28/02/2016

Grâce aux réseaux sociaux, l’UDC perd une bataille mais pas sa guerre

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 Photo: Blocher dans son antre fastueux au-dessus du Lac de Zurich

Il y a quelques mois encore, les sondages prédisaient une large victoire de l’initiative de l’UDC pour le renvoi des criminels étrangers. Et c’est l’inverse qui s’est produit en ce divin dimanche ! Malgré les millions dépensés par son âme damnée, l’extrême droite blochérienne a reçu une claque retentissante. C’est un « non » franc et massif, pour paraphraser de Gaulle, qui est sorti des urnes helvètes.

Que s’est-il passé pour que nous assistions à un tel revirement dans l’opinion ? La mobilisation active sur les réseaux sociaux figure parmi les explications les plus plausibles. Sur Twitter, sur Facebook, sur d’autres plateformes, la présence des opposants à l’initiative blochérienne s’est révélée plus massive que celles de ses partisans. Venant de milieux divers – évangéliques, protestants, catholiques, ONG humanitaires, mouvements de jeunesse, partis traditionnels de la gauche, du centre et de la droite libérale – les «twittos» ont relayé les blogues et les articles détaillant les multiples mensonges forgés par l’UDC pour appuyer sa propagande. Les petits ruisseaux de l’internet font désormais les grandes rivières de l’opinion publique.

Cette salutaire prise de conscience s’est déclenchée au bon moment : ni trop tôt ni trop tard. A cet égard, l’UDC avait commis l’erreur de partir trop vite en campagne, ce qui a donné aux opposants le temps nécessaire pour démonter le mécanisme pervers de l’initiative. Ainsi, sous couleurs de renvoyer les criminels étrangers, les blochériens voulaient en réalité saboter les bases de l’Etat de droit. Pour ce faire, ils ont utilisé la justice comme cheval de Troie en prétendant que les Chambres fédérales protégeaient les criminels étrangers. Mais les opposants à l’initiative ont pu démontrer que la loi actuelle retient déjà les infractions les plus graves pour autoriser l’expulsion automatique. Le texte de l’UDC était pris pour qu’il était réellement : non pas une initiative contre la criminalité mais un projet xénophobe de plus.

La défaite de l’UDC est cuisante. Mais son plan pour s’attaquer aux droits de l’Homme reste d’actualité. L’extrême droite ne cache pas sa volonté de sortir la Suisse de Convention européenne des droits de l’homme. Cette haine du «droitdelhommisme», pour reprendre l’expression de Jean-Marie Le Pen, est partagée par tous les partis de l’extrême droite européenne. Leur argument prétendant que cette convention est une atteinte à la souveraineté populaire pourrait faire sourire, si la chose n’était pas aussi porteuse de catastrophes.

En fait, la Convention protège le peuple contre les abus de l’autorité. Et si Blocher et ses camarades veulent l’attaquer, ce n’est pas pour le bien du peuple mais pour le leur. Il s’agit pour eux de saper tout ce qui s’oppose aux discriminations et à les protéger contre les lois réprimant le racisme. 

L’UDC est bien organisée, grassement financée par Blocher et les siens. Il ne faut pas compter sur de nouvelles erreurs tactiques de sa part. A son tour, elle risque de mobiliser les réseaux sociaux comme l’ont fait ses adversaires. Blocher a perdu une bataille mais pas sa guerre.

 

Jean-Noël Cuénod 

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11/02/2016

L’écrivaine Huguette Junod : « Plus qu’assez des initiatives de l’UDC ! »

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Une fois n’est pas coutume, Le Plouc cède sa plume pour un tour. A l’excellente écrivaine genevoise Huguette Junod, en l’occurrence. Elle a rédigé pour le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève un texte remarquable contre l’initiative de l’UDC dite de mise en œuvre. Il s’agit d’appliquer le renvoi des étrangers en situation d’illégalité. Une fois de plus, l’extrême droite suisse instrumentalise la justice pour s’attaquer à son véritable « mouton noir » (animal qu’elle affectionne dans ses affiches ) : les droits des humains.

