Un plouc chez les bobos - Page 37

  • L’UMP bat le Front national pour conquérir le siège de Cahuzac : les ambiguités du «Front républicain»

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    Le «Front républicain» a permis au candidat de l’UMP Jean-Louis Costes de l’emporter sur le jeune frontiste Etienne Bousquet-Cassagne à l’issue de l’élection partielle de Villeneuve-sur-Lot au parlement français. Dans cette circonscription, détenue jusqu’à maintenant par l’ancien ministre Cahuzac (photo), une part importante de l’électorat socialiste a reporté ses voix sur le représentant de la droite démocratique.

     

     Mais si le pire a été évité, il n’a pas pour autant été écarté, loin de là. Car, même battu, le Front national sort vainqueur de cette confrontation. Qu’un blanc-bec frontiste de 23 ans - sans autre expérience que des études commerciales à peine achevées - parvienne à battre le candidat socialiste au premier tour, à se qualifier pour le second et à talonner un vieux routier de la politique locale, voilà qui relève de l’exploit.

     

    Le «Front républicain» n’est pas une alliance conclue entre les partis de la gauche et de la droite de gouvernement, c’est une sorte de réflexe des électeurs démocrates de droite et de gauche pour faire barrage à l’extrême droite. Mais il n’a aucun contenu politique, c’est pourquoi le terme de «Front» pour le qualifier est trompeur.

     

    Cette «alliance», qui n’en est pas une, permet à Marine Le Pen de faire son beurre démagogique en réunissant les deux partis de gouvernement en un seul sigle, «UMPS», et de capitaliser sur son thème favori: «Tous pourris, sauf moi!» Même perdue - de justesse - par le Front national, l’élection de Villeneuve-sur-Lot, participe de cette dynamique qui ne cesse de lui profiter. D’ailleurs, les dirigeants frontistes n’ont pas manqué de souligner que leur candidat a recueilli, seul contre tous, plus de 47% des suffrages. Comme lors de la partielle dans l’Oise en mars dernier, le FN a engrangé une forte progression entre les deux tours.

     

    Pour éviter que la France ne bascule dans l’extrémisme, il faudra plus qu’un «Front républicain» qui n’a d’autre réalité que celle de sa vacuité.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • LE PASSANT

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    PAS D'OMBRE.jpg

     

     

    Le passant hâte le pas

    A la poursuite de l’ombre

    Qui toujours lui échappe

    Gravée sur le mur ses peines

    Ne peuvent le retenir

     

    Il s’en arrache avec rage

    Et court la peau lacérée

    Le soleil brandit son knout

    Et fait danser le passant

    Mais n’arrête pas sa course

    L’ombre toujours se dérobe

    Et sa robe tourne tourne

    Tout l’univers virevolte

     

    Le passant enfin comprend

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    Photo: poullaouec-jac.blogspot.com

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  • Sous Hitler, des blagues qui en disent long

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    Evoquer les «blagues chuchotées» qu’échangeaient les Allemands sous la dictature de Hitler paraît d’une insoutenable indécence, compte tenu de la Shoah. Pourtant, le rire est révélateur d’un comportement collectif qu’il est utile de décrypter, au moment où le courant brun qui a empoisonné le XXe siècle ressurgit sous des formes diverses.

     

     Les éditions Michalon à Paris viennent de sortir un livre document fort éclairant dans ce contexte: «Rire et résistance, humour sous le IIIe Reich» du cinéaste allemand Rudolph Herzog (le fils du réalisateur Werner Herzog). Cet ouvrage est tiré d’un film documentaire qui a remporté un grand succès outre-Rhin.

     

    Dès son arrivée à la Chancellerie allemande, par les voies légales, le 30 janvier 1933, Hitler a détruit la démocratie et instauré sa tyrannie en quelques semaines. Aussitôt, les «blagues chuchotées» ont fleuri. Parmi bien d’autres éléments, ce phénomène met en évidence deux aspects.

     

    Tout d’abord, le pouvoir nazi utilisait souvent ces plaisanteries à son profit. Elles «n’étaient pas une forme de résistance active et servaient plutôt de soupape permettant à la colère refoulée du peuple de s’exprimer (…) Tout cela ne pouvait que convenir au régime nazi (…)», note Rudolph Herzog. Bien entendu, selon les événements, cette tolérance très relative se muait aussitôt en féroce répression.

     

    Ensuite, ces «witze» démontrent le caractère fallacieux de l’argument avancé par nombre d’Allemands après la chute du IIIe Reich, comme le relève le livre de Herzog: «La génération de ceux qui avaient vécu la guerre persista à soutenir qu’elle ne s’était doutée de rien. Les blagues de l’époque de la prise de pouvoir prouvent au contraire que cette affirmation était déjà fausse en ce qui concerne les premières années de domination nationale-socialiste».

     

    L’autre leçon à tirer de ce livre est que le fait d’être conscient de l’horreur consubstantielle à tout régime totalitaire n’est pas suffisant pour se soulever contre lui. «De larges cercles de la population devinaient déjà à l’époque quelle escroquerie Goebbels et consorts tentaient de leur faire gober. Cela ne changea toutefois rien au fait que leur pays fut emporté dans un tourbillon criminel en l’espace de quelques années seulement», souligne «Rire et résistance, humour sous le IIIe Reich».

     

    Lorsque le pouvoir totalitaire a étendu sa toile, il est trop tard pour le contrer. Il suit alors sa pente inexorable vers l’inhumain. C’est avant qu’il faut agir, ne serait-ce qu’en refusant de confier les clés du pouvoir à n’importe qui.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    ESPACE VIDEO

     

    Le philologue juif Viktor Klemperer a décortiqué la langue utilisée par les nazis pour asseoir leur pouvoir. Son journal a été présenté par Arte au cours d'un documentaire  de Stan Neumann "La langue ne ment pas".


    LA LANGUE NE MENT PAS - 1/4 par ESTETTE  

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  • Parlez-vous le politikar?

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    Langage politique.jpg

     

    Voulez-vous mieux connaître nos amis, les politiciens en France ? Pour ce faire, il faut tout d’abord décrypter leur langage, comme avec n’importe quelle autre espèce animale. Ainsi, lorsque le chien remue la queue, cela veut dire « soyez les bienvenus dans ma niche ».  Mais lorsque le chat en fait de même, il signifie : « Tu vas prendre un bon coup de patte griffue sur ton museau ». Il importe donc de bien maîtriser les codes - appelés "éléments de langage" - avant de  s’aventurer dans la jungle parlementaire. Le Plouc se fait un devoir de vous y aider avec son complice le dessinateur Acé.

                                    

    Première étape : discours inaugural

     

    « Françaises, Français », comprendre : « Les autres, je m’en balance, ils ne votent pas ».

