Politique française - Page 5

  • Pic de pollution et abîmes politiques

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    Dans le métro, le bus, la file d’attente au supermarché ou à la poste, sur le trottoir, à la terrasse du bistrot, tous toussent à Paris. Cette année, la toux n’est pas que l’expression de la saisonnière épidémie de rhume. Les pics de pollution qui se succèdent sont les principaux compositeurs de cet oratorio laryngé.

    Les pieds de la Tour Eiffel baignent dans la poussière vaporeuse des particules fines ; sur les hauteurs de Montmartre, la cuvette parisienne déborde de cette inondation sèche. Les causes sont bien connues : circulation automobile, guimbardes qui roulent au diésel et dans une mesure moindre, chauffage au bois. Mais y remédier, c’est au-dessus des forces du pouvoir politique.

    Les pauvres remèdes prescrits par la Mairie de Paris se révèlent d’une redoutable inefficacité. Supplier les automobilistes de ne pas prendre leur bagnole ou, au moins, de conduire raisonnablement équivaut à tousser dans un violon. La circulation alternée ­ne change rien. Vendredi, le boulevard Blanqui était aussi encombré de véhicules toussophores que d’ordinaire. Même la gratuité des transports en commun n’est qu’une goutte d’air dans un océan de pollution.

    L’agence nationale Santé publique France s’époumone à signaler le danger : chaque année, la pollution provoque la mort prématurée de 48 000 personnes dont 34 000 seraient évitables si des mesures antipollution énergiques étaient prises. Après le tabac et l’alcool, l’air toxique est la troisième cause de mort prématurée. On peut s’abstenir de boire ou de fumer. On ne saurait s’arrêter de respirer.

    Malgré ces mises en garde, la région parisienne (la métropole lyonnaise est presque dans le même bain ) continue à voir les pics de pollution s’allonger comme le nez d’un politicien en campagne électorale. Chaque acteur se renvoie la patate carbonisée : « C’est pas moi, c’est l’autre ». Donc, rien ne bouge.

    La maire de Paris Anne Hidalgo (PS) stigmatise l’automobiliste banlieusard. « La pureté de l’air est un luxe de Bobos que je ne peux pas me payer ; bien obligé de prendre ma bagnole pour aller au boulot », lui rétorque-t-il aussitôt. Quant aux transports publics, mieux vaut éviter le sujet, si l’on ne veut pas énerver le banlieusard. Les retards chroniques des RER ont pris une telle ampleur qu’à plusieurs reprises, la justice des Prudhommes a condamné la SNCF à indemniser des salariés licenciés pour manque de ponctualité. La maire parisienne réplique alors qu’il faut se plaindre à la Région Ile-de-France présidée par son adversaire politique Valérie Pécresse (LR). Laquelle dégage aussitôt en direction de la SNCF. Celle-ci sort sa réponse toute faite : elle n’a pas assez de sous pour investir dans la rénovation du matériel. Les regards convergent ipso facto vers le gouvernement qui se tourne vers Bercy. Lequel annonce que les caisses étant vides, il devient urgent de ne rien faire.

    Cette situation démontre à quel point un Etat centralisé peut provoquer, paradoxe apparent, l’éparpillement des responsabilités. Tout est ramené au Centre qui a tellement de chats à fouetter qu’il en perd son fouet et se mure dans une impotence bavarde. La classe politique ne manque pas d’air, dit-on. Nous, si.

    Jean-Noël Cuénod

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  • François Hollande: la malédiction française

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    François Hollande est donc le premier président français de la Ve République à ne pas solliciter un nouveau mandat, sans que la mort – comme ce fut le cas pour Georges Pompidou – n’intervienne. Mais il n’est pas le seul à avoir subi les jeux de massacre de la présidence. Pas un seul chef d’Etat n’a été épargné. Plongée dans l’histoire du masochisme élyséen.

    Même la plus grande figure historique de la France du XXe siècle a reçu son lot de baffes. En décembre 1958, Charles de Gaulle est élu président de la République par un collège de grands électeurs (plus de 80.000 parlementaires et autres élus). Comme un vulgaire sénateur. Enfin presque. Dimanche 28 octobre 1962, il gagne son référendum qui attribue au suffrage universel direct le soin de désigner le chef de l’Etat. La France bascule définitivement vers le système présidentiel et la personnalisation du pouvoir. Désormais, le président est oint par la légitimité populaire comme l’Assemblée nationale, tout en disposant, contrairement au parlement, des leviers de commande de l’exécutif.

    La première élection présidentielle par le peuple tout entier est donc fixée au 5 et 19 décembre 1965.

    Certes, il y avait déjà eu une élection d’un président de la République par scrutin populaire le 10 décembre 1848. Mais à l’époque, seuls les Messieurs avaient la possibilité de glisser dans l’urne le bulletin de leur choix. Or, en 1965, les femmes disposaient aussi du droit de vote qu’elles avaient obtenu à la Libération en 1944. Il faut dire aussi que l’élection de 1848 n’avait pas laissé que de bons souvenirs. Son vainqueur, Louis-Napoléon Bonaparte – neveu suisse du Grand Autre – s’est transformé en empereur quatre ans plus tard à la suite d’un coup d’Etat qui a guillotiné la IIe République.