Comme Le Plouc en a lui aussi plus qu’assez de pondre des trucs sur les obsessions séniles des blochériens, il remercie Huguette de s’être acquittée de cette tâche, voilà donc son texte. Et pour ceux qui veulent se documenter, voici deux liens :

http://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/interi...

https://www.admin.ch/ch/f/pore/vi/vis433t.html

 J’en ai assez de courir après les initiatives de l’UDC, de plus en plus venimeuses, lancées comme des missiles qui, pour la plupart, attaquent non seulement les étrangers, mais l’Etat de droit. Je ne comprends d’ailleurs pas qu’on autorise une initiative ne respectant pas nos propres lois, ni notre fonctionnement démocratique.

  •  L’UDC a lancé sa 2e initiative de mise en œuvre en 2012, alors que le Parlement était en train de travailler en vue de l’élaboration de la loi de mise en application de la 1e (de 2010, prête fin 2015), qui donnait précisément 5 ans pour cela. L’UDC a donc court-circuité les travaux parlementaires.
  • En fait, la 2e initiative UDC est un durcissement de la 1e, et non sa « mise en œuvre ». Elle met sur le même plan les crimes et les délits. Un père ou une mère de famille, né-e à Genève, y travaillant, y payant des impôts, serait renvoyé-e d’office au 2e « délit » commis en dix ans. Seules les personnes possédant un titre de séjour seraient concernées. Cette 2e initiative n’aurait donc aucun effet sur les délits commis par les délinquants qui traversent les frontières.
  • Elle enlève également leur pouvoir aux juges, le renvoi serait automatique, en contradiction avec le droit suisse et les droits humains. Prétendre qu’un pays peut édicter les lois qu’il veut, sans tenir compte de la Déclaration des droits humains, c’est ouvrir la porte à toutes les dérives, jusqu’à la dictature. La Hongrie, la Pologne et la Croatie, pour ne parler que de l’Europe, montrent de bien mauvais exemples. C’est en effet le dernier étage de la fusée UDC : ne plus reconnaître la validité de la Cour européenne des droits de l’Homme, ce qui réduirait les droits de chaque individu. La Suisse ne pourrait alors plus défendre ses intérêts économiques ni sa politique sécuritaire. Ce serait se tirer une balle dans le pied, comme le peuple suisse l’a fait le 8 février 2014.
  • Pour diffuser sa haine des étrangers, l’UDC dispose de moyens financiers quasiment illimités, grâce aux milliards de Blocher, comme les tous-ménages envoyés récemment. Cette disproportion de moyens déséquilibre le débat démocratique.

 Tout en stigmatisant les étrangers, coupables de tous les maux (cela ne vous rappelle rien ?), l’UDC s’oppose systématiquement à l’aide économique aux pays du Tiers Monde et à la naturalisation facilitée.

 Aux éructations xénophobes des Blocher, Le Pen, Trump et autres, je préfère les propos de Montesquieu : « Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime. »

 Huguette Junod, écrivaine

 Photo : troupeau de blochériens attendant la prochaine initiative xénophobe.

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11/09/2015

Le Grand Conseil valaisan rejette la proposition contre la Franc-Maçonnerie (2)

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 Par 55 voix contre 53 et 5 abstentions, le Grand Conseil valaisan a rejeté, ce vendredi en fin d’après-midi, la proposition de son bureau visant à exiger que les députés dirigeants une Loge dévoilent leur appartenance maçonnique. Décision prise de justesse certes. Mais décision surprenante dans la mesure où le parlement de ce canton s’acheminait vers une large adoption, seul le Parti libéral-radical ayant déclaré son opposition, la gauche ne semblant guère intéressée. Les remous médiatiques provoqués par cette proposition a sans doute dû faire réfléchir certains députés qui n’en avaient pas mesuré toutes les conséquences.

Pour l’UDC – qui a fait très pâle figure lors des débats ­– la défaite est cinglante. C’est elle qui est à l’initiative de ce projet liberticide, avec le soutien des démocrates-chrétiens. Mais le faible écart démontre l’importance de rester sur ses gardes. Les blochériens ne s’en tiendront pas là.

 D’où l’importance également de se débarrasser de toutes les crétineries que les antimaçons colportent sur les secrets maçonniques. Nous avions abordé précédemment le secret des rites, abordons aujourd’hui le deuxième, celui qui protège les délibérations en Loge.

On ne répand pas à l’extérieur, les propos échangés à l’intérieur. Ce deuxième secret est à la liberté d’expression, ce que le levain est au pain. Sans lui, les discussions au sein d’un Atelier (synonyme de Loge maçonnique) auraient la platitude des crêpes !

