Laïcité

  • Comment désamorcer la bombe Dieu ?

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    La transcendance peut se révéler arme de destruction massive. Nul besoin de confesser une religion, ni d’adorer Dieu(x) pour la consigner dans son arsenal politique. Avec son athéisme obligatoire, le communisme stalinien a lui aussi eux aussi utilisé une forme de transcendance pour servir ses desseins.

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  • Liban, l’effondrement de la théo-klépto-cratie

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    Dans les décombres du port de Beyrouth, on chercherait en vain les débris de l’Etat. Cela fait longtemps qu’il n’existe plus au Liban, si tant est qu’il existât un jour. L’explosion de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium abandonnées depuis six ans au milieu d’un quartier résidentiel n’est qu’une marque de plus – certes effroyablement spectaculaire – de l’irresponsabilité du «gouvernement» libanais. 

     

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  • Loi Avia : les censeurs censurés

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    Clin d'oeil du regretté dessinateur suisse Mix & Remix, alias Philippe Becquelin

    Il arrive que tombent les masques, même en ces temps tristement covidiens! Par exemple celui que la majorité macronienne de l’Assemblée nationale française a voulu imposer à la liberté d’expression. La Loi Avia « contre les contenus haineux sur internet » a été amputée de tous ses éléments répressifs et liberticides par le Conseil Constitutionnel qui a diffusé cette décision, hier[1].

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  • Avec la Loi Avia, la liberté d’expression en chute libre

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    Décidément, on ne sort pas des masques, en ces temps covidiens!

    Malgré son nom, la Loi Avia ne fait planer personne. Pour la liberté d’expression, il s’agirait plutôt d’une chute libre sans parachute. En voulant lutter contre la haine sur internet, cette loi  – définitivement acceptée par le parlement – va stériliser les débats, notamment sur les religions. Ce texte représente l’exemple-type de loi qui aboutit à l’opposé du but poursuivi.

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  • Covid19 et les odieux de Dieu

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    Dieu n’a pas d’ennemis plus redoutables, plus impitoyables et plus efficaces que les intégristes. Pour un peu, ils pourraient même réussir là où Nietzsche a échoué : le tuer. Avec la pandémie de Covid19, ces odieux de Dieu se sont surpassés. Certes, des croyants s’insurgent. Mais il est malaisé de faire percer sa voix dans ce grand cirque de la superstition et du marketing confessionnel.

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  • Chine: le virus religieux inquiète le Parti communiste

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    A chacun son virus. Nous craignons le coronavirus venu de Chine. Les communistes chinois, eux, veulent désactiver un autre « virus » : la religion. Désormais, taoïstes, bouddhistes, musulmans, protestants et catholiques sont soumis au contrôle direct du Parti communiste. Comment dit-on Big Brother en Chinois ?

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  • Auschwitz et cette mémoire qui flanche

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    Septante-cinq ans après la libération des déportés à Auschwitz par les 59e et 60e armées soviétiques placées sous le commandement du maréchal Ivan Stepanovitch Koniev[1], les agressions antisémites sont en hausse partout en Europe. Aurions-nous la mémoire qui flanche ?

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  • L’islamisme radical fait son chemin d’Annemasse

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    La conversion de Paul sur son chemin de Damas. Palma le Jeune (1550-1628) Musée du Prado

    La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a répertorié 150 quartiers qui subissent en France l’emprise de l’islamisme radical. Dans la liste des villes concernées figure Annemasse, située à quelques minutes du centre de Genève et des organisations internationales. D’autres cités proches de la Suisse sont également concernées : Bourg-en-Bresse, Oyonnax et Bourgoin-Jallieu.

     

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  • LAÏCITÉ - LOI DE 1905 : Macron ne désarme pas !

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    laïcité,France,Macron,islam

    «Les promesses rendent les fous joyeux» dit-on à Genève. Macron l’avait affirmé le 18 mars dernier, lors de son grand raout avec les intellectuels : il renonçait à toucher à la Loi de 1905 qui garantit en France la séparation entre l’Etat et les religions. Mais la réformite macronienne et son cuisant prurit l’ont emporté sur l’engagement: le président français va relancer la réforme de cette loi.

