09/06/2017

Trump l’éléphant fou dans le bazar oriental

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Au moment l’ancien directeur du FBI James Comey l’accuse, le président Trump continue à piétiner les porcelaines du bazar moyen-oriental et risque de faire sombrer tout l’Occident dans un conflit qui n’est pas le sien, à savoir la guerre intra-musulmane entre sunnisme et chiisme, forme contemporaine de l’antagonisme millénaire arabo-perse.(Dessin d'Acé)

Et rien à voir avec ce qui précède: Le Plouc a reçu le Grand Prix de Poésie à Pau.

L’éléphant fou échappé à grands barrissements de la Maison Blanche pèse désormais de tout son poids en faveur des sunnites menés par l’Arabie Saoudite, alors que l’affrontement entre les deux grandes confessions de l’islam a pris une ampleur nouvelle. Suspecté de se montrer trop accommodant avec les chiites Iraniens, le Qatar a été mis au ban des nations par les Emirats arabes unis, Bahreïn, l'Égypte et le Yémen à l’instigation du maître de la manœuvre, le régime saoudien. Le motif avancé par Ryad pour expliquer la quarantaine du Qatar – à savoir que cet émirat favoriserait le terrorisme – ne trompe personne.

Dans son sermon antiterroriste adressé au Qatar, l’Arabie Saoudite est aussi crédible qu’une mère maquerelle prêchant l’abstinence sexuelle à l’une de ses pensionnaires. C’est donc bien le rapprochement, fantasmé ou réel, du Qatar avec l’Iran chiite qui est en cause.

En outre, le terrorisme sunnite de l’Etat Islamique a frappé mercredi Téhéran au cœur même du pouvoir chiite, causant la mort de treize personnes. Comme si les terroristes de Daech voulaient donner un signal aux Saoudiens en leur rappelant qu’une cause sacrée les unissait : combattre le chiisme.

Obama avait rééquilibré la position des Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran, sans pour autant abandonner les intérêts de son pays auprès des monarchies arabes. Trump a démoli ce savant équilibre en soutenant pleinement le régime saoudien au détriment de l’Iran. Certes, l’Arabie Saoudite a dû payer cet engagement au prix fort, en signant au bénéfice des Etats-Unis pour 380 milliards de dollars en contrats dont 110 milliards d’armement. Armement qui, d’ailleurs, risque un jour ou l’autre de servir contre le fidèle allié américain, Israël.

Le président américain a agité ces contrats en signe de victoire. Une victoire qui risque fort d’être de dupes. Car avec quel argent les Saoudiens vont-ils honorer ces mirifiques projets ? Le déficit saoudien a dépassé les 84 milliards de dollars et la dette publique du Royaume s’alourdit à la suite de l’effondrement constant des cours du pétrole et des campagnes militaires en Syrie et au Yémen. Comme l’on dit à Genève, « les promesses rendent joyeux les fous ». Surtout, les fols éléphants…

Le but que semble – la prudence est de mise – poursuivre Dingo Donald serait de susciter un changement de régime en Iran, en mettant la pression sur ce pays. Au moment où les Iraniens ont massivement réélu à la présidence de la République le modéré Hassan Rohani, dans l’espoir de renouer avec l’Occident, le Pachyderme n’a rien trouvé de mieux que de leur fermer la porte au nez, en soutenant Ryad contre Téhéran. Ce faisant, Washington a apporté aux ennemis de l’Occident, aux conservateurs iraniens et aux tyranniques gardiens de la Révolution un soutien inespéré. Si changement de régime il y avait en Iran, ce serait sans doute au détriment des partisans de l’ouverture à l’Occident. Bien joué, le Mammouth !

La mollarchie iranienne n’est pas plus sympathique que les monarchies arabes, loin de la là. Mais force est de constater que le terrorisme qui nous frappe reste le fait de pays ou de groupes qui se réclament du sunnisme. Pendant longtemps, les pétromonarchies ont financièrement soutenu nos plus implacables ennemis et ils continuent aujourd’hui à les nourrir de leur idéologie salafiste, antisémite, liberticide et antidémocratique.