En effet, le franc-maçon qui prend la parole en suspectant que ses propos seront diffusés hors les murs, ne pourra s’empêcher de recourir à l’autocensure. Il n’osera pas énoncer ce qui pourrait être considéré comme une sottise ou une incongruité dans un contexte « profane ». De toute façon, il est dans ce domaine une certitude : toute parole rapportée par un tiers est déformée ; de relais en relais, ce qui était à l’origine un ver de terre dans une salade devient un serpent-minute dans un régime de banane. Le bouche-à-oreille déforme systématiquement le message initial. Le secret des délibérations a aussi pour but de désarmer la rumeur.

Le franc-maçon peut alors sortir du rôle social qui est le sien dans le monde « profane » pour dire ce qu’il pense, sans maquillage. Il accomplira ainsi quelques pas de plus vers son Etre véritable, sans les masques qui troublent sa vision.

 Dans un tel contexte, la transparence risque de prendre une tournure tyrannique en imposant le conformisme des pensées. On pourrait objecter à cela qu’un franc-maçon qui n’ose pas émettre publiquement une pensée fait montre de couardise ou de manque de confiance dans ses propos. Mais là n’est pas la question : l’Atelier est un laboratoire.  Le mot même « atelier » renvoie à la notion de travail avec tout cela suppose d’essais manqués, de tentatives avortées avant de produire l’objet final. En Loge aussi, on essaie, on tente, on émet une idée, on se rend compte de son imperfection, on la modifie. Le secret des délibérations couvre aussi le droit de se contredire. Le franc-maçon qui s’exprime sait que celles et ceux qui l’écoutent ne le railleront pas et le blâmeront encore moins.

Les rituels et les traditions maçonniques imposent - j’allais dire sécrètent - l’absolu respect de l’autre. Nous sommes hors du temps profane. Les combats quotidiens sont suspendus. La Loge est un des rares lieux où chaque humain sait que ce qu’il dit ne sera pas retourné contre lui, mais pour lui. Il en va autrement dans la vie « profane » où la parole attribuée à telle ou telle personne peut devenir une arme qui la vise.

 La pensée dite est un peu semblable à l’embryon qui croît à l’intérieur de la future mère. Elle doit se développer à l’abri de la clarté. Et c’est lorsque le temps est venu qu’elle peut voir le jour.

Tout ce qui se dit et préside à une décision de la Loge doit être tenu dans l’ombre propice de la fraternité. En revanche, le fruit de ces délibérations n’est pas soumis à l’obligation absolue du secret. Un Atelier ou une obédience (fédération de Loges) peut fort bien – si cela est jugé utile par ses membres – rendre publics ses travaux lorsqu’ils sont achevés.

La franc-maçonnerie doit donner au monde profane des signes de son existence afin de contribuer à la bonne marche de la société. Elle s’abrite des regards de cette dernière pour vivre pleinement et librement l’initiation mais elle n’en est pas isolée de façon permanente. En outre, la franc-maçonnerie doit également se faire connaître pour capter l’attention des profanes qui se sentent attirés par l’initiation qu’elle propose.

 La Loge est une peau qui recouvre ses membres. La peau protège les organes des agressions extérieures. Mais elle leur permet aussi de respirer.

 

Prochain texte : le secret d’appartenance

 

Jean-Noël Cuénod

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20/02/2014

Après la votation sur l’immigration, nouveaux nomades et sédentaires ne parlent plus la même langue (Les Jeudis du Plouc avec vidéo)

 

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Le vote suisse contre l’immigration illustre un phénomène que l’on retrouve dans tous les pays, sous des formes diverses. C’est devenu une évidence que nous avons tout de même du mal à intérioriser, tant nous restons figés sur d’anciennes positions: la globalisation de l’économie mondiale bouleverse tous nos repères et… balaie tous nos repaires. Elle a provoqué de nouvelles oppositions au sein de chaque société, notamment entre les différents types de nomadisme et la sédentarité.

 

Il y a le nomadisme économique. Les grandes sociétés et entreprises ont rompu depuis longtemps les ponts d’avec leurs nations d’origine. Elles installent leurs usines là où la main d’œuvre est la plus rentable et leurs sièges sociaux là où l’Etat se montre le plus fiscalement complaisant. Les hauts cris poussés par les médias et les gouvernements n’y font rien. Aucune instance ne paraît à même de mettre ne serait-ce qu’un cure-dent dans les rouages de cette machinerie volante.

