Gifle Macron : langue de bois et langue de poing

Imprimer

3af36d2_383818129-379399.jpg

©Philippe Desmazes/Pool via REUTERS

«Jeux de mains, jeux de vilains», disaient jadis les maîtresses d’école sur les préaux agités. La gifle assénée à Macron par un ultradroitiste illustre l’obsession du quart d’heure de célébrité associée à la destruction du langage. De la langue de bois à la langue de poing.

Tout d’abord, ce n’est pas aujourd’hui ©que la violence s’est installée en politique. Elle est même consubstantielle à la notion de pouvoir qui, en lui-même, est une source de violence à divers degrés. Douce contrainte plus ou moins librement consentie dans le meilleur des cas. Tyrannie brutale dans le pire. Que les médiacrates tombent de leur chaise en apprenant l’épisode de la gifle relève donc du numéro de clown maladroit.

De l’assassinat du Pharaon Téti en 2291 avant Jésus-Christ à celui de João Bernardo Vieira, président de la Guinée-Bissau en 2009, la liste des régicides ou des «présidenticides» est longue. On tue un homme gênant et un symbole honni. Classique.

Tout sauf un «fait isolé» 

La baffe présidentielle est d’un autre ordre, moins dramatique dans ses conséquences directes sur la victime mais tout aussi inquiétant sur un plan plus général.

Loin d’être «un fait isolé» comme l’affirment «les éléments de langage» servis par la communication présidentielle, la gifle macronienne n’est que le pic éminent d’une série d’agressions contre toute personne incarnant une forme de pouvoir, d’influence réelle et/ou symbolique, voire une forme de supériorité culturelle, du moins perçue comme telles: sapeurs-pompiers caillassés, policiers agressés, juges menacés, politiciens de tous nouveaux vilipendés, cabinets médicaux vandalisés, professeurs molestés. Cela va de la bousculade de conseillers municipaux à la gorge tranchée de l’enseignant Samuel Paty.

Le Graal du quart d’heure de célébrité

La consécration par les médias est devenue l’objet de toutes les convoitises. C’est par elle que passe la reconnaissance sociale. Malheureusement, tout un chacun ne saurait obtenir son quart d’heure de célébrité sur simple réquisition. Par essence, le vedettariat est contraire aux principes d’égalité.

Dès lors, celles et ceux qui parviennent à s’extirper de la masse sont perçus comme des traîtres ayant échappé à leur condition d’anonyme par des procédés forcément louches.

Le gifleur de Macron a fait d’une baffe deux coups : il rabaisse un homme qui monopolise l’attention médiatique de façon continue ; lui-même décroche son quart d’heure de célébrité. Et le voici star de la fachosphère. Cela vaut bien, au maximum, trois ans de prison et 45000 francs d’amende, non ?

La méthodique destruction du langage

Outre l’hystérisation du quart d’heure de célébrité, la gifle nous renvoie aussi à la méthodique destruction du langage.

 Les communicants et leurs clients politiciens ont vidé toute substance de la parole politique pour la remplir de stéréotypes qui ne sont plus des idées mais des « éléments de langage » adaptables à toutes les opinions et à toutes les situations.

 A l’époque où il était encore correspondant permanent à Paris, pour gagner du temps, Le Plouc écrivait parfois à l’avance le résumé des discours de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Une fois ces interventions prononcées, il suffisait d’ajouter quelques phrases ici ou là. Et encore, pas toujours ! Pratique pour le journaliste, certes. Mais une telle prévisibilité traduit un vide abyssal de la pensée politique qui ne peut qu’angoisser les citoyens.

Cela dit, cette destruction ne ronge pas seulement la parole politique. C’est toute la langue qui est mise à mal par la déstructuration de l’orthographe et de la syntaxe, l’indigence du vocabulaire, la dégradation du français dans un anglais misérable. Au profit du marketing consumériste qui veut former des producteurs-consommateurs et non citoyens qui réfléchissent.

