Cop26 et climat : le degré 0 de la politique

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Photo prise le 15 octobre dernier par ©Hoshang Hashimi-AFP à Bala Murghab au nord-ouest de l'Afghanistan.

Quelle que soit la forme de ses régimes – dictatorial, démocratique-autoritaire, démocratique-libéral, conservateur, nationaliste, centralisateur, fédéral – la politique atteint son degré 0 de refroidissement mental en matière de climat. Le piètre bilan de la COP26 enfonce encore un peu plus le monde dans la déprime, entre deux variants covidiens.

Il est vrai que l’on n’attend plus grand-chose de ces raouts qui finissent en bla-bla-bla comme l’ironise Greta Thunberg. Pourtant, les citoyens de ce monde ont failli être « déçus en bien ». Mais la myopie l’a finalement emporté sur la lucidité (On peut lire ici ce papier avec profit).

Les Etats industrialisés – premiers responsables du dérèglement climatique – s’étaient engagés depuis 2009 à verser 100 milliards de dollars par an aux Etats en développement – première victime de ce dérèglement – pour aider à leur transition écologique. Serment d’ivrogne. Rien n’a été versé.

On allait voir ce qu’on allait voir avec la COP26. Une première mouture de la déclaration finale engageait les pays riches à honorer leurs engagements d’il y a onze ans et même à doubler leur mise d’ici à 2025. Eh bien, on n’a rien vu ! La déclaration finale-finale n’a émis que de vagues promesses non chiffrées.

Le mauvais coup sino-indien

Même castration sur la sortie des énergies fossiles et l’arrêt des subventions y relatives. La déclaration finale n’évoque pas une « sortie » du fossile mais une simple « réduction ». Quant aux subventions, il ne faudrait éviter que celles qui sont « inefficaces ». Bel exemple d’humour noir ou plutôt anthracite.

A la dernière minute, la Chine et l’Inde ont manœuvré pour que, finalement, le texte soit vidé de sa substance. On imagine aisément que le Parti communiste chinois et le gouvernement nationaliste indien trouveront des tas de raisons pour juger leurs subventions aux énergies fossiles « efficaces ». En tout cas pour leurs propres intérêts.

Ironie du dérèglement climatique : alors que l’Inde avait tout fait pour protéger son énergie fossile, sa capitale New-Delhi a dû fermer ses établissements scolaires, la pollution de l’air ayant atteint des sommets !

Les leçons du fiasco de Glasgow

L’une des leçons que l’on peut tirer du fiasco de Glasgow est donc l’incapacité persistante du processus de décision politique à se montrer visionnaire, à prendre des décisions qui dépassent l’espace mémoriel des mouches, à contraindre les intérêts privés des hypergroupes économiques à s’aligner sur l’intérêt des humains.

Les dirigeants démocrates restent obsédés par leurs échéances électorales, ne parviennent pas à voir plus loin que le bout de leur mandat, voire ménagent leurs bailleurs de fonds électoraux qui n’ont pas forcément le bien commun en ligne de mire.

 Les dictateurs ne subissent pas l’aléas démocratique mais cherchent avant tout à augmenter leur puissance sur tous les plans. Dès lors tout ce qui vient contrecarrer cette marche vers leur hubris– comme une diminution de leur capacité de production polluante – est perçu comme une menace qui entamerait le caractère totalitaire de leur pouvoir.

L’impotence des puissants

Ce constat que tout le monde peut dresser ne compte sans doute pas pour rien dans l’atmosphère anxiogène qui pèse sur cette planète encovidée. L’impotence des puissants est plus qu’un oxymore, c’est un vertige.

La notion même d’Etat est à remettre en cause, quelles que soient les couleurs politiques, d’ailleurs de plus en plus pâles.

A l’évidence, les Etats actuels ne sont plus « fabriqués » pour le long terme et se voient dépassés par la complexité qui s’intensifie au fur et à mesure que progressent les technologies et les connaissances scientifiques.

Seulement voilà, dès que l’Etat s’efface, ce sont les mafias qui s’installent. Les exemples ne manquent pas, notamment dans l’ancien empire stalinien. De plus, dans ce monde violent, il est impossible de se passer d’une armée, hélas, trois fois hélas.

Nous voilà coincés. D’un côté, l’Etat est incapable de résoudre les urgences climatiques. De l’autre, il reste nécessaire pour éviter la suprématie mafieuse ou se protéger contre le premier Poutine venu.

A quand les « gilets verts » ?