Cet état de fait ne satisfait pas que les seuls dirigeants capitalistes. Il peut aussi contenter les cadres et même les salariés des entreprises qui exportent massivement. Ceux-là sont peut-être sédentaires physiquement mais tout en adhérant à ce nomadisme économique.

 

Il y a le nomadisme des hyper-riches. Il ne s’agit plus de grandes sociétés financières ou de groupes industriels mais d’individus qui peuvent en être (ou non) les dirigeants. Propriétaires dans tous les azimuts, ils ont de multiples ports d’attache. Attache est d’ailleurs un mot qui ne leur convient pas du tout. Ils sont avant tout détachés et vivent ici ou là en fonction de leurs envies et de leurs intérêts. Les hyper-riches utilisent à plein les infrastructures publiques (hôpitaux, notamment) en s’efforçant de réduire leurs contributions fiscales au triste minimum. Ils ne forment certes pas une masse énorme – même si leur nombre semble croître – mais pèsent d’autant plus lourd sur les pays qu’ils fréquentent que les impôts dont ils s’acquittent sont légers. Et leur exemple, largement diffusé par les médias pipolesques, y suscite démoralisation et écoeurement.

 

Il y le nomadisme des cerveaux. Le savoir scientifique a toujours été tissé d’échanges à travers les frontières. Ce qui était vrai hier, l’est encore plus aujourd’hui. Les nomades de l’intelligence se forment ici et ailleurs, vont à Sandford ou au MIT, puis à Cambridge pour retourner à Lausanne en passant par Bologne. Ce sont eux qui vont subir en premier lieu les conséquences de l’initiative UDC, puisque la Commission européenne vient d’annoncer le gel des crédits de recherches scientifiques et de formation Erasmus+ pour la Suisse. Or, si l’industrie helvétique parvient encore à tirer son épingle du jeu, c’est principalement dû à la plus-value créée par ses «cerveaux». Sans cette plus-value, l’industrie suisse ne vaut plus tripettes. Toutefois, les nomades de l’intelligence auront toujours la possibilité de quitter la Suisse pour offrir leurs compétences à d’autres pays.

 

Il y a le nomadisme de la misère. Fuyant la famine ou les guerres qui sèment la mort dans leurs pays d’origine, ces nomades s’installent où ils le peuvent dans les parkings souterrains à Genève, les stations de métro à Paris, les portes cochères, les bancs publics. Clandestins, mendiants, chassés d’ici puis de là, ils offrent aux passants sans yeux l’insupportable visage de la dèche. «Et si un jour, ça m’arrivait de devenir comme eux?» Cette phrase a sans doute traversé l’esprit de plus d’un sédentaire.

 

Nous y voilà donc. Les sédentaires, eux, restent attachés à leur sol natal comme le serf l’était jadis à son seigneur. Leur seul nomadisme relève du tourisme. Ils sont patrons ou salariés d’entreprises tournées surtout vers le marché intérieur, paysans, artisans, retraités. Ils ressentent les différents types de nomadisme comme une agression. L’hyper-riche les révolte et le miséreux les révulse. Les sédentaires vitupèrent tour à tour la finance sans visage, la culture métissée, l’étranger perçu comme un concurrent sur le marché de l’emploi. Et n’ont pas de portes de sortie, contrairement aux nomades, même les plus pauvres.

 

Nouveaux nomades et sédentaires de toujours possèdent de moins en moins de points communs. Parlent-ils la même langue? Ce monde qui bouge ses méridiens comme s’il était agité par la danse de Saint-Guy, les uns s’y adaptent en risquant de perdre leurs racines et les autres tentent de le freiner en risquant d’être jetés dans les ornières de l’Histoire.

 

Cette nouvelle opposition est apparue clairement en Suisse un certain 9 février 2014. Mais elle sévit dans chacun des pays de la planète. Une contradiction d’une telle ampleur  ne saurait se résoudre en un clic de souris. Mais on peut d’ores et déjà abandonner quelques illusions.

Celle des nomades qui pensent que les frontières ne forment qu’un reliquat d’un passé dépassé. Or, elles restent un élément indispensable pour structurer les populations ; elles vont évoluer mais leur disparition n’est pas à l’ordre du jour. Même les nomades ont besoin de cet élément structurant.

