26/09/2010

Deux beaux films d’amour noir

Deux films fort différents l’un de l’autre ont marqué la rentrée sur les écrans parisiens. Deux beaux films d’amour noir: «Des dieux et des hommes» de Xavier Beauvois et «Le bruit des glaçons» de Bertrand Blier. Ou plutôt, deux films d’outrenoir, comme le formule le peintre Pierre Soulages qui nous fait voir la lumière et ses chatoiements derrière les vibrations des ténèbres.

L’un se confronte au terrorisme; l’autre danse avec le cancer. Le mal collectif et le mal individuel. En les tressant, voilà qu’apparaît la trame du destin tragique de la face riche de la planète. La face pauvre, elle, est submergée par tant d’autres maux...

Du tréfond de chacun des acteurs, Xavier Beauvois a fait émerger la part divine, ce noyau insecable qui est l’Etre en soi, au-delà de tous les masques. «Des dieux et des hommes» va donc plus loin et surtout plus haut que l’évocation du martyr subi en 1996 par les sept moines du monastère de Tibéhirine, dans l’Atlas algérien. Les assassins sont-ils les terroristes qui tuent les hommes de Dieu au nom de Dieu? Ou les militaires à la solde d’un pouvoir corrompu? Le film ne livre aucune réponse prête à l’emploi. D’ailleurs, aujourd’hui encore, les circonstances du massacre de ces moines de l’Ordre cistercien-trappiste restent floues.

Placés face à la mort, tant par les djihadistes que par les officiers, les moines doivent lutter avec ce dilemme: partir et survivre ou rester quitte à en mourir. Même pour ces hommes habités par la foi, le débat remue en eux l’effroi, le doute, l’angoisse. Certains seront tentés de regagner la France. Mais aucun ne franchira le seuil du monastère. Ils resteront par fraternité envers les villageois de Tibéhirine  qui, eux aussi, endurent les violences de part et d’autre. Mais ils refuseront aussi de partir pour s’affirmer en tant qu’hommes libres et pour témoigner que l’amour ne fuit pas devant la haine. Les moines sont morts. Qu’ils vivent en chacun de nous et la mort sera terrassée.

Le triangle vital

Dans «Le bruit des glaçons», le héros qu’incarne Jean Dujardin n’a, lui, rien de sublime. Du moins en apparence. Il s’agit d’un écrivain alcoolique accroché à son ego et à sa bouteille de blanc nichée dans un seau à glace. Son cancer, interprêté par Albert Dupontel, sonne au portail de sa belle maison. La mort a la mine d’un quadragénaire en costume trois pièces. Le cancer et son hôte s’apprivoisent, se détestent, renouent, s’attendrissent, s’insultent et luttent sans répit.
Alors que l’écrivain va céder à son ennemi et lui lâcher sa vie comme un objet encombrant, un adversaire se dresse pour barrer la route au cancer: l’amour. Le seul miracle à disposition des humains, pour autant qu’ils l’acceptent.

La mort recule. Elle reviendra, un jour ou l’autre. Pour l’instant le cancer prend ses cliques et ses claques. Et c’est l’instant qui compte. Toute échappée vers la vie est bonne à saisir. Avec l’amour — qui se trouvait, là, sous ses yeux mais qu’il ne voyait pas — l’écrivain retrouve ce goût de pain qu’a la liberté.

En usant de styles radicalement étrangers, les deux films nous lancent cette vérité: l’amour, la liberté, la vie... Impossible d’enlever un seul point du triangle.

Jean-Noël Cuénod

La bande annonce des deux films

 

11:48 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : cinéma, vidéo, bertrand blier, xavier beauvois, christ | |  Facebook | | |