Point de panacée pour sortir de cette panade. Une issue peut-être : que les citoyens, à la base, trouvent de nouvelles formes d’organisation sociale grâce aux échanges tous azimuts rendus possibles par les réseaux sociaux… Une forme de mouvement « gilet jaune », ou plutôt « gilet vert » transnational, une sorte de fédération de ZAD[1] qui s’étendrait au-delà des frontières. Ces formes d’organisation pourraient faire pression concertée et constante sur les Etats ou les hypergroupes économiques. Dans les démocraties certes, mais aussi dans des régimes autoritaires puisque, malgré les répressions, ils ne peuvent plus tout à fait éviter les contestations.

Ce mouvement commence à être initié par nombre d’organisations non-gouvernementales mais il leur manque pour l’instant l’ampleur et la constance.

Définir en détails ce que pourrait être un tel mouvement serait vain car l’histoire se plaît à contrarier celles et ceux qui dressent des plans sur sa comète. S’il voit le jour, il se construira par tâtonnements successifs en prenant des formes qui surprendront tous les prophètes.

C’est avec ces nouvelles façons de « faire politique » que nous avancerons. Mais cela risque de prendre du temps. Et en matière de dérèglement climatique, cette denrée fait défaut.

Autant s’y mettre sans tarder.

Jean-Noël Cuénod

[1] ZAD : Zone à défendre. Forme d’organisation populaire de base qui s’est notamment illustrée dans le combat contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes en France

Commentaires

  • Désolé de vous le dire, M.Cuénod, mais tout ou presque sonne faux dans votre billet. Vous parlez de démocratie ? Est-ce que le démos est prêt et simplement PEUT se passer de sa bagnole à moteur thermique dès aujourd'hui ? Ou prêt à se passer de son chauffage au gaz ? Quelles sont les solutions pour remplacer l'énergie thermique des combustibles fossiles ? L'électricité. Produite comment ?
    L'Inde et la Chine, mais aussi les USA ont des populations qu'il faut maintenir non seulement en vie mais en équilibre économique. On aurait pu faire ce virage il y a cinquante ans, on savait déjà tout sur l'effet de serre à ce moment-là. Je peux le prouver, le cours de M.Bonanomi, directeur de l?Observatoire de Neuchâtel et responsable du cours de physique du globe pour les géologues, était parfaitement clair à ce sujet.
    Mais aujourd'hui, depuis ce temps, la population mondiale a doublé et ce n'est pas fini. Adopter les solutions des zadistes, c'est condamner à mort les 4/5èmes de la population mondiale, qui dépend de l'agriculture extensive exclusivement. C'est supprimer aussi la production industrielle et donc les progrès en médecine avec. Sauf que les concurrents de l'Occident, eux, ne vont pas admettre ces solutions définitives. La Chine et la Russie, et l'Inde, vont donc dominer le monde grâce à leur maintien de l'énergie fossile.
    Le simplisme n'a jamais rien amené de bon. Et votre billet est simpliste.
    De toute manière, le réchauffement aura une fin : tout système en déséquilibre a tendance à se rééquilibrer.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibre_chimique
    Et il aura des effets positifs aussi, mais comme par hasard, personne n'en parle...

  • Et j'ajouterais Géo que de la pollution numérique, personne n'en parle. Alors, que des scientifiques nous disent que le numérique représente 4% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde c’est 1.5 fois plus important que le transport aérien.

  • Bien, d'accord avec Géo, tout non seulement sonne faux, mais EST faux. On nage en pleine hypocrisie. On veut que l'Inde et la Chine se serrent la ceinture énergétique alors qu'ils émettent moins de GES que l'occident en tenant compte des produits exportés par ces producteurs. En outre, pourquoi mettre tous les habitants de l'occident dans le même bain? Les riches émettent beaucoup, beaucoup plus de GES que les pauvres du même pays. Mais non, les hypocrites veulent taxer de manière uniforme riches et pauvres, ce qui revient à discriminer gravement les pauvres. Les 10% les plus riches émettent 50% du CO2 émis. C'est donc aux riches qu'il faudrait s'attaquer, mais on peut toujours rêver.

    Vu de la Chine, et cela remet les émetteurs de CO2 à leur place:

    https://www.legrandsoir.info/co2-des-riches-ou-co2-des-pauvres-un-enjeu-geopolitique-partie-ii.html

    Géo, vous parlez d'agriculture intensive (et non extensive).

    Si vous êtes né en 1950, la pop mondiale a triplé (et non doublé). Mais de réduction de la population des pays occidentaux, c'est tabou. Il suffit pourtant d'avoir un bilan migratoire de zéro.

    Et oui, le principal problème, c'est la surpopulation mondiale. Mais on préfère discuter du sexe des anges à ces cop(ulations) avortées. Croissez et multipliez et dominez la Terre et transformez-la en désert.

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