Celle des sédentaires qui cherchent frénétiquement à élever des murailles pour empêcher le vent de l’Histoire de balayer le sol national. Aucune forteresse ne saurait résister à ce mouvement de fond. Cette vaine tentative ira même à fin contraire en affaiblissant un Etat-nation, rendu incapable de s’adapter à la nouvelle donne mondiale.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod  

 

 

ESPACE VIDEO

 

Table ronde organisée par le laboratoire d’idées Fondapol en 2007. Mais la problématique de fond n’a pas changé.


Les frontières dans la mondialisation par fondapol

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14/02/2014

Herr Blocher, vous avez raison, Le Plouc n’est pas un vrai Suisse

Herr Blocher, ainsi les Romands ont eu le mauvais goût de ne pas approuver  votre initiative contre les immigrés. Ces Suisses qui ont l’insigne malheur de ne point gazouiller dans votre mélodieux idiome et se contentent de la langue de Rousseau pour s’exprimer sont donc affligés, selon vos propres («propres» ne seraient pas le mot propre, mais passons) déclarations, «d’une conscience nationale plus faible».  

 

Le Plouc étant un concentré de Vaudois et de Genevois, il ne peut que se sentir visé. Et au fond, Herr Blocher, tout au fond, bien au fond, vous avez raison. Votre Suisse n’est point celle du Plouc.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle d’Henri Dunant, révolté par la boucherie de Solférino et transformant son indignation pour créer la Croix-Rouge.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle du général Dufour, évitant à notre pays le bain de sang d’une longue guerre civile.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Ramuz, faisant sentir le vent de nos montagnes bien mieux qu’un tableau de votre Anker.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Chappaz, se révoltant contre les «Maquereaux des cimes blanches».

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Stéphane Eicher, chantant de par le monde des paroles en français, italien, anglais, allemand, bärndütsch.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Johann Heinrich Pestalozzi, ouvrant aux enfants de pauvres la porte du savoir.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Blaise Cendrars, traversant les frontières par la grâce de la poésie.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Mario Botta, créant sur toute la planète la beauté des formes architecturales.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Paul Grüninger, commandant de la police saint-galloise, sauvant des centaines de juifs entre 1938 et 1939, malgré les lois que vos semblables avaient édictées.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle d’Elisabeth Eidenbenz, tirant des griffes nazies plus de 600 enfants juifs et roms.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle d’Ella Maillart, découvrant des horizons toujours nouveaux malgré les périls.

 

Voilà, Herr Blocher, la Suisse du Plouc. Il vous laisse celle que vous avez conservée dans le formol.

Jean-Noël Cuénod

 

17:54 | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : udc, immigration, blocher, suisse, romands | |  Facebook | | |

13/02/2014

Après l’initiative UDC: Fier ou honteux d’être Suisse? A sotte question… (Les Jeudis du Plouc)

 

 

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Après la votation du 9 février contre l’immigration, maints acteurs politiques suisses se sont partagés entre deux attitudes : bomber le jabot façon moineau dans la volière ou se flageller pour solliciter une très hypothétique mansuétude européenne. Deux attitudes aussi improductives l’une que l’autre.

 

Côté moineau, il n’y a pas de quoi gonfler son maigre plumage. L’initiative que l’UDC a réussi à faire approuver d’un souffle, place la Suisse dans la pire des positions. Claquer la porte au nez de nos clients européens n’est certainement pas faire preuve de l’intelligence la plus pénétrante.

 

Côté flagellant, il n’y a pas de quoi exhiber sa honte devant les Européens. Si la question avait été posée par exemple en France, ce ne serait pas à 50,3% que l’initiative aurait été approuvée, mais à un taux nettement plus élevé.

L’europhobie est un sentiment largement partagé au sein de l’Union et les responsables de cette situation se trouvent aussi à la tête de cette technobureaucratie bruxelloise qui se soucie des peuples comme de son premier tampon. Peuples qui sont en train de se rappeler à son mauvais souvenir. Les partis europhobes risquent fort de faire un malheur, dans tous les sens du terme, lors des élections au Parlement européen des 22 au 25 mai prochain. Ils ne proposent rien qui puisse régler les problèmes sociaux et politiques du continent, mais offrent aux électeurs européens l’occasion de crier leur colère. Crier fait du bien sur le moment. Toutefois, après le cri, il est fréquent que l’on se mette à tousser.