    Charles-le-Balloté

    En novembre 1965, donc un mois avant l’élection, un sondage IFOP donne le général de Gaulle, vainqueur dès le premier tour, avec 61%. Et comment pourrait-il en aller autrement ? Le président en exercice a sorti la France de l’enfer algérien, redonné à son pays une place majeure sur la scène internationale, remis l’économie en état de marche et, sous couleur de décolonisation, maintenu l’influence prépondérante de Paris sur le continent africain.

    Face à lui, François Mitterrand, incarnation de la IVe République honnie, et Jean Lecanuet, un démocrate-chrétien peu connu hors de son parti MRP, ne font pas le poids. De Gaulle ne se donne pas la peine de faire campagne. Il renonce même à son temps de parole à la télévision qui devient alors l’acteur majeur pour convaincre le public

    (Vidéo: François Mitterrand rame devant les caméras de 1965!)


    Au soir du 5 décembre, Charles de Gaulle est sonné. Le Général est mis en ballotage par Mitterrand, ce traineur de casseroles, et Lecanuet, ce clone provincial de Kennedy.

    Arrivé en deuxième position, François Mitterrand a su fédérer autour de lui toute la gauche, des radicaux jusqu’aux communistes, en passant par les deux partis socialistes (SFIO et PSU). Quant à Jean Lecanuet, le troisième homme, il a privé de Gaulle de nombreuses voix du centre-droit en se faisant le défenseur de l’Alliance atlantique que de Gaulle juge trop liée aux Etats-Unis. Peut-être aussi, les rapatriés d’Algérie l’ont-ils préféré à la Grande Zohra qu’ils accusent d’avoir trahi leur cause.

    Le second tour oppose donc le Général à François Mitterrand. Vu avec nos lunettes actuelles, le score obtenu par de Gaulle semble net 55% contre 45%. Mais à l’époque, ce résultat est pris pour une gifle infligée au « sauveur du pays ». Comment continuer à prétendre incarner la France, alors que l’on ne représente qu’un peu plus de la moitié de ses citoyens ? Le Canard Enchaîné se… déchaîne : « Charles-le-Balloté », « Monsieur Tiers[1] ». Des proches du Général témoigneront plus tard de sa grosse déprime. Il voit dans ce score étriqué la marque d’une désinvolte ingratitude. Trois ans après, Mai-68 éclate. Et en 1969, Charles de Gaulle interrompt son second mandat en démissionnant après avoir été désavoué par son référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat. En fait, il ne se sera jamais vraiment remis de qu’il a ressenti comme une mauvaise élection en 1965.

    Le septennat de Georges Pompidou a, lui aussi, été interrompu mais par sa mort en 1974, après quatre ans de pouvoir. Cela dit, ses relations houleuses avec son premier ministre Chaban-Delmas, cacique du gaullisme, auraient pu laisser présager une fin de mandat inconfortable.

    Giscard, le premier sortant sorti

    Son successeur, Valéry Giscard d’Estaing, est le premier président sortant à être sorti. Pourtant, sous son septennat, nombre de réformes populaires, et parfois audacieuses, ont été votées, telles la loi libéralisant l’avortement. Mais ces succès sont éclipsés par plusieurs affaires politico-financières qui touchent son entourage et même sa propre personne. Le Canard Enchaîné révèle que Giscard a reçu une plaquette de diamants de la part de Bokassa, le sanguinaire dictateur centraficain. Lors de la campagne électorale de 1981, des mains ennemies avaient collé sur le portrait en affiche de Giscard d’Estaing des yeux en forme de diamants. Sans doute des mains socialistes, voire même gaullistes. Car si, après le premier tour de la présidentielle, Jacques Chirac, arrivé troisième, appelle, du bout des lèvres, à voter Giscard pour le second tour, son parti RPR fera une campagne souterraine qui a sans doute contribué à l’élection de François Mitterrand, comme le proclamera plus tard dans ses mémoires, Valéry Giscard d’Estaing.

    Celui-ci avait battu Mitterrand en 1974. Et c’est donc à lui qu’il devra remettre les clefs de l’Elysée en 1981. On se souvient du départ de Giscard d’Estaing, ridiculement mis en scène (voir vidéo) à la télévision.

    Mitterrand sauvé par une défaite

    Humiliation suprême pour Giscard, son rival François Mitterrand parviendra, lui, à se faire réélire. Mais grâce à une … cuisante défaite. Le 16 mars 1986, le parti de Jacques Chirac, RPR, remporte les élections législatives. C’est la première cohabitation entre un président de gauche et un premier ministre de droite. Dès lors, dans l’optique de la présidentielle de 1988, ce n’est plus Mitterrand qui porte les responsabilités gouvernementales. Mais comme il reste à son poste de président, il fera jouer toutes les ficelles à sa disposition. Et Dieu sait si elles sont nombreuses ! Il va donc nous ficeler Chirac comme un rôti de bœuf. Et le premier ministre sortira tout cuit du four élyséen. En 1988, le président socialiste décroche un second mandat. Mais l’aurait-il obtenu s’il n’avait pas perdu les élections législatives de 1986 ? On peut en douter.