     

    « Je serai le rassembleur de la Nation », comprendre : « Il ne faut pas que l’opposition m’emmerde ».

     

    « Je n’irai pas par quatre chemins », comprendre : « Je vais en prendre un cinquième qui est tellement long que je ne sais pas s’il se terminera un jour ».

     

    « J’ai de hautes ambitions pour mon pays », comprendre : « J’ai de très hautes ambitions pour ma pomme ».

     

    « Je suis au service des citoyens », comprendre : « Je suis au service de ceux qui ont financé ma campagne électorale ».

                       

    Deuxième étape : interviewes et débats

     

    « Je vais tout de suite répondre à votre question », comprendre : « Laissez-moi le temps de vous répondre à côté ».

     

    « C’est une excellente question et je vous remercie de me l’avoir posée », comprendre : « Ce salaud m’a glissé une peau de banane; noyons le poisson pour ne pas répondre ».

     

    « Vous dites une contre-vérité ! », comprendre : « Tu es un sale menteur ! »

     

    « Je suis prêt à…», comprendre : « Je suis prêt à dire n’importe quelle connerie ».

     

    Troisième étape : ça se gâte

     

    « Nous prendrons nos responsabilités », comprendre : « Nous allons nous tirer des flûtes ».

     

    « Nous allons passer à la vitesse supérieure », comprendre : « Nous allons ralentir en marche arrière »

     

    « Nous allons droit dans le mur ! », comprendre : « Avec moi, on foncera aussi dans le mur mais en klaxonnant ».

     

    Quatrième étape : garde à vue

     

    « Je reste droit dans mes bottes », comprendre : « Où est la sortie? ».

     

    « Il faut savoir raison garder », comprendre : « Je suis en train péter un câble ».

     

    « J’ai confiance dans la justice de mon pays », comprendre : « J’ai confiance dans la cupidité de mes avocats que je paie cher pour me sortir du pétrin ».

     

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • IMMEUBLE IVROGNE

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    IMMEUBLE IVROGNE

     VieilImmeuble.jpg

    Vieil immeuble isolé

    Antique verrue puante

    Tu traînes dans ma mémoire

    Ton cortège de remugles

     

    Salpêtre et moellons moisis

    Grasse humidité moussue

    Cadavres de plantes vertes

    Agressif pissat de chat

     

    Dans l’incendie du couchant

    Ta silhouette titube

    Pauvre ivrogne de pierre

    A la façade vineuse

     

    La nuit te rendra sobre

    Et ton corps sera percé

    De troubles étoiles bleues

    Qui s’éteindront une à une

    Jean-Noël Cuénod 

     

     

    unephoto.canalblog.com Photo GT Valck

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  • Extrême droite et extrême gauche, même violence?

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    Après la mort en France d’un jeune militant antifasciste frappé par un membre des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, le président de l’UMP Jean-François Copé a mis l’extrême droite et l’extrême gauche dos à dos.

     

    Les violences de ces deux extrémismes sont-elles de nature identique et doivent-ils être jetés dans le même panier de crabes aux pinces tranchantes? Non. Une fois encore, les politiciens français parlent plus vite qu’ils ne pensent. Du moins, quand ils pensent.

     

    Certes, recevoir un coup provenant d’un néofasciste ou d’un anar du «Black Bloc» fait mal dans les deux cas. L’auteur de ces lignes peut témoigner, dans sa chair, de la brutalité du service d’ordre de la CGT, à l’époque où ce syndicat servait de courroie de transmission au Parti communiste. De même, les méthodes des hitlériens et des staliniens se rejoignent dans le totalitarisme.

     

    Mais nous ne vivons plus dans les années 1920-1930, lorsque l’extrême gauche et l’extrême droite étaient de taille à peu près équivalente dans de nombreux pays d’Europe. Aujourd’hui, l’extrême droite atteint un volume plus important que celui de l’extrême gauche et la dépasse nettement en virulence. En France, l’extrême gauche n’a que rarement débordé les manifs mises sur pied par les syndicats, notamment contre le régime des retraites. En revanche, la plupart des défilés menés par les catholiques et la droite contre le mariage homosexuel se sont terminés en violences organisées par des groupes néofascistes qui ont cherché, de façon systématique, l’affrontement avec la police.

     

    Aujourd’hui, en France et partout en Europe, le danger, c’est l’extrême droite. La Hongrie nous en offre un sinistre exemple. Mais le phénomène magyar ne se circonscrit pas qu’à ce pays.

     

    Certes, les «Black blocs» qui sévissent dans les cortèges de gauche ne sont pas des bisounours aux auréoles couleur pastel. Mais on ne saurait les comparer aux meutes bien entraînées, organisées, dressées des groupes néofascistes. Leur idéologie centrée sur le chef constitue d’ailleurs un gage quant à l’efficacité de leur violence. Alors qu’en face, c’est plutôt l’anarchie qui règne. Par ce seul aspect, confondre les deux violences relève donc de l’absurde.

     

    Pour les extrémistes de gauche non pacifiques, la violence est un moyen et non pas une fin, le but idéal étant d’atteindre la justice sociale. Cette attitude est périlleuse et erronée, comme l’Histoire nous l’a montré, des moyens violents conduisant à instaurer une société violente.

     

    Mais l’état d’esprit qui la guide n’est pas le même que celui qui anime les extrémistes de droite pour qui la violence est toujours une fin. Elle est revendiquée comme le ferment d’une société organisée en fonction d’une hiérarchie rigide et fondée sur la discrimination raciste et sexiste, cette violence des violences.

     

    Jean-Noël Cuénod

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    L'avis d'un spécialiste de l'extrême droite interviewé par France 3. A noter son constat: les policiers français se sont plus occupés des extrémistes de gauche que de ceux de droite.

     

  • A la Galerie ART Aujourd’hui: la sérénité après l’orage

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    La Galerie parisienne ART Aujourd’hui aime le contre-pied. Après l’expression poussée au plus fort de ses feux - avec Bernard Thomas-Roudeix, Bernard Le Nen et Jörg Hermle dont l’exposition s'est terminée dimanche 9 juin (lire aussi dans ce blogue «Trois grands créateurs à la force fragile») -, Marianne Rillon et son équipe ont choisi la sérénité, parfois teintée d’humour. «Ineffables présences», tel est le beau titre choisi pour cette expo qui commence mercredi 12 juin et se terminera, jour de gloire, dimanche 14 juillet. Elle présentera les peintures de Franck Duminil, Pierre Duclou, Yutaka Imaï et les sculptures de Pascale Proffit.

