Vaccin - Le dur désir de douter

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Icône crétoise : "LE DOUTE DE JOSEPH". Détail d'une nativité, école créto-vénitienne, entre 1480 et 1500. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

« Le doute a tué et tue encore parfois » affirme Olivier Véran, ministre de la Santé en visant celles et ceux qui hésitent à se faire vacciner contre le Covid-19 (lire ici). Mais grâce au doute, on peut aussi sauver sa vie et celle des autres, en suspendant une action potentiellement mortifère … Dur désir de douter, pour paraphraser le titre d’un livre de Paul Eluard (Le dur désir de durer).

Douter, cela devrait rester le réflexe de base de tout citoyen ayant la chance de vivre en démocratie. C’est parce qu’elles préfèrent la caresse onctueuse de la propagande à la poigne rugueuse du doute que les dindes s’empressent de voter en faveur de Noël.

Trop vite dit : elles aussi ont douté, ne serait-ce que de la parole de celles et ceux qui les avertissaient que Noël ne leur ferait pas d’autre cadeau que celui d’être boulotées en famille.

Doit-on douter du doute ?

Doit-on douter du doute ? Et pourquoi ce doute du doute échapperait-il au doute ? De doute en doute, nous voilà prêt à ne douter de rien, à avaler n’importe quel mensonge, n’importe quel délire.

Le doute poussé à ses ultimes retranchements entraîne vers les rivages ravagés de la folie, l’esquif que godille la raison entre mille flots contradictoires.

Sans en venir à ces extrémités, citons le doute version calme tel que le Centre national des ressources textuelles et lexicales (CNRTL) le définit, à savoir : L’état naturel de l'esprit qui s'interroge, caractérisé à des degrés différents soit par l'incertitude concernant l'existence ou la réalisation d'un fait, soit par l'hésitation sur la conduite à tenir, soit par la suspension du jugement entre deux propositions contradictoires.

« S’interroge »… « Hésitation sur la conduite à tenir »… « Suspension du jugement »… Le doute prône donc l’immobilité. Il représente l’indispensable parenthèse qui donne au raisonnement le temps nécessaire à son développement.

 Mais pour agir, il faut le dépasser et établir son ou ses choix. Dès lors, faire du doute un absolu ne peut qu’aboutir au néant.

Le discernement, l’indispensable compagnon

Pour sortir de ses apories, le doute doit compter sur un compagnon de qualité, le discernement, c’est-à-dire, toujours selon la définition du CNRTL, la faculté qui est donnée à l'esprit ou qu'il a acquise par l'expérience, d'apprécier les choses selon leur nature et à leur juste valeur, d'en juger avec bon sens et clarté.

Si l’on suit cette définition, le discernement est un aspect de l’intelligence c’est-à-dire, d’après l’étymologie de ce mot, le pouvoir que possède l’esprit humain de choisir, de relier les objets entre eux. Mais pour choisir, pour relier des situations entre elles et se former ainsi un jugement, une donnée de base est essentielle : l’information.

On ne saurait s’arrêter là. Pour qu’elle s’exerce avec discernement, l’intelligence doit être nourrie par une information certes, mais de bonne qualité. C’est-à-dire d’une information qui restitue, le plus fidèlement possible, tel ou tel aspect du réel.

Et nous voilà menés au pied de notre mur actuel. Si le doute peut tourner à la déraison, c’est parce qu’il n’existe plus de hiérarchie dans l’information. Tout se vaut dans un monde de veaux dévots.

Car, voyez-vous, l’information est un métier, n’en déplaise à tous les bricolos de l’info qui découvrent la lune à chaque seconde, prennent « les campanules pour les fleurs de la passion » (cf. Aragon « L’Etrangère » tiré du Roman Inachevé) et clament l’infox la plus outrée comme Vérité d’Evangile.

Le malade du siècle

La grande malade de ce siècle balbutiant, c’est elle, l’information. Les anciens médias ont, dans tous les sens de cette expression, « fait leur temps » et sont submergés par les réseaux sociaux où n’importe qui peut dire n’importe quoi, où le mensonge est bien plus « liké » que la bonne foi. « La mauvaise monnaie chasse la bonne », disait-on jadis. La mauvaise info chasse la bonne, tel est le dicton du jour.

Sans doute (si l’on ose dire !), faut-il monter d’un cran. Si l’information défaille, c’est, entre autres raisons, parce que l’enseignement préfère formater des individus plutôt de former des citoyens. La compétence – qui s’exerce sur un petit segment d’activité – est privilégiée par rapport à l’intelligence qui embrasse un large champ de connaissances.

 Enseignement et information sont les deux mamelles de l’intelligence. Et c’est en se nourrissant à son lait que le désir de douter devient moins dur. Et plus sûr.

Jean-Noël Cuénod

Lien permanent Catégories : Général, social 7 commentaires

Commentaires

  • La culture et la pratique des Arts permet au cerveau de se développer. Si nous ajoutons les connaissances, l'individu peur aller loin. Trier les bonnes infos aux fakes news, aller aux sources donne une garantie de bien être informé.

