celles et ceux qui ne voient aucune solution pour sortir de leur marasme social, alors que dans d’autres contrées la mémoire collective a conservé des épisodes révolutionnaires des sentiments de peur, voire de répulsion.

    La preuve de cet attrait pour le mot « révolution » dans la langue française, c’est que même les contre-révolutionnaires l’utilisent ! Le régime de Vichy s’est efforcé d’effacer les traces de la Révolution française et de la République mais sous la bannière de la « Révolution nationale ».

    Alors quelle révolution ces « quatre Français sur dix » appellent-ils de leurs vœux ? Et c’est là que la chatte tricolore a mal au pied[1]. A en croire ce sondage, le gros des troupes « révolutionnaires » se trouve surtout parmi les électeurs du Rassemblement National et dans une mesure légèrement moindre, chez ceux de la France Insoumise. Entre l’obsession xénophobe de Marine Le Pen et l’internationalisme confus de Jean-Luc Mélenchon, les positions de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche semblent inconciliables. Pourtant, les « révolutionnaires » des deux camps pourraient, du moins à première vue, se retrouver sur un point : la haine commune du capitalisme libéral.

    Ce n’est pas nouveau : il y a toujours eu une composante anticapitaliste dans les mouvements fascistes, du moins à leurs débuts. Et les glissements entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite se sont déjà produits dans l’Histoire, jamais pour le meilleur et toujours pour le pire. Mussolini en est un exemple comme Doriot et d’autres. Mais développer un discours vaguement anticapitalisme est une chose, passer aux actes en une autre. La préférence identitaire pour protéger les travailleurs estampillés Français prônée par le clan Le Pen n’est pas compatible avec la régularisation des travailleurs sans-papiers défendue par Mélenchon et son parti.

    Autre écueil de taille : l’action politique des deux partis d’opposition radicale reste enfermée dans les frontières hexagonales. Or, construire la révolution dans un seul pays, on a déjà donné, merci Staline ! Et de toute façon, le monde interconnecté et interdépendant qui est le nôtre rend impossibles les 1789, du moins à la petite échelle des Etats européens. Par conséquent, espérer l’émergence aujourd’hui d’un programme révolutionnaire – sans guillemets cette fois-ci – sur de telles bases tient de la farce.

    La tentation nihiliste

    L’option révolutionnaire saluée par quatre Français sur dix ne relève donc pas du choix mais exprime plutôt la rage : on a tout essayé, les réformes de gauche, de droite, du centre et le chômage est toujours massif, la France décroche des pays de la première division européenne, la bureaucratie étouffe toujours en même temps que les services publics utiles désertent les campagnes, la petite bourgeoisie mal payée est persuadée de son glissement inéluctable vers la pauvreté.

    La tentation de tout foutre en l’air, de tout bloquer, de tout dégager, de casser pour casser est tellement intense qu’un nombre croissant de Français y succombent. Dans cette autocratie élective qu’est la France, c’est au président de la Royaublique de répondre. Et il ne peut répondre qu’à côté de la plaque car, placé aussi haut, il ne peut ni entendre, ni comprendre, ni se faire entendre. Macron, c’est un chef d’orchestre qui est tellement éloigné de ses musiciens que ces derniers ne peuvent que jouer chacun leur partition dans le plus grand désordre.

    La rage est donc loin d’être éteinte et la fièvre jaune du samedi soir va sans doute persister. Il suffira d’un mort, ce qu’à Dieu ne plaise, ou d’un événement gravissime pour que d’autres sifflent la fin de la partie. Qui ? Le président avec l’appui des forces armées ? Ou les forces armées sans le président ? Ce pire-là n’est pas certain mais qui peut dire qu’il restera pour l’Eternité dans la sphère des impossibilités ? Un sondage Odoxa que vient de publier le site de L’Express (lire l’article en cliquant ici) avance que la moitié des Français seraient favorables à la nomination d’un militaire à la tête du pays. Alors, à ce moment-là, ce sera peut-être une révolution qui éclatera. Mais sans doute pas au sens où l’entendent les « quatre Français révolutionnaires sur dix ».

    Jean-Noël Cuénod

     

    [1]Gens d’outre-Foron, ne cherchez pas plus loin, c’est une expression vaudoise.

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  • Le tirage au sort en démocratie, qu’est-ce ?

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    La crise des Gilets Jaunes en France remet en cause les institutions politiques. Parmi les futurs modes d’expression des citoyens, le tirage au sort est de plus en plus évoqué. Rencontre avec le politologue Gil Delannoi, auteur d’un ouvrage sur ce thème qui vient de paraître.

