Covid19 - de l’état d’urgence à l’ «Etat c’est moi»(2)

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L’humilité est un passage, disions-nous. Passage nécessaire pour chasser les illusions de la société médiamercantile. Mais prenons garde de ne pas rester dans cet état. Lorsque, grâce à l’humilité, nous avons repris pied sur l’humus, redressons la tête. Sinon, l’après-Covid19 risque de tourner en cauchemar. Un cauchemar à tête d’Orban qui peut devenir le premier coronatyran d’Europe.

Par 137 voix contre 53, le parlement hongrois s’est fait seppuku (ou hara-kiri[1]) lundi. Il a désormais confié tout le trousseau de clefs du pouvoir dans les seules mains du premier ministre national-conservateur Viktor Orban. Désormais, son gouvernement pourra légiférer par ordonnances, donc sans contrôle parlementaire, en utilisant l’état d’urgence sanitaire comme prétexte. Un état d’urgence qui est établi pour une durée indéterminée et pourra se prolonger sans demander l’aval du parlement; enfin tant que durera l’épidémie de Covid19, n’est-ce pas ? Ben voyons, les promesses rendent les fous joyeux comme l’on dit à Genève ! Lorsqu’un leader a accumulé autant de pouvoirs, il s’agrippe à son trône comme Harpagon à sa cassette. (lire ici l’article du Monde)

Le parlement dispose bien d’un pouvoir de révocation mais il est sans effet pratique puisque le parti Fidesz possède les deux tiers des sièges. Un parti que Viktor Orban tient d’une main ferme.

Il trouvera donc toujours le moyen de transformer un état d’urgence en « Etat c’est moi ».

Covid19, un accélérateur politique

Grâce à ce suicide parlementaire, Orban va suspendre certaines lois par décret, s’écarter des dispositions statutaires et introduire d’autres mesures extraordinaires, toujours par ordonnances gouvernementales, dans le but de garantir la santé, sécurité personnelle et matérielle des citoyens, ainsi que l’économie. Notre candidat à la coronotyrannie ratisse vraiment très large.

Si le premier sinistre hongrois a sauté sur l’occasion offerte par Covid19 pour ourdir son « coup d’état sanitaire », il n’en demeure pas moins que cela fait une dizaine d’années qu’il abat, progressivement, des pans entiers du système démocratique, en faisant pression sur la justice et les médias. Le coronavirus lui a donc servi d’accélérateur.

La corotyrannie qui semble s’instaurer en Hongrie est certes né de l’Histoire particulière de ce pays. Mais sous des formes bien différentes, les risques de recul de la liberté et de la démocratie sont plus que jamais d’actualité, ailleurs également.

L’inappétence à la liberté

Nous nous sommes habitués à voir notre liberté rognée, ici ou là. Oh, pas beaucoup juste un peu : extension des pouvoirs de police, perquisition facilitée, surveillance numérique renforcée. Indolore, presque. Et pour d’excellentes raisons, si, si ! Il s’agissait de lutter contre le terrorisme. Aujourd’hui, c’est contre le coronavirus. Et demain, contre le dérèglement climatique ? 

« Le premier des droits est celui de vivre ! ». Tel est l’argument que le pouvoir assène pour faire passer son arsenal répressif. Massue, l’argument. Evidemment, à quoi ça sert d’être libre si l’on est mort, hein ? Alors, nous acceptons, méfiants certes, mais il faut ce qu’il faut. Et puis, le pouvoir nous jure que cet arsenal n’est que très provisoire.

Le temps passe. Puis d’autres événements surviennent. Non seulement, le provisoire est devenu définitif mais le pouvoir rajoute juste une petite louche répressive « pour répondre à la nouvelle urgence ». Et ainsi de suite. Tout semble fait pour que nous nous habituons à être fliqués. Fliqués non seulement par les flics – après tout, c’est leur métier ­– mais aussi par les réseaux sociaux, les GAFAM (Google, Amazon, FaceBook, Apple, Microsoft).

Qu’elle est douce, ma tyrannie…

C’est une tyrannie douce, molle, terriblement collante qui s’instaure avec notre propre consentement. Alors comme Orban qui s’est servi du coronavirus pour augmenter encore plus ses pouvoirs personnels, d’autres dirigeants, moins caricaturaux et plus sournois, risquent fort d’utiliser la lutte contre la contamination pour nous affecter d’un autre mal : l’inappétence à la liberté.

Et quand une femme, un homme perd ce goût, c’est son humanité qui s’efface. Car c’est la liberté qui nous fait être humain. Sans elle, nous ne sommes que des robots que l’on peut jeter au rebut lorsqu’ils ont assez servi.

 Le premier des droits est celui de vivre. Mais sans liberté, la vie n’est qu’une mauvaise manie.

Jean-Noël Cuénod

[1] Selon le site « nipponaka.free.fr », le mot japonais seppuku est d’origine chinoise et s’applique au suicide par éventration opéré par aristocrates notamment les samouraïs. Le terme hara-kiri est plutôt réservé au peuple. Même pour qualifier un même geste autodestructeur, la lutte des classes persiste !

Lien permanent Catégories : social 8 commentaires

Commentaires

  • L`ascension au pouvoir absolu d`O. est heureusement impossible a répliquer en Europe de l`Ouest. Il a en effet bénéficié d`une conjonction des astres particulierement favorable:

    - Son parti (qu`il controle personnellement) controle les deux tiers du parlement depuis dix ans.
    - La quasi-totalité des médias écrits et audio-visuels a large diffusion sont étatisés ou ou ont été rachetés par les nouveaux milliardaires qui se sont enrichis grace au régime en place.
    -La population active ayant émigré en masse, la plupart des électeurs restant sont des retraités isolés des réalités du monde du fait notamment qu`ils ne voyagent pas et qu`ils ne parlent le plus souvent que le hongrois. Ces retraités sont donc facilement influencables par quelqu`un controlant la quasi-totalité des médias.