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  • Laïcité confortée et précisée à Genève

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    Le port des signes religieux pour les élus n’était pas l’unique objet de l’arrêt de la Chambre constitutionnelle genevoise (lire le précédent blogue[1]). Deux autres points ont été examinés par les magistrats ; ils confirment la Loi sur la Laïcité de l’Etat tout en la précisant. Il s’agit des manifestations religieuses en place publique et restrictions du port de signes religieux ostentatoires.

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  • Voile, croix et kippa pour les élus genevois

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    La Chambre Constitutionnelle de la Cour de Justice genevoise a annulé l’interdiction faite aux députés du Grand Conseil et aux conseillers municipaux de porter des signes religieux. Les magistrats et les fonctionnaires y restent soumis. D’autres dispositions de la Loi sur la Laïcité de l’Etat sont avalisées par la justice.

     

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  • Terrorisme islamiste : un bilan de guerre

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    En quarante ans, le terrorisme islamiste a provoqué la mort de plus de 170 000 femmes, enfants et hommes sur la planète. La France est le pays de l’Union Européenne le plus touché. Principales victimes : les musulmans eux-mêmes. Le laboratoire d’idées Fondapol, de tendance libérale, a dressé le bilan de cette guerre aux multiples visages.

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  • La liberté religieuse mise à mal en Algérie

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    Le christianisme subit une série d’actes répressifs de la part du gouvernement algérien qui fait fi de sa propre constitution. Le protestantisme est particulièrement visé. Le pouvoir, contesté par la rue depuis de longs mois, utilise-t-il les protestants comme boucs émissaires pour détourner l’attention du peuple très majoritairement musulman ?

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  • Les pièges du voile islamique

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    Shapark Shajarizadeh a été condamnée à deux ans de prison ferme et à 18 ans de « sursis probatoire » (!) pour avoir ôté son tchador en public lors d’une manifestation.

    La récente polémique ourdie par un élu régional à Dijon qui a verbalement agressé une mère de famille musulmane a fait gonfler le voile islamique. Et nous voilà cinglant une fois de plus vers le rivage des émotions sans prendre garde aux écueils qui piègent les marins politico-médiatiques, ces piètres barreurs.

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  • Grand Remplacement? Un délire à prendre au sérieux

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    Grand Remplacement, remigration, racisme, laïcité

    Une tribu informe mais menaçante et dominatrice, appelée «Elites», a ourdi la mondialisation pour procéder au Grand Remplacement des populations «de souche» européenne par des Arabes et des Africains. Il faut donc initier un mouvement inverse, la «remigration», pour bouter hors d’Europe ces «envahisseurs». Délire raciste? Bien sûr. Mais il se répand. Jadis, il a généré les pires catastrophes.

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  • L’islamophobie… idéologie ou diagnostic ?

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    La récente polémique créée par les propos tronqués attribués au philosophe Henri Peña-Ruiz fait partie de ces manipulations twitteresques qui s’incrustent désormais dans le débat politique. Malgré son caractère artificiel, elle a au moins le mérite de révéler toutes les ambiguïtés liées au mot «islamophobie». 

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  • Les habits neufs du «complot judéo-maçonnique»

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    Chassé après la chute du nazisme, le voilà qui revient avec de nouveaux habits, un gilet jaune complétant parfois sa garde-robe: l’inusable «complot judéo-maçonnique». L’exemple le plus récent de sa vigueur retrouvée a été apporté, la semaine passée, par une douzaine de Gilets Jaunes qui ont dévasté le Temple maçonnique de Tarbes (vidéo ci-dessous), juste après l’agression antisémite contre Alain Finkielkraut.