    Chirac mal élu au premier tour

    Finalement, Jacques Chirac obtiendra sa revanche en devenant président de la République en mai 1995. Aussitôt, la machine à recevoir des claques se met en marche. Son premier ministre Juppé provoque des grèves monstres par ses réformes de la sécurité sociale et de la retraite. Chirac, qui dispose pourtant d’une large majorité au parlement, dissout l’Assemblée nationale en avril 1997 et se tire ainsi une balle dans le pied. Le président perd les élections qu’il a lui-même provoquées ! C’est une cohabitation à l’envers qui s’instaure avec un président de droite et un premier ministre de gauche. Pendant cinq ans, Jacques Chirac regardera le socialiste Lionel Jospin gouverner en imposant ses réformes, comme les 35 heures de travail hebdomadaire, la couverture médicale universelle et le PACS.

    Pour Chirac, sa réélection en 2002 est tout sauf assurée. La France va plutôt bien sur le plan économique et enregistre même une légère baisse du chômage. Mais une série de faits-divers sont exploités par la chaîne TF1, proche de Chirac. Jospin ne voit pas le danger et fait une très mauvaise campagne sur l’insécurité alors qu’il se voit déjà à l’Elysée. Au premier tour, le 17 avril 2002, le candidat socialiste est éliminé au profit de Jean-Marie Le Pen, parvenu à la deuxième place. Mais Jacques Chirac n’a guère brillé et n’obtient que 19,88% des suffrages. A l’époque, c’est le plus mauvais score au premier tour d’un président sortant. Finalement, la mobilisation du centre-droit et de la gauche contre Le Pen, permettront à Chirac de l’emporter largement. Il doit donc son élection plus à un incroyable concours de circonstances qu’à ses propres mérites.

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    Le palais des mille et une claques

    Le quinquennat (Chirac a raccourci la présidence de 7 à 5 ans) de Nicolas Sarkozy est encore dans toutes les mémoires. Inutile donc d’y revenir sinon pour rappeler les boas que le mari de Carla Bruni a dû avaler. Alors que François Hollande, candidat socialiste, ne suscitait guère l’enthousiasme, Sarkozy a tout de même perdu contre lui en 2012. Et l’on sait le sort humiliant qui est le sien, après sa récente élimination au premier tour de la primaire de la droite.

    Il y a donc une malédiction qui s’abat sur les présidents français. S’ils sont réélus, c’est par raccroc. S’ils sont battus, ils ne peuvent plus revenir au pouvoir. Et pourtant, les masochistes ne manquent pas pour conquérir ce Palais des mille et une claques.

    Ce système, qui consiste à mettre un maximum de pouvoirs dans les mains d’un seul homme, fait converger vers celui-ci tous les espoirs et donc toutes les déceptions et enfin toutes les colères. C’est un métier de fou. Et à voir l’état de la France, il serait temps d’adopter un régime plus raisonnable, moins autocentré, avec une répartition des pouvoirs plus démocratiques. Les présidents s’en porteront mieux et leurs citoyens aussi.

    Jean-Noël Cuénod

     

     

    [1] Allusion au fait qu’en comptant les abstentions, le président n’a été élu qu’avec un tiers du corps électoral. Ce sobriquet renvoie aussi à la figure détestée de « Monsieur Thiers », soit Adolphe Thiers, premier président de la IIIe République, qui avait ordonné le massacre des insurgés de la Commune en mai 1871.

     

  • Contre Fillon, Marine Le Pen en Jeanne d’Arc prolo

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    « C'est le pire programme de casse sociale qui ait jamais existé ! » Marine Le Pen donne le ton d’emblée lundi matin au micro d’Europe1. Elle sera la Jeanne d’Arc des prolétaires français contre François Fillon. La gauche, elle, contemple ses nombreux nombrils en éruption.

    Le succès de François Fillon à la primaire de la droite est d’une telle ampleur qu’il est devenu, dans son camp, le seul dispensateur des gamelles. Dès lors, ceux qui le trouvaient trop libéral, trop catho, trop conservateur feront désormais bloc derrière lui. Pour mener sa politique, il aura un vaste appareil à sa main et pléthore de courtisans à sa botte.

    Et quelle politique ! Car Marine Le Pen touche juste, hélas, lorsqu’elle dénonce une « casse sociale » sans précédent.

    Au fil de la Ve République, la droite de gouvernement a toujours fait attention de tempérer un tant soit peu sa politique en faveur des classes possédantes et conservatrices qui l’avaient élue au pouvoir. De Gaulle avait signé en 1967, « la participation des salariés aux fruits de l'expansion des entreprises ». Giscard s’est lancé dans des réformes sociétales qui auraient pu être le fait d’un gouvernement de gauche, telle la loi sur l’avortement. Jacques Chirac a été élu en promettant de réduire la « fracture sociale ». Promesse non tenue, certes, mais l’avoir énoncée traduisait au moins un certain souci de ne pas s’adresser qu’aux nantis. Même Sarkozy n’avait pas osé toucher aux 35 Heures, malgré ses tartarinades ultracapitalistes.

