29/05/2018

Le voile islamique à toute vapeur

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Est-il possible de débattre sur le port du voile islamique sans se déchirer ? Non sans doute, à ouïr la polémique en cascade née de l’intervention publique, tout voile dehors, de Maryam Pougetoux, présidente de l’UNEF (Union nationale des Etudiants de France) à l’Université de Paris-Sorbonne.

« Atteinte intolérable à la laïcité ! » accusent les adversaires de la syndicaliste étudiante. « Scandaleuse réaction de nature islamophobe ! » contre-attaquent ses défenseurs. Dans les deux camps, l’intelligence a fait désertion, semble-t-il. Intelligence, c’est-à-dire capacité à relier les choses entre elles.  

Révélateur de cet état d’abrutissement médiatique dans lequel nous sommes englués, tout le monde a oublié les propos que tenaient la dirigeante de l’UNEF pour ne garder en mémoire que ce bout de tissu dont elle s’est affublée. A la façon du taureau obnubilé par le chiffon rouge que le torero agite devant son mufle, nous fonçons tête baissée.

Alors, tentons de faire le tri, sans se bercer d’illusion : la flûte de la raison sera submergée par les grosses caisses des indignations réciproques. Prenons cette modeste démarche comme un exercice d’hygiène mentale par temps pollués.  

Tout d’abord, il convient, une fois de plus, de rappeler les trois piliers fondamentaux de la laïcité, au lieu de lui faire dire n’importe quoi, à savoir séparation de l’Etat des institutions confessionnelles, garantie de la liberté de conscience et neutralité de l’Etat à l’égard de toutes les confessions.

Par conséquent, lorsque Mme Pougetoux répond aux questions du journaliste de la chaîne télévisée M6 en étant voilée, la laïcité n’est pas violée. Elle représente un syndicat, organe non-étatique, et peut se présenter comme elle l’entend. La clameur publique aurait-elle retentit avec autant d’ardeur si elle avait arboré une croix huguenote, une médaille de la Vierge ou une étoile de David ?  

En revanche, à l’intérieur de son organisation, des militants seraient parfaitement en droit de lui reprocher son accoutrement, signe d’une appartenance confessionnelle qui n’est pas partagée par tous les adhérents, ceux-ci se trouvant ainsi propulsés dans un contexte religieux, étranger aux buts du syndicat.

Mais il ne s’agirait alors que d’une affaire interne au syndicat. Lorsque le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb reproche à Maryam Pougetoux de porter le voile, il sort de son rôle de représentant de l’Etat. Cela ne le regarderait que s’il était membre de l’UNEF ou que si Mme Pougetoux était fonctionnaire, ce qui n’est le cas ni de l’un (depuis au moins de nombreuses décennies !), ni de l’autre. Collomb ne fait qu’utiliser une de ses vieilles ficelles politicardes : allumer un feu pour que sa fumée occulte les vrais problèmes.

Cela dit, il ne faudrait pas que la dirigeante du syndicat nous prenne pour des truffes hallal. Ce n’est pas un simple foulard discrètement disposé sur ses cheveux qu’elle a choisi de mettre, mais une vêture qui couvre la tête et le corps comme une sorte d’uniforme. En France – et particulièrement dans le contexte qui est le sien depuis les attentats et la montée de l’islam radical – cette tenue n’est pas que religieuse, elle relève de l’emblème politique. Et c’est bien un message de cette nature que Maryam Pougetoux a voulu faire passer : « J’interviens sur le champ social français en tant que musulmane engagée et déterminée à promouvoir l’islam politique. » Peu importe les dénégations que pourraient émettre la dirigeante syndicale, c’est ce que chacun aura traduit du langage corporel qu’elle utilise. C’est une attitude qui doit aussi être appréhendée en fonction d’un autre contexte, celui de l’infiltration de militants salafistes à l’intérieur des syndicats[1].

Toutefois, Maryam Pougetoux est en droit de faire étalage de ses choix politiques, cela relève de la liberté d’expression la plus basique. Répétons-le, ce n’est qu’aux autres membres de l’UNEF de lui en faire éventuellement le reproche, en fonction des règles internes du syndicat. Nous sommes dans le même cas de figure que le port par un représentant syndical d’un maillot à l’effigie du Che ou d’une chemise frappée de la faucille et du marteau.

Le voile qui chiffonne Charlie-Hebdo

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Si la présidente de l’UNEF-Paris-Sorbonne est libre de s’entortiller dans son voile et d’affirmer son appartenance à l’islam politique, d’autres citoyens disposent de la même liberté pour lui reprocher son engagement ou s’en moquer. Charlie-Hebdo a usé de ce droit en mettant en « une » la caricature de Maryam Pougetoux. Aussitôt, l’hebdomadaire a essuyé une pluie d’accusations injustifiées.

Cette couverture relève-t-elle de l’« islamophobie » ? Ce mot est tellement farci d’ambiguïtés qu’il vaudrait mieux ne pas l’utiliser. Après tout, comme n’importe quelle opinion, chacun peut critiquer une confession, sans que ses fidèles se sentent automatiquement attaqués. Mais le mot « phobie » peut être pris dans le sens « haine pathologique » ce qui risque de le faire déborder du bassin des idées vers les pelouses pelées du racisme. Ce n’est plus seulement la religion qui est critiquée, cela relève de la légitime expression ; c’est aussi l’appartenance ethnique supposée de ses fidèles qui est visée, cela relève de l’illégitime discrimination.