    L’antisémitisme et l’antimaçonnisme marchent souvent la griffe dans la griffe. Force est de reconnaître que certains Gilets Jaunes sont devenus les porte-injures de ces deux jumeaux monstrueux.  Certes, la grande majorité de celles et ceux qui ont fait part de leur légitime colère sur les ronds-points ne tombent pas dans cette ornière. Mais pourquoi n’ont-ils pas exprimé une réprobation plus vive, plus ferme face à ce qui n’est plus une dérive mais une infiltration des vieilles idéologies fascisantes au sein d’un nouveau mouvement social ?

    Les usurpateurs du gilet jaune s’associent aujourd’hui à d’autres meutes qui, depuis plus d’un siècle, font du «complot judéo-maçonnique» leur fonds de boutique, à savoir les catholiques intégristes, les fascistes, les nazis, la salafistes et autres islamistes, sans oublier Staline qui, avec sa «nuit des poètes assassinés» et son «complot des blouses blanches»[1], a bien mérité de la cause antisémite ; de son côté, Lénine avait interdit la Franc-Maçonnerie en Russie dès la réussite de son putsch en 1917.

    Ce «complot judéo-maçonnique» est apparu vers la fin du XIXe siècle dans le sillage du Syllabus (8 décembre 1864) de sinistre mémoire, dans lequel le pape Pie IX exprime sa haine contre la liberté de conscience, la liberté tout court, le protestantisme, la démocratie, la république, bref tout ce qui constitue les «idées modernes» et qui laissera pendant très longtemps des traces toxiques dans les consciences catholiques.

     C’est l’un des ancêtres des infox et autres «fake news», l’écrivassier mystificateur Gabriel-Antoine Jogand-Pagès, dit Léo Taxil, qui a popularisé le «complot judéo-maçonnique» dans une série d’ouvrages parus entre 1886 et 1895, faisant des Loges, l’œuvre de Lucifer. Deux ans plus tard, sur le point d’être démasqué, Léo Taxil avouera que ses écrits relevaient du canular. Mais ce revirement ne nuira nullement au succès du «complot judéo-maçonnique».

    Celui-ci s’exporte fort bien au Proche-Orient où il est repris par l’un des penseurs musulmans les plus influents de l’époque, Rashîd Ridâ, dans une série de textes parus entre 1903 et 1911[2]. Il fulminera d’ailleurs une fatwa destinée à servir d’argument théologique dans la lutte de l’islam contre «la pieuvre judéo-maçonnique». Aujourd’hui, ses thèses sont toujours reprises par les salafistes et d’autres milieux islamistes, tel le Hamas qui, dans sa charte, s’attaque aux Juifs et aux Francs-Maçons.

    Le sommet du «complot»: le «Protocole des Sages de Sion» 

    Le «complot judéo-maçonnique» viendra au secours du «Protocole des Sages de Sion» qui décrit le pouvoir occulte qu’exercerait les Juifs sur le monde, notamment par le truchement des Loges maçonniques. Cet ouvrage a intoxiqué la planète, jusqu’au Japon. Il a servi d’aliment propagandiste à Hitler, à Goebbels et à tous les antisémites. Or, depuis de vilaines lurettes, il est prouvé que ce document est un faux forgé en 1901 par Matthieu Golovinski agent de l’Okhrana, service secret de la Russie tsariste, une sorte d’ancêtre du KGB. Toutefois, cela n’empêche pas ces «Protocoles» d’être pris pour, si j’ose dire, paroles d’Evangile dans les pays musulmans et les milieux catholiques intégristes, encore maintenant.

    L’érotisme de la mystification

      Pourquoi cette persistance dans l’erreur ? Les raisons sont multiples; parmi elles, le génie propagandiste de l’appareil papiste, avec ses multiples relais au sein des milieux sociaux et intellectuels les plus divers aux XIXe et XXe siècles.

    L’attrait de l’amalgame fait aussi mouche dans les pensées moches : si de nombreux Juifs ont été initiés à la Franc-Maçonnerie, il n’y a jamais eu d’association entre les institutions juives et les Loges maçonniques. Le B’nai B’rith – organisation juive présentée à tort par les complotistes comme un «pont» entre judaïsme et Franc-Maçonnerie – est entièrement indépendante des Obédiences.

