Dieu et la traversée de son désert fécond

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Dieu, désert,

 

Dieu, désert,

« Désillusion totale » statue de Daniel Hourdé installée à Bergerac. La désillusion totale fait place nette pour « la foi dans sa nudité » ©JNC-Beaurecueil-Forge de la poésie.

Qu’y a-t-il après l’effondrement de la chrétienté et son cortège d’Eglises déboussolées? L’essentiel: le Christ et son récit qui fait de la mort le passage obligé de la vie. Pour aller en quête du Christ authentique, il faut tout d’abord traverser le désert. Parmi les guides possibles, un livre vient de sortir: « Fragments du désert » du poète et philosophe Jean Marc Fournier.

 

Si la nature n’a nullement horreur du vide, l’humain, lui, le tient en aversion. Tout fait ventre pour combler le vertigineux vide de son ersatz de vie: le bruit, l’agitation, les pseudo-passions, les fausses polémiques, les vrais mensonges. 

Il patauge dans le déni du néant de son existence, l’humain. Et ce vide en lui l’effraie. Il est pourtant sa suprême richesse, la matrice de sa vraie vie. Dans le vide, tout se prépare, tout se conçoit, tout reste possible.

 Sans l’expérience du désert, l’humain ne sait plus où il habite. On ne se perd pas dans ce désert, on y apprend à déchiffrer les signes du ciel pour trouver le bon chemin qui mène au bout de soi-même.

Un caravanier convaincant

A tout désert, il faut des caravaniers. Poète et philosophe français résidant à Bordeaux, Jean Marc Fournier en est un, éclairé et convaincant. Son ouvrage Fragments du désert (Editions Ars Poetica) se tient en équilibre entre l’expression poétique et le propos philosophique, voire théologique. Le souffle de l’une anime le discours de l’autre. Le parfum des récits mystiques circule entre les lignes: Angelus Silesius, notamment qui figure en exergue à ce livre.

Les mystères de la vie, les mystères de Dieu ne sont pas fait pour être « percés » puisque c’est l’humain qui est, par eux, percé! Ils nous provoquent, nous excitent à porter notre être vers ce qui le dépasse. Horizon jamais atteint mais toujours présent pour guider la marche.

« La terre passera, le ciel passera mais le désert est consubstantiel à Dieu » lit-on dans Fragments du désert. Dès la première page, Jean Marc Fournier pose cette balise sur la piste ensablée: « Le désert est l’ancêtre de la lumière, son au-delà; les abîmes l’ont pour lieu; abîme des abîmes, il les creuse, il les éprouve. »

Vers l’essence-ciel

Au fil de cette quête, le marcheur abandonne petit à petit ses pesanteurs. C’est le vrai sens de l’humilité. Non pas aplaventrisme devant les puissants impotents de ce monde mais dépouillement pour aller vers l’essence-ciel. C’est nu que nous parvenons à la lumière. Et c’est le désert qui nous dépouille.

Se débarrasser aussi du poids de l’histoire et de « l’interminable époque dite de “chrétienté“, ce “machin“ totalitaire où la croyance était le plus souvent une sorte de conditionnement social collectif et individuel voire d’obligation sincère ou non, ce système là a pris fin (…) La croyance, générale pendant longtemps, n’était pas la foi dans sa nudité qui doit rester un risque, un engagement pris par un individu (même s’il participe après ou pendant à une église, chose nécessaire (…) »

Il s’agit maintenant de communier au sein de l’ « Eglise illimitée, Eglise véritable ».

L’oasis de l’amour

Le désert recèle bien des oasis dont l’amour est la source universelle. Sans amour, le chemin devient sans issue. L’amour fraternel, l’amour universel, l’amour du prochain et du lointain mais aussi l’amour physique de la femme et de l’homme, comme en témoigne ce passage: 

Sensualité amoureuse des amants; le lit devient un astre rouge qui sillonne un espace caché, découvert entre corps et âme; espace conçu par eux, créé pour eux.

Dieu est bel et bien un désert fécond.

Jean-Noël Cuénod

Jean Marc Fournier « Fragments du désert » - Editions Ars Poetica

L’AUTEUR PRESENTERA SON OUVRAGE JEUDI 15 SEPTEMBRE à 18 h. A LA LIBRAIRIE GEORGES, 300 Cours de la Libération, 33400 TALENCE (près de Bordeaux).

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Commentaires

  • Le dieu des croyants n'existant pas, les Pharaons et leurs -traîtres de prêtres ont transformé les conscients et inconscients en terrain de jeu et de manipulation. Bien avant beux une ou plusieurs civilisations nous en apportent la preuves avec des chercheurs et des scientifiques.

  • Les cauchemars étant assez naturels chez l'être humain, ils peuplent spontanément tout désert, qu'on le veuille ou non. Contre eux, l'idée pure du désert absolu ne marche guère: ils en rient. Non, il n'y a que la Vierge cosmique au diamant frontal rayonnant qui dissipe les cauchemars. Aux imaginations spontanées, nées de l'atmosphère terrestre, y compris dans les déserts, seule la reine des anges consciemment imaginée et conçue apporte une vraie compensation, une vraie résistance, un vrai salut. Du moins quand la lune brille. Lorsque les étoiles dominent, le Père cosmique paraît plus approprié. C'était en tout cas plus ou moins l'avis de François de Sales.

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