Poésie à lire et à ouïr-TANKAS DES MASQUES

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"Par la lune noire, contemplez-moi. Lilith" ©RoyaleGeorgette.

Avec masques, sans masque, les humains étouffent comme des pâquerettes dans l’herbe touffue. Sous le genou du pouvoir. Etranglés par les mensonges. Asphyxiés par leur propre cupidité. En entrant dans l’état de poésie, on ne quitte pas le monde, on le transforme. Pour le meilleur, en filtrant le pire. A lire et à ouïr, la 11e série des Tankas[1] covidiens.

A LIRE

Au bord du trottoir

Craignant un coup de pied

Un mégot médite

                       Porteur d’un acte magique

                       L’empreinte du rouge à lèvre

 

Les fenêtres pleurent

Sous les coups de la pluie

Printemps nerfs à vif

                       Soleil pacificateur

                       Larmes par le vent léchées

 

Le gazon du square

Grimace son rire jaune

Tout vient trop tôt

                       Précoce agaçant soleil

                       Sol craquelé morcelé

 

Le son des talons

Marteau aux jambes légères

Qui cloue mon cerveau

                       Les bras en croix sur mon lit

                       J’attends la fin du supplice

 

Terreur enfantine

La vieille armoire a craqué

Sursaut du passé

                       Linge au parfum de lavande

                       Le cauchemar est dissous

 

Sur un bout de bois

Angoisse de la fourmi

Des autres séparée

                       L’éclair de la solitude

                       Sans pitié la foudroie

 

Une main sans âge

Âme oublieuse du corps

Soulève le rideau

                       Brèche ouverte sur les ombres

                       Nous voilà bien avancés

 

Imbibé de boue

Jeté par une main ivre

Masque dans la flaque

                       Lambeau de fête qui traîne

                       Bout de tissu qui frémit

 

Dans l’herbe touffue

Etouffent les pâquerettes

Soleil seule issue

                       La banalité est belle

                       Quand elle compte fleurette

 

Rêve de paillettes

Dans le crottin de cheval

Route pavée d’or

                       De tout faire son miel

                       Rire comme un alchimiste

 

Sornettes d’alarme

Les mensonges prennent masques

Nos crânes trémulent

                       En quel sein vouer ses saints ?

                       En quel bocal s’agiter ?

 

Faire table rose

Pour que la paix se déploie

Sur le monde brun

                       Parfum des espoirs fanés

                       Mais à la pulpe encor vive

Jean-Noël Cuénod

[1] Métrique poétique d’origine japonaise, ancêtre du haïku, composée de trois vers de 5-7-5 pieds puis, très légèrement séparés de deux vers de 7 pieds. Les nombres sont tout sauf anodins. Tenez-vous le pour dit !

A OUÏR


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Commentaires

  • On n'écrit pas "est dissous"? Bravo pour les images vives, les personnifications.

  • Oups, cher Rémi! Vous avez raison. Je corrige. J'ai honte. Et merci! JNC

  • De rien. L'ensemble est très suggestif. La double voix parle singulièrement.

  • C'est un grand beau poème assez désolé qu'au ressenti mien on pourrait titrer LA MER MORTE ou LA FIN DES ILLUSIONS.
    A propos du covid panique semence de mort jetée trois mois environ.

    Marianne de cette semaine, page 52 nous donne à lire un article : On a assisté à une psychose collective avec le covid

    L'auteur de cet article Jean-Dominique Michel est également teneur de blog TDG.

    Le bouddhisme nous dit que c'"est ce que tu redoutes qui arrive."!

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