Covid-19 fait déborder le temps

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Tout le monde est débordé. Sauf ces enfoirés de chats! ©JNC

L’avez-vous aussi remarqué ? Les visioconférences de notre ère covidienne prennent de plus en plus l’allure de murs virtuels des lamentations. Nous sommes toutes et tous dé-bor-dées et dé-bor-dés ! Il n’y a que ces enfoirés de chats qui ne le sont pas. Le temps déborde…Oui le temps déborde. Voilà qui rappelle l’un des plus beaux poèmes d’Eluard. Rien à voir ? C’est à voir…

Le thème de cette chronique s’est imposé comme une évidence qui crève les yeux encore plus sûrement qu’un flash-ball[1] tiré par un CRS sur un Gilet Jaune. Durant toute cette semaine, la totalité des interlocuteurs du Plouc se sont plaints d’être trop pleins. Pleins de problèmes. Pleins de soucis. Pleins de boulots. Pleins de marmaille à garder. Pleins de dossiers à rendre hier. Et surtout pleins d’emmerdements. De ceux qui volent en escadrilles comme le disait feu Jacques Chirac.

De quels déluges proviennent tous ces débordements ? Hasardons quelques hypothèses. Il s’en trouvera bien une pour toucher les bords de la réalité d’une aile fragile.

– La plus évidente, la fatigue morale.

Après plus d’un an à subir le joug de Sa Malgracieuse Majesté Covid XIX, nos réserves morales sont à sec. Epuisantes montagnes russes entre confinement sévère, déconfinement prudent, reconfinement sans être confiné tout en l’étant. Un jour, on sort. Un autre, on ne sort plus. Les enfants à l’école. Puis en vacances prolongées. Les bandes passantes très peu passantes, voire trépassantes, qui rendent fous les galériens du télé-bagne et autres zoomeries. Comment ne pas se sentir dé-bor-dé dans de telles conditions ?

– La plus marxiste, la télé-exploitation.

Angoissés à l’idée que leurs salariés pourraient profiter de ne plus être placés directement sous leur coupe pour lézarder ou faire la couleuvre, moult patrons vipérins les chargent de besognes : « De tout façon, vous ne vous fatiguez plus dans les transports, alors hein ? Un petit effort supplémentaire ça ne vous coûtera rien ». Seulement voilà, ils s’accumulent ces « petits efforts supplémentaires », jusqu’au… débordement. Il faut aussi compter sur l’auto-télé-exploitation. De crainte d’apparaître pour un feignant, d’aucuns se surchargent de missions jusqu’au surmenage, voire au surméninge.

– La plus étrange, l’horloge interne déréglée.

Impression purement subjective ou embryon de réalité objective ? Il me semble que nous avons tous pris un coup de vieux, durant cette année covidienne. Moi le premier. Même l’aîné de mes chats, l’impérial mais rhumatisant Phélix, n’échappe pas à ce phénomène. Les chatons eux pètent la forme. Mais ils n’ont pas connu autre chose que le Covid.

Le temps s’est comme contracté et dilaté à la fois. Les journées semblent parfois plus longues et souvent plus courtes mais elles paraissent ne jamais s’écouler « normalement », « comme avant ». Le changement radical de nos habitudes, la perte de nombreux repères temporels, ont détraqué notre horloge interne. Nous voilà à la recherche de notre temps perdu. Mais perdus, c’est nous qui le sommes.

D’autres pistes sans doute demeurent à creuser pour comprendre ce temps qui déborde…

La douleur hors-temps du poète

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Paul Eluard et Nusch. Photo captée par Man Ray peu après la déclaration de guerre en 1939. Le poète est alors mobilisé dans l'armée française comme lieutenant d'intendance à Mignères (Loiret) où Nusch a pris pension pour rester près de lui.

Le temps déborde…ça ne vous dit rien ? Faites jouer les associations d’idées et vous tomberez sur le plus émouvant poème de l’immense Paul Eluard : « Le Temps déborde ». Le voici dans sa tragique brièveté :

Nous ne vieillirons pas ensemble

Voici le jour

En trop. Le temps déborde

Mon amour si léger prend le poids du supplice.