    François Fillon, lui, jette les derniers masques effilochés du gaullisme social. Son mentor Philippe Seguin doit se retourner dans sa tombe. En lisant son programme (une légère recherche Google suffit à le trouver ), on y apprend que Fillon avantage systématiquement les ménages aisés[1], supprime l’Impôt sur la fortune[2], augmente la TVA (taux normal) de 20 à 22% afin de compenser la baisse des charges patronales. Or, la TVA est un impôt particulièrement injuste socialement puisque chacun l’assume au même taux.

    Mais il y a encore plus pernicieux. Outre la suppression des 35 Heures, Fillon lancera un assaut quasi-thatchérien contre les organisations de salariés en supprimant le monopole syndical au premier tour des élections professionnelles, ce qui aura pour effet de favoriser les candidatures individuelles qui, ainsi, n’auront plus besoin de l’affiliation à un syndicat. Fillon veut donc rendre encore plus faibles les syndicats français qui sont déjà mauvais état. Or, on sait la difficulté que connaît la France à organiser un véritable dialogue social, faute, justement, de syndicats vitaminés. Fillon ne veut avoir en face de lui qu’une organisation, sans tiers inopportun, soit le MEDEF (pour les non-Français, l’organisation patronale) afin de mener une sympathique collaboration entre lui et ceux qui l’auront fait élire.

    Devant ce programme d’une agressivité antisociale inouïe, les syndicats semblent anesthésiés. Or, c’est pourtant leur existence qui est en jeu. Quant à la gauche, elle ne parvient pas à sortir la tête de son tout-à-l’égo et son électroencéphalogramme a la platitude des mornes plaines. Face à une offensive antisociale de grande envergure, vers qui les classes populaires vont-elles se tourner à la présidentielle 2017 ? Poser la question, c’est y répondre. Si les partis de gauche continuent leur marche vers le suicide collectif, ils seront éliminés dès le premier tour. Et lors d’un second tour entre François Fillon et Marine Le Pen, il est fort possible que la patronne du Front national reçoive moult suffrages provenant des électeurs de gauche révulsés par le programme Fillon. On aura beau dire que la touche populaire du discours frontiste n’est que de la frime propagandiste, que dans le sud de la France le Front sauce Marion Maréchal-Le Pen développe une politique ultralibérale, ce discours ne passera pas, tant sont fortes les menaces que font peser les propositions Fillon sur les équilibres sociaux.

    Jean-Noël Cuénod

     

    [1] Relèvement du plafond de l'avantage fiscal tiré du quotient familial, de 1510 euros à… 3.000, soit un cadeau fiscal aux familles nanties de 10 milliards d'euros.

    [2] Signalons en passant que même la Suisse connaît un impôt sur la fortune.

  • Fillon et Juppé, un vrai désert… rural !

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    Connaissez-vous Champeaux-la-Chapelle-Pommier ? Non ? Vous avez tort. Avec ses deux Eglises romanes et son Château des Bernardières, cette commune vaut le détour. Elle présente aussi un autre aspect, plus troublant.

    Avec ses 148 habitants, elle se situe au centre du Périgord Vert, au Nord du Département de la Dordogne, dans le canton de Brantôme. On y cultive son verger. On y chasse la palombe. On y traque les sangliers qui vous massacrent les cultures, ces sagouins de cochons ! Ses bois touffus de châtaigniers, de chênes, de pins, ses sentiers où les noisetiers égrènent leurs chapelets, ses prés d’un vert tellement lumineux qu’il font pâlir le soleil, cachent un désert qui n’est pas fait de sable mais de vide républicain.

    Tranquilles, les Champenois ? Tranquilles car on n’est pas des furieux dans le coin. Tranquilles mais la colère rentrée comme un sanglot qu’on étouffe. Toutefois, elle commence à sortir, cette colère, et à prendre le chemin des urnes. Au premier tour des élections régionales de 2010, la liste du Front national parvenait tout juste à dépasser la barre des 5% à Champeaux-La-Chapelle-Pommier. Lors de la même élection en 2015, le candidat frontiste y est arrivé largement en tête avec 46,27% des voix. Une progression supérieure à 40% en cinq ans !

    Or, l’extrême-droite n’a pas de racine sur cette terre périgordine dont les habitants ont été façonnés par le radicalisme anticlérical, le communisme rural et le gaullisme social. Le Parti socialiste avait progressivement capté le vote communiste en déclin. Pendant des années, le Front national ne mordait pas sur cet électorat profondément républicain.

    « On cherche médecins, désespérément ! »

    Les choses ont commencé à changer à la fin de la première décennie 2000. Pourquoi ? Celui qui ne désigne qu’une cause est certain de se tromper. Mais lorsqu’on partage un pineau avec les habitants du lieu, un motif de plainte revient souvent sur la toile cirée : « Ici, c’est le désert. Il n’y a plus rien. Tenez, à Mareuil (un bourg de plus de 1000 habitants) – ils en sont réduits à planter une banderole pour chercher un médecin ! » (Voir la photo).