     

    La sérénité, donc. La zénitude, comme le disent les médiacrates qui ignorent tout du Zen mais trouvent le mot vachement smart. Et même hypercoule. Mais pour en faire quoi? Si la sérénité consiste à tirer la prise de l’intelligence pour roupiller, les pharmacies offrent toute une gamme d’hypnotiques à même de vous satisfaire. Nul besoin d’œuvre d’art. Si la sérénité est vécue comme un état d’évacuation de tous les parasites qui empêchent de prendre conscience de votre être véritable, alors l’œuvre d’art devient le véhicule qui permet d’entrer dans votre labyrinthe intérieur, d’y évoluer sans vous y perdre. En ce sens, l’œuvre est un mandala. D’ailleurs, chacun à leur façon, les quatre artistes offrent leur mandala que vous transformerez en fonction du paysage propre à votre labyrinthe.

    Duminil.jpg

     

    Né à Paris en 1933, Franck Duminil est un artiste d’envergure internationale. Marianne Rillon le présente ainsi: «Il n’est pas un peintre abstrait au sens le plus commun du terme. Il est bien au-delà. Un peu à la manière des anciens peintres chinois, il saisit le monde hors de ses traits distinctifs (…) L’incomparable présence de son œuvre tient précisément en cette plongée dans l’indéfini qui n’est ni l’imprécis ni l’indécis, mais l’ouverture à tous les possibles.»

    Pour sa part, le Plouc est fasciné par un détail de l’œuvre Parallèle de brume choisie comme illustration ci-dessus. Duminil a créé trois petites traces, une de couleur jaune dans la partie supérieure, une autre de même teinte en bas à gauche et une troisième, rouge, en bas à droite. Il se forme ainsi un triangle. Pénétrez à l’intérieur de cette figure. Et tout peut arriver. A vous de faire le travail.

     

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    Pierre Duclou, né en 1957 en Seine-Saint-Denis, a été formé par le peintre et céramiste Jean-Marie Guyoton. Marianne Rillon conseille cette approche de l’artiste: «Les œuvres de Pierre Duclou sont rebelles à toute analyse: vouloir les décomposer pour croire en saisir le sens est une erreur. Elles frappent le regard d’un coup et il faut en faire une lecture globale. Ensuite seulement, l’œil sera libre de cheminer où bon lui semblera».

    L’artiste (cf. l’illustration ci-dessus d’une de ses œuvres sans titre) utilise plusieurs techniques et s’empare des tons les plus variés sans jamais donner l’impression d’un fouillis. Au contraire, c’est le sentiment d’unité qui domine. Un cheminent du multiple vers l’unique. Duclou accomplit ainsi le célèbre impératif ésotérique: «Réunir ce qui est épars».

     

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    Le Japonais Yukata Imaï (1945) a choisi une démarche différente, il part de l’unité pour l’approfondir. Pour Marianne Rillon, «un tableau d’Imaï donne peu à voir. Presque rien. Mais l’étonnement envahit immédiatement celui qui regarde (…) La minutie de la technique picturale, qui procède par petites touches, proscrit toute spontanéité et geste aléatoire (…) Le tumulte et la vanité du monde s’effacent tandis que s’installe le silence».

    Le Plouc est aussi saisi par un aspect étonnant de l’œuvre d’Imaï présentée ci-dessus (titre; Refuge): sa sensualité. Certes, la figure fait songer à celle d’un sein. Mais ce n’est pas seulement cet aspect qui provoque la sensation charnelle, c’est l’ensemble des éléments du tableau. L’esprit et la chair ne sont pas séparés mais se fondent sans se confondre. Ils sont deux fonctions d’un seul et même mouvement cosmique

    Proffit.jpg

    .

     

    La Montmartroise Pascale Proffit (1951) est née dans une famille vouée au théâtre. La sculptrice sait donc mettre en scène et créer des personnages issus de son imagination foisonnante et souriante. Explications de Marianne Rillon: «Chez elle, la fantaisie et la poésie dominent la figure. Extravagantes et invraisemblables, ses créatures imposent leur puissance émerveillée qui pulvérisent les conventions. Ces joyeuses gargouilles n’ont de logique que celle des rêves. Elles ont l’air de se moquer de nous comme d’elles-mêmes».

    Pour le Plouc, ce Lever de soleil (ci-dessus) est une petite merveille qui dépasse le rire ou le sourire qu’elle provoque. Le Créateur ne se prend pas au sérieux. Mais alors pourquoi ses créatures n’en font elles pas autant? Elles seraient enfin libres. Car toute liberté commence par la fonte des chaînes de son ego dans la forge des éclats de rire.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    Renseignements pratiques

     

    Galerie ART aujourd’hui

     La galerie est ouverte du JEUDI au DIMANCHE inclus, de 15h à 20h

    8 rue Alfred Stevens - 75009 Paris

    +33 (0) 1 71 37 93 51

    contact@galerie-art-aujourdhui.com

     

     

     

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  • Faut-il interdire les fachos des Jeunesses nationalistes révolutionnaires?

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    JNR-2.jpgPS: sur la Légende: sur cette photo des JNR devant la statue de Jeanne d’Arc à Paris, figure en incrustation leur devise: «Croire, combattre, obéir». C’est la traduction du célèbre slogan des fascistes italiens de l’entre-deux-guerres: «Credere, obbedire, combattere»

    Le premier ministre français Jean-Marc Ayrault vient d’annoncer la dissolution prochaine des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), groupuscule fasciste. Cette déclaration tombe le même jour que la mise en examen du principal suspect, un membre des JNR, pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Il est accusé d'avoir porté les coups mortels au jeune militant antifasciste Clément Méric lors de la rixe de mercredi dernier, rue Caulaincourt à Paris. L'autopsie a démontré que la victime est morte des coups qui lui ont été infligés et non de sa chute sur le trottoir.

     

    Ayrault a-t-il raison d’interdite les JNR? Appelons tout d’abord un chat, un chat. Les médias tournent autour du pot puant en parlant d’«extrême droite», d’«extrémistes» sans employer le mot qui les qualifie: fascistes. Ils se comportent comme tels, développent la même idéologie raciste et n’ont pour théorie que la force brutale.

     

    Cela dit, la dissolution des JNR ne résoudra rien. Elle risque même d’aller à fin contraire. L’histoire l’a systématiquement démontré. Chaque fois qu’une ligue factieuse était dissoute, elle réapparaissait aussitôt sous une autre forme. Et chaque fois, la dissolution a rempli de venin nouveau la poche à haine des fachos. Ce qui était vrai hier, l’est encore plus aujourd’hui. Ces groupes s’organisent par le truchement des réseaux sociaux, Tweeters, Facebook, etc. et changent de dénominations. Ce sont des nébuleuses et non des partis structurés. Et on ne dissout pas une nébuleuse.