Le poète écrit ces vers le 28 novembre 1946 dans une pension de la station valaisanne de Montana-Vermala où il réside depuis une semaine pour y soigner ses poumons fragiles. Un appel téléphonique vient de lui apprendre la mort de sa femme tant aimée, Nusch, qui était restée à Paris. Une hémorragie cérébrale l’a foudroyée en pleine rue. La veille encore, elle avait inspiré à Eluard un poème de joie et d’amour.

Lorsque le temps vous débordera, songez juste un instant à ce poème, acéré et douloureux comme le dard d’une abeille. Hors de l’espace et du temps, la douleur du poète, elle, n’a pas pris une ride.

Jean-Noël Cuénod

[1] Voici ce que dit Wikipédia du flash-ball : « Arme à létalité atténuée , désignant un lanceur de balles de défense ». C’est quoi une « arme à létalité atténuée » ? Elle tue mais seulement un peu ? Par elle, on est un peu mort mais pas beaucoup ? Nous vivons des temps magiques…

Commentaires

  • Peut-être sommes nous aussi usé et veilli par le matraquage médiatique qui proclame chaque jour le nombre de morts dans telle ou telle contrée. Nombre impressionant lorqu'il s'agit de le la très peuplée Inde.

    Impressionant, mais bien moins élevé que celui que nous avons connu pendant les deux derniers mois de l'année écoulée.

    Impressionnant mais toujours moindre que celui survenant aux USA. Mais cela, la matraqueuse presse -y compris télévisuelle et stipendiée par un prélévement obligatoire- n'en n'a cure puisque le nombre absolu plus bas n'est pas vendeur. Et puis il ne faut pas embêter le gentil Monsieur de la maison blanche qui astique ses armes pour défendre le camp du bien.

    Le plus sage est donc de se déconnecter de cette cacophonie.

    Je débranche.

    Joli moi de mai à vous tous.

  • Quant on a 9 vies, on peut ne pas être débordé!

  • Les chats ne risquent pas de se faire déborder par le temps car ils ont un temps rien qu`a eux que peu de choses peuvent tournebouler. Les miens par exemple traversent le jour en dormant, mangeant ou révassant au bord d`un trou de rongeur dans le jardin (quand il ne pleut ou gele point) et puis, la nuit venue (quand il ne pleut ou gele point), disparaissent vers on ne sait quelle vie secrete. On dit que le temps est un grand maitre, mais le chat encore plus.

  • Le temps m'est compté alors je prends le temps de l'oublier. La faim me rappel qu'il est l'heure de manger. A la pêche, j'attends le poisson qui prend son temps dans ce fleuve qui s'écoule lui aussi, en prenant sont temps. Il y a des cigognes et des cigonos, des pluviers, et beaucoup d'autres animaux pour m'émerveiller de cette nature. Le coucher du soleil me rappelle qu'il est temps de plier la canne, je prends mon temps de l'admirer car, à notre échelle de microbe terrien, la terre prend son temps pour nous faire découvrir l'immensité de l'univers nous laissant rêver à d'autres mondes. Je me fout des 10 kms et du couvre feu, je prends mon temps par des chemins détournés.

    En fait, je n'ai pas de temps à perdre, chaque jour compte, la nature est mon horloge, je me fout du temps. je me régal des poireaux sauvages, d'ail des ours, du pissenlit et des asperges de renouée du japon. Je prends le temps de cuisiner, d'apprécier et déguster avec un bon vin.

    La nuit, je surf sur les infos, les blogs, les cartes météo sans me soucier du temps, la fatigue est le feu vert pour aller prendre le temps de dormir et rêver. Mon chat m'attend, il prend son temps lui aussi pour se caler sur mes jambes, lui ronronne, moi je ronfle.

    Le matin je suis réveillé par le soleil qui renaît dans ma chambre, (je ne ferme jamais les volets) il prend son temps pour m'indiquer, que le café est prêt. Alors je prends le temps de consulter mon saint ordinateur et vous lire. Tout recommence pour une belle journée ou le temps m'est compté, alors.....

  • Une petite substance

    https://essamyhappyadjo.wordpress.com/2021/01/13/ground-after-cov-1950-reconstruction/

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