Covid19- le passage par l’humilité (1)

Imprimer

Image (13).jpg

En prenant conscience de sa faiblesse, on redevient plus fort ©Burlingue (Xavier Bureau)

L’énergie cupide qui nous a lancé contre le mur sera-t-elle arrêtée par Covid19 ? Ou bien lorsque tout sera fini, la cupidité mondialisée reprendra-t-elle le volant ? Parier sur le changement présente au moins l’avantage de nous sortir du fatalisme maussade. Mais c’est un pari, avec tous les aléas que cela suppose. Autant le jouer. Nos défenses immunitaires ne s’en porteront que mieux !

Les crises majeures que l’humanité a traversées en un siècle inclineraient plutôt à croire qu’elle répètera les mêmes erreurs lorsque tout danger sera écarté. Au cours de l’épreuve, le prisonnier ou le malade s’abîme dans la prière, jure qu’il changera désormais son mode de vie mais sitôt franchies les portes du pénitencier, sitôt retombée la fièvre, le voilà qui reprend ses mauvaises habitudes, les aggrave même car « il faut bien rattraper le temps perdu. »  Le Premier Testament le dit avec sa rudesse particulière : Comme un chien retourne à son vomissement, le fou récidive dans sa démence (Proverbes XXVI, 11).

Une crise majeure différente des autres

Cela dit, l’actuelle pandémie présente un contexte tout à fait particulier si on la compare aux crises précédentes. Non seulement tous les pans de la société en sont affectés, mais encore, elle touche chacune et chacun dans son être intime, dans sa chair, soit par maladie, soit par confinement. Aucune contrée n’échappe au Virus Couronné, pas même la Suisse pourtant épargnée par les deux guerres mondiales, c’est dire ! Et pour les ultramilliardaires, même les paradis fiscaux du Delaware, du Wyoming ou du Nevada ne sont d’aucune utilité.

En outre, Covid19 intervient comme une sorte de prolongement à la vague mondiale de protestation contre l’hypercapitalisme, fauteur de dérèglement climatique. Le lien entre la pandémie et l’hybris mondialisé est aussitôt apparu.

Le pari du changement de paradigme n’est donc pas forcément perdu d’avance. Reste à savoir si c’est la société qui en se modifiant, changera chaque humain. Ou à l’inverse, s’il faut d’abord changer l’humain pour transformer la société. Vieux dilemme. Faux dilemme. Les deux vont de pair.

Alors autant amorcer le travail sur soi, là, maintenant. Profitons du confinement pour accomplir cette mission personnelle qui peut aboutir à changer ce qui doit l’être sur le plan collectif. Le Plouc n’a pas la moindre parcelle de légitimité pour donner des conseils. Comme tant d’autres, il hasarde quelques pistes, c’est tout.

S’humilier n’est pas se soumettre

La première étape serait d’appréhender une vertu qui se trouve à l’opposé des non-valeurs prônées par le capitalisme financier et mondialisé, à savoir le tintamarre médiatique, la gloriole égotique, le sentiment de puissance et le toujours-plus. Elle a donc mauvaise presse, cette vertu, et c’est bon signe. Son nom ? L’humilité, ce sentiment de sa propre insuffisance qui pousse à réprimer tout mouvement d'orgueil. Elle est souvent confondue avec la soumission. A tort. S’humilier, ce n’est pas se soumettre. Ce peut être le contraire comme nous l’allons voir.

 L’humilité renvoie au latin humilitas qui provient du mot humus, soit le sol, la terre. En faisant du progrès technologique-économique une idole ayant prééminence sur toutes les autres formes de progrès (social, moral, culturel), nous avons décollé (avec deux « n », ça marche aussi !) pour nous propulser vers les étoiles de l’illusion. Nous sommes aujourd’hui ramenés sur terre. Prendre conscience de cet atterrissage, c’est au sens propre s’humilier, retourner à l’humus. Nous étions persuadés de notre toute-puissance, nous voilà mis à nu par un agent microscopique.

Certes, grâce aux technologies les plus modernes, il est probable que le Virus Couronné connaisse le sort de Louis XVI. Mais il faudra alors se souvenir que ce sont les humains qui les auront mis en œuvre. C’est au service de l’humanité qu’elles seront ainsi placées. Et non l’inverse comme c’est trop souvent le cas maintenant.

En s’humiliant, l’humain voit les choses sous un autre angle, celui de sa faiblesse. Une prise de conscience qui fait hurler l’égo de douleur. Il était tellement flatté par les paillettes de la consommation compulsive, cet égo, qu’il a pris le pouvoir sur chacun d’entre nous. Il nous soumettait et faisait de nous des pantins de la société médiamercantile qui n’a d’autres fins que le divertissement des masses au profit des nouveaux maîtres du capitalisme.