 Car c’est avec les mots que l’on construit sa pensée et avec la syntaxe qu’on la cimente. Sans mot, pas de pensée. Si l’on ne peut plus joindre la parole et la pensée à l’acte, c’est alors l’acte seul qui s’exprime.

Jean-Noël Cuénod

PS: Concernant le gifleur et son copain, on peut lire ce blogue

Lien permanent Catégories : Politique française, social 5 commentaires

Commentaires

  • Tempête dans un verre d'eau. C'est bien de condamner la violence. Mais il aurait fallu commencer lorsque les Gilets Jaunes manifestaient. Là la violence a été déchaînée. Pas facile maintenant de lui remettre des chaînes. Trop de vidéos de violences gratuites ont circulé.

    Alors cette gifle, elle n'a même pas égratigné sa joue et encore moins elle ne l'a éborgné.

    On fait passer ça pour un crime de lèse-majesté. La royauté n'est pas morte en France. Pauvre peuple français.

  • Lorsque un chef d'Etat éborgne des manifestants qui au départ ne sont pas violents, ou, ôte l'indexation des retraites menaçant le pouvoir d'achat des retraités en cas d'inflation, qu'il insulte les français, qui poursuit le détricotage de son pays, participe à l'islamisation, bref brasse du vent, il se prend une baffe aux élections et un coup de pied au cul pour virer de l'Elysée. C'est notre démocratie.

    Mieux vaut ça qu'une révolution sanglante?

    Vous évoquez à juste titre, Jean-Noël Cuenod, le langage. Objection, les énarques, (pas qu'eux) parlent comme des livres des pasteurs ou des curés au point d'hypnotiser les foules qui croient en eux par des belles paroles.

    Une fois élus, ils travaillent pour les clans et mafias. Ne soyons pas étonnés de la situation.

    Une baffe peut remettre dans le droit chemin lorsqu'une tête à claque en fait à sa tête, souhaitons lui bonne route jusqu'en 2022......

  • Le peuple de France reçoit des baffes dans le figure tous les jours! Massacrer un policiers pour serge july ex de libé, c'est un "fait divers", donc baffer un président c'est même pas un fait divers! Y'a des baffes qui se perdent et y'a des baffes qui ne se perdent plus donc! macron a une tête à claque, alors il ne doit pas s'étonner! Il y a en France voisine un concours d'épouvantail, c'est le premier rôle qu'il a tenu dans les cours de théâtre qu'il suivait avec sa future femme! Homme de paille tout un programme pour un président!

  • La gifle de Macron est juste une comédie destinée à faire diversion sur les vrais problèmes qui se posent aux français, comme le passeport sanitaire et la vaccination anti covid que les décideurs de Macron voudraient rendre obligatoires. En effet, on voit nettement sur les vidéos que sur les 2 policiers chargés de protéger Macron, l’un filme tranquillement la scène , tandis que l’autre regarde placidement. Macron n’est qu’un pantin dirigé par la haute finance, qui respecte scrupuleusement sa feuille de route, visant à mettre en place un Nouvel Ordre Mondial, préconisé par Klaus Schwab, Georges Soros, Jacques Attali, etc., le covid n’étant qu’une des étapes sur ce chemin qui conduira à la fin de l’humanité. Ouvrez les yeux sur ce qui se passe et tous les mensonges relayés par les médias.

  • Et le "dangereux terroriste d'extrême extrême droite" avait chez lui un drapeau russe aie aie aie et un fusil avec le permis aie aie aie! Il aurait crié -Mont-joie Saint Denis!!! Réplique entendue dans "les visiteurs" en 1993! En plus le tireur a de l'humour! Il y a quelques jours miss "garrigo" une proche de melechon proposait de décapiter macron, pas un mot de la présidence, qui a la tête ailleurs en ce moment! Le tireur de baffe va faire 4 mois de prison ferme, c'est plus qu'un dealer arrêté avec 4 kilos de cannabis! Je ne doute pas que dés la semaine prochaine beaucoup vont se balader avec des t-shirt "Mont-joie Saint-Denis" je commande le mien dés demain! Mes 50% de fibres françaises frétillent de joie!

Les commentaires sont fermés.