    La crise des Gilets Jaunes en France a démontré à quel point la démocratie représentative est malade. Si le RIC – référendum d’initiative citoyenne, équivalent de notre initiative populaire – est la réforme-phare de l’actuel grand débat initié par le président Emmanuel Macron, un autre mode de représentation politique est de plus en plus évoqué, le tirage au sort. Il ne s’agit pas de remplacer l’urne par le cornet à dés mais d’envisager le recours au tirage au sort pour désigner des citoyens dans certaines instances, à côté ou avec les actuels chambres parlementaires de tous niveaux, local, régional ou national, voire dans d’autres domaines, universitaires par exemple.

    En France, le politologue Gil Delannoi étudie les différents modes de tirage au sort depuis plusieurs années. Il va publier un nouvel ouvrage sur la question Le Tirage au sort – Comment l’utiliser (SciencesPo-Les Presses, collection Nouveaux Débats) qui sortira mercredi en librairie. Nous l’avons rencontré à Paris.

    Les principales qualités du tirage au sort ? «Il permet une représentation précise et diversifiée de la population. Il satisfait au principe d’égalité et d’impartialité. Il ne faut pas sous-estimer la sérénité qui se dégage de ce processus de désignation puisqu’il ne nécessite aucun combat électoral coûteux et belliqueux. A côté du système de représentation par élection – et non pas à la place – il permet de dégager une autre vision de la société, ce qui peut faire émerger d’autres propositions», explique ce professeur de théorie politique à Sciences Po.  

    Donner une telle place au hasard, c’est faire la part belle aux incompétents, non? «C’est un faux problème», rétorque Gil Delannoi. «Certes, personne ne veut se faire arracher une dent par un dentiste tiré au sort. Mais, en l’occurrence il s’agit d’un cas qui requiert une technicité particulière, ce qui n’a rien à voir avec la vie politique. Chacun est capable de juger moralement et politiquement selon sa propre expérience de la vie et de la société. Je vous rappelle qu’il ne faut présenter aucune compétence particulière pour briguer un siège au parlement».

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    Trois types de tirage au sort et tricamérisme

    Comment pratiquer le tirage au sort ? Tout commence par déterminer la taille de sa base, en fonction de ce qu’on attend de ce mode de désignation. Le professeur Delannoi voit trois options : sans qualification, avec qualification, sur candidature.

    Dans le premier cas, le tirage au sort s’effectue, en règle générale, sur la base des listes électorales ; ce mode convient particulièrement aux assemblées de délibération politique locales, régionales ou nationales.

    Dans le second, la base est fixée selon l’âge, la résidence, le niveau d’éducation ou alors en fonction de la réussite de certains tests, même faciles. On peut imaginer une sorte de permis de tirage équivalent à un permis de conduire afin de tester les connaissances rudimentaires en matière d’éducation civique.

    Dans le troisième cas de figure, le fait de poser sa candidature de manière active est, en soi, un critère de qualification par la volonté d’engagement qu’elle démontre.

    Dans son livre, Gil Delannoi détaille les principaux modes pour déterminer la base du tirage  et leur utilisation spécifique. Dans la seconde partie, il émet une série de propositions concrètes pour introduire une dose de tirage au sort dans les institutions politiques françaises, en prévoyant notamment de vastes réformes du Sénat. Parmi ses idées, citons celle visant à instaurer le tricamérisme parlementaire : à côté du Sénat et de l’Assemblée nationale, siègerait une Assemblée populaire désignée par tirage au sort ; elle serait consultative, contrairement aux deux autres. Outre le vote d’avis consultatif, elle disposerait d’un droit d’initiative en matière de législation et la possibilité de questionner le gouvernement et d’auditionner les hauts fonctionnaires. «Pour qu’elle soit vraiment représentative, tout en permettant les débats de se dérouler sans trop de difficultés, elle devrait accueillir entre 1500 et 2500 membres», ajoute le professeur.

    En Europe, comme en Suisse, nos vieilles démocraties ont besoin d’un bon coup de fouet. Le tirage au sort représente-t-il une solution possible? Le débat est sur la table, et pas seulement en France.

    Jean-Noël Cuénod

     

  • L’antisémitisme et le reflux de la marée jaune

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    Au fur et à mesure que la marée enroule son reflux, les monstres apparaissent sur la plage. Le mouvement des Gilets Jaunes est donc parvenu à ce stade. Les insultes antisémites et les menaces de mort que certains d’entre eux ont fait déferler sur Alain Finkielkraut samedi après-midi en apporte la confirmation. (voir la vidéo ci-dessous)

    D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un événement isolé. Les réactions antisémites deviennent de plus en plus fréquentes dans les cortèges, à mesure que les premiers gilets jaunes quittent les défilés et sont remplacés par des voyous de poils, de barbes et de couleurs diverses : anarchistes autoritaires du Black-Bloc, fachos du GUD et salafistes de l’islam politique. Alors Le Plouc, hasarde cette lettre ouverte à celles et ceux qui voient jaune.