     Il y a une trentaine d’années, j’allais le dimanche chercher ma tarte chez le boulanger de Champeaux. Tout le village embaumait le gâteau juste sorti du four. Quant à la poste, elle était à côté, à Rudeau. Puis, la poste a fermé. Et le boulanger s’en est allé à Nontron, la sous-préfecture. Les gendarmes ? On pouvait se rendre à leur poste de Mareuil, il y a encore quelques années. Aujourd’hui, la caserne est bouclée. Ailleurs, des classes ferment et des écoles menacent de disparaître. La justice ? Naguère, Nontron disposait de son Tribunal d’Instance. C’était pratique pour trancher les différends entre propriétaires forestiers ou régler les nombreuses embrouilles de voisinages. Et puis, ça faisait vivre les commerces et les bistrots. Depuis la réforme Dati, le Tribunal est rayé de la carte judiciaire et la salle d’audience n’accueille plus que des concerts. Les dossiers des justiciables de la région s’empilent au Palais de Justice de Périgueux, déjà fort embouteillé.

    L’essence du problème

    La moindre démarche administrative provoque la perte d’une journée pour accomplir les 40 ou 50 kilomètres qui séparent ces villages de Périgueux, le chef-lieu du Département. Et comme il manque TOUJOURS une pièce ou un document, c’est une journée supplémentaire qui sera fichue. Bonjour la facture de carburant !

    Internet ? N’en bénéficient que ceux dont la ligne est « éligible » par un opérateur. Les autres – la majorité – sont bons pour ramer au lieu de surfer.

    Bref, le désert rural s’est désormais installé dans le Périgord Vert qui n’est d’ailleurs pas forcément le plus mal loti de la province. Car ce phénomène se vérifie un peu partout dans ces immenses espaces qui s’étendent entre les métropoles régionales surpeuplées. Que disent les candidats à l’élection présidentielle ? Sous Sarkozy, le désert rural n’a cessé de s’accroître. Mais la gauche avec Hollande n’a pas fait mieux. Quant aux deux candidats de la droite, Alain Juppé et François Fillon, on ne peut pas dire qu’ils prêchent dans le désert rural ! Il faut fouiller dans leurs programmes pour trouver bien peu de biscuits. Aucun d’entre eux n’a prévu un chapitre entier sur la ruralité.

    Fillon et Juppé peut diserts sur le désert

    Chez Fillon, des mesurettes figurent sous la rubrique « collectivités locales », mais qui recouvre aussi les grandes villes. La moins anodine de ses propositions : « Donner aux communes une véritable autonomie fiscale, c’est-à-dire des ressources fiscales propres dont elles puissent faire varier les taux. » Une méthode à l’Helvétique mais qui est formulée en termes tellement vagues qu’elle a la consistance d’une motte de beurre oubliée au soleil.

    Chez Juppé, c’est pire. En rubrique « numérique », on déniche une vague promesse d’améliorer la couverture du haut débit sur tout le territoire.

    Il ne fait aucun doute que Marine Le Pen, elle, va s’engouffrer dans la brèche laissée béante par les autres dirigeants pour s’adresser à ces ruraux qui sont sortis des radars politiciens.

    Au-delà des ennuis quotidiens qu’il suscite, le désert rural sape aussi, peut-être surtout, le moral. L’impression d’être abandonné, délaissé, ignoré, méprisé prend le dessus. Quand on parle des banlieues, les médias évoquent « ces territoires perdus de la République ». Il est d’autres « territoires perdus de la République ». Leurs habitants ne brûlent pas de voitures. Mais ils votent Front national. On peut les désapprouver. Mais on doit les comprendre.

    Jean-Noël Cuénod

  • Le bedeau Fillon et ses cathos-trotskistes

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    Le triomphe de François Fillon au premier tour de la primaire de droite marque la revanche du mouvement anti-mariage gay. Ce digne représentant de la France des diocèses a misé, mieux que ses adversaires, sur les réseaux du catholicisme qui restent d’importants pourvoyeurs de voix, outre-Jura. Il a reçu l’actif soutien du mouvement Sens Commun, ces cathos-trotskistes qui ont pratiqué l’entrisme au sein du Parti dit « Les Républicains » (LR).

    Réaliste, l’ancien premier collaborateur de Sarkozy sait qu’il ne peut pas abolir la loi sur le mariage homosexuel, même si ce n’est pas l’envie qui lui manque. Mais de tous les candidats de la droite – l’extrême-droite comprise, à part le caricatural Poisson –, c’est lui a développé le plus nettement la rhétorique anti-gay. A maintes reprises durant sa campagne, il a promis d’interdire l'adoption plénière aux couples homosexuels.