  • Il vaut mieux un type comme lui que les Macron, Trudeau et d’autres sc qui gouvernent le monde!

  • Il est par ailleurs important de faire la distinction entre autocrate et dictateur. Dans la Hogrie actuelle par exemple, l`opposition politique traite maintenant Orban de dictateur mais elle a tort puisque les foules qui votent pour lui le font de leur plein gré et avec enthousiasme (de leur plein gré et en chantant, comme on dit en hongrois). Raconter des histoires et jouer sur les sentiments (chauvinisme, peur du migrant, haine pour un ennemi inventé, etc...) n`est pas le fait d`un dictateur mais d`un rhétoricien pour qui le pouvoir justifie tous les slogans alors que, pour le dictateur, le pouvoir justifie tout.

  • Un des grands problemes avec les régimes ou tout le pouvoir est entre les mains d`un seul homme est que celui-ci finit vite par etre entouré de ministres et de con-seillers béni-oui-oui (des courtisans idiots) qui, au mieux, feront écran antre lui et la réalité tout en flattant l`incompétence plus ou moins grande caractérisant la plupart de ceux qui s`arrogent le pouvoir absolu. On se retrouve alors dans le cas du conte d`Andersen "Le roi nu" et la, en général, la population déguste.

  • Comme M. Jean Jarogh le signale si j ai bien compris qu entre Autocrate, Dictateur, Autoritaire , Disciplinaire et entre Dictature il y a la mer à boire.

    Pourquoi a-t-on le droit de se gargariser chaque matin ou en se rasant en disant que la Russie, Cuba, Venezuela et la Chine sont des dictatures?

    Regardez ce qui se passe avec le Corona virus. On nous dit que la Chine, la Russie, Cuba et le Venzuela avaient mieux géré cette crise/guerre que d autres pays "très riches, très civilisés, au top, un camp du Bien absolu en quelque sorte et même des pays de la lumière (comme si les autres vivaient dans le clair obscur des ténébres ...) . Ne sont ils pas ces pays "de Gauche"? Plus disciplinés? N avaient ils pas tiré des bonnes leçons suite aux sanctions honteuses et amorales contre leurs peuples et de de fait ils ont été un peu plus "vaccinés" que les autres sur le comment gérer toute crise voire contre des Guerres en continu contre eux afin de savoir survivre et vivre encore mieux contre une épée de Démoclés qui leur tombe sur la nuque ?

    Il y a des peuples, hélas, qui n ont retenu ou ne retiendrons aucune leçon ni de leurs crises (post corona ?) ni de leur Histoire surtout quand cette Histoire est ou serait faussement écrite comme d habitude par les vainqueurs. Les vaincus n en ont plus droit de l écrire et quand aux morts des deux parties, ils ne diront plus un seul mot.

    Bien à Vous.
    Charles 05

  • En économie, la dernière ligne d'un bilan est soit positif, soit négatif. Le Ca reflète le capital d'anticipation. Dis-moi quel est ton Ca, je te dirai qui tu es. Un capitalisme vertueux à en général un bon Ca, la dernière ligne qui est le bénéfice net après déduction des amortissements doit être positive. Le reste n'est que du blabla.

    L'occidentalopithèque a voté, il a élu des idiots utiles de droite comme de gauche. Attendons de compter le nombre de victimes, les coûts pour en arriver là. Je vous assure que des conflits sont en vue . Déflation, inflation, destruction des monnaies, nous n'avons rien vu. 1929/1930 sont en vue.

    L'intérêt n'est pas d'être politisé. Il n'est pas nécessaire d'être intelligent et cultivé, mais l'être permet d'anticiper, d'avancer et ainsi, d'assurer le capital et le bénéfice.

  • S'il y a un virus plus virulent que ce Covid-19 c'est bien celui du pouvoir. Et tant que nous n'aurons pas décidé, nous toutes, les populations de la Terre, de botter le cul de toutes celles et ceux qui s'ennivrent de ce poison mortifère, nos belles envolées au lyrisme solaire n'auront aucune prise sur le réel.

    A tous les échelons des structures de la planète se trouvent des niches dans lesquelles les voraces, les cruels, les roublards s'incrustent comme la moisissure en milieu humide. C'est depuis ces miradors ou ces niches, chacun trouvera l'image qui convient le mieux à ces parasites, qu'ils détruisent, pillent, volent les rêves et les les réalisations des pacifiques, des sages, des innocents.

    Soudainement, la biologie ralenti leurs machines de guerre, désarçonne leurs idéologies de pacotille, renverse leurs piédestals. Un petit bien pour un grand mal. Mais pour que cela ne soit pas qu'une embellie dans la tempête, qu'une illusion de plus dans ce monde qui les aime tant, nous devons dès maintenant penser à la sortie de la pandémie, si un jour elle se fait.

    Allons-nous derechef nous précipiter vers les pires, vers les escamoteurs de la vie ? Saurons-nous distinguer l'ordre de l'autoritarisme ? Serons-nous moins dupes des ruses de la domination qui sait si bien dorer le cadre de ses turpitudes, et ainsi plaire aux plus candides ? Imagination et solidarité, ou peur et soumission ? J'espère comme beaucoup une renaissance de la paix universelle, le principal défaut de cette dernière étant qu'elle n'est pas encore née, ou alors je n'ai pas lu tous les livres d'Histoire.

    Plus que jamais, l'imagination au pouvoir pour avoir l'ordre sans le pouvoir. Sinon rien, la routine, injustice pour tous.

  • Très bon commentaire automatique, bravo.

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