    Mesdames et Messieurs les Gilets Jaunes, elle est devenue inaudible, votre excuse classique avancée systématiquement à la suite de ce que vous nommez façon litote « des débordements » : Ces-actes-n’ont-rien-à-voir-avec-notre-mouvement-et-nous-les-condamnons . Les manifestants qui défilent en sachant que les antisémites, les racistes et les violents mènent le bal acceptent d’entrer dans leur danse et deviennent dès lors leurs complices. Ce n’était pas vrai au début du mouvement ; ce l’est devenu maintenant.

    Mesdames et Messieurs les Gilets Jaunes, il va falloir choisir votre camp. En continuant à défiler lors de ces opérations noyautées, vous cautionnez les « casseurs » et autres Black-Blocs qui n’ont d’autres buts que d’assouvir leur haine systémique ainsi que les fachos les plus illuminés qui sèment le désordre pour inciter les forces armées à chasser le pouvoir démocratique.

    En renonçant maintenant à ces défilés sans issue, vous disposez encore de la légitimité nécessaire pour donner un second souffle à votre mouvement en créant une force populaire qui s’exprime de façon rationnelle. C’est moins sympa que les merguez grillées sur les ronds-points mais nettement plus efficace à long terme.

    Pour l’instant vos efforts en ce sens n’ont pas été couronnés de succès, c’est le moins que l’on puisse dire. La politique réclame un apprentissage plus ardu que vous ne le pensiez ; vous découvrez la puissance et la nuisance des ego sitôt entrés dans l’Arène. Mais vous n’êtes qu’au début de votre aventure. Vous avez amorcé un mode de contestation novateur en exprimant une colère sociale que les puissants refusaient d’entendre depuis des décennies. Alors, de grâce, ne détruisez pas votre mouvement et ne le laissez pas sombrer dans le caniveau. Lorsque la foule se coagule en force politique constructive, elle devient peuple; lorsqu'elle se laisse aller à la brutalité destructrice, elle régresse à l'état de populace.

    Jean-Noël Cuénod

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  • Passer du Drapeau-Rouge au Gilet-Jaune

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    Les couleurs d’un mouvement social et politique en disent beaucoup sur les revendications qui le portent mais aussi sur les ressorts cachés qui le meuvent. Parfois, une couleur dit une chose et son contraire. Il en va ainsi des Gilets-Jaunes qui ont remplacé le rouge comme symbole de la colère.

    Tout d’abord, saluons le coup de génie qui a fait de ce banal gilet de sécurité oublié dans le coffre d’une bagnole, l’étendard d’une nouvelle forme d’insurrection. Le fait qu’il soit jaune tiendrait donc du hasard. Aurait-il été bleu, rouge ou vert, ce gilet de sécurité, que la colère aurait changé de couleur. Certes. Toutefois, la couleur d’un mouvement social et politique est aussi le produit de l’inconscient collectif. Elle est choisie par lui et en retour, elle l’influence.

    Pour un vieux militant syndicaliste, choisir le jaune pour arborer ses revendications tient de l’hérésie la plus incompréhensible. Le « jaune », naguère encore, c’était le briseur de grève, l’ouvrier traître à sa classe, le Judas qui vendait les siens au patron pour trente deniers. D’ailleurs, c’est revêtu d’un manteau jaune que les peintres médiévaux représentent celui qui a balancé le Christ à ses bourreaux (notre illustration : « Le Baiser de Judas » du Giotto, cers 1305, que l’on peut admirer à la Chapelle Scrovegni à Padoue). Alors que l’Antiquité avait le jaune en odeur de sainteté car il représentait l’or, la richesse et la puissance, le Moyen-Age en a fait la couleur de la traîtrise et du sujet à rejeter par la collectivité[1]. Pourquoi ? Les historiens d’art se perdent en conjectures. L’explication la plus plausible tient à la symbolique du soufre qui se présente sous la forme de cristaux jaunes. Or, le Moyen-Age – qui a cultivé tout particulièrement la peur de l’Enfer – associait le soufre à Satan. Ce symbole provient vraisemblablement de la Bible qui met en scène le soufre comme instrument de la punition divine. C’est sous une pluie de soufre que Sodome fut consumée. Le chapitre 18 du Livre de Job décrit une impressionnante série de punitions qui frappera « le méchant » dont celle-ci n’est pas la moindre : On répandra du soufre sur son domaine. Dis comme cela, cet épandage sulfureux ne semble guère relever du châtiment effroyable. Or, dans la symbolique biblique, c’est le pire puisqu’il signifie l’anéantissement. Pour désinfecter les lieux qui ont accueilli des cadavres, on utilisait du soufre.

