Mauro Poggia à l’épreuve du réel (11/11/2013)

 

Pour la première fois dans la longue histoire de Genève, l’extrême droite est parvenue à faire élire l'un de ses candidats au gouvernement de la République et canton. Une partie de la population a donc été attirée par la propagande gluante de haine fétide du MCG. Le nouveau «politiquement correct» - tout à son blanchiment d’idées sales - exige désormais que l’on comprenne ces votes «populistes» qui traduisent un malaise profond. Bien entendu, qu’ils «traduisent un malaise profond», le dire équivaut à enfoncer des portes ouvertes ! Eprouver «un malaise profond» est une chose. Voter pour un mouvement qui n’a pour tout horizon idéologique que la traque des boucs émissaires en est une autre.

 

Certes, Mauro Poggia s’est habilement dédouané des outrances les plus nauséabondes de son mouvement en désignant d’un regard prudent son colistier Stauffer. Toutefois, par sa présence sur la liste du MCG, le nouveau conseiller d’Etat a cautionné les affiches les plus immondes et les discours les plus malsains. Utiliser les ficelles de l’extrémisme grossier avec le costume trois-pièces de la respectabilité bourgeoise se révèle diablement efficace sur le plan électoral. Mais celui qui use de cet artifice démontre le peu de cas qu’il fait de la morale en politique.

 

Toutefois, force est de reconnaître que les électeurs du MCG ont choisi le moins pire des candidats extrémistes, et de loin. Comme avocat, Poggia a démontré une efficacité indéniable dans la défense des assurés. Passé à la moulinette gouvernementale, le nouveau conseiller d’Etat pourrait devenir un magistrat, en fin de compte, acceptable.

 Mais justement, c’est là où le bât blesse le flanc des extrémistes de droite. Devenant un politicien comme les autres, Mauro Poggia perdra tout charme aux yeux de ses électeurs. Il devra passer des compromis, reculer, composer, affadir son propos, affronter une gauche et un centre droit qui ne lui feront aucun cadeau. Même Blocher n’a pas pu faire grand-chose lorsqu’il était conseiller fédéral.

 Les institutions suisses sont tellement bien huilées qu’elles broient les extrémistes. Soit ils se plient aux impératifs de la collégialité, et ils perdent leur caractère attractif. Soit ils tentent de lui résister, et ils finissent par être rejetés.

 

Quelle sera la politique de Mauro Poggia lorsque le Conseil d’Etat devra régler les problèmes transfrontaliers, alors que son MCG a tout fait pour attiser la mésentente stérile entre Genève et son arrière-pays? Quelle sera la position de ce mouvement sur cette question? C’est facile de hurler sur les bancs de l’opposition, mais se transformer en parti responsable de la politique gouvernementale relève du défi himalayen pour une formation fondée sur la démagogie.

 

Poggia part avec un handicap supplémentaire: son colistier Stauffer. Il l’a devancé très largement de 9 127 voix. Pour le fondateur du MCG, la claque est d’autant plus sonore qu’elle vient de ses propres rangs. Or, l’ego de Stauffer donnant une idée assez précise de l’infini, on imagine que la vie de Poggia ne sera pas facile, au sein même de son mouvement. Ses amis qui l’ont hissé dimanche soir sur leurs épaules risquent fort de le laisser tomber à la première occasion qui leur sera offerte

 

Le réel est une rude épreuve. Pour tous. Et particulièrement pour Mauro Poggia.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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