     

    La dissolution des JNR donnera la trompeuse impression que le gouvernement agit, qu’«il fait quelque chose». Car en ces temps merdiatiques, l’exécutif doit toujours démontrer devant les caméras qu’«il fait quelque chose». Surtout, s’il ne fait rien.

    Il en va des fachos comme des dileurs de drogue. Vous les chassez d’un lieu, ils s’organisent ailleurs mais alors, les policiers perdent leur temps à retrouver le nouveau point de fixation. Un temps perdu par la police, mais qui ne l'est pas pour les fachos. La méthode allemande qui consiste à infiltrer ces mouvements se révèle nettement plus efficace. Elle demande de l’ombre et des moyens. Or, en France, les gouvernements n’aiment pas l’une et ne possèdent pas l’autre. Il faudra tout de même bien en passer par là, car la virulence des fascistes du XXIe siècle devient un danger pour les démocraties européennes.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

     

     

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  • Des habits neufs pour le protestantisme libéral

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     La nébuleuse évangélique prend chaque jour plus d’ampleur. Dans les banlieues françaises, ses lieux de culte font concurrence aux mosquées. En Amérique latine, les évangéliques attirent un nombre toujours plus élevé de catholiques. En Afrique, en Asie, ils croissent de façon galopante.

     

    Dans cette branche du protestantisme, il y a tout et son contraire: le pire et le meilleur, l’obscurantisme et la ferveur, l’intolérance et la fraternité, l’étroitesse d’esprit et l’ouverture du cœur. C’est un foisonnement qui ne s’embarrasse pas de cohérence doctrinale. Devant ce bouillonnement, le protestantisme «classique», souvent d’inspiration libérale - qui a forgé une grande partie de la culture démocratique occidentale -, se trouve démuni.

     

    Les chants, la danse, les manifestations du «parler en langues» des pentecôtistes, l’expression exubérante de la foi sont observés avec ébahissement par les héritiers de la Réforme, soucieux de promouvoir le protestantisme des Lumières, fondé sur le libre examen de sa conscience, l’interprétation personnelle et raisonnée de la Bible, la répugnance envers toutes les manipulations mentales et la prudente réserve vis-à-vis des autorités spirituelles.

     

    Entre les évangéliques portés par l’émotion et les réformés libéraux animés par la raison, le fossé n’est pas large, il se révèle océanique. Cette confrontation n’est d’ailleurs que la perpétuation d’un antagonisme fort ancien qui a traversé toute l’Histoire du protestantisme.

     

    Dans notre société axée sur l’image et l’émotivité, il n’est point besoin d’être prophète pour deviner qui sera le gagnant de ce «bras d’esprit». Lors des cultes protestants «classiques», l’ennui règne souvent. Et ce ne sont pas les cantiques du Psautier romand qui vont réveiller les dimanches matin au temple. Or, en cette période déstabilisée et déstabilisante, froide et virtuelle, inégalitaire et anxiogène, les chrétiens sont forcément attirés par la chaleur communicative des cultes évangéliques. Ils y cherchent la puissance consolatrice qui leur fera reprendre pied.

    Dès lors, le message de liberté diffusé par le protestantisme libéral risque fort de ne plus être audible. Et que vaut le plus intelligent des sermons, si aucune oreille ne lui prête attention?

     

    Les réformés «classiques» doivent donc se... réformer - conformément d’ailleurs à l’un des six grands principes du protestantisme - en laissant un espace au corps, à la chaleur humaine, à l’expression vivante de la foi au cours de leurs cultes. Cet espace ne peut être ménagé que par une liturgie nouvelle.

     

    Les réformés se sont toujours montrés fort réticents à «scénariser» leurs offices. Mais s’ils veulent continuer à transmettre le bel héritage de la liberté chrétienne, ils devront mettre de l’eau pétillante dans leur vin.

     

    Jean-Noël Cuénod

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    L'une des plus belles figures du protestantisme libéral, le scientifique, explorateur et humaniste français Théodore Monod (1902-2000).

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  • OUVERTURE

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    gouttedeau.jpg

    Dans la goutte d’eau regarde-toi

     Tu es là

    Petit dans l’infiniment petit

        Dérisoire

    Mais indispensable molécule

              Tu demeures

    Ignorant incertain tâtonnant

             Où vas-tu ?

    Jeté dispersé éparpillé

    Egaré

    Tu envies le destin du saumon

           A sa source

    Il remonte en toute certitude

           Clair-obscur

    Tel est ton sort chercheur inquiet

            Dans ta main

    Les lignes de la vie sont muettes

        Désormais

    Tu liras ta chair pour voir l’esprit

     Tu feras

    L’apprentissage des souterrains

     Le soleil

    Parfois vient y prendre racines

              N’attends plus

    Ton moment est venu maintenant

     

    Jean-Noël Cuénod

     

         

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  • Nicolas Sarkozy, un obstacle de taille pour l’UMP

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    Sarkozy,UMP,politique,France

    Vous avez aimé le festival de fraudes et de vacheries lors de l’élection interne du président de l’UMP cet automne? Vous allez adorer la primaire de ce même parti pour désigner son candidat à la Mairie de Paris! Coups tordus, manipulations en tous genres, menaces de toutes sortes caractérisent cette campagne interne.

     

    De plus, à peine le scrutin électronique était-il ouvert dès hier, que des journalistes ont pu le pirater avec une aisance déconcertante. Le grand parti de la droite française ne parvient pas à se débarrasser de ses deux démons, tripatouillage et division.

     

    Pourquoi? Héritière en ligne directe des formations gaullistes, l’UMP souffre d’un mal rédhibitoire pour un parti de type bonapartiste: l’absence de chef. Aucune figure ne s’est encore imposée. Et pour cause, l’ancien patron de l’UMP fait tout pour empêcher l’émergence d’un successeur.

     

    Après sa défaite à l’élection présidentielle de l’an passé, Nicolas Sarkozy devait soit abandonner la vie politique, soit prendre la tête de l’opposition en vue de la reconquête du pouvoir. Il n’a fait ni l’un ni l’autre. L’ex-président s’est retiré tout en ne se retirant pas complètement, a laissé percer sa volonté de revenir sur la scène politique, tout en ajoutant qu’il ne le ferait qu’en cas de catastrophe.

     

    Bref, il frustre les militants de l’UMP de leur besoin d’être commandés. Ils ne savent s’il faut préparer le grand retour de celui qui reste leur héros ou s’il convient désormais de tourner la page pour s’investir dans une nouvelle figure dominatrice.