S’humilier s’est donc œuvrer en vue de se libérer de l’aliénation suscitée par cet empire qui vient jusque dans nos rêves traquer nos désirs pour les transformer en profits. S’humilier, c’est reprendre pied sur le sol. Mais l’humilité est un passage et saurait représenter la destination finale qui est la désaliénation.

Grande leçon de cette première étape : en prenant conscience de sa faiblesse, on redevient plus fort.

A suivre.

Jean-Noël Cuénod

Lien permanent Catégories : social 14 commentaires

Commentaires

  • A voir le succes d`Amazon aux USA depuis le début du confinement, l`humilité et la fin de la fringale consommatrice ne sont pas encore au menu la-bas. En Europe probablement non-plus. La plupart des gens ne font d`ailleurs pas le lien entre le Covid19 et le virus de la consommation avec son cortege de destructions sanitaires, écologiques, climatiques, économiques, etc... Peut-etre que si la peur s`accroit encore, mais j`en doute.

    Par contre, il pourrait y avoir une prise de conscience au niveau de certaines priorités et une remise en cause des dépenses publiques militaires qui se font au détriment de la santé et du social.

    On peut aussi espérer que des semaines de chomage technique rémunéré feront prendre conscience a chacun comme il est absurde de consacrer pratiquement toute sa vie a une "croissance économique" cannibale et a enrichir sans limite des "élites" qui ne vivent pas de leur travail mais de la spéculation boursiere.

    Enfin, si les pays européens réussissent a bien coordonner entre eux la gestion de cette crise, l`Union Européenne en ressortira renforcée et les politiciens national-populistes affaiblis; cette pandémie est l`occasion de prouver que les grands problemes ne peuvent etre résolus que globalement et non en bricolant chacun dans son coin.

    Économiquement, il parait certain qu`apres la pandémie il ne sera plus tolérable dans les pays développés de dépendre de l`industrie chinoise.

  • "Et pour les ultramilliardaires, même les paradis fiscaux du Delaware, du Wyoming ou du Nevada ne sont d’aucune utilité."

    Oui, mais ils se ruent sur les petites îles isolées qu'ils ont les moyens de se payer. Si vous croyez qu'eux restent confinés...

    Et eux si jamais, ne manqueront jamais de respirateurs.

    Quant à en offrir aux autres...

  • Toute contrainte à son avantage. S'occuper de ses 30 cm carrés, (c'est du vécu en milieu hospitalier) c'est vider et virer ce que notre boîte noire renferme. Oui, l'humilité permet de grandir intérieurement.

  • La jalousie n’apporte aucune humanité à l’homne.

  • Ceux qui gagnent ne savent pas ce qu'ils perdent.

    https://www.youtube.com/watch?v=gpcVS9lyiMg

  • N'est-ce pas un manque d'humilité de croire que l'humain paie le prix de ses égarements et d'écrire que le " Covid19 intervient comme une sorte de prolongement à la vague mondiale de protestation contre l’hypercapitalisme". Les épidémies ont toujours ravager le monde, même lorsque le capitalisme n'existait pas. Simplement, notre époque hyper technicisée avait cru pouvoir tout contrôler.

  • Oui, mais la vision hyper technicisée de la société ne vient pas de ceux qui protestent contre l'hyper-capitalisme. Et une part de ces critiques allait en l'occurence dans le sens d'une meilleure attention à la santé et aux services publics chargés de la santé. Aussi à une moins grande frénésie dans les échanges internationaux, complètement oublieux de la fragilité des équilibres planétaires.

    Lorsque les Européens sont arrivés en Amérique du Sud, il n'y a pas si longtemps, ils ont apporté des maladies qui ont décimé des populations autochtones dont le métabolisme n'était pas prêt à lutter contre ces affections nouvelles. Il y eut bien d'autres épisodes de ce type dans l'Histoire de l'Humanité, mais cupidité et stupidité, la fameuse scupidité, a ou ont balayé sans remords les courageux qui ont tenté de résister. Y compris à notre époque, depuis le Club de Rome et ses héritiers.

    Nous méprisons les animaux, sauvages et d'élevage, autant en Chine qu'en Europe et ailleurs. De cette inattention a surgi le grain de sable qui paralyse, à l'échelle de la planète, tout le lénifiant discours du libre-échange, clé de la prospérité.

