Grand Remplacement, une forme de vertige 

Imprimer

1632835794_lesenvahisseurs1967.jpg

Illustration choisie par BON POUR LA TÊTE tirée de la fameuse série états-unienne.

Comme d’autres avant elle, notre époque s’invente de faux problèmes pour éviter d’affronter les véritables écueils. Il en va ainsi de la théorie du Grand Remplacement dont Eric Zemmour a fait sa Rossinante de bataille. Moult scientifiques ont fait litière de ces calembredaines. Tous arguments qui font l’effet de gouttes d’eau raisonnable sur le plumage d’un canard angoissé, nous en l’occurrence.

Le Grand Remplacement a été réactualisé en 2010 par l’écrivain français Renaud Camus : du fait de l’immigration et de la natalité, la population « de souche » européenne est en passe d’être « remplacée » par des populations africaines et arabes, le plus souvent de confession musulmane.

Il s’agit, en fait, d’une resucée d’un vieux concept que le polémiste antisémite Edouard Drumont avait lancé en 1886 dans son brûlot intitulé La France Juive ; il y accusait les Juifs de vouloir remplacer la France Eternelle.

Les Juifs d’hier ont donc été… remplacés comme remplaçants par les Arabo-Africains d’aujourd’hui ! C’est dire le sérieux de cette « théorie » qui a été pulvérisée par d’authentiques scientifiques en France comme le démographe Hervé Le Bras (lire ses propos ici) et le généticien Arnold Munnich (lire ici les siens ici). 

Un acouphène social persistant

Seulement voilà, ces argumentations, même détaillées de façon pédagogique, ne parviennent pas à éteindre le bruit de fond du Grand Remplacement qui persiste comme un insidieux acouphène social. Leur faille principale est de ne s’adresser qu’à la raison. Or, l’humain est traversé de mouvements intérieurs irrationnels qui peuvent lui faire prendre les plus funestes décisions, à son détriment et à celui de l’humanité.

L’ombre des vieilles angoisses n’est pas chassée par les Lumières.

Pour que cet acouphène cesse de recouvrir l’intelligence collective, il convient de prendre en compte notre dimension irrationnelle et de ne pas occulter le vertige du Grand Remplacement qui, tous, peu ou prou, nous saisit.

En dénonçant le Grand Remplacement, c’est l’idée même notre propre mort que nous voulons repousser. Cette mort que la frénésie consommatrice s’efforce de nier et que les consolations des religions ne parviennent plus guère à rendre acceptable.

Le Grand Remplacement, c’est aussi ma mort

Le Grand Remplacement, c’est ma mort et celles de mes parents, de mes maîtres, de mes compagnons de vie. C’est aussi la poignante nostalgie de voir le monde de notre enfance et de notre jeunesse – fait d’une chaîne de petits plaisirs et de grandes joies – se désagréger et rejoindre les ruines de la mémoire.

C’est la disparition progressive de ces codes que nous partagions entre nous, les anciens jeunes, et qui faisaient rager nos parents qui, eux-mêmes, éprouvaient l’impression désagréable d’être ainsi mis de côté, en un mot, remplacés.

Lorsque je reviens dans ma ville natale, je ne la reconnais plus. A ma Genève, une autre s’est substituée. La mienne parlait souvent italien ou espagnol. Sur les échafaudages, sifflaient les maçons. Et déjà, les anciens exprimaient leur panique de voir leur société protestante, alpine et francophone, être remplacée par une déferlante catholique, méditerranéenne et hispano ou italophone.

Les lasagnes n’ont pas remplacé les fondues

Et puis, le temps ayant fait son œuvre de polissage, les lasagnes n’ont pas remplacé les fondues. Elles s’y sont ajoutées pour enrichir notre vocabulaire gustatif. Le tintamarre des voitures a coupé le sifflet des maçons. La sécularisation a plongé le protestantisme et le catholicisme dans le même bain d’indifférence. On parle toujours français chez Rousseau-Calvin, un peu moins italien et beaucoup plus anglais, voire russe. Ou arabe.

« Ah oui, mais avec les Arabes et les musulmans, c’est autre chose. Ils sont trop différents ! Eux veulent vraiment nous remplacer », rétorqueront les amateurs de zemmouriades.

C’est oublier que les Italiens-espagnols d’hier étaient eux aussi perçus comme irrémédiablement rétifs à toute intégration. Aujourd’hui, nombre d’entre eux occupent des postes de direction dans la politique et l’économie.

L’immense majorité des musulmans d’Europe veut simplement vivre ici sans remplacer quiconque. Ils figurent d’ailleurs parmi les premières cibles des islamo-terroristes qui voient en eux des traîtres à leur religion et à leurs coutumes. Nos peurs actuelles paraîtront bien puériles à nos descendants. En espérant qu’eux aussi ne cèdent pas au même vertige provoqué par des fictions différentes.

