Régionales2021. Les Français ont la fête ailleurs (21/06/2021)

Les professionnels de la profession et autres experts de l’expertise n’ont pas fini de faire parler les muets à l’issue du premier tour des élections régionales et départementales. Chaque commentateur s’efforce d’extraire de leur pensée une explication majeure au fait que plus de 66% des électeurs n’ont pas voté. Des raisons, il y en a pléthore. Aussi majeures les unes que les autres.

En voici une liste non-exhaustive sur la base des propos glanés ici ou là dans les matutinales boites à babils[1].

Samedi et dimanche à Paris, il était tellement visible et réjouissant, le soulagement de vaquer sans masque de terrasse en terrasse, de mener librement les gosses au Parc Montsouris, de vivre des apéros sans fin avec les copains…

Mais dédaignent les Barons locaux, sauf bien entendu, la famille et les obligés de ces nobliaux.

 Avec les communes, les communautés de commune, les cantons, les aglos, les départements, les régions, l’usine à gaz des administrations dites « territoriales » est un monstre incompréhensible que chacune et chacun préfère oublier afin d’éviter l’intoxication. Qui fait quoi, avec qui et comment ? Réponses impossibles.

Ils n’ont pas manqué, ces « couac » entre bureaux qui ont ouvert en retard faute d’assesseurs et professions de foi des candidats qui ne sont pas parvenues à nombre de citoyens par la faute de la poste et d’une boîte privée (!).

Compte tenu des scores décevants pour le Rassemblement National, il apparaît que le clan Le Pen est de plus en plus assimilé à ce « système » qu’il voue pourtant aux gémonies. La dédiabolisation engagée – et en grande partie réussie – par la Marine Nationale est sans doute responsable de cet encalminage. Dès lors, les mécontents de chez Mécontents ont, pour une fois, préféré l’abstention à ce vote protestataire qu’elle incarne moins que naguère. Une porte ouverte pour une candidature d’Eric Zemmour­ – ­qui se place encore plus à l’extrême-droite­ – à l’élection présidentielle de 2022 ?

 (Ne cherchez pas, c’est du verlan). Ramassés sur leurs propres soucis personnels ou familiaux, ils ne voient pas pourquoi ils distrairaient de leur énergie pour s’intéresser à une Chose publique qui ne s’intéresse guère à eux.

Et pas seulement en France. Si l’on y ajoute celles et ceux qui ne se sont pas inscrits sur les listes électorales, on ne peut plus parler de bataillons mais carrément de corps d’armée. Les entités qui servaient jadis de relais entre les jeunes et les grands partis ­– les « Jeunesses » (communistes, socialistes, gaullistes ou libérales) n’existent plus ou alors à l’état microscopique. De plus, les jeunes n’ont plus comme moyens de s’informer que des rézosociaux qui colportent tout et surtout n’importe quoi. L’enfermement dans l’entre-soi des bulles algorithmiques est tel que le débat en est exclu. Or, sans débat, point de démocratie. Ce septième point est de tous le plus inquiétant car notre système peut alors faire place à un autre, de type totalitaire ou autoritaire. Et personne n’a encore trouvé le moyen de s’adresser aux jeunes. Ce ne sont pas les anecdotiques galipettes au jardin de l’Elysées de Macron avec les deux Youtubeurs McFly et Carlito ­– dûment estampillés « djeunes » – qui vont changer la donne.

L’exemple des Etats-Unis

Voilà donc un assortiment des mille et une raisons qui incitent l’électeur à ne pas l’être. Les motivations sont tellement disparates qu’il est impossible d’en tirer une conclusion convaincante. Nous vivons une époque perpétuellement mouvante où rien n’est acquis. Un jour l’engouement pour une idée ou un politicien charismatique submerge l’espace politique. Un autre jour, alors que tout semblait prédire un renouveau, c’est le vent tiède de la morosité qui balaie les grandes plaines de l’indifférence politique.

Une lueur toutefois. Dès que les enjeux sont clairement définis et les clivages précisément tranchés, les citoyens retrouvent le chemin de l’isoloir. Il en fut ainsi lors des dernières élections présidentielles aux Etats-Unis qui ont connu une très forte mobilisation des électeurs.

Tous les désespoirs ne sont pas forcément permis !

Jean-Noël Cuénod

[1] Honneur à l’inventeur de la formule, feu Roger Fressoz, André Ribaud de son nom de plume, ancien patron du Canard Enchaîné et auteur d’une mémorable chronique, « La Cour » ; il était un peu à de Gaulle, ce que le duc de Saint-Simon fut à Louis XIV dont il a pastiché le style avec un immense talent (pour vous donner une idée, cliquez ici)

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