Un devoir pour tous les démocrates : arroser la révolution en Tunisie (13/02/2011)

Comme le « Printemps des peuples européens » en 1848, le « Printemps des peuples arabes » réussira pleinement là, échouera ici, marquera un progrès dans un autre pays, avortera dans un autre. En 1847-48, seule la Suisse était parvenue à créer des institutions démocratiques durables. Après quatre ans de République, la France avait sombré dans le Second Empire et a dû attendre 18 ans pour retomber dans les bras de Marianne. Mais dans toutes les nations, le ferment de la liberté avait été introduit. Sa germination fut parfois très lente.

Actuellement, le peuple égyptien s’est débarrassé de Moubarak. Mais l’armée reste solidement au pouvoir. Compte tenu de l’importance stratégique de l’Egypte, on voit mal comment il pourrait en aller autrement. Il est à espérer que la puissance militaire fera progresser les institutions démocratiques et endiguera l’intégrisme. C’est le scénario de type turc. Mais il y a aussi un scénario de type Moubarak II, à savoir que les affaires retournant au calme, l’armée au pouvoir sombre une fois de plus dans le clanisme cleptocratique.

Il faut espérer, bien sûr, qu’une démocratie solide s’implante en Egypte. Mais les conditions pour parvenir à cet objectif ne paraissent pas encore réunies. Une démocratie à l’ombre des chars d’assaut reste forcément limitée.

La Tunisie, en revanche, semble mieux partie pour devenir le premier pays arabe authentiquement démocratique. Avec sa classe moyenne forte et homogène, son taux d’alphabétisation élevé, la Tunisie dispose aussi d’un atout de taille : elle ne constitue pas un enjeu stratégique majeur contrairement à l’Egypte. Les Etats-Unis lui ficheront la paix.

Il faut donc soutenir activement le pays dans lequel la démocratie et l’Etat de droit ont le plus de chance de se développer de façon pérenne, à savoir la Tunisie. Elle servirait ainsi de pôle de référence pour tout le monde arabe.

 Ce soutien doit se traduire, non en conseils et autres paroles verbales, mais en organisant une sorte de boycott à l’envers en faveur de la Tunisie, c’est-à-dire privilégier cette nation comme lieu de vacances, acheter des vêtements d’origine tunisienne, choisir des denrées de ce pays, bref faire tourner son économie. Nous devons arroser la Révolution tunisienne.

Jean-Noël Cuénod

11:30 | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : révolution du jasmin, tunisie, egypte | |  Facebook | | |