CHANT D’UN AUTRE MONDE (27/06/2022)

Morceaux de soleil: Déchiquetés par les ronces....jpeg

Morceaux de soleil / Déchiquetés par les ronces... ©JNC-Beaurecueil-Forge de la Poésie

Vous n’aimez pas la poésie ? Il n’y a rien d’original à ça. La poésie n’est même plus méprisée, elle est ignorée. Alors que tout va de travers, surtout le langage, il est temps de redécouvrir ce qui en fait la source vive. Grâce à la poésie, les mots reprennent ces couleurs et ces reliefs que les mésusages des politiciens, publicitaires et autres médiacrates ont affadies et aplanis.

Les vers ci-dessous sont construits selon l’architecture du Tanka, métrique d’origine japonaise qui, selon Wikipédia, signifie littéralement « chant court ». Elle est composée de trois vers (tercet) de 5, 7 et 5 pieds suivis, séparés par un léger écart, de deux vers (distique) de 7 pieds chacun. Le total atteint donc 31 pieds.

Le Tanka est l’ancêtre d’une forme japonaise plus connue, le Haïku, qui n’a gardé du Tanka que le tercet 5-7-5.

En poésie, le nombre de pieds est aussi essentiel que l’agencement des mots en ce qu’il donne au texte son rythme et son souffle. Et c’est la contrainte qui permet à la poésie d’éviter le « n’importe quoi » qui la vide de sa substantifique moelle.

Dans la série suivante, vous pouvez lire chaque Tanka pour lui-même, sans tenir compte des autres. Ou alors, au contraire, les lire comme une suite qui formerait unité. Ou enfin en modifier l’ordonnancement pour découvrir d’autres sensations.

Comme d’habitude, il est possible de les lire, de les écouter ou de faire les deux. Bref vous êtes libres.

A LIRE

Chevauchant la dune

Les rayons de lune ondulent

Océan noirs reflets

                       Magma d’ombres des noyés

                       Pris dans le réseau des algues

 

Fugitif reflet

L’éternité dans la flaque

Tous miroirs brisés

                       Laissez les débris du temps

                       Eux-mêmes se recoller

 

L’étau de tes dents

Libère le cerveau de l’arbre

Que ton ventre accueille

                       La noix revit dans tes fibres

                       Ses débris jonchent le sol

 

Uppercut du vent

Le grand verne dodeline

Rassemble ses forces

                       Il esquive son trépas

                       Qui s’effondre compté dix

 

Trous de lumière

Dans le corps de la nuit

Forêt en alerte

                       L’auto passe son chemin

                       Et tout se remet en place

 

Ticket de métro

Poussé par un coup de vent

A tombeau ouvert

                       Vers son dernier voyage

                       Les abysses des égouts

 

Chant d’un autre monde

C’est le grillon du métro

Qui se souvient

                       Il a transporté ailleurs

                       Ses voyageurs sans boussole

 

Morceaux de soleil

Déchiquetés par les ronces

Comme chair à vif

                       Le sang de la lumière

                       S’écoule en gouttes de feu

 

La pluie épaisse

Nourrit mousse et humus

Joie dans les sous-sols

                       Turgescence des rhizomes

                       Gestation des girolles

Jean-Noël Cuénod

A OUÏR

11:37 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |