Napoléon : 5 bonnes raisons de ne pas le célébrer (05/05/2021)

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Pour ceux qui seraient restés confinés sur Proxima du Centaure, c’est aujourd’hui que nous célébrons le 200e anniversaire du trépas de l’empereur Napoléon 1er. La sphère médiatique vibre au souvenir du Grand Homme et préfère effacer les zones d’ombre pour se bronzer au Soleil d’Austerlitz. Mais le Plouc voit cinq bonnes raisons pour ne point célébrer sa mémoire. Au moins.

Comme il se trouve une multitude de thuriféraires pour encenser les aspects glorieux du Premier Consul et Empereur des Français, autant jeter un regard sur son passif.

1– Phallocratie.

 La Révolution française avait libérée la femme mariée de la tutelle de son mari grâce à la Constitution de septembre 1791 et de la Loi de septembre 1792. L’ombrageux Corse a mis fin à cette fâcheuse entorse au patriarcat par son Code Civil en 1804. Mesdames, savourez cet article 1124 : Les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux. Heureusement, Napoléon ne connaissait sans doute pas l’existence de la burqa… Le site « 8mars.info » dresse la liste des interdits que l’impérial Phallocrate a réservé aux femmes :

- interdiction d’accès aux lycées et aux universités ;

- interdiction de signer un contrat, de gérer ses biens ;

- exclusion totale des droits politiques ;

- interdiction de travailler sans l’autorisation du mari ;

- interdiction de toucher elle-même son salaire ;

- contrôle du mari sur la correspondance et les relations ;

- interdiction de voyager à l’étranger sans autorisation ;

- répression très dure de l’adultère pour les femmes ;

- les filles-mères et les enfants naturels n’ont aucun droit.

Avec Napoléon Bonaparte, la cause des femmes a accompli un grand bond en arrière.

2- Esclavage.

Par décret du 4 février 1794, sous l’impulsion de l’abbé Grégoire, la Révolution avait aboli l’esclavage dans toutes les colonies françaises. Alors Premier Consul, Bonaparte a aboli… cette abolition par la loi du 30 floréal an X (20 mai 1802). Il faut dire que la généreuse mesure prise par les révolutionnaires n’avaient pas été appliquée partout. C’est moins par ardeur esclavagiste que le Premier Consul est revenu au statu quo ante que pour calmer les groupes de pression coloniaux. Toutefois, le geste demeure. L’esclavage ne sera définitivement supprimé que par l’éphémère IIe République, le 27 avril 1848.

3-Censure.

La Révolution française avait libéré les plumes. De 1789 à 1792, la censure exercée par la monarchie fut passée à la trappe. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen assurait « la libre communication des pensées et la liberté d’imprimer ses opinions ».  Dès 1792, la censure a refait surface par l’interdiction des feuilles contre-révolutionnaires. Des tours de vis successifs ont serré le carcan. Mais c’est sous Napoléon – ouvertement hostile à la liberté de la presse – que la censure est devenue totale. A partir de 1804, un seul journal est autorisé à traiter des sujets politiques et à rapporter les actes du gouvernement, Le Moniteur. L’empereur avait inventé les Izvestia avant Lénine.

4- Guerres.

Les armes ont fait la gloire de Napoléon ; c’est avec elles qu’il est entré dans la mémoire des peuples. Ses éclatantes victoires et ses dramatiques défaites entretiennent la légende, paravent doré qui cache la jeunesse sacrifiée sur les champs de bataille. Certes, Châteaubriand exagère considérablement lorsqu’il accuse l’Empereur d’avoir provoqué la mort de 5 millions d’hommes. Aucun compte exact n’a pu être établi. La plupart des historiens estiment que 600 000 à 700 000 soldats français ont perdu la vie sous les drapeaux.

Les Suisses, enrôlés dans la Grande Armée, ont eux aussi payé un lourd tribut à l’hybris impériale. Là aussi, on ignore le nombre des victimes. Mais un épisode resté dans toutes les mémoires helvétiques a marqué l’étendue du massacre, la bataille sur le fleuve Bérézina (située dans l’actuelle Biélorussie). Pendant trois jours, des troupes de l’Empire, dont 1300 soldats suisses, ont affronté les cosaques afin que le reste de l’Armée impériale puisse franchir le fleuve et battre en retraite. Seuls 300 Suisses y ont survécu.

5- Totalitarisme.

 Napoléon n’a pas inventé le despotisme. Mais il l’a modernisé en concentrant dans sa seule main tous les pouvoirs en attachant une importance particulière à dominer la culture et l’information. Il a ainsi ouvert une voie que d’autres, encore plus sanguinaires, n’ont pas manqué d’emprunter.

Jean-Noël Cuénod

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