Les démocraties occidentales n’ont donc aucun intérêt à intervenir dans le conflit entre sunnites et chiites, ni d’un côté ni de l’autre. Il n’y a, dans cette affaire, que des coups à prendre. Dans son Médecin malgé lui, Molière avait tout compris en s’exprimant par le truchement de Sganarelle:

Vous êtes un impertinent de vous ingérer dans les affaires d’autrui. Apprenez que Cicéron dit : Qu’entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt.  

Jean-Noël Cuénod

Le Plouc reçoit le Grand Prix de Poésie à Pau

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Le Grand Prix de Poésie des XXIIIème Jeux Floraux du Béarn a été attribué à Jean-Noël Cuénod –– autrement dit votre Plouc – samedi 3 juin 2017 pour son manuscrit encore inédit En Etat d’Urgence. Ce concours est placé sous l’égide du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, de la Ville de Pau et la revue de poésie L’Etrave.

Outre la coupe remise audit Plouc par Jean Lacoste – adjoint à la culture du maire de Pau un certain François Bayrou – cette distinction permettra à ce manuscrit d’être édité par La Nouvelle Pléiade.

Moult mercis à la présidente des Jeux Floraux du Béarn, la poétesse Floriane Clery et à Vital Heurtebize, président de Poètes sans Frontières et président d’honneur de la Société des Poètes Français, inlassable et efficace militant de la cause poétique.

 

17:25 Publié dans Poésie L'Or du temps, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : trump, islam, iran, arabie, terrorisme, poésie | |  Facebook | | |

26/05/2017

Les idiots utiles du terrorisme

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Après l’attentat de Manchester, les réseaux sociaux crépitent de réactions faussement musclées et réellement stupides, du genre «contre le terrorisme, assez de marche blanche, passons à l’action ». Comme si les Tartarinades pouvaient changer quoique ce soit. Si vous n’êtes ni militaires, ni agents de renseignement, ni policiers, ni magistrats, le mieux que vous ayez à faire est de méditer cette maxime de l’inusable Pierre Dac:

Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir.

L’avantage des marches blanches est qu’elles s’efforcent de souder le peuple. Car rien ne contrarie mieux les plans de l’islamo-fascisme que de l’affronter uni. Son but, au moins, est clair : abattre la démocratie et toutes les libertés, asservir les femmes et déverser l’intelligence dans les marais de l’obscurantisme.

Pour parvenir à cette fin, l’islamo-fascisme doit créer un fossé entre l’immense majorité des musulmans d’Occident qui veulent vivre en paix et leurs concitoyens professant d’autres convictions. Il s’agit donc de provoquer des actions de représailles de la part de groupes d’extrémistes non-musulmans contre leurs voisins musulmans, entrainant ainsi notre société dans la spirale des violences. Dès lors, tous ceux qui excitent la haine contre les musulmans sans distinction sont les plus efficaces idiots utiles de l’islamo-fascisme.

L’autre «idiot utile» du terrorisme

Il faut dire que l’exemple vient de haut. Dans le registre «idiot utile» du terrorisme, Donald Trump se pose en champion. Compte tenu de son inaptitude à lire un dossier et à en comprendre quoique ce soit, le président américain a été placé, selon toute vraisemblance, sous la coupe des nombreux généraux qui le conseillent. Ou plutôt qui le guident. Ils représentent ce complexe militaro-industriel dont le président Eisenhower – républicain et ancien général, chef de l’Etat-Major de l’armée américaine – dénonçait la mainmise en 1960 déjà, lors de son dernier discours à la Maison Blanche.

Afin de permettre à ce complexe de réaliser de plantureuses affaires, Trump va couvrir d’armes de très haute technologie le pays qui a nourri idéologiquement (et parfois financièrement) le terrorisme islamique : l’Arabie Saoudite. Le sympathique Royaume liberticide et gynophobe consacrera à son petit marché de mort, 110 milliards de dollars (selon l’agence Bloomberg, ce chiffre serait gonflé ; l’achat des Saoudiens est estimé entre 30 et 40 milliards de dollars, ce qui reste considérable). La nation qui a donné naissance au wahabbisme et diffusé la pire des interprétations de l’islam disposera bientôt en son arsenal déjà bien pourvu par l’oncle Sam, du système de défense antimissile THAAD, de navires de combat, d’avions de transport militaire tactiques ainsi que des technologies les plus actuelles dans le domaine des hélicoptères.