     

    Tant que Nicolas Sarkozy ne choisit pas entre son retour ou sa retraite définitive, il reste un obstacle pour le développement de l’UMP. Sans chef, le parti de la droite est un bateau ivre livré aux remous des ambitions. Ne sachant sur quel pied danser et lassés par cette valse-hésitation, les électeurs UMP risquent fort d’être emportés par les bras musclés du Front national.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    Sarkozy,UMP,politique,France

  • Les Bettencourt, une passion franco-suisse

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    Les relations entre la France et la Suisse sont d’une rare complexité. Proches par la géographie, l’histoire et même, pour partie, la langue et la culture. Eloignées quant aux modes de gouvernement, à la mentalité sociale et politique. La France ne parvient pas à se repérer dans la foisonnante diversité créée par le fédéralisme. La Suisse reste dubitative devant les «usines à gaz» fabriquées par le centralisme. La France aime le dissensus; la Suisse prône le consensus. Feux de bouche sur une rive du Foron (Pour les non-Genevois, l’étroite rivière qui sépare la Suisse de la France à Genève); robinet d’eau tiède sur l’autre rive.

     

    La complexité s’accroît lorsqu’on aborde les relations spécifiques de chaque canton vis-à-vis du grand voisin. Genève - qui a été annexée et asservie par l’ogre gaulois de 1798 à 1813 – ne peut pas voir la France du même œil que le canton de Vaud – qui doit à la Révolution tricolore d’avoir été libéré du joug bernois.

     

    HamelBettencourt.jpgLes rapports franco-suisses se sont donc toujours révélés aussi étroits  qu’ambigus. Les affaires politico-financières, qui secouent la France à la manière de hoquets chroniques, en administrent la preuve. Toutes ou presque passent par la Suisse. Un livre remarquable, Les Bettencourt , Derniers secrets» - rédigé par notre confrère Ian Hamel (photo) et publié à L’Archipel – en offre la confirmation sur plusieurs décennies. Il trace le parcours de cette «dynastie L’Oréal», devenue la plus grosse fortune de France, à laquelle Nestlé est intimement lié.

     

    Avec le patriarche, Eugène Schueller - créateur du groupe cosmétique et militant d’extrême droite -, sa fille Liliane, qui avait épousé André Bettencourt - proche collaborateur du pater familias et ministre très transparent de l’ère gaulliste - les allers et retours entre la France et la Suisse ont la régularité du métronome. Dans leurs bagages, les secrets d’argent et de politique prennent une place considérable. Ils ne sont pas toujours déclarés en douane.

     

    Aujourd’hui, cette époque évoquée par ce livre est en passe d’être révolue. Le secret bancaire suisse, objet de fascination chronique de la part des médias français, sera bientôt réduit à un paragraphe dans les manuels d’Histoire. La fraude fiscale ne sera pas effacée pour autant, mais elle alimentera d’autres paradis; les banques de tous pays sont certainement en train de s’activer en ce sens.

     

    Les relations entre la France et la Suisse vont évoluer; l’évasion fiscale et les affaires de fric les avaient corrompues. Ce qu’ils perdront en charmes sulfureux et clandestins, les deux pays le gagneront en relations plus franches, plus transparentes, plus saines. Car la Suisse et la France ont besoin l’une de l’autre, sur tous les plans et dans tous les domaines. Que serait la République française sans le Genevois Rousseau et que serait la Suisse moderne sans l’Acte de Médiation de Napoléon Bonaparte?

     

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • L’élection du Conseil fédéral par le peuple: danger usine à gaz!

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     Et pourquoi le peuple n’élirait-il pas le Conseil fédéral? Le Plouc serait prêt à voter cette initiative, même si elle provient de cette peu engageante grosse-moutre UDC. Mais son stylo est resté suspendu au-dessus de la case «oui» du bulletin de vote par correspondance. Et finalement, a coché la case «non». Pourquoi? Entre les deux gestes, Le Plouc a lu les explications relatives à cette votation.

     

    Le problème central de cette initiative est soulevé par cette perspective qui relève du cauchemar pour nombre de Suisses: et si sept Zurichois étaient élus au gouvernement? Pour y parer, les partisans de l’initiative ont prévu un quota de deux conseillers fédéraux au moins provenant des régions francophones ou italophones. On remarque en passant qu’une notion inconnue en Suisse jusqu’alors est ainsi introduite: celle de régions linguistiques, ce qui peut à l’avenir mettre à mal les cantons.

    De même, offrir au gouvernement une onction populaire  lui donnera une charge symbolique très forte, ce qui risque de renforcer son pouvoir et d’affaiblir la démocratie. A cet égard, l’exemple français devrait nous faire réfléchir.

     

    Mais le diable ne se terre pas forcément dans ces détails. Il s’agite dans cette invraisemblable usine à gaz que seuls des cerveaux fumants, fumeux et fumistes ont pu concevoir. Lisez donc cette prose fluide comme un cervelas fondu et extirpée, à grand-peine, du matériel de vote.

     

    Premier temps: tirons la moyenne géométrique

     

    L’initiative prévoit une procédure particulière pour le cas où, au terme de la procédure ordinaire, il n’y aurait pas au moins deux représentants des régions francophones ou italophones parmi les élus: dans un tel cas, les deux sièges réservés à ces régions seraient attribués selon un mode de calcul qui se fonde sur la moyenne géométrique et qui confère ainsi un poids plus élevé aux suffrages des citoyens votant dans les régions francophones ou italophones.

     

    Deuxième temps: multiplions les suffrages

     

    Cette moyenne géométrique se calcule comme suit: le nombre de suffrages obtenus dans régions francophones ou italophones par un candidat domicilié dans l’une de ces régions est multiplié par le nombre de suffrages qu’il a obtenus dans l’ensemble de la Suisse.

     

    Troisième temps: extrayons la racine carrée

     

    On extrait alors la racine carrée du résultat de cette multiplication. Sont élus les candidats qui obtiennent les moyennes géométriques les plus élevées. Les candidats de la Suisse alémanique ou de la Suisse rhéto-romane qui ont obtenu le moins de suffrages dans la procédure ordinaire doivent alors leur céder la place, même s’ils ont obtenu la majorité nécessaire.

     

    Voilà un texte qui est tout, sauf transparent et qui aboutira, en fin de compte, à délégitimer les élus latins qui auront dû leur élection aux combinaisons de la règle à calcul, bien plus qu’aux suffrages du peuple.

     

    Une loi compliquée est une mauvaise loi. Une loi très compliquée est une très mauvaise loi.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Le curé savoyard est Franc-Maçon? Viré!

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    Connaissez-vous la «Congrégation pour la doctrine de la foi»? Jadis, elle s’intitulait Sainte Inquisition et se chargeait de torturer, puis de jeter aux bûchers les humains qui avaient la témérité de ne pas penser dans sa ligne. Avec son appellation contemporaine, elle a rangé dans ses coulisses, fagots et estrapades. Mais l’esprit est resté tel quel: intolérance, tyrannie, haine de la liberté, soif de domination, trahison du message chrétien.