    Parmi les réseaux les plus efficaces, Fillon a pu compter dès septembre sur le soutien du mouvement Sens Commun. Fondé en décembre 2013, il est composé de jeunes gens bien coiffés, bien nés, bien élevés, bien baptisés, bien organisés, bien formés intellectuellement et portant parfois des noms de trombones à coulisse. Une grande partie d’entre eux sont issus des manifs contre le mariage homosexuel. Leur ancien président, Sébastien Pilard, et leur porte-parole, Madeleine Bazin de Jessey — furent les figures les plus en vue des Veilleurs, ces jeunes cathos intégristes qui priaient devant le ministère de la Justice pour qu’une intervention divine vienne interrompre le cours satanique de la Loi Taubira.

    Afin de donner un contenu plus terrestre à leur action, ces Taubirophobes ont créé Sens Commun qui ne compterait, selon son site, que 9000 adhérents. Mais au nombre, ils préfèrent la cohérence idéologique. Se développer dans le seul but de grossir le volume des cartes d’adhérents n’a guère de sens pour…Sens Commun. Il s’agit surtout d’assurer à ses partisans une forte ossature politique pour qu’ils soient à même d’investir les postes à responsabilité au sein du parti LR.

    Le site de Sens Commun est, à cet égard, fort explicite. Il revendique « 22 élus départementaux et régionaux et plus de 250 élus municipaux ainsi que de très nombreuses personnes œuvrant au sein des Républicains, tant au Conseil National que dans les Comités de circonscription ou encore au sein des délégations de fédération sur l’ensemble du territoire. » Le nouveau président de Sens Commun, Christophe Billan, est d’ailleurs membre du Secrétariat national du parti LR.

    Les trotskistes français avaient appliqué la même tactique à l’endroit du Parti socialiste durant les années 1980. L’actuel premier secrétaire du PS, Cambadélis, en est un exemple ainsi que Lionel Jospin et Julien Dray entre autres.

    Il est probable que Sens Commun parviendra encore à gravir les échelons du parti de la droite de gouvernement. Il a déjà trouvé son cheval de Troie, en la personne de l’ex-premier ministre : « Nous saluons avec joie la qualification de François Fillon au second tour de la primaire, illustration de sa droiture, cohérence et dignité » a proclamé ce mouvement dans un communiqué.

    En abandonnant Sarkozy pour soutenir Fillon, Sens Commun a, semble-t-il, misé sur le bon cheval.

    Jean-Noël Cuénod

  • L’inquiétant divorce entre l’Etat et ses forces de l’ordre

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    Des policiers qui manifestent en cagoule contre le gouvernement comme des activistes du Black Block… Ce spectacle s’est déroulé à Paris et dans d’autres villes françaises. Lorsqu’une scène de divorce éclate entre l’Etat et les détenteurs par procuration de sa violence légitime, il y a toujours de quoi s’inquiéter.

    Certes, par le passé, les fonctionnaires de police ont déjà défilé dans la rue, notamment lorsque Robert Badinter et Christiane Taubira étaient gardes des Sceaux. Mais leur grogne se tournait principalement vers un ministre représentant la justice, dénoncée de façon sempiternelle comme « laxiste ». Aujourd’hui, si les policiers en colère visent aussi le « laxisme des juges », ils fourrent dans le même sac d’opprobre le gouvernement, leur hiérarchie et même leurs syndicats qui s’efforceraient plus de les calmer que de les défendre. En France, ce phénomène s’est déjà constaté dans d’autres secteurs avec les « coordinations » émanant de la base et débordant les syndicats.

    La réaction classiquement complotiste à ce genre de phénomène est d’y voir la main, ou plutôt « la patte » – pour reprendre l’expression du premier secrétaire socialiste Jean-Christophe Cambadélis – du Front national comme organisateur de la révolte. Naguère, le patronat dénonçait le Parti communiste comme source des troubles sociaux. Jadis, l’Eglise catholique vilipendait la Franc-Maçonnerie coupable d’avoir dirigé la Révolution française. Réaction dangereuse dans la mesure où, désignant un bouc émissaire agissant ex machina pour semer le désordre, elle occulte les véritables maux qui ne viennent pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Le Front national va certainement récolter les raisins de la colère policière. Mais il n’a pas attendu les mouvements policiers de cet automne pour en tirer sa piquette. Une étude du CEVIPOF (Sciences-Po à Paris), publiée en décembre 2015, démontrait que 51,5% des policiers et militaires ont voté FN l’an passé contre 30% en 2012.

    La colère des policiers couvait depuis plusieurs années : travaillant dans des conditions souvent indignes, mal payés, peu considérés par la hiérarchie qui leur donne des ordres contradictoires (à méditer en France, cette formule de l’Armée suisse : ordre + contrordre= désordre !), taillable et corvéable à merci et désormais cibles, non seulement des terroristes, mais des voyous qui cherchent à les assassiner en leur tendant des guets-apens. Nul besoin du FN pour se mettre en colère !

    La grande faute du gouvernement socialiste est d’avoir cru qu’oindre les policiers de belles paroles et leur faire miroiter d’émouvantes promesses suffiraient à les rendre patients. Hélas, les améliorations ont bien du mal à descendre jusqu’à la base, freinées qu’elles sont par un appareil hiérarchique pesant. Dès lors, agacés par ces discours lénifiants qui ne trouvaient aucune traduction sur le terrain, les policiers ont explosé. C’était couru d’avance.

