02/07/2010

Procès Bettencourt-Banier: les impressions d'audience du Plouc

Metzner2.jpgKiejman.jpgPar bonheur, la fraîcheur règne sur salle d’audience au Tribunal correctionnel de Nanterre. A l’extérieur, la fournaise attise ses 34 degrés à l’ombre des tours de La Défense. A l’intérieur, les feux de bouche des avocats font suer les juges.


En ce jeudi matin, les « bavards » sont, en effet, remontés comme des lapins Duracell, les honoraires en jeu agissant à la façon des piles qui ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas. A l’ouverture du procès Banier-Bettencourt, les robes noires s’agitent en tous sens pour complaire aux médias. Deux « divas » de l’avocature française, égaux en ego, font leur cinéma en jouant le grand air de l’Indignation Outrée.

 


A ma droite, Olivier Metzner, l’avocat de toutes les causes à la mode. A ma gauche, Georges Kiejman, ancien ministre délégué à la Justice sous la présidence de François Mitterrand. Le premier défend Mme Bettencourt fille – qui accuse François-Marie Banier d’avoir exploité la faiblesse de sa mère Liliane. Le second représente cette milliardaire âgée de 87 ans – qui affirme avoir donné en claire conscience un milliard d’euros en cadeaux à l’ami Banier.

 


Ils se haïssent depuis de chaudes lurettes. Et s’étaient entre-dévorés après la mort tragique de l’actrice Marie Trintignant. Me Metzner défendait le chanteur de « Noir Désir », Bertrand (et non pas Bruno, quel plouc, ce Plouc!) Cantat, qui avait mortellement frappé la jeune femme. Me Kiejman menait la contre-attaque pour le compte de la mère de Marie, la cinéaste Nadine Trintignant. Plusieurs jours avant le procès Banier-Bettencourt, les deux avocats se sont copieusement accusés des pires vilenies par médias interposés.

 


 L’audience de jeudi n’a pas encore commencé. Flanqué de ses assistants éblouis d’admiration qui lui portent bouteilles d’eau et dossiers, Me Georges Kiejman s’installe juste sous le pupitre de la presse où Le Plouc vient de s’asseoir. Me Olivier Metzner pénètre royalement dans la salle d’audience, suivi par le brouhaha des porteurs de caméras. La tension monte. Il doit prendre place à côté de son ennemi. Prudent, Me Huc-Morel, le collaborateur de Me Metzner, s’interpose entre les deux. D’emblée, les échanges venimeux fusent après un « bonjour » réciproque mais grinçant.

 


Me Olivier Metzner, faisant allusion à l’un des qualificatifs que lui a réservé son adversaire dans la presse : - Alors, on salue les mufles, maintenant ?
 Me Georges Kiejman : - Mais oui, on salue les mufles. Et même les voyous!

 

 

L’avocat de l’octogénaire aux milliards fouille dans une chemise de dossier et en sort un chèque de 1 euro. Il le jette sur la place d’Olivier Metzner : « Voilà, votre cliente a réclamé contre François-Marie Banier un euro de dommages-intérêts pour son prétendu préjudice moral. Le voici ! »
Sans un mot, Me Metzner, lentement, déchire le chèque en petits morceaux et les lance comme de tristes confettis qui s’en viennent mourir dans le prétoire. Puis, il se tourne vers l’Ennemi : « Ainsi, même pour un euro, Banier fait appel à Mme Bettencourt mère ! »

 


La présidente Isabelle Prévost-Desprez ouvre les débats. Les avocats se prononcent sur l’éventuel renvoi du procès en raison des enregistrements captés clandestinement par le majordome de Mme Liliane Bettencourt.

 


Me Metzner prend la parole et ne peut s’empêcher d’égratigner la partie adverse.
 Mû par un ressort tendu à l’extrême, Georges Kiejman se dresse prêt à étrangler l’Indigne : - Mais il me cherche ? Ah, il ne faut pas qu’il me cherche où ce sera terrible pour lui !
Me Olivier Metzner : - Des menaces maintenant ? Madame la greffière veuillez acter ces menaces, je vous prie !
Me Kiejman : - Madame la présidente, dite à Me Metzner de ne plus me chercher car mon revers du gauche est terrible !
La présidente Isabelle Prévost-Desprez : - Maîtres, je vous signale que nous n’avons pas prévu d’infirmerie. Bon, nous allons suspendre l’audience quelques minutes, le temps nécessaire pour que les fûts de canon se refroidissent.

 

 

Dépêché par le Bâtonnier de Paris pour empêcher que les deux avocats n’en viennent aux mains, Me Jean-Paul Lévy se lève, le regard angoissé de celui qui doit accomplir une périlleuse corvée. Mais les deux antagonistes se calment aussitôt, arborant l’un et l’autre l’air satisfait de deux duettistes ayant parfaitement réussi leur numéro

.


 Quant au procès, la présidente l’a suspendu jusqu’à la fin de son enquête sur ces enregistrements qui font trembler la République en général et le ministre Eric Woerth en particulier.

 

Jean-Noël Cuénod

13:11 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : bettencourt, banier, metzner, kiejman, woerth, justice, tribunal, nanterre | |  Facebook | | |