 

Il est donc absurde de se sentir fier ou honteux d’être Suisse ­– avant ou après ­le 9 février 2014–, comme il est stupide de se vanter d’être né quelque part. Qu’y pouvons-nous, si le destin, Dieu ou le hasard (choisissez la formule qui vous sied) nous a fait voir le jour à Carouge plutôt qu’à Bombay, à Pontault-Combault plutôt qu’à Goumoëns-le-Jux ou à Kuala-Lumpur ? Nous pouvons être fiers de ce que nous faisons, voire de ce que nous sommes devenus. Mais chanter nos propres louanges parce que notre passeport est suisse, français ou guatémaltèque, c’est faire aveu que nous ne valons que par notre appartenance et non par notre mérite.

 

Au cours de ces prochains mois, il sera temps de tirer les leçons politiques et économiques du vote de dimanche. A cet égard, il faudra que l’UDC paye enfin les conséquences de sa propagande nocive. Et puisque Blocher se veut si malin, qu’il négocie donc avec Bruxelles!

Mais pour l’instant, épargnons-nous d’éprouver des sentiments qui n’ont pas lieu d’être.

 

Jean-Noël Cuénod

Photo: Matthieu Gigon, in linternaute

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09/02/2014

Non à l’immigration : la Suisse affronte un nouveau type de division

 

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D’un souffle, l’initiative UDC «contre l’immigration massive» l’a emporté : 50,34% de «oui» contre 49,66% de «non». Deux Suisses apparaissent: l’une qui souffre de l’économie mondialisée, ou du moins qui la redoute, et l’autre qui s’y adapte avec plus ou moins de succès, mais qui ne la craint pas. Ainsi, les grands centres urbains bien placés dans la course à la globalisation comme Zurich-Ville, Bâle-Ville, Genève et Lausanne ont-ils rejeté l’initiative UDC, alors que les parties «rurbaines» (urbaine et rurale) l’ont acceptée.

 

La division linguistique ou la lutte classe contre classe ne sauraient donc expliquer ce résultat. Si les cantons romands ont rejeté plus massivement l’initiative anti-immigration, ils ont été rejoints par des grandes cités alémaniques. De même, la Suisse du «non à l’initiative» comprend, selon toute vraisemblance, à la fois des employeurs et des salariés, surtout ceux qui tirent leurs activités professionnelle des industries d’exportation. Et la Suisse du «oui à l’initiative» abrite également des patrons, des ouvriers et des employés qui s’activent dans des domaines moins bien armés pour affronter la concurrence mondiale et qui se sentent ainsi dépossédés.

 

La Suisse a su vaincre ses querelles religieuses et harmoniser sa diversité culturelle. Elle devra désormais gérer cette nouvelle division. La Suisse «du grand large» ferait bien de se soucier de ceux que sa course mondialisée laisse dans l’ornière et devrait lutter plus efficacement contre le dumping salarial. La Suisse «du terroir» devrait cesser d’écouter les marchands d’illusions et de croire que l’on peut se protéger du monde en élevant des murailles de papier.

 

La petite victoire de l’UDC ne résoudra rien ; en revanche, elle créera de nouvelles difficultés dans nos relations avec l’Europe. Or, l’UDC peut bien faire de stupides bras d’honneur à Bruxelles, la réalité est là: nous avons besoin de nos voisins encore plus qu’ils ont besoin de nous.

 

Jean-Noël Cuénod 

    

 

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19/06/2011

Double nationalité: l'exemple du chauffeur de taxi helvéto-syrien

 

En France, Marine Le Pen vient d’ajouter de nouveaux boucs émissaires à sa collection pourtant richement pourvue, à savoir les double-nationaux. Qui se ressemble s’assemble: l’UDC a choisi les mêmes. La conseillère nationale saint-galloise d’extrême droite Jasmin Hutter avait déposé une motion visant à supprimer la double nationalité pour les futurs naturalisés. Le 3 mars 2010, le Conseil national a rejeté cette motion par 121 voix contre 63.
Mais l’idée persiste au sein de l’UDC, même si dans un pays comme la Suisse — les double-nationaux y sont nombreux — elle peut se révéler dangereuse en termes de suffrages. Parfois, la frénésie idéologique l’emporte sur la gourmandise électoraliste.