Le Grand Remplacement tue

Ne pas oublier que l’idée perverse du Grand Remplacement tue. C’est en y faisant référence explicite que le terroriste néofasciste Brenton Tarrant a massacré 51 personnes et fait 49 blessés, le 15 mars 2019 à Christchurch en Nouvelle-Zélande.

Ne pas oublier non plus que les polémiques hystériques sur le Grand Remplacement détournent l’énergie collective des véritables défis qu’elle doit relever en urgence : le dérèglement climatique, les inégalités sociales toujours plus criantes et le terrorisme comme moyen d’expression politique.

Surmonter le vertige du Grand Remplacement passe forcément par la prise de conscience de notre mort et l’acceptation de voir son monde être remplacé, comme il en a toujours été depuis l’aube de l’humanité. Le savoir-mourir est un aussi un savoir-vivre.

Jean-Noël Cuénod

Ce papier est paru hier vendredi sur le site suisse BON POUR LA TÊTE-Média indocile https://bonpourlatete.com

Commentaires

  • Il y a l'idéologie et la démagogie, on aime se rassurer en se racontant a soi-même ce qu'on aimerait que le monde soit tout en évitant de le regarder.

    Et il y a les faits, les courbes démographique par communauté, la place laissé au multiculturalisme dans certains pays voir certains quartiers, les nettoyages ethnique récents, et les ignorer ne les font pas disparaitre.

  • Il y a remplacement et remplacement. Pour l'heure, on constate que le gouvernement vaudois est constitué majoritairement de femmes, socialistes et de parents communistes. Très compétentes, certes, mais socialistes et pas particulièrement ouvertes à la conservation des valeurs vaudoises. Le remplacement n'est pas un fantasme mais la réalité actuelle. Ce n'est ni un mal ni un bien, simplement la réalité. La vraie question, c'est la place que va prendre l'islam dans ce processus...

  • Il y a plus de 1'200 ans, Charles Martel a commencé à s'occuper du problème. Il a fallu attendre l'année 1492 pour arriver à un résultat satisfaisant. 500 ans plus tard, il semblerait que tout soit à recommencer. Franchement, Géo, je pense qu"il vaudrait mieux tout vendre en s'en aller. Il y a encore des endroits sur Terre où l'on ne voit personne sur des kilomètres.

  • Oui c’est bien de dénoncer la politisation de la science… mais lorsque l’on intervient comme caution scientifique dans un forum intitulé “contre Marine le Pen” , on est forcément soi-même politisé, et pas qu’un peu. Après, venir nous raconter qu’il y a certes des différences, mais qu’en fait il n’y en a pas, et qu’il faut de toute manière surtout ne pas l’admettre (même lorsqu’il s’agit de soigner les gens), au risque de faire le jeu de l’esstrème-drouâte, on peut quand même se demander à quel point la rigueur scientifique doit s’effacer devant l’exigence de paix sociale. Malheureusement, il se trouve que les gens ont des yeux, et à l’exception de ceux qui préfèrent mettre des œillères « scientifiques », ils voient quand même pour l’essentiel ce qui se passe.

  • Si l'on veut comprendre le danger que représente l'islam s'il continue à prospérer chez nous, il est impératif de commencer par se renseigner sur ce que dit le coran, les hadiths (paroles de Mahomet) et sur ce qu'est la loi islamique qui a pour vocation de régir le monde entier.

    Il convient aussi d'étudier un tant doit peu l'histoire de l'islam pour constater qu'il ne s'est pas répandu comme une traînée de poudre par la bonne parole, mais bien par l'épée.

    Si ce n'est pas fait, on pourra continuer à dormir et se rassurer sur la "religion d'amour et de paix" mais le réveil sera brutal.

    A part ça, les multiples zones islamisées, de non-droit, qui parsèment l'Europe n'ont pas eu d'équivalent lors des migrations intra européennes récentes.

  • Vous utilisez la méthode Coué.
    Je pense que si vous comparez à votre jeunesse, vous vous apercevez qu'il y a plus d'antisémitismes, plus de censures ou autocensures par peur ou par un respect mal placé, un type de violence en hausse (bandes, ...), et plus de deal.
    Je ne crois pas que l'époque de la migration espagnol/italienne, il y eu du soucis.

    Le grand remplacement, si cela semble populaire à l'extrême droite, la dégradation de la société est une sensation qui touche toute la société française, et cette société arrive à point pour qu'un président sorte vainqueur uniquement parce qu'il n'est pas du sérail.

    L'extrême droite a fait le lien avec succès entre le grand remplacement et la dégradation de la société française. Le reste des politiques sont empruntés de parler d'un sujet qui mélange une réalité sur fond de racisme. Mais en ne résolvant pas le problème, c'est le racisme qui s'étendra.

    Je pense que le sujet sera la dégradation de la société française lié à une immigration incontrôlée, plus que le remplacement, parce que c'est du concret, du quotidien qui se traduit par une violence, une insécurité.

  • stampede@ Votre avis ?
    https://enremontantlefleuve.blog.tdg.ch/archive/2021/10/02/marc-bloch-et-winston-churchill-317750.html

Les commentaires sont fermés.