    Gonflé, Sarkozy !

    Toutefois, à la source des maux actuels, on ne trouve ni François Hollande, ni le premier ministre Valls, ni le ministre de l’Intérieur Cazeneuve mais le ci-devant président Nicolas Sarkozy. L’ancien « premier flic de France » tente, avec sa frénésie coutumière, de profiter de la situation pour se poser en défenseur de la police. Vraiment, Sarko ose tout, et c’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnaît ! Quelles sont les principales revendications des policiers, outre l’anonymat dans certaines procédures et la mise au même niveau que les gendarmes en matière de légitime défense ? L’augmentation des effectifs et l’arrêt de l’absurde politique du chiffre. Or, dans les deux cas, l’ancien chef de l’Etat français est en cause.

    Sarkozy et Cazeneuve se sont jetés des statistiques à la tête concernant le nombre d’emplois supprimés dans la police. Qu’en est-il vraiment ? L’estimation la plus fiable est tirée d’un rapport de l’Assemblée nationale daté du 9 octobre 2014 que l’on peut lire en cliquant ici. Il en ressort que durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy les effectifs policiers ont baissé de 6 093 postes. C’est surtout, sa « culture du résultat », sa « politique du chiffre » qui ont exercé leurs  ravages dans la police. Certes, il est fort légitime d’améliorer le taux d’élucidation des affaires. Mais en fixant des objectifs « d’en haut », à la française, sans tenir compte de la base, le président Sarkozy a abouti à la déplorable situation actuelle.

    Les échelons supérieurs de l’usine à gaz hiérarchique reçoivent les objectifs fixés par le gouvernement et les font descendre vers les échelons inférieurs sans trop s’en préoccuper. L’important, à ce haut niveau, étant de participer à la lutte des places et non de se soucier de la piétaille. Dès lors, les policiers de base sont accablés d’objectifs souvent incohérents, compte tenu de la réalité du terrain. Que se passe-t-il souvent ? Les responsables des commissariats demandent à leur troupe de cibler les affaires faciles « qui font du chiffre » au détriment d’autres plus longues, plus difficiles à élucider ; il s’agit alors de dissuader les victimes de porter plainte. Résultat : mécontentement de la population et frustration des policiers. « La justice poursuit le crime mais en boîtant » pour reprendre l’expression de feu Raymond Foëx, procureur général genevois.

    Police-justice, le lieu des malentendus

    Il existe un autre mal policier, plus profond et bien plus ancien que l’époque « SarkHollande », à savoir l’incompréhension entre policiers et magistrats. Depuis la nuit des temps, les premiers accusent les seconds de « laxisme » en sortant ici ou là moult chiffres ébouriffants. S’il convient de prendre les statistiques en général avec circonspection, il faut d’autant plus s’en méfier en matière pénale ; les situations y sont tellement complexes qu’elles ne sont guère quantifiables. Ces chiffres-là ne donnent que des idées toujours vagues et souvent fausses.

    Avec cette prudente réserve que nous venons d’invoquer, constatons que les prisons françaises sont pleines à craquer (106% de taux d’occupation). Entre 2000 et 2012, le nombre de condamnations pour violences volontaires a augmenté de 62% selon l’Observatoire français de la délinquance et des réponses pénales. Il ajoute que cette hausse n’est pas due à une explosion des méfaits mais plutôt à une meilleure prise en compte par la société et à une réponse pénale plus ferme qu’auparavant.

    L’impression de « laxisme » semble surtout provoquée par le fait que nombre de jugements pénaux ne sont pas exécutés. Ainsi, au 1er avril 2016 ­– nul poisson à l’horizon, rassurez-vous ! –  7.300 peines fermes prononcées au Tribunal de grande instance de Bobigny étaient en attente d'exécution, faute de personnel. On comprend dès lors, la rage des policiers qui sont nargués par les délinquants qu’ils ont arrêtés, qui ont été condamnés et qui, malgré cela, restent en liberté. Mais c’est bien à tort que leur rage est dirigée contre les magistrats. Ils sont les premières victimes d’un système complexe qui réclamerait, pour avoir un semblant d’efficacité, un personnel bien plus nombreux.

    En fait, cette incompréhension entre policiers et magistrats trahit l’hypertrophie centralisatrice de l’Etat en France qui multiplie les rouages administratifs. Dans d’autres pays, les corps intermédiaires entre police et justice sont moins nombreux. L’une et l’autre connaissent donc mieux leurs missions respectives et leurs problèmes spécifiques.

    La révolte policière est, au sens premier du terme, une affaire d’Etat.

    Jean-Noël Cuénod

  • La droite aïoli se prend les pieds dans le burqini

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    Valls, Sarkozy et les municipalités de la droite aïoli se sont pris les pieds dans le burqini. La ficelle était pourtant bien épaisse. Le Conseil d’Etat (équivalent en Suisse du Tribunal administratif fédéral) a donc annulé la décision prise par le maire LR de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) d’interdire le burqini sur les plages de son territoire. Les intégristes musulmans ont aujourd’hui beau jeu de crier victoire. Leur piège provocateur a parfaitement fonctionné. En plaçant cette question sur le plan du droit, les élus de droite et le gouvernement Valls leur ont fait une superbe passe dans les seize mètres… Et boum, tir en pleine lucarne !