     Cela dit, au fil des persécutions dont ils furent victimes concomitamment, il est probable que des liens de solidarité se soient noués dans l’adversité entre Francs-Maçons et Juifs, sans pour autant que l’on puisse évoquer un quelconque «complot». On a vu de tels liens se tisser dans la région du Chambon sur Lignon pendant l’Occupation, entre les protestants, anciens persécutés, et les Juifs pourchassés par Vichy.

    Autre argument soulevé pour stigmatiser Juifs et Francs-Maçons : leurs réseaux serviraient à ourdir des magouilles politico-financières. On trouvera toujours des Juifs, des Francs-Maçons, comme des protestants, des catholiques, des athées, des agnostiques, des gens de toutes nations et de toutes cultures pour se livrer à ce genre d’activité corruptrice, vieille comme l’apparition de l’humain sur terre. Mais il faut aussi reconnaître que les Obédiences maçonniques ont fait le ménage contre ce genre de dérives dès les années 1990. On aimerait en dire autant du Vatican concernant la pédocriminalité au sein de son clergé. 

    Enfin, tous les rites excitent la curiosité, surtout ceux pratiqués, non pas dans le secret – les librairies ésotériques offrent une large documentation à ce propos – mais dans la discrétion. Tel est le cas de la Franc-Maçonnerie. Et sur cette curiosité, on peut bâtir des succès de librairie ou de flamboyants bobards. Vous ajoutez les rites de la religion juive, vous touillez le tout et vous obtenez une mixture séduisante pour tous les déçus de la réalité.

    Le mensonge enfile sa mini-jupe alors que le réel endosse sa robe de bure. Difficile de lutter contre l’érotisme de la mystification.

    Jean-Noël Cuénod

    [1]Le 12 août 1952, treize poètes et écrivains juifs furent fusillés à la Loubianka par Beria sur ordre de Staline ; le «complot des blouses blanches» visait les médecins juifs et annonçait d’autres assassinats «antisionistes» ; c’est la mort de Staline qui a donné un coup d’arrêt à ce processus.

    [2]«Le Croissant et le Compas, Islam et Franc-Maçonnerie : de la fascination à la détestation» de Thierry Zarcone (Editions Dervy, 2015)


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  • La gauche lâche-t-elle la laïcité ?

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    La statue de la Brise, sculpture d’Henri Koenig, devant la Rade de Genève. Image de la femme libre.

    La plupart des partis de gauche ont, en vain, appelé à voter contre la loi sur la laïcité de l’Etat à Genève (lire aussi le précédent blogue). La gauche semble donc avoir perdu son ADN laïque, non seulement à Genève mais aussi en France où maints gauchistes la jugent «bourgeoise». Un signe de plus démontrant que la gauche n’est pas sortie de son état confusionnel.

    Toute la gauche ? Non, car d’irréductibles militants résistent encore et toujours au communautarisme, telle l’ancienne députée socialiste et ex-présidente de la Licra[1]Claire Luchetta-Rentchnik qui a animé la campagne à Genève avec l’association « La laïcité, ma liberté ».

    Car c’est bien de cela que la laïcité veut nous préserver, de ce communautarisme qui s’installe aux portes de Genève, qui ronge les cités de la banlieue parisienne ou des Quartiers-Nord de Marseille et qui règne dans le « Londonistan ».

    Le communautarisme, c’est le despotisme à domicile, la prison à chaque étage. Il soumet l’individu à la loi de son groupe ethnique ou religieux – souvent les deux cumulés –, une loi qu’exerce le plus souvent la partie mâle de la famille, une loi sans autre loi que celle dictée par l’arbitraire, justifiée par la lecture biaisée et lacunaire de textes religieux.