    Mais dans la symbolique, un élément ne porte jamais qu’une seule signification. Il en comporte plusieurs, à la manière des poupées russes. Et même, une chose peut aussi signifier son contraire par glissement progressifs. Il faut donc aborder les symboles, non pas à la manière du tiers exclu (l’être n’est pas le non-être) mais à celle du tiers inclus (il y a de l’être dans le non-être et du non-être dans l’être). Vous me suivez toujours ? Parfait !

    Le jaune médiéval est la face mortifère de cette couleur. C’est le jaune de la peau du cadavre. C’est la lumière trompeuse de la vanité, l’anti-lumière de l’Ange déchu qui a voulu être dieu à la place de Dieu. Du jaune de Judas au « jaune » des briseurs de grève, il y a donc filiation.

    Le Gilet-Jaune a la tête près du bonnet rouge

    images.pngMais le jaune possède aussi sa face inverse, porteuse de vie, couleur du soleil et des blés mûrs. Le Dictionnaire des Symbolesde Jean Chevalier et Alain Gheerbrant (Bouquins/Robert Laffont) donne de la couleur jaune cette description qui correspond, ma foi, fort bien à nos Gilets-Jaunes :

     Intense, violent, aigu jusqu’à la stridence ou bien ample et aveuglant comme une coulée de métal en fusion, le jaune est la plus chaude, la plus expansive, la plus ardente des couleurs, difficile à éteindre, et qui déborde toujours des cadres où l’on voudrait l’enserrer.

    Depuis trois mois, le jaune est donc devenu la couleur de la colère, dévolue jusqu’alors au rouge. Cela dit, il existe entre les deux couleurs bien des passerelles.

    Au XVIIe siècle en Bretagne, les paysans portaient un bonnet rouge lors de leurs révoltes antifiscales. Couvre-chef repris en 2013 par le mouvement dit des « Bonnets rouges », surtout actifs en Bretagne et dans l’Ouest de la France, mouvement qui n’est pas sans lien avec celui des Gilets-Jaunes.

    A en croire Wikipédia, citant un archiviste-paléographe[2], le drapeau rouge était levé au XVIIIe siècle (loi du 20 octobre 1789) par une troupe afin de prévenir les émeutiers qu’elle ne fera pas de prisonnier. Ce qui explique ce vers de La Marseillaise : Contre nous de la tyrannie, l’étendard sanglant est levé.Mais progressivement, le rouge va changer de camp au cours de l’ère révolutionnaire par les émeutiers eux-mêmes, en guise de dérision comme il est souvent le cas. C’est lors de la Révolution de 1848 que le drapeau rouge devient définitivement la marque des socialistes et du mouvement ouvrier, jusqu’à nos jours.

    Mais depuis, le rouge a pâli alors que le jaune a pris la couleur des fièvres sociales. Sur le plan symbolique, le passage de l’une à l’autre de ces deux couleurs s’explique fort bien. En alchimie, le soufre (jaune) est associé au feu (rouge) ; jadis, les allumettes soufrées permettait de faire du feu. De même, le soleil apparaît jaune vu de la Terre mais c’est un astre de feu. Jaune et rouge sont donc complémentaires.

     Aujourd’hui, il est possible de traduire politiquement cette complémentarité, ce qui était impossible lorsque l’idéologie socialiste et le syndicalisme possédaient le monopole du mouvement social, le rouge révolutionnaire rejetant le jaune des briseurs de grève.

    Dès lors, l’utilisation de la couleur jaune pour représenter l’actuel mouvement marque une rupture historique : ce ne sont plus les organisations de la gauche traditionnelle qui mènent le bal contestataire. Les Gilets-Jaunes expriment ainsi leur volonté de se situer en dehors des clivages idéologiques classiques : ni le bleu de la droite, ni le rouge de la gauche, ni même le violet qui pourraient les unir.

    Toutefois, l’utilisation de la symbolique des couleurs n’a rien d’anodin dans la mobilisation des peuples et celle de leur inconscient collectif. Et si le mouvement ne trouve pas son expression politique pour changer le cours des choses, le jaune des Gilets pourrait signifier la stérilité des déserts.

    Jean-Noël Cuénod

    [1]Le concile de Latran en 1215 a ordonné aux Juifs de porter sur leur vêtement une rouelle jaune, ce qui a inspiré les nazis et les pétainistes avec le port de l’étoile de même couleur.

    [2]Jean-Bernard Lacroix, Troubles et criminalité de 1789 à l’an VI, La Révolution dans les Basses-Alpes, Annales de Haute-Provence, bulletin de la société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, no 307, 1er trimestre 1989, 108e année, p. 154.

     

     

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