    Avant d’examiner la décision du Conseil d’Etat et ses conséquences, quelques considérations générales sur cette vestition hydro-islamiste. Que le burqini emblématise la régression des droits de la femme, c’est une évidence, même en pays musulmans. Le Plouc a bourlingué au Maroc dans les années 70, est parti en reportages à Alger en 1974 et 1988. A cette époque, le port du burqini aurait provoqué les rires et les moqueries des jolies «gazelles» qui bronzaient en maillot de bain deux pièces sans que des barbons barbus s’en offusquassent.

    Revêtir un burqini n’est jamais un libre choix, quoiqu’en disent celles qui le portent. Il s’agit de cacher le corps féminin du regard des mâles, considérés comme des animaux incapables de maîtriser les élans priapiques de leur concupiscence satanique. C’est la plus détestable image des relations entre hommes et femmes qui soit.

    Si la France a réagi de façon aussi «burqiniphobe», contrairement à certains pays voisins comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, c’est qu’elle a développé depuis des siècles la galanterie de cour qui a influencé toute sa société. Cette galanterie est faite de séduction légère, de badinerie réciproque, de joutes oratoires, de courtoisie taquine. La femme y règle son jeu et l’homme se plaît à s’y conformer. Transformer le corps féminin en une sorte de saucisson à la pelure de Néoprène est incompatible avec cette relation qui donne tant d’agrément aux relations humaines. Que les peuples qui ont le français en partage y tiennent, quoi de plus normal ? Mais éradiquer le burqini par la voie règlementaire, c’est une autre paire de manche. Elle a rapidement trouvé ses limites au Conseil d’Etat (voir ci-dessous l’extrait le plus important des considérants de cette juridiction).

    La rapide généralisation du burqini induit à penser qu’il y avait anguille sous roche et qu’il s’agissait pour les intégristes musulmans de montrer qu’ils faisaient « corps à part » avec le reste de la société française. En cherchant à provoquer la réaction des autorités, pour mieux se draper dans la toge victimaire, ils ont réussi leur coup. Le burqini a reçu la bénédiction de la justice française qui, en l’occurrence, n’a fait qu’appliquer la loi.

    Faut-il alors introduire un texte spécifique, voire changer la Constitution pour interdire une tenue de bain, comme l’a proclamé, lundi, Nicolas Sarkozy ? Le simple fait de poser cette question montre que nous nageons en pleine folie. La Constitution règle les grands principes mais ne doit pas s’abaisser à traiter des questions d’ordre textile au risque de diluer lesdits grands principes dans l’accessoire et le dérisoire.

     Si l’on suit cette pente vertigineuse, on peut s’attendre au pire pour notre liberté individuelle. Les intégristes musulmans pourraient alors se sentir en droit de faire interdire les minijupes, le string, les cuissettes (pour les Hexagonaux, il s’agit de l’expression suisse-romande pour le mot franglais short). Le droit serait ainsi transformé en vaste champ de bataille religieux.

    Pour combattre le burqini, le dialogue dans la fermeté et la persuasion restent les meilleures armes. Il faut expliquer les raisons qui président à notre rejet de cet emblème de la servitude. Certes, cela fait moins de bruit dans les médias, c’est moins gratifiant pour le politicien en mal de « beuze ». Mais, petit à petit, au fil des discussions, avec le temps, le burqini retrouvera la seule place qui lui est légitime : la poubelle.

     Jean-Noël Cuénod

     

    Principaux extraits de la décision du Conseil d’Etat annulant l’interdiction du burquini

     

    (…)Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. S’il a été fait état au cours de l’audience publique du port sur les plages de la commune de tenues de la nature de celles que l’article 4.3 de l’arrêté litigieux entend prohiber, aucun élément produit devant le juge des référés ne permet de retenir que de tels risques en auraient résulté. En l’absence de tels risques, l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée. Dans ces conditions, le maire ne  pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la  plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre  public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle (…)

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  • Faut-il tuer le mot «socialisme»

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    1894325202.jpgDéputé-maire de la ville d’Evry dans la région parisienne, Manuel Valls (45 ans) est l’  « éléphanteau » qui barrit le plus fort dans le marigot socialiste français. Il vient de publier un bouquin «Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche!» (éditeur : Robert Laffont) qui a le mérite de sortir le PS d’outre-Jura de sa torpeur idéologique. Certes, le propos n’a rien d’un texte doctrinal. Il s’agit d’un livre d’entretien (avec le journaliste Claude Askolovitch, du «Nouvel Observateur») qui préfère le raccourci saisissant à l’analyse fouillée. On attend toujours l’ouvrage de fond qui se consacrera à l’aggiornamento du socialisme démocratique vis-à-vis de la nouvelle donnée géopolitique imposée par la mondialisation. Et vu le niveau actuel du débat au sein de ce parti, il serait surprenant que cet ouvrage naisse dans le contexte du PS français.

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