    Le communautarisme semble toujours lié à l’islam radical ou salafiste car c’est dans ce contexte qu’il a pris des formes particulièrement spectaculaires. Mais on peut le voir à l’œuvre dans les milieux fondamentalistes d’autres religions, au sein des sectes dites « évangélistes » ou dans le catholicisme intégriste. Les formes diffèrent en fonction du statut social et culturel des groupes en question. Mais le fond reste le même. Il s’agit d’empêcher l’individu de penser par-lui même, de peur qu’il refuse le sort à lui imposé par l’implacable pouvoir du groupe. L’individu n’est qu’un rouage et non pas un être humain dans toutes ses dimensions.

    Pour le communautarisme, la liberté de conscience – qui comprend celle de changer d’opinion ou de religion – relève du scandale inadmissible. On ne quitte pas la religion du groupe, sauf à trahir les siens parfois au péril de sa vie. La laïcité étant le principe qui permet à la liberté de conscience de s’exprimer et de se développer au sein de la Cité, on comprend dès lors que les intégristes de tous poils et de toutes barbes cherchent à la combattre. On comprend moins que la gauche enfourche un tel bourricot !

    Sans doute faut-il y voir cette tendance née tout d’abord au sein du Parti démocrate américain et diffusée en France et ailleurs, notamment par Terra Nova, le laboratoire d’idées proche du PS français. Dans cette optique, il s’agit pour la gauche de ne plus fonder son action sur la classe ouvrière et les travailleurs en général mais de chercher ses nouvelles recrues auprès des minorités, parmi celles-ci, les émigrés ou plutôt leurs enfants et petits-enfants.

    La gauche a toujours soutenu la cause des travailleurs immigrés mais ceux-ci étaient alors perçus par elle comme faisant partie intégrante de cette classe ouvrière qu’elle était historiquement chargée de représenter. Aujourd’hui, dans cette nouvelle stratégie d’une certaine – et incertaine – gauche, il s’agit de défendre des communautés culturelles ou religieuses en tant que telles, avec leurs idéologies propres. Or, parmi ces conceptions communautaires figurent, entre autres, la défense du patriarcat qui fige les rapports hommes-femmes sous la forme dominants-dominés. Dès lors, en cherchant à complaire aux communautés, cette gauche en vient à oublier ce qui constitue la base même de son édifice politique : la défense des opprimés et la lutte contre leurs oppresseurs.

    La communauté religieuse a toute sa légitimité quand elle transmet sa conception des fins dernières et de la foi en une entité supérieure. Mais elle la perd dès qu’elle veut imposer ses conceptions dans l’organisation de la Cité, qu’elle cherche à empêcher ses membres de vivre en liberté et qu’elle se pose en intermédiaire obligé entre l’individu et l’Etat démocratique.

    La gauche ferait donc bien de revenir à ce qui constitue sa raison d'être : la représentation et la défense des travailleurs, quelle que soit leur nationalité, quelle que soit leur religion, quelle que soit leur culture. La défense des particularismes communautaires – qui souvent s’opposent les uns aux autres – est une voie sans autre issue que le mur.

    Jean-Noël Cuénod

    [1]Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme

  • Genève vote pour la laïcité. Et maintenant?

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    Le peuple genevois a donné un «oui» incontestable à sa loi sur la laïcité, à 55,1% des suffrages exprimés. C’est un beau jour pour la sauvegarde de la liberté de conscience. Approbation nette. Mais non pas raz-de-marée. Il faut donc que les partisans de la laïcité se penchent sur le seul élément vraiment critiquable de cette loi.

    Il s’agit en l’occurrence de l’interdiction pour les députés au Grand Conseil et conseillers municipaux de signaler leur appartenance religieuse par des signes extérieurs lorsqu’ils siègent en séance plénière (en public) ou lors de représentations officielles (1).

    Certes, ne pas arborer un signe religieux en de telles circonstances assez restreintes ne paraît pas relever de la dramatique atteinte à la liberté religieuse, sauf à faire preuve de mauvaise foi. Et les ennemis de cette loi ont démontré qu’ils en possédaient d’inépuisables réserves.

    Toutefois, cet élément présente un défaut, il rompt l’équilibre et la cohérence de cette loi. En quoi ?