Un récent échange que le signataire de ces lignes a partagé à Genève avec un chauffeur de taxi binational syrien et suisse illustre bien l’ineptie de cette posture. Sa femme et ses enfants vivent, comme lui, en Suisse. Lors du soulèvement populaire, il a rejoint la Syrie afin de protéger ses parents et participer à la révolution démocratique. Arrêté, passé à tabac, incarcéré pendant une dizaine de jours dans les conditions que l’on imagine, il a été expulsé vers Genève par les flics de Bachar el Assad. «Mais je vais tenter de retourner là-bas par la frontière turque. Je ne veux qu’une seule chose, que la Syrie prenne le chemin de la démocratie, comme en Suisse.»

Alors son cœur ne penche-t-il que vers la Syrie? «Mais pas du tout! J’aime la Syrie où je suis né. Et j’aime tout autant la Suisse où sont nés mes enfants. Si la Suisse est attaquée, je serai le premier à prendre les armes. Le cœur est assez grand pour aimer deux pays.»

Le chauffeur de taxi helvéto-syrien — ou syro-suisse — a compris notre époque bien mieux que nos politiciens UDC toujours en quête de sujets démagogiques à balancer pour amuser la galerie.

Ce faisant, l’extrême droite occulte les véritables défis que pose la globalisation des échanges. On ne peut s’y opposer par décret. Mais il est urgent d’en maîtriser les effets. Dans ce sens, la préservation des emplois en Suisse relève de la priorité absolue. Et s’attaquer aux double-nationaux n’apporte aucun début de solution. Au contraire, les transformer en symboles d’une mondialisation honnie ne fait qu’introduire dans notre pays les germes de la division, ce qui l’affaiblirait au moment où il a besoin de toutes ses forces. Sous son masque nationaliste, l’UDC constitue donc un véritable danger pour la patrie et son unité.

Par son amour de notre démocratie qu’il cherche à promouvoir dans son pays natal, le chauffeur de taxi helvéto-syrien fait bien plus pour le renom de la Suisse que tous les nationalistes pour banquets du 1er Août.


Jean-Noël Cuénod

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01/03/2011

Quand la France « lepénise » la Suisse

Naguère encore, les médias français n’accordaient pas le moindre intérêt à la Suisse, tache blanche au milieu de la carte européenne. Puis, les initiatives et référendums blochériens ont capté le paresseux regard des journalistes hexagonaux. De ce traitement médiatique prescrit outre-Jura, l’image de la Suisse est ressortie distordue. La déformation a succédé à l’ignorance.

Vue de France, la Confédération s’est transformée en repaires de racistes invétérés, de xénophobes frénétiques, en pays habité par des Harpagon crispés sur leurs cassettes emplies de ducats scintillants et tintinnabulants. Dans la foulée, le Front National et les Le Pen père et fille se sont emparés du «modèle suisse» pour le glorifier, suscitant un surcroît de malentendus. Comment s’est opérée cette déformation? Par l’usage systématiquement sélectif que font les médias tricolores des résultats de nos votations. Voici quelques exemples.

Juin 2008, l’initiative de l’UDC pour procéder à la naturalisation par les urnes est rejetée à près de 64% des Suisses. Impact médiatique en France: nul.


Février 2009, près de 60% des citoyens accepte d’étendre à la Bulgarie et à la Roumanie la libre circulation entre la Suisse et les pays de l’Union européenne. Impact médiatique en France: nul.

Novembre 2009, l’initiative de l’UDC contre les minarets est votée à une majorité de 57,5%. Impact médiatique en France: considérable.

Novembre 2010, l’initiative de l’UDC pour le renvoi des criminels étrangers emporte 53% des suffrages. Impact médiatique en France: important.

Ainsi, chaque fois que l’extrême droite suisse est battue, les journalistes voisins veulent ignorer cette information. Mais lorsqu’elle gagne, ils mettent sa victoire en exergue. Cela fait l’affaire du Front national qui a beau jeu d’affirmer que notre pays est en voie de «lepénisation» galopante.

Pourquoi les médias français agissent-ils ainsi? En raison de «l’effet d’excitation» qui a remplacé la traditionnelle «hiérarchie de l’information» dans le choix des rédactions.

 Expliquer que les Suisses acceptent d’étendre la libre circulation aux Bulgares et aux Roumains — ce qui n’allait pas de soi — est certes intéressant, mais une telle information réclame un effort d’explication que n’apprécient guère les médias voués à l’instantané. Alors, qu’un vote contre les minarets suscite d’emblée des réactions, sans que le journaliste soit obligé de se creuser la tête. Nous ne sommes plus informés mais excités. Et ce phénomène dépasse les frontières de l’Hexagone.

 

Jean-Noël Cuénod

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