     

    Sa dénomination présente relève en soi du blasphème: une «Congrégation» formée d’humains s’arroge le droit illégitime d’assigner une «doctrine» à la Foi qui est un don de Dieu et ne relève que de Lui seul. Ce faisant, ces inquisiteurs modernes tentent d’enfermer Dieu dans des doctrines trop humaines pour être honnêtes et cherchent ainsi à rabaisser l’Eternel à leur niveau. Mais la Foi n’a que faire de ces doctrinaires ensoutanés. Elle vole librement d’âme en âme.

     

    Le dernier coup tordu des inquisiteurs a pour victime le curé de Megève, le Père Pascal Vesin. A la demande du Vatican, l’évêque d’Annecy Yves Boivineau l’a démis de sa charge. Son crime? Le Père est aussi un Frère, car, selon Mgr Boivineau, il aurait été initié dans une Loge savoyarde du Grand Orient de France. Rome l’a sommé de choisir entre l’Eglise romaine et la Franc-Maçonnerie. Le Père Vesin a refusé ce choix qui relève du terrorisme moral et porte atteinte à ce qui constitue notre qualité d’être humain, la liberté de conscience.

     

    Pour expliquer la décision vaticane, l’évêque Boivineau prétend qu’il y a «incompatibilité entre les principes de la Franc-Maçonnerie et ceux de la foi chrétienne». Mensonges! Que construisaient les Maçons opératifs de jadis? Des Cathédrales. Qui a rédigé la Constitution fondatrice de la Franc-Maçonnerie moderne? Deux pasteurs qui ont voué leur vie à diffuser la Parole du Christ, Jean-Théophile Désaguliers et James Anderson. D’ailleurs, ils proscrivaient l’entrée en Maçonnerie des «athées stupides » et des « libertins irréligieux». Nombre d’hommes d’Eglises ont figuré, figurent et figureront au sein des Loges.

     

    La Franc-Maçonnerie – et particulièrement le Grand Orient de France – prône la liberté absolue de conscience. En quoi ce principe interdirait-il l’entrée des Temples maçonniques aux chrétiens? Au contraire. Cette liberté de conscience fait partie du message chrétien: C'est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude (Epître aux Galates 5. I.

    L’un des rites de la Franc-Maçonnerie, celui du Régime Ecossais Rectifié, puise directement aux sources du christianisme. Et dans les nombreux autres rites maçonniques, les références judéo-chrétiennes foisonnent; aucun d’entre eux ne contrevient aux principes du christianisme énoncés, non pas par les illégitimes officines romaines, mais par les Evangiles, le seul guide fiable des chrétiens.

     Alors, la machine papiste peut bien mouliner ses bulles sectaires, devant la Bible, elles ne sont que gribouillis infâmes.

     Le Plouc a croisé, il y a quelques années le Père Vesin. C’est un bel homme de Dieu qui, dans ses montagnes, a su donner des ailes à la Parole. Nous lui dédions cet extrait de la Profession de Foi du vicaire savoyard de Jean-Jacques Rousseau.

     Pénétré de mon insuffisance, je ne raisonnerai jamais sur la nature de Dieu, que je n’y sois forcé par le sentiment de ses rapports avec moi. Ces raisonnements sont toujours téméraires, un homme sage ne doit s’y livrer qu’en tremblant, et sûr qu’il n’est pas fait pour les approfondir: car ce qu’il y a de plus injurieux à la Divinité n’est pas de n’y point penser, mais d’en mal penser.

     

    Jean-Noël Cuénod

  • Georges Moustaki, éternel métèque, tire sa révérence

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    La poésie en chanson porte le deuil de Georges Moustaki, décédé, mercredi à Nice, d’une affection des bronches. Il venait de fêter ses 79 ans. Depuis plusieurs mois, les habitués de l’île Saint-Louis, au cœur de Paris, ne le côtoyaient plus dans les rues ou chez le glacier Berthillon. Il avait choisi le climat de la Côte d’Azur pour apaiser les symptômes de sa maladie pulmonaire qu’il savait irréversible.

    Georges Moustaki a tiré sa révérence en enregistrant, avec la chanteuse franco-israélienne Orlika, ce titre éloquent: « Il est trop tard », qui est sorti en disque au mois de mars.

    Sa passion pour les voyages et sa faculté de s’adapter à des styles de musique de toutes provenances ont pour source Alexandrie, où il est né le 3 mai 1934. A cette époque, la ville égyptienne est la quintessence du cosmopolitisme. Dans ce chaudron grouillent les cultures juives, musulmanes, chrétiennes, italiennes, arabes, turques, arméniennes, maltaises britanniques et françaises. De son vrai nom Youssef Mustacchi, le futur chanteur est le fils d’un couple grec de religion juive. Son père Nessim parle cinq langues et sa mère Sarah, six. Ils inscrivent Youssef à l’Ecole française d’Alexandrie, qui l’initie à notre culture.

    Les succès de Charles Trenet l’éblouissent. Alors qu’il a 13 ans, sa mère l’accompagne au tour de chant d’Edith Piaf, dont il deviendra le fugitif compagnon onze ans plus tard.

    Bedos, Brassens…

    La tête pleine de chansons françaises, Moustaki s’installe à Paris dès 1951, où son beau-frère le poète Jean-Pierre Rosnay l’embarque dans son groupe, le JAR (Jeunes auteurs réunis), dont les membres s’appellent par dérision les «jarivistes». Parmi eux figure Guy Bedos. Peu après, Georges Brassens les rejoint. Convaincu par les premières chansons de Moustaki, il devient son mentor. Youssef abandonne son prénom pour choisir celui de Georges, en hommage à son modèle et soutien.

    Vendeur de livres de poésie au porte-à-porte — une nourriture plus spirituelle que calorique —, chanteur de rue et de terrasse, Georges Moustaki devient pianiste de bar, activité qui lui permet de pousser parfois sa propre chansonnette. Il parvient à se faire engager dans les cabarets parisiens des années 50, lieux d’éclosion des plus grands talents de la poésie chantée. Il enrichit son répertoire qu’il propose à des vedettes comme Henri Salvador, et collabore avec le sublime guitariste Henri Crolla. Après son mariage avec la seule femme que ce séducteur a épousée, Moustaki devient en 1954 père de Pia, qui choisira, elle aussi, de faire carrière dans la chanson.

    Intense rencontre avec Piaf

    Sa rencontre, grâce à Crolla, avec Edith Piaf en 1958 va bouleverser sa vie. La liaison de Georges Moustaki avec ce volcan à la voix d’or ne tiendra qu’une année mais elle lui a semblé «avoir duré dix ans», avouera-t-il plus tard, tant la vie avec la Piaf est trépidante. Il compose pour elle les paroles de l’un des plus grands succès de la star,Milord.

