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  • Le « populisme », cet allié de la mafia des passeurs

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    Quel est le point commun entre la prohibition de l’alcool, le trafic des stupéfiants et les passages clandestins de migrants ? Dans les trois cas, la répression n’a fait que développer et renforcer le pouvoir des mafias, sans résoudre aucun des problèmes qu’elle était censée éradiquer.

    Au début du XXe siècle, les Ligues de tempérance lancèrent contre l’alcoolisme une guerre qui aboutit en 1919 à l’interdiction des ventes d’alcool aux Etats-Unis. Devant l’échec patent de la prohibition le gouvernement américain l’abandonna en 1933. Le bilan ? Jamais, les Américains n’ont autant bu que durant cette période. Pire, la répression policière a eu pour principal effet de permettre à la mafia de passer du stade de petit artisanat à celui de grande industrie. Avant la prohibition, les clans mafieux turbinaient chacun dans leur coin de façon artisanale. L’achat d’alcool ne pouvant s’effectuer que de façon clandestine, les mafieux ont vu là un créneau inespéré à occuper. Ils étaient infiniment mieux armés – dans tous les sens du terme – que les honnêtes commerçants pour fournir ce service. Bien entendu, les policiers ont perfectionné leur arsenal répressif. Les petits mafieux locaux ont dû s’adapter en franchissant un palier supérieur et en s’organisant sur des territoires de plus en plus vastes avec des clans de mieux en mieux structurés. A chaque progrès dans la répression correspondait une amélioration du dispositif mafieux. Cette période a fait la fortune, la gloire et la puissance des chefs Al Capone, Frank Costello, Meyer Lansky, Bugsy Siegel et Lucky Luciano.

    L’échec historique et spectaculaire de la prohibition américaine n’a pas entamé d’un iota cette passion de la répression qui étreint les élus et leurs électeurs au détriment de la réflexion et du bon sens.

    Nous avons répété la même faute avec le trafic des stupéfiants. Et le même processus infernal s’est enclenché automatiquement mais cette fois-ci à l’échelle mondiale. Les polices ont certes – un peu – amélioré leur collaboration transnationale mais les mafieux se sont organisés globalement de façon nettement plus efficace. Et de nouveau chaque progrès dans la répression du trafic a eu pour résultat de concentrer le maximum de pouvoir dans les mains des mafias.

    Aujourd’hui, le trafic des êtres humains – faussement dénommés « migrants » alors qu’il s’agit de réfugiés – devient encore plus lucratif que celui des stups. Et les mafias ont aussitôt investi ce secteur. Selon un rapport du contre-amiral français Hervé Blejean, une seule embarcation de clandestins génère jusqu’à 380 000 euros de bénéfice pour les passeurs.

    Bien entendu, les mêmes causes génèrent les mêmes effets : on élève des murs, on se barricade, on tend des barbelés, on contrôle, on surveille, on fouille et les passeurs passent à travers les mailles du filet. Plus les mailles sont resserrées, plus les mafias progressent pour les élargir ou les contourner. L’opération Sophia lancée en juin 2015 par l’Union européenne a mobilisé 22 Etats membres pour lutter contre les réseaux mafieux. Le bilan est d’une affligeante maigreur : 894 000 migrants sont arrivés sur les rivages méditerranéens de l’Europe pour la seule année 2015.

    Nous réitérons inlassablement la même erreur. Erreur ? Au fond en est-ce une ? Après tout, les trafics illicites, quels qu’ils soient, n’engraissent pas que les passeurs. Leur répression créé une économie licite, elle, par les biais des agences de sécurité privées, des entreprises de matériels militaro-policiers et autres commerces qui sont liées à ces activités. Cela permet aux dirigeants politiques de faire du battage démagogique, très utile pour masquer leurs indigences.