    Tout soudain, les frontières se ferment, les commerces toussent et le joyeux ruissellement des richesses, tant chanté par le grand choeur universel du néo-libéralisme civilisateur, n'est plus que celui des nez enrhumés, au mieux.

    Mille questions posées depuis longtemps et volontairement ignorées depuis, vont devoir trouver des réponses en urgence alors que nous avions le temps d'y penser au calme avant cette pandémie.

    Du boulot pour les cerveaux. De grâce, évitons les clichés, les formules éventées, tout le fatras des vieilles lunes mornes et rébarbatives, l'arrière-ban des jérémiades victimaires.

    L'hypercapitalisme a fait des erreurs, il a commis des fautes. L'hypercapitalisme communiste chinois a fait des erreurs et commis des fautes. Les démocraties sociales-libérales d'Europe de même.

    Nous ne sommes pas là pour jeter des pierres ou flinguer à vue. Nous sommes encore heureusement là pour penser, agir, et trouver des chemins neufs, des manières originales d'empêcher le navire de sombrer. Ensemble ou rien.

    L'imagination au pouvoir afin d'avoir l'ordre sans le pouvoir. Sinon, la routine, injustice pour tous.

  • Misère,, manque d'hygiène et mauvaise alimentation favorisent les maladies.
    En l'occurrence les confinements en somptueuses résidences aux parcs majestueux ne sont pas confinements en misérables taudis ou studios sans jardins pour au moins s'aérer.

    Par ordonnances et décrets s'installent, en France contraintes rejoignant le mépris généralisé à l'égard des "petits" évangéliques...

  • Je ne doute pas que la consommation de tabac et de cannabis favorise l'irritation des voies respiratoires, mais personne n'en parle, il ne faut pas casser ce commerce très juteux! Je fais tous les jours 4/5 grandes balades avec mon chien dans la campagne où il n'y a pas beaucoup de monde! Attention c'est essentiel pour la santé! Bouger, respirer! En plus l'air est très peu pollué en ce moment!

  • Je pense que nous ne sommes pas en mesure mesurer les dégâts que cette crise vs engendrer? Enfin je vois que les salons de massages continuent à faire de la pub, sans doute pour le moral des troupes! Je vois assez mal la scène, 2 ou 3 protagonistes tous à distance, avec masques et gants, histoire de respecter les consignes? Autant faire ça depuis sa web cam!!!

  • Otto Matthik@ Vos commentaires sont souvent intéressants et argumentés. Mais pourquoi n'abordez-vous jamais la seule véritable question : la croissance démographique humaine exponentielle ?

  • Géo @ "...Mais pourquoi n'abordez-vous jamais la seule véritable question : la croissance démographique humaine exponentielle ? "

    Parce qu'au train d'enfer ou vont les affaires de la planète, et tenant compte du caractère oublieux de l'Humanité, il est malheureusement fort probable que la question de la croissance démographique humaine exponentielle se trouve cruellement réglée par les nouvelles et redoutables pandémies à venir. Ce pour autant qu'un astéroïde facétieux ou un impétueux volcan ne viennent accélérer le processus. Sans négliger bien entendu les ingénieuses capacités humaines en matière d'armes de destruction massive et impromptue. Tant de prétendants et si peu d'espace.

  • Géo @ "...Mais pourquoi n'abordez-vous jamais la seule véritable question : la croissance démographique humaine exponentielle ? "

    Parce qu'au train d'enfer où vont les affaires de la planète, et tenant compte du caractère oublieux de l'Humanité, il est malheureusement fort probable que la question de la croissance démographique humaine exponentielle se trouve cruellement réglée par les nouvelles et redoutables pandémies à venir.
    Ce pour autant qu'un astéroïde facétieux ou un impétueux volcan ne viennent accélérer le processus. Sans négliger bien entendu les ingénieuses capacités humaines en matière d'armes de destruction massive et impromptue. Tant de prétendants et si peu d'espace.

  • Passage par l'humilité, certes, et tant que nous y sommes pourquoi pas par un l'examen de conscience!?

    ce CORONAVIRUS C'EST LA GUERRE dit-on. Soit. Il nous attaque avec ses munitions propres… à lui.

    Sommes-nous capables de fabriquer et de vendre des armes de combat sophistiquées au point de faire longuement souffrir les personnes atteintes?

    On annonce aujourd'hui que nos hôpitaux risquent de manquer de produits anesthésiants:

    Nous avons donc en ce virus ce qui nous correspond. les conséquences par souffrances que nous infligeons par la fabrication et la vente de nos armes, qui, par effet de boomerang, nous reviennent contre.

    les aanciens prophètes auraient parlé de colère divine.

Les commentaires sont fermés.