    Malgré quelques essais discographiques comme interprète, Georges Moustaki, au début des années 60, est surtout apprécié en tant qu’auteur et compositeur. L’acteur devenu chanteur Serge Reggiani lui doit ses meilleurs tubes. En tout, Moustaki a écrit 300 titres pour Yves Montand, Juliette Gréco, Barbara… Ce travailleur aura l’élégance de paraître paresseux.

    Le métèque sort de l’ombre

    Georges Moustaki connaît la gloire en tant qu’auteur-compositeur-interprète en 1969, avecLe métèque. Sa voix sourde et lumineuse à la fois, solaire mais voilée de brume marine séduit enfin. Surtout, la chanson correspond à l’air du temps — celui de Mai 68, auquel Moustaki participe avec enthousiasme — en évoquant un monde sans borne, fait de liberté pour chacun et de pain pour tous. Un engagement qui dure, puisque l’an passé, ce doux révolutionnaire appelle à voter Philippe Poutou, le candidat trotskiste du NPA, à l’élection présidentielle. Le voilà un an après qui part ailleurs avec sa guitare.

    Jean-Noël Cuénod

    Ecoutons-le

    Je vous chante ma nostalgie

    Ne riez pas si je rougis

    Mes souvenirs n’ont pas vieilli

    J’ai toujours le mal du pays

    Alexandrie.  

    Dir’ qu´il faudra mourir encor

    Moi qui suis souvent déjà mort

    Oui, mort d´amour et de plaisir

    De quoi pourrais-je mieux mourir?

     

    ESPACE VIDEO

  • Tactiques parallèles de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon

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    Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont en commun la véhémence. Aujourd’hui, c’est ainsi que l’on fait de la politique en France et aussi ailleurs, à ouïr nos «grandes gueules» de l’UDC en Suisse et du MCG à Genève. Il est vrai que vociférer des imprécations est un exercice nettement moins épuisant pour les cervelles politiciennes que de réfléchir à une situation sociale et économique diablement compliquée par la société globalisée.

     

    Les deux figures françaises des extrêmes de droite et de gauche partagent une autre similitude: elles déploient la même tactique vis-à-vis de leurs grands voisins idéologiques. Leurs objectifs sont parallèles: Marine Le Pen cherche à démolir l’UMP et Jean-Luc Mélenchon veut en faire de même à l’égard du Parti socialiste. S’ils lancent leurs assauts maintenant, c’est que la calamiteuse situation des deux formations de gouvernement les y engage.

     

    L’UMP paraît plus divisée que jamais. La récente réconciliation entre François Fillon et Jean-François Copé n’est que de façade. Leurs dévorantes ambitions sont trop concurrentes pour qu’une véritable entente intervienne. A ce conflit s’ajoute une myriade d’autres qui opposent entre eux les seconds couteaux (habiles à se planter dans le dos du voisin). Mais le mal qui ronge l’UMP ne se résume pas qu’à ces fumantes et fumeuses batailles d’ego boursouflés. L’aile droite de cette «Union», qui ne mérite pas son nom, partage bien plus de convictions avec le Front national qu’avec son aile modérée que rien ne sépare des centristes de l’UDI fondée par Jean-Louis Borloo.

     

    Cette configuration permet à Marine Le Pen de jouer sur du velours. Avec son mouvement «Bleu marine», elle a créé un sas pour les membres de l’UMP que l’étiquette Front national gênerait encore.

     

    L’autre parti de gouvernement, le PS, ne se porte guère mieux. Les socialistes se montrent eux aussi divisés entre sociaux-libéraux et aile gauche. Les uns veulent assouplir le Code du travail et faire avaler d’amères pilules à leur électorat des classes moyennes. Les autres rêvent d’une participation active et centrale de l’Etat dans la réindustrialisation. Plus le temps passe, plus ces divergences s’exacerbent.

     

    Le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon attise donc les contradictions internes du PS afin de provoquer une rupture radicale entre les deux grandes tendances qui se déchirent jusqu’au sein du gouvernement. Une partie des troupes du PS serait alors aimantée vers Mélenchon qui se verrait bien en soleil autour duquel graviteraient les communistes, les divers mouvements gauchistes, les socialistes de gauche, sans oublier les Verts.

     

    Si les scénarios des deux Fronts se réalisaient, la France aurait pour figures politiques dominantes Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il faudrait alors débaptiser aussitôt la place de la Concorde*.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    *Voir la vidéo

    ESPACE VIDEO

     

     

     

  • AU FIL DES PLUIES

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    Aigle au ventre d’or

    Que les parfums portent

    Au-dessus des herbes

    Scrute la montagne

    Et ses doux replis

    Tu y trouveras

    Le songe des femmes

    Qui s’accroche aux rocs

    Pour donner leur chance

    Aux hommes des plaines

    Aveugles errants

     

    Aigle au ventre d’or

    Contemple le songe

    Ne l’emporte pas

    Dans ton bec solaire

    Ne l’agrippe pas

    Dans tes serres sanglantes

    Laisse-le aux hommes

    Qui le recevront

    Au fil des pluies

    Et un jour peut-être

    Ils le comprendront 

     

    Jean-Noël Cuénod

    Crédit photo: www.oiseaux.net

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  • La loi sur le mariage gay est validée: de quoi se mêle l'Eglise catholique?

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    La loi sur le mariage homosexuel est inscrite dans le droit. Elle a passé les filtres du parlement et du Conseil constitutionnel. Pourtant, par la voix du cardinal Barbarin  - archevêque de Lyon et à ce titre primat des Gaules -, l’Eglise dite catholique(1)  poursuit le combat: «Je pense que cette loi provoquera plus de trouble. Si elle passe, c’est évident que je continuerai ma mission», a-t-il déclaré vendredi devant les caméras d’Orange-Le Figaro (cf. l'intégralité de son intervention où il aborde d'autres sujets dans ESPACE VIDEO).

     

    Que l’Eglise romaine fasse entendre sa voix pendant le débat qui a précédé l’adoption de ce texte, qu’elle organise des manifs à grande échelle pour s’y opposer, c’est dans l’ordre des choses démocratiques. Mais qu’elle maintienne ses consignes de bataille, alors que le mariage gay est devenu, en toute légalité, une loi de la République, cette Eglise sort de son rôle et dévoile ce qui constitue, de tout temps, sa véritable nature: une institution de domination qui prend en otage la sublime figure du Christ pour cacher ses desseins trop humains.