     Et puis, les grands vainqueurs de cette débâcle demeurent les partis dits « populistes » qui disposent ainsi d’un juteux fonds de commerce électoral sans fatiguer leurs méninges. Les Le Pen en France, les Blocher en Suisse, les Orban en Hongrie, les Strache en Autriche sont les meilleurs alliés des passeurs mafieux. En appelant à élever des murs, ils assurent la prospérité de ceux qui vont les contourner.

    Il faudra bien un jour que les peuples se réveillent de leur rêve tout-répressif et réfléchissent, la tête froide, à des solutions enfin réalistes pour surmonter les problèmes que tous les trafics illicites révèlent.

    Jean-Noël Cuénod

  • Société de la haine et de la hargne

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    Robert Mitchum dans « la nuit du chasseur », un film de Charles Laughton (1955).

    Rien de tel que les faits-divers pour prendre le pouls d’une société. Ils vous arrivent en pleine face, sans être enrobés de mélasse oratoire. Apparemment, ils semblent ne rien à voir les uns avec les autres. Apparemment…Ainsi, il serait malvenu, à première vue, de mettre en relation l’odieuse agression antisémite dont fut victime un garçonnet de 8 ans avec la grotesque « émeute Nutella ».

    Pourtant, l’un et l’autre mis en perspective apportent sur notre réel un éclairage cru au moment où nous cherchons à fermer les yeux. Ils illustrent d’un côté, la haine sécrétée par le communautarisme, cette forme collective de l’égoïsme ambiant, et de l’autre, la hargne du « tout-pour-ma-gueule ».

    La haine. – Lundi vers 18h.30, un garçonnet juif de 8 ans, dont l’appartenance religieuse était clairement identifiable par le port de la kippa, des papillotes et des franges (tsitsit) à sa ceinture, cheminait à Sarcelles pour se rendre à un cours de soutien scolaire. Une bande d’ados de 15 à 16 ans l’attendaient en se dissimulant derrière des poubelles pour le jeter au sol et le rouer de coups. Pour échapper à ce passage à tabac, le petit a eu le réflexe de se cacher sous une voiture. On imagine le traumatisme. Saisi de cette affaire, le Parquet de Pontoise a estimé que cette agression avait l’antisémitisme pour mobile.

    Trois semaines auparavant, dans cette même ville de Sarcelles – 57 412 habitants, un tiers appartenant à la communauté juive et un tiers, à la musulmane – une lycéenne juive de 15 ans a été frappé au visage par un homme d’une trentaine d’années. Bien que la victime portât l’uniforme de son lycée juif au moment des faits, le mobile antisémite n’avait pas été retenu par le Parquet.

    La hargne. – La semaine passée à Beauvais et ailleurs, une baisse de prix promotionnelle du pot de Nutella à Intermarché a provoqué une émeute, les chalands se battant pour s’arracher cette pâte brunâtre gavée de sucre et d’huile de palme, vendue 1,41 euro le pot au lieu de 4,70. Mardi, rebelote : cette fois-ci, Intermarché bradait les couches-culottes à moins 70%, comme pour le Nutella. Et même scène déprimante – cette fois-ci à Metz-Vallières – de clients entrant en mêlée pour remplir leur panier. Que l’on n’insinue pas, à l’instar de certains médias, qu’il s’est agit d’une ruée des pauvres sur des produits à prix cassés. Condescendance bien parisienne. Parmi les nutellavores et les damnés du Pamper’s les plus déterminés, il y avait certainement des quidams au portefeuille bien garni. Rien à voir avec une émeute de la faim.

    Là, je vous sens agacé. « Mais où veut-il en venir, le Plouc ? ». A ce point-ci : ces deux séries des faits-divers illustrent l’enfermement dans lequel nous piège la société présente. Enfermement au sein d’une communauté confessionnelle, repliée sur ses quartiers, son entre-soi fait de textes religieux décontextualisés, d’une culture du complot et du bouc-émissaire. Les communautés musulmanes sont souvent montrées du doigt à ce propos. Mais elles ne sont pas les seules, loin de là, à se mouvoir dans les Bastilles communautaristes.