    Il est normal que les représentants de l’Etat – magistrats et fonctionnaires – soient astreints à respecter la neutralité confessionnelle en ne faisant pas étalage de leur appartenance à telle ou telle communauté religieuse. Dans le contexte de leur fonction – et si cette fonction les amène à entrer en contact avec le public – ils sont des organes de l’Etat qui, à Genève, est laïque et se déclare neutre sur le plan religieux. Personne n’a contraint les fonctionnaires ou les magistrats à embrasser le service public.

    En revanche, la situation des députés au Grand Conseil ou des conseillers municipaux est différente. Ils ne représentent pas l’Etat mais le peuple dans toute sa diversité. Ils ne sont donc pas astreints à l’obligation de réserve laïque des fonctionnaires et magistrats. En briguant les suffrages de leurs concitoyens, ils font étalage de leurs conceptions philosophiques, de leurs positions idéologiques et, le cas échéant, de leur appartenance religieuse. C’est le jeu normal de la démocratie. Dès lors, cet élément de la loi se révèle par trop restrictif en regard de la liberté individuelle.

    Il faudrait s’inspirer de la situation qui règne déjà au sein de l’Instruction publique, à savoir que le port de signes religieux est interdit aux instituteurs et aux professeurs quand ils donnent leurs cours mais que leurs élèves sont libres d’en arborer. Les uns représentent l’Etat, les autres, non. Il devrait donc en aller de même concernant les fonctionnaires et les députés ou conseillers municipaux.

    Le Groupe de travail sur la laïcité n’avait pas retenu l’interdiction du port de signes religieux pour les députés ou conseillers municipaux en « plénière ». Ce point ne figure pas dans les propositions rédigées par ce Groupe qui ont largement inspiré la nouvelle loi. Il n’est apparu qu’au cours du travail législatif. La Cour constitutionnelle cantonale doit encore statuer à ce propos après avoir été saisie de deux recours. Peut-être que cet élément contestable sera expurgé de la nouvelle loi. C’est mon souhait, en tant que citoyen engagé en faveur de la laïcité et de sa nouvelle loi genevoise.

    Jean-Noël Cuénod, ancien président du Groupe de Travail Laïcité auprès du Conseil d’Etat

    (1) Ne retouche pas à mon dieu – Un bilan de la laïcité. D'où vient-elle? Où va-t-elle?– Jean-Noël Cuénod– 249 pages – Editions Slatkine

  • Une loi sur la laïcité pour garantir la liberté de conscience

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    Dimanche 10 février prochain, les citoyennes et les citoyens genevois diront si la République et canton doit ou non se doter d’une loi sur la laïcité. Je me permets d’intervenir dans ce débat en tant qu’ancien président du Groupe de Travail sur la laïcité.

    « La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre »public.Cette définition classique de la laïcité situe parfaitement l’enjeu de la votation du 10 février : le peuple genevois veut-il adopter une loi qui protège la liberté de conscience, la liberté de croire en Dieu, dans les Dieux ou de ne croire ni à l’un ni aux autres et qui fixe les règles dans les relations entre l’Etat et les organisations religieuses ?

    «Personne ne veut attaquer la liberté de conscience dans notre paisible République et canton» ronronneront certains. Aujourd’hui, peut-être. Mais demain ? Une loi n’est pas faite uniquement pour répondre aux urgences. Elle vise aussi – et surtout – à organiser demain. N’oublions pas que cette liberté de conscience à laquelle nous autres Genevois sommes tant attachés est aussi fragile que la démocratie. Elle n’est pas inscrite de toute éternité dans les gènes d’un pays. Il s’agit de la fortifier afin qu’elle puisse résister aux tempêtes de l’avenir.

    Est-elle vraiment nécessaire, cette loi? Elle se révèle indispensable. Dans la mesure où le principe de la laïcité est inscrit dans la Constitution genevoise depuis le 1erjuin 2013, il était impensable qu’il ne soit pas rendu vivant par l’apport d’une loi. Un principe constitutionnel qui n’aurait pas sa traduction dans un texte législatif serait aussi dépourvu de réalité qu’un ectoplasme embrumant les discours officiels.