     

    De quoi se mêle-t-elle, cette Eglise? La République ne cherche pas à lui imposer de consacrer religieusement une union entre personnes de même sexe. Si tel avait été le cas, l’institution aurait, à bon droit, protesté en brandissant la Loi de 1905 qui sépare en France Etat et religions. Maintenant que le «mariage pour tous» est devenu réalité juridique, qu’elle respecte, à son tour, cette séparation. On ne saurait s’en prévaloir lorsqu’elle nous arrange et en faire fi lorsqu’elle nous dérange.

     

    En poursuivant son combat, que cherche-t-elle? A changer la loi? Tous ses recours sont épuisés. A entrer dans le jeu politique pour que, chassant la gauche du pouvoir, la droite abroge le mariage gay? Tout d’abord, il n’est guère probable qu’en cas d’alternance, la droite se lance dans une telle mesure qui tiendrait du casse-tête juridique. Ensuite, l’Eglise romaine ne pourrait plus prétendre se situer au-dessus de la mêlée. Elle y entrerait au beau milieu. Et foi d’ancien pilier de rugby, dans une mêlée, on prend beaucoup de coups! De ce mauvais combat, le catholicisme en sortirait encore plus cabossé qu’il ne l’est. 

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

    (1)    Selon l’étymologie grecque, «catholique» signifie «universel». Or, l’Eglise qui se prétend telle n’est qu’une branche, parmi d’autres, du christianisme, ni plus ni moins. Elle ne saurait donc prétendre à l’universalité. En tant que chrétien, je n’accepte pas qu’une institution qui doit plus à César qu’à Dieu veuille parler en mon nom.

     

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  • Emeute du PSG : le foot parisien entre Qatar et Clignancourt

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    PSG.jpgLe football occupe à Paris une place étrange. Dimanche passé, lorsque le Paris Saint-Germain (PSG) a conquis son titre de champion de France – ce qui n’était plus arrivé depuis dix-neuf ans –, les rues populaires du XIIIe arrondissement ne vibraient d’aucune ferveur particulière. Elles frissonnaient plutôt sous l’effet d’un printemps glacial. On imagine sans peine l’explosion de joie qui aurait parcouru tout Marseille, des quartiers Nord au Vieux-Port, si l’OM avait remporté le championnat.

     

    Le lendemain soir, c’est une mau- vaise fièvre qui a saisi Paris, et plus particulièrement le Trocadéro. L’équipe du PSG devait y recevoir son trophée et, loin de la liesse, c’est l’émeute qui a éclaté dans ces beaux quartiers. Passons sur la nauséabonde récupération politique des événements par l’UMP et la pitoyable transformation de bedonnants conservateurs en agitateurs «djeunes» qui tapent sur le gouvernement en épargnant les casseurs. Il est vrai qu’on prend moins de coups à ce petit jeu de massacre.

     

    Le plus intéressant réside dans la provenance sociale et géographique des émeutiers. L’un d’entre eux, au micro de France-Info, met cartes sur table: «On est venu fêter la victoire des Clignancourt. C’est un prétexte, en fait. C’est un prétexte pour faire la guerre sur les Champs (ndlr: les Champs-Elysées). On va tout casser. On s’en fout du foot.» Pourquoi cette allusion à Clignancourt? Il s’agit de l’un des derniers quartiers parisiens restés populaires.

     

    L’émeute exprimerait-elle la rage du peuple «d’en bas» contre les «bobos», cette nouvelle classe des bourgeois bohèmes mondialisés qui tient désormais le haut du pavé (et bientôt tous les pavés) à Paris? Il faut se garder des apparences et des conclusions hâtives. Après tout, parmi les casseurs, il y avait aussi des jeunes gens bien coiffés et à la mise onéreuse qui sont gentiment rentrés chez papa-maman à Neuilly après s’être défoulés avec la «racaille». Toutefois, on ne saurait écarter l’aspect social de cette revanche de Clignancourt sur le Trocadéro.

     

    De création récente (il a été fondé en 1970), le PSG reste un club hors-sol, contrairement à l’Olympique de Marseille qui soude sa ville depuis 1899. Son rachat par le fonds souverain du Qatar a encore accentué cet aspect. Le club parisien constitue un élément parmi d’autres dans le marketing de ce petit émirat qui voit grand, comme l’explique magistralement un livre qui vient d’être publié chez Fayard, Le vilain petit Qatar, de Jacques- Marie Bourget et Nicolas Beau.

     

    C’est ainsi que le club de la capitale française est devenu le panneau publicitaire d’un émirat proche-oriental qui soutient à la fois les Frères musulmans et le Credit Suisse (le fonds souverain du Qatar en est l’un des principaux actionnaires). On appelle ça «mondialisation». Et, pour reprendre l’expression locale, Clignancourt «n’en a rien à battre», d’une telle équipe.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

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    L'interview des "Clignancourt" sur France-Info

  • Esclavage: Comment réparer l’irréparable?

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    Comment indemniser les descendants d’esclaves? Comment réparer l’irréparable? Ces questions ont surgi, hier, en France, à l’occasion de la Journée nationale consacrée à la mémoire de l’esclavage et son abolition. La tendance impulsée par les Etats-Unis à saisir la justice comme lieu de réparation des injustices historiques a ses limites. Avec le génocide, l’esclavagisme est l’un des pires crimes que l’humain puisse commettre contre ses semblables. Dès lors, aucun arrêt de Cour ne saurait servir à l’horreur d’attestation de solde pour tout compte.

    La justice n’est pas un substitut à l’action politique et à l’enseignement historique; toutefois, elle est capable de tenir son rôle lorsque les crimes de masse ont été commis à une époque point trop reculée. Les responsabilités peuvent encore être établies et les faits mis au jour; les témoins ou leurs descendants directs sont encore vivants.

    Mais il existe un certain niveau de dilution dans le temps qui rend l’action en justice inopérante. Imaginerait-on les descendants suisses des huguenots réclamer des indemnités à la France? Dans le cas de l’esclavage, cette responsabilité se révèle particulièrement diluée. La traite humaine n’a pas été le fait que de la France, de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis. Toutes les nations ont participé à cette économie de l’esclavagisme, en Europe mais aussi en Asie, aux Amériques, dans le monde musulman. Dès lors, rechercher des responsabilités, au sens juridique du terme, ne ferait qu’ouvrir la boîte de Pandore des haines réciproques.

    Vouloir réparer l’irréparable, c’est se donner bonne conscience pour éviter de réparer ce qui peut l’être ici et maintenant, en menant une politique active contre les discriminations à l’embauche et en contrant systématiquement la propagande de l’extrême droite.

    Jean-Noël Cuénod

     

    NB :

    L’illustration en tête du texte est tirée de ce site : http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/servitude.htm

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    Le président François Hollande célèbre la Journée du 10 mai au Jardin du Luxembourg et explique sa position sur l'indemnisation par la France des victimes de l'esclavage (FranceTV Info).