     L’ubérisation galopante de l’économie – qui tend à transformer le patron en client et le travailleur en prestataire de service ­­– instaure le « chacun-pour-soi » au rang d’article 1er du Code de survie et l’hypercapitalisme hors-sol développe le repli sur la cellule la plus proche. La finance voulait-elle une économie sans frontière ? Voilà une multitude de murs qui se dressent ! Frontières entre confessions (et non pas « religions », ce mot contenant la notion de « relier »), frontières entre cultures d’origine, frontières entre familles, frontières entre soi et les autres.

    Dans ce monde où chacun est son propre douanier, il n’est pas étonnant que l’on perde tout sens de la vie en commun, que l’on frappe un petit garçon parce qu’il est juif et que l’on se jette comme des fous furieux sur les pots de Nutella en promo.

    Jean-Noël Cuénod

     

     

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  • #BalanceTonPorc, délation ou dénonciation ?

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    Dans le sillage gadouilleux de l’affaire Weinstein et de la diffusion des témoignages de femmes contre le harcèlement sexuel, les réactions machistes ont aussitôt barboté. Les Gluants se sont mués à leur tour en victimes. De quoi ? De délation.

    Alors, dénonciation ou délation ? La confusion pourrait provenir de leur étymologie latine commune, delatio. Le mot denunciatio renvoie plutôt au français « annonce » ou « déclaration » dans le sens de proclamation publique.

    Aujourd’hui, dénonciation et délation ne doivent en aucun cas être fourrées dans le même sac à synonymes. C’est l’intention motrice et le but visé qui sépare radicalement l’une de l’autre.

    Le délateur qui fournit des informations accusatoires sur autrui est animé, en premier lieu, par le désir pervers de nuire. S’il peut, en plus, toucher les deniers de sa trahison, c’est Noël chez Juda. La démarche du délateur est fondamentalement vile. L’information qu’il diffuse, soit publiquement, soit à une personne nantie d’un pouvoir de coercition, peut être véridique. Sous l’occupation, les Juifs signalés à la Gestapo comme tels par leur voisin ou leur concierge appartenaient bien au judaïsme. Mais énoncer cette vérité dans un tel contexte conduisait aux camps de la mort. En cette occurrence, c’est le mensonge qui était louable et la vérité, blâmable.

    Cela dit, le délateur peut fort bien mentir ou diffuser une fausse rumeur. Comme celle-ci par exemple : Jean Boissel, fondateur et directeur du journal collabo Réveil du Peuple, avait affirmé le 31 janvier 1941 dans son torchon que Charles Trenet était Juif, petit-fils de rabbin et qu’il s’appelait en fait « Netter », anagramme de « Trenet ».

    Si le délateur n’est pas forcément un menteur, il peut l’être. Dans tous les cas de figure, il reste un salaud. L’objectif qu’il se fixe demeure abject (assouvissement de la haine, de l’envie …)

    Délation : les hyènes et le corbeau

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    Les délateurs se rangent dans deux grandes catégories qui, elles aussi, peuvent être cumulées. D’une part, les hyènes ; d’autre part, le corbeau.

    Les hyènes procèdent de la meute. Elles clabaudent aux trousses de leur victime, sans se cacher. C’est le cas des écrivassiers au service d’un pouvoir totalitaire ou des folliculaires qui déchaînent les haines racistes ou autres.

    Le corbeau, agit seul, dans l’ombre. Il forge ses lettres délatrices dans le silence des nuits blanches et sous couvert d’un prudent anonymat. Il distille son poison façon goutte-à-goutte létal. Toutefois, il est possible de faire partie de la horde des hyènes le jour et se muer corbeau la nuit. L’un n’exclut pas l’autre. Animal hybride qui aime haïr sur tous les tableaux.

    « Balancer » : une délation ?

    Quid de l’indic qui balance un délinquant aux flics ? Doit-il être considéré comme un délateur ? Le Plouc penche vers la réponse négative. L’indic a pour objectif principal, non pas de nuire à autrui, mais de se glisser dans les bons papiers du policier qui, peut-être, fermera les yeux sur un délit mineur.