    Lorsque les gamins reproduisent ce que disent les parents, s'échangent des informations idiotes, passent leur temps sur internet en jouant les marioles, c'est la cata.

    Ce fléau peut être éradiqué en remettant le prof au centre de la classe et les l'enfants autour. Introduire la pratique des Arts à l'école et à la maison évitera que le cerveau des gamins reste une éponge après l'âge adulte.

    La nature est un Art gratuit, alors...

    Avaler des connaissances ne rend pas intelligent, constatez le niveau des énarques.....

  • Je m’attarde sur votre paragraphe : « La grande malade de ce siècle balbutiant, c’est elle, l’information. Les anciens médias ont, dans tous les sens de cette expression, « fait leur temps » et sont submergés par les réseaux sociaux où n’importe qui peut dire n’importe quoi, où le mensonge est bien plus « liké » que la bonne foi. » Permettez-moi de vous dire ceci : si les anciens médias ont fait leur temps, c’est bien parce qu’ils ne cesse de formater l’opinion. La presse a perdu de vue que son rôle n’est pas de diffuser l’uniforme bien-pensance, mais de mettre à disposition des lecteurs une pluralité d’opinions afin que ces derniers puissent former leurs propres opinions. Que constate-t-on aujourd’hui ? Prenant un exemple frappant Donald Trump et Joe Biden. Durant la présidence du premier nommé que d’agressivités et de moqueries ont été formulées à son égard. Vous-mêmes, cher Monsieur, aviez consacré plus d’une vingtaine d’articles pour le critiquer en l’affabulant du sobriquet « Moumoute jaune ». Mais s’agissant de Joe Biden, ni vous-mêmes, ni les  anciens  médias comme vous les appelez ne s’acharnent autant sur un président américain complètement à côté de la plaque. Ne vous étonnez donc pas, Monsieur Cuénod, que la nouvelle génération agacée par les journaux qui s’adonnent au même politiquement correct trouve dans les réseaux sociaux un exutoire à ses frustrations. Bon week-end

  • "Les anciens médias ont, dans tous les sens de cette expression, « fait leur temps » et sont submergés par les réseaux sociaux"
    Les informations données par les médias sont-elles exemptes de partis pris ? Vous ne trouverez personne pour l'affirmer...
    Et c'est là le problème. Les journaux dits d'information sont devenus des journaux d'opinion. Alors leurs informations deviennent douteuses pour beaucoup de gens. Prenez par exemple le réchauffement climatique. Pensez-vous réellement qu'il est à la base des incendies de forêt un peu partout ou de l'érosion des côtes ? Pas une pierre qui tombe du Cervin qui ne soit mise sur son compte...
    N'importe qui possédant la moindre jugeote peut voir l'exagération...

  • Interview capitale de R. Fuellmich, qui sait de quoi il parle et voit juste. En fait, comme il le dit, rien n'est caché, il suffit de lire et de se renseigner un peu:

    https://odysee.com/@JeanneTraduction:a/FuellmichSeptembre:9

  • Ou finit l`information, ou commence la désinformation ? En ce moment, on commence a affirmer dans les médias que le variant Mu pourrait etre résistant aux vaccins tout en ajoutant qu`on n`en sait en fait fichtre rien. Est-ce une désinformation orchestrée (par qui ?) pour renforcer le camp des antivaccins ou est-ce juste pour faire du sensationnalisme (plus probable) ?

  • "".....que les dindes s’empressent de voter en faveur de Noël.""

    Non, je ne me présente pas, c'est une fake *L*

    Qui en doute?

  • e m’attarde sur votre paragraphe : « La grande malade de ce siècle balbutiant, c’est elle, l’information. Les anciens médias ont, dans tous les sens de cette expression, « fait leur temps » et sont submergés par les réseaux sociaux où n’importe qui peut dire n’importe quoi, où le mensonge est bien plus « liké » que la bonne foi. » Permettez-moi de vous dire ceci : si les anciens médias ont fait leur temps, c’est bien parce qu’ils ne cessent de formater l’opinion. La presse a perdu de vue que son rôle n’est pas de diffuser l’uniforme bien-pensance, mais de mettre à disposition des lecteurs une pluralité d’opinions afin que ces derniers puissent former leurs propres opinions. Que constate-t-on aujourd’hui ? Prenant un exemple frappant Donald Trump et Joe Biden. Durant la présidence du premier nommé que d’agressivités et de moqueries ont été formulées à son égard. Vous-mêmes, cher Monsieur, aviez consacré plus d’une vingtaine d’articles pour le critiquer en l’affublant du sobriquet « Moumoute jaune ». Mais s’agissant de Joe Biden, ni vous-mêmes, ni les  anciens  médias comme vous les appelez ne s’acharnent autant sur un président américain complètement à côté de la plaque. Ne vous étonnez donc pas, Monsieur Cuénod, que la nouvelle génération agacée par les journaux qui s’adonnent au même politiquement correct trouve dans les réseaux sociaux une autre lecture de l'actualité. Bonne soirée

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