Si on vilipende le pape en tant que religieux, nous restons dans le débat critique. Si on l’attaque en tant qu’Argentin, nous faisons acte de xénophobie.

Dans sa « une »,Charlie-Hebdo se moque de Maryam Pougetoux uniquement dans sa fonction de dirigeante de l’UNEF et en tant qu’elle fait la promotion d’une confession particulière. Dès lors, accuser l’hebdomadaire d’« islamophobie » n’est pas pertinent.

Dans cette polémique en cascade, il ressort que le ministre de l’intérieur n’a pas à se prononcer sur l’appartenance confessionnelle d’une citoyenne ou d’un citoyen, puisqu’il est le garant de la neutralité de l’Etat en la matière. Il ressort aussi que Charlie-Hebdo est parfaitement dans sa vocation de journal anticlérical en raillant le voile islamique d’une dirigeante syndicale.

Jean-Noël Cuénod

 

[1]Lire le blogue « Un Plouc chez les Bobos » du 30 novembre 2017 : « Comment les salafistes infiltrent les syndicats ».

17:50 Publié dans Laïcité, Politique française | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : islam, charlie-hebdo, voile, unef | |  Facebook | | |

04/03/2014

Le football s’empêtre dans le voile islamique

 

 

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Amis de la bigoterie en crampons, bonjour! La FIFA ­– qui est au football ce que la Curie romaine est au catholicisme – a fulminé une bulle qui autorise désormais les footballeuses musulmanes à s’affubler du voile islamique durant leurs matchs. Certes, afin de donner à cette mesure une couleur plus universaliste, elle s’étend aux hommes. Les Sikhs pourront donc garder leur turban sur le terrain. Pour faire une «tête» dans les seize mètres, ce ne doit pas être pratique. A moins de placer une plaque d’acier sous le voile ou le turban. Mais justement la FIFA a prévu cette triche éventuelle en édictant le Saint Canon footballistique du voile:

 «Il doit être collé à la tête, être en accord avec la tenue du joueur, ne pas être attaché, ne pas constituer un danger pour autrui, exempt de partie qui dépasse comme des épinglettes pour attacher les cheveux».

Le diable se cache dans les détails, même chez les dieux du stade.

 

Cette mesure était réclamée depuis quelques années par les Fédérations de pays musulmans.  Surtout après la plainte déposée par l’Iran contre la FIFA ; Téhéran se plaignait que ses footballeuses fussent empêchées de participer aux qualifications pour les Jeux Olympiques de 2012, faute de pouvoir jouer voilées. Après une période d’essai autorisée par le «Board», l’ange gardien des Ecritures du foot, le voile a donc reçu la bénédiction de la FIFA et de son pape haut-valaisan Sepp Blatter.

 

A ce propos, Le Plouc est partagé en deux parts égales, ce qui est d’un inconfort manifeste. Examinons donc les deux parties du problème.

 

Côté face

 

De prime abord, ce voile islamofooteux hérisse le poil. Celui des dirigeants français du football, par exemple. Frédéric Thiriez, patron de la Ligue de football professionnel, a vraiment la tête près du bonnet:

«Alors que la Charte olympique exclut tout signe religieux, cette autorisation va à l’encontre du droit des femmes et menace la neutralité d’un football préservé des querelles religieuses et politiques». D’ailleurs, la Fédération française continuera d’interdire le port du voile sur ses terrains et ses joueuses, même musulmanes, ne porteront pas cet attribut religieux lors des rencontres internationales.

En effet, comment ne pas voir dans ce blanc-seing de la FIFA une lamentable régression ? L’emblème de la soumission de la femme devient ainsi un signe tout à fait acceptable pour les plus hautes instances internationales du sport. Le machisme au front bas de certains dirigeants musulmans vient de marquer un but décisif. Au moment où le football féminin se développe, la FIFA accepte que les joueuses soient forcées de s’enchiffonner le crâne, même sous des chaleurs torrides. Alors que les messieurs, eux, peuvent jouer la tête libre.

Sauf les Sikhs, vous allez me dire. Oui, sauf les Sikhs. Heureusement qu’ils sont là pour servir  de prétexte au jésuitisme de cette sacrée FIFA. Même si le Sikh est, si l’on ose s’exprimer ainsi, l’arbuste en turban qui cache une forêt de sexisme voilé.

 

Côté pile

 

Pour les jeunes musulmanes, le sport est une fenêtre ouverte sur un monde plus libre. La possibilité leur est ainsi offerte de s’exprimer sur un terrain qui, jusqu’alors, n’était réservé qu’aux seuls mollets poilus. Elles démontrent à leurs coreligionnaires qu’une femme n’est pas seulement vouée à la procréation et à l’entretien du potentat domestique, mais qu’elle peut s’imposer dans l’espace public. C’est un premier pas vers une égalité encore très lointaine. Un premier pas timide, certes, mais qu’on ne saurait qualifier de négligeable, compte tenu de l’aura universelle du football.

D’autant plus que pour les Iraniennes, le foot féminin est devenu un moyen de défier l’ordre des Mollahs, comme l’indique le sociologue français Pascal Boniface dans une interview aux Inrocks.

 

Si la FIFA avait maintenu l’interdiction de jouer voilé, le football féminin ne serait pas développé en terre d'Islam. Et cette fenêtre vers un monde plus libre pour les femmes se serait refermée. Espérons qu’un jour, les footballeuses musulmanes oublieront leur voile au vestiaire. Mais pour l’instant, il peut leur servir de viatique vers le grand large. Et c’est à elle seule de décider quelle route prendre.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO


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