     « Balancer » n’est certes pas une activité digne d’éloge. Il n’en demeure pas moins que ceux qui, récemment, ont permis l’arrestation de terroristes ont rendu un sacré service à la société. Mais il est vrai qu’entre la « balance » d’aujourd’hui et le délateur sous l’occupation, la distance est celle d’un ruisselet.

    La légitime dénonciation

    Et le dénonciateur, comment le considérer ? S’il agit dans une intention positive et poursuit un but louable ou noble, celle ou celui qui dénonce ne saurait être assimilé à un délateur. Ainsi, la victime qui accuse publiquement un harceleur sexuel ou un violeur démasque un délinquant ou un criminel. Son annonce publique est de nature à faire cesser la poursuite d’actes qui portent une atteinte grave, voire mortelle aux personnes. Le dénonciateur ou la dénonciatrice fait mal à l’harceleur ou au violeur, mais c’est pour l’empêcher de nuire à la dignité ou à la vie de ses futures victimes. En ce cas, le bien l’emporte, ô combien, sur le mal.

    Autre cas plus précis de légitime dénonciateur : le lanceur d’alerte. Il se rapporte surtout au salarié qui, ayant eu connaissance des actes délinquants, criminels ou moralement répréhensibles de son employeur, les aura dénoncés, malgré les menaces directes pesant sur son emploi. On le sait, la loi en France et en Suisse protège peu ou mal le lanceur d’alerte.

    Qu’en est-il de la femme ou de l’homme qui dénonce une injustice mais touche une rémunération pour ce faire ?  Le fait de recevoir de l’argent pour poursuivre un objectif louable peut entacher la démarche du dénonciateur qui serait ainsi mu par l’appât du gain autant, voire plus, que pour redresser une situation injuste. Toutefois, il n’est pas pour autant un délateur puisque le but reste noble. L’appât du gain n’est pas vil en soi. Cela dépend du contexte et du but qui est visé.

    L’air de la calomnie

    Par conséquent, les machistes qui accusent les victimes de harcèlement de se lancer dans la délation ajoutent le non-sens au caractère odieux de leurs propos. Quand la victime désigne son tourmenteur, elle n’agit pas dans un but vil mais, au contraire, fait acte de courage face à celui qui a usé de son pouvoir pour la soumettre.

     Toutefois, dans la masse des dénonciations contre le harcèlement qui ont suivi l’éclatement de l’affaire Weinstein, il est possible de concevoir qu’une poignée d’entre elles pourraient relever de la calomnie (accusation diffusée en sachant qu’elle est fausse), en provoquant la mise au pilori d’un innocent. Or, la calomnie est un peu à la délation ce que la confiture est à la tartine.

    Le tout-à-l’égout des réseaux sociaux rend malaisé le tri entre le bon grain de l’ivraie. Cela dit, lorsqu’une femme surmonte tous les traumatismes qu’elle a subis pour désigner en plein jour son tourmenteur, elle prend des risques tels – vis-à-vis de son bourreau, de sa famille, de son entourage professionnel et d’elle-même – que la véracité de ses dires est incontestable, sauf apport de preuves contraires.

    La dénonciation est un parcours du combattant, alors que la délation relève de la course du rat.

    Jean-Noël Cuénod

  • Lettre au camarade inconnu

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    Les lendemains chantent sur cette photo d’un ouvrier aux yeux clairs brandissant le poing. Derrière lui, son copain fumeur de pipe se marre comme s’il avait fait une bonne farce aux patrons. Nous sommes le 30 mai 1936, dans l’une des nombreuses usines parisiennes en grève après la victoire du Front populaire. Lettre à un camarade inconnu.