    L’absence de base légale d’un article constitutionnel ouvre la porte à tous les arbitraires dans la mesure où l’on peut lui faire dire n’importe quoi, par malveillance ou par maladresse. L’un des exemples les plus criants de la nécessité d’une loi sur la laïcité nous a été apporté par un épisode resté dans toutes les mémoires.

    En 2015, des écoliers genevois de 5 à 7 ans devaient chanter dans l’opéra de Benjamin Britten, L’Arche de Noé. Mais la Direction de l’enseignement obligatoire, organe du Département de l’Instruction publique, fit couler ce projet, dans un premier temps. Une juriste avait estimé que cette participation écolière violait le principe constitutionnel de laïcité, compte tenu de la référence biblique de l’œuvre! Dans mon blogue, j’avais alors écrit qu’à ce compte-là, il fallait interdire de chanter le « Cé qu’è lainô » dans les écoles genevoises, formule reprise ensuite par la conseillère d’Etat chargée du Département de l’Instruction publique. Celle-ci, en effet, a annulé cette interdiction et profité de l’occasion pour remettre les pendules laïques à l’heure dans son ministère.

     Si la laïcité avait été encadrée, explicitée, mise sur rails par une loi, il est évident que la Direction en question n’aurait pas pu donner au principe constitutionnel une extension aussi aberrante.

    Telle qu’elle est rédigée, la loi sur la laïcité permet de parer à ce genre de risques. Certains critiqueront tel ou tel détail de ce texte. Mais qu’ils ne jettent pas le bébé laïque avec l’eau de son bain. Il est toujours possible de modifier une loi. Il se révèle beaucoup plus ardu, et surtout plus arbitraire, d’appliquer un article constitutionnel en l’absence de texte législatif.

    C’est l’ensemble de ce projet qu’il faut considérer. Il donnera aux organisations religieuses qui respectent l’ordre démocratique suisse les moyens de vivre de façon autonome, sans être contraint de demander des fonds à des organismes étrangers, grâce à l’instauration de la contribution religieuse volontaire, service payant pour ces communautés confessionnelles.  Il définira clairement, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui comme le démontre l’épisode de L’Arche de Noé, la notion de neutralité de l’Etat ainsi que la présence des organisations religieuses sur le domaine public dont les prescriptions actuelles sont trop datées. Ce texte éclaircit non seulement les missions des aumôneries au sein des hôpitaux publics, des établissements médico-sociaux et des lieux de privation de liberté, mais elle les élargit en prévoyant la possibilité d’un accompagnement d’ordre philosophique en plus des accompagnements d’ordre religieux.

    Cette loi ne s’attaque à aucune religion. Au contraire, elle permet la libre expression des croyances dans le cadre de l’ordre démocratique suisse. Mais elle garantit aussi la libre expression des incroyances.

    Sous prétexte que l’alinéa 2 de l’article 7 du projet de loi stipule que le visage doit être visible dans les administrations, établissements publics et tribunaux, d’aucuns prétendent qu’il s’agit d’une intolérable atteinte à l’islam. Or, tel n’est pas le cas si l’on se réfère à l’avis d’un imam diffusé par l’un des plus importants sites musulmans français (https://www.doctrine-malikite.fr): «Aucun verset du Coran, ni texte de la sunna n’existe qui oblige le Niqâb (voile intégral) à la femme musulmane».

    De même, si le projet de loi demande aux magistrats exécutifs et judiciaires, aux fonctionnaires et aux élus de s’abstenir «de signaler leur appartenance religieuse par des signes extérieurs», cela ne s’adresse pas qu’aux musulmans mais aux fidèles de toutes religions. Le but ainsi visé est de ne pas troubler par le port de symboles l’indispensable neutralité confessionnelle de l’Etat.

    La laïcité est avant tout un état d’esprit qui tend à mettre la tolérance en actes.

    Jean-Noël Cuénod, ancien président du Groupe de Travail Laïcité auprès du Conseil d’Etat

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