Nouvel-An 2021: ne plus vitupérer 2020

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Cette gouache de l’admirable Burlingue (Xavier Bureau) pour vous redonner du cœur au ventre.

Les réseaux soucieux n’en finissent plus de dégorger leur trop-plein d’amertume sur l’an achevé (HV comme Hautement Venimeux). Les gros médias, toujours suivistes, se mettent à l’unisson. Un Mur des Lamentations ! Virtuel, certes. Mais très casse-pieds. « 2020, annus horribilis » (attention, dans ce mot latin, il n’y a jamais trop de N!). « 2020, l’année terrible ». « 2020, l’année à oublier ».

Eh bien, non, justement 2020 n’est pas une année à oublier ! D’ailleurs, elle ne court aucun risque de l’être. Elle fera date.

Ne pas oublier l’opacité de la Chine qui, au début, a surtout réprimé les lanceurs d’alerte plutôt que d’alerter les autres pays.

Ne pas oublier l’impréparation quasi-générale alors que le risque épidémique causé par la globalisation des échanges est connu depuis longtemps. Gouverner, c’est prévoir ? C’est surtout prévoir sa réélection pour les chefs d’Etats démocratiques et réprimer toute velléité d’opposition pour les dictateurs.

Ne pas oublier les demi-vérités et les quarts de mensonges assénés par des politiciens au pouvoir qui, dépassés par les évènements, ont feint d’en être les organisateurs, selon la formule de Jean Cocteau.

Ne pas oublier les imprécations de leurs opposants qui, tentant de surfer sur la vague covidienne, ont usé des plus grosses ficelles démagogiques pour se pousser du col dans les sondages.

Ne pas oublier celles et ceux dont les yeux se sont fermés avec le plafond de leur chambre pour dernier regard.

Ne pas oublier la démesure de la rapacité et de la cupidité de notre société qui n’a pour valeurs que celles cotées en bourse.

Ne pas oublier les actes de solidarité qui sont nés, à la base, pour pallier les manques laissés par les autorités.

Ne pas oublier le dévouement des personnels soignants dans les hôpitaux et les maisons de retraite qui ont fait passer leur métier avant leur santé.

Ne pas oublier ces chaînes d’amitié qui ont permis de briser la solitude des plus vieux.

Ne pas oublier toutes celles, tous ceux qui tomberont en faillite et se redresseront malgré tout.

Au plus noir de l’hiver

Nous en avons bavé certes. Et comme le fourreur du poème d’Aragon dans sa boutique, nous partageons l’amer plaisir de vitupérer l’époque[1]. Mais pour prendre la bonne mesure de ce Nouvel-An comparons-le avec celui de 1940-1941. Terrible hiver qui ne faisait pas trembler le monde que de froid. Hitler partout vainqueur. Les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique écrasés, la France humiliée, la Pologne rayée de la carte, la Grande-Bretagne sous les bombes.

Les Etats-Unis tardaient d’entrer en guerre. L’Union Soviétique était devenu l’allié de l’Allemagne nazie[2]. Au Nouvel-An 1941, il fallait avoir la foi chevillée au corps pour distinguer des lueurs d’espoir. Nul vaccin à l’horizon !

Pourtant, les femmes et les hommes de cette époque, nos aînés, ont tenu bon. Nombre d’entre elles, nombre d’entre eux se sont battus dans cette nuit qui semblait ne jamais finir. Ils se sont relevés des ruines pour nous permettre, à notre tour, de recevoir le plus lumineux des cadeaux : la vie.

Alors, avant de pleurer sur les décombre de 2020, songez à ceux de 1940.

Jean-Noël Cuénod

[1] Et puis qu'on ait ou non vendu son chinchilla

Son hermine ou son phoque

Il vous reste du moins cet amer plaisir-là

Vitupérer l'époque

Dernier quatrain du poème « Les Fourreurs » qui figure dans le Roman Inachevé

[2] L’URSS de Staline et l’Allemagne d’Hitler n’avaient pas seulement conclu le Traité de non-agression du 23 août 1939 mais aussi le Traité d’amitié du 28 septembre 1939.

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Commentaires

  • ""Ils se sont relevés des ruines pour nous permettre, à notre tour, de recevoir le plus lumineux des cadeaux : la vie.
    Alors, avant de pleurer sur les décombre de 2020, songez à ceux de 1940.
    Jean-Noël Cuénod""

    Ils sont morts pour notre Liberté, il n'ya plus grand monde pour constater que nous sommes en danger avec l'islam et le réchauffement climatique. La pandémie finira par disparaître ou devenir une mauvaise grippe.

    La nature évolue et fait le tri, c'est ainsi, nous sommes issus du monde du plus fort et du plus rusé. Les religions n'y peuvent rien. La science et les nouvelles technologies nous permettront de poursuivre le chemin des anciens c'est à dire, s'adapter, innover, improviser et vivre.

    les deux plus grands dangers pour l'être humain sont l'islam et les bouleversements climatiques. Il en existe un troisième, l'ignorance.

  • C'est en pensant aux épreuves traversées par mes parents et leurs proches durant les deux guerres mondiales du 20ème siècle, c'est en pensant aux efforts qu'ils ont faits après la seconde pour offrir à nos familles la chouette vie que nous avions avant ce virus venu de Chine, c'est en pensant à tous ceux qui se battent pour que nos sociétés tiennent le coup en cette pandémie, hallucinante preuve de la fragilité et de la pugnacité de nos civilisations, c'est en pensant à tout cela que je passe d'une année à l'autre, en espérant le meilleur tout en me préparant au pire.
    Nous manquons surtout de confiance et de lucidité, ces deux vertus étant celles que je nous souhaite tous les jours et ad libitum.

    Merci pour vos billets.

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