    Cher camarade,

    Je t’écris du futur. De ce futur auquel tu as sans doute voué ta vie. Il y a dans ton regard tout l’espoir du monde. Tu n’étais qu’une fiche dans le casier de l’horloge-pointeuse, te voilà, non plus sujet, mais citoyen. Pour la première fois, tu as prise sur ta vie. Ton usine, c’est toi et tes potes qui la maîtrisent en ce 30 mai 1936. Et le patron devra en passer par les négociations. C’est lui qui tremble, désormais.

     Au début du mois, le Front populaire a remporté les élections. Dans la foulée, les grands bataillons du prolétariat, enfin unis, se lancent dans la bataille sociale. Grèves dans toute la France, usines occupées. La justice et la fraternité semblent à portée de main. Après des années de luttes et de privations, de colères rentrées et de révoltes avortées, toi et les tiens approchent enfin du but. Le socialisme, ce grand soleil qui illuminait tes nuits, est débarrassé de ses brumes. Il fait chaud en ce mois de mai, comme un printemps qui n’en finirait jamais.

    Dans trois mois, les premiers accords de Matignon t’offriront ce que ton père n’osait même pas rêver : les congés payés et les 40 heures de travail hebdomadaire sans diminution de salaire. Tu entends encore ton paternel : « Tu vois un peu le patron nous payer à rien foutre ? Et bosser 40 heures par semaine pour la même paye ? Mais c’est de la folie tout ça ! Ils ne voudront jamais. » Eh bien « ils » ont dû céder ! Le papa et la maman iront bientôt avec les gosses voir enfin la mer.

    Bien sûr, tout ne tombe pas cuit dans le bec. Il faut se battre ; ce que le patron te donne, il cherche aussitôt un biais pour te le reprendre. Dans quelques mois, l’inflation, cette hyène affamée, va bouffer les augmentations de salaire que tu viens d’arracher.

    Bien sûr, tu seras trahi à toutes les sauces durant le XXe siècle. Et par les tiens, qui plus est. Du moins, les tiens qui prendront du galon à l’usine, au syndicat, en politique.

    Si tu es socialiste à la SFIO, tes élus te conduiront dans des guerres, surtout en Algérie, dont tu auras tout à perdre et rien à gagner. Et ils renonceront à combattre le capitalisme pour un plat de lentilles. Copieux d’abord, le plat de lentilles, puis se réduisant au fil des crises, avant que le Parti socialiste lui-même se dilue dans l’impotence.

    Si tu es communiste, tes dirigeants couvriront les pires horreurs du goulag au nom d’une « dictature du prolétariat » qui n’est autre qu’une dictature sur le prolétariat, commise par de nouveaux bourgeois encore plus rapaces que les anciens. Au XIXe siècle, l’anarchiste Michel Bakounine avait pourtant lancé cet avertissement : Prenez le révolutionnaire le plus radical et placez-le sur le trône de toutes les Russies ou confiez-lui un pouvoir dictatorial [...] et avant un an il sera devenu pire que le Tsar lui-même.

    A propos d’anar…Peut-être l’es-tu après tout ? Alors tu en baveras comme tes camarades tués à droite et à gauche, fusillés à Kronstadt par Trotski, éradiqués par Staline, massacrés par Franco et Hitler, assassinés par Mussolini, emprisonnés ici, exilés là. Les anarchistes ne tiennent guère le couteau par le manche. Ils ne t’ont pas déçu, eux. Soyons lucides, ils ne se sont pas souvent trouvés en position de décevoir quiconque.

    Aujourd’hui, tes descendants sont éparpillés dans des métiers improbables et jetables. Remplacé par des décideurs hors-sol, le patron d’autrefois a disparu. On le détestait souvent. On le haïssait parfois. Mais enfin, il avait un visage.

    Le futur n’est plus ce qu’il était, cher camarade. Tu seras vendu, spolié, bafoué. Mais ce moment-là, où tu brandis ton poing joyeux, personne ne pourra te le voler. Il reste inscrit pour l’éternité. Ton regard clair nous assure toujours que l’impossible est possible.

    Jean-Noël Cuénod

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