La diplomatie américaine soutient qu’il s’agit pour Washington d’aider l’Arabie Saoudite à contrer la menace iranienne et à lutter contre le terrorisme. Même l’ultranationaliste et pro-américain ministre israélien de la défense Avigdor Liberman est interloqué par cette avalanche d’armes sur le régime saoudien et a fait part de son inquiétude au micro de la radio militaire de son pays:

« Je ne suis jamais tranquille devant aucune course à l’armement, et l’énorme acquisition faite par les Saoudiens n’ajoute certainement pas à ma tranquillité.»

Directement visés, les dirigeants iraniens vont sans doute renforcer leur arsenal militaire en se tournant vers leur allié russe. Quant à ce qui reste de l’Etat islamique, point n’est besoin d’un tel équipement pour en venir à bout en Irak et en Syrie. Leur pouvoir de nuisance s’exerce désormais principalement dans les actes terroristes contre lesquels des missiles de croisière ne peuvent vraiment pas grand chose !

Surtout, même si l’Etat islamique venait à disparaître, il serait aussitôt remplacé par une autre structure terroriste. Et celle-ci pourrait fort bien prendre le pouvoir en Arabie Saoudite qui reste un Royaume fragile et dont l’idéologie islamo-fasciste correspond à tous points à celle des terroristes.

On imagine alors en quelles mains tomberait cet imposant arsenal vendu par Trump et l’usage qui en serait fait contre Israël et l’Occident. Le pire n’est jamais sûr. Mais on sait depuis les errements américains en Irak qu’il reste diablement probable.

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

11:23 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : terrorisme, trump, arabie saoudite | |  Facebook | | |

23/05/2017

Les petits de Manchester

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Les petits de Manchester

 Etincelles la nuit au cœur

            

            Les petits de Manchester

            Les petits de Manchester

            Les petits de Manchester

 

Sont partis dans les gerbes d’étoiles

En emportant l’enfance éternelle

Nous voilà maintenant orphelins

De ces petits devenus immenses

Pour leur bourreau à jamais l’oubli

Pas même l’aumône de la haine

Jean-Noël Cuénod

17:42 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : terrorisme, manchester | |  Facebook | | |

21/03/2017

Marine Le Pen, sa guerre de retard contre le djihadisme

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Si au soir du 7 mai, Marine Le Pen est élue présidente de la France, les djihadistes pourront faire sauter les bouchons de jus de pomme allal. Sa prestation de mardi soir lors du grand débat de TF1 a démontré, une fois de plus, à quel point son discours monomaniaque sur la frontière est inadapté pour affronter le terrorisme (dessin d'Acé)

Pour s’opposer à l’islamisme radical, la tenancière du clan Le Pen réitère son mantra : récupérer la maîtrise totale des frontières nationales. Ce qui est une illusion ­pour plusieurs raisons. Illusion d’autant plus dangereuse qu’elle peut donner aux citoyens un fallacieux sentiment de sécurité.

Primo, cette « maîtrise totale » est impossible à garantir sérieusement. Aucun Etat n’y est parvenu. Même en 1944, au plus fort des affrontements entre les nazis et les résistants savoyards, la Gestapo n’avait pas pu rendre imperméable la frontière franco-suisse dans la région genevoise. Et même le Mur de Berlin ne fut pas étanche à 100%, puisqu’entre 1961 et 1989, 5 075 personnes réussirent à s'évader de l'Est pour rejoindre Berlin-Ouest.

Secundo, Marine Le Pen refuse de tenir compte de cette réalité : les candidats à l’islamoterrorisme n’ont pas forcément besoin de passer une frontière puisque, pour la plupart, ils vivent en France et en ont la nationalité.

Tertio, cette crispation pathétique sur une frontière mythologisée est le signe que la frontiste a une guerre de retard vis-à-vis du djihadisme. Les idéologues de l’islamisme radical font la promotion de l’Oumma, ce sentiment d’appartenance à une communauté de foi qui transcende les frontières. Or, pour des jeunes en déshérence (provenant des milieux les plus divers), cette notion est porteuse de séduction. Ils appartiennent enfin à une immense famille sans frontière. C’est la force de l’Etat islamique que de s’appuyer sur cette notion d’Oumma pour créer une sorte de nation par-delà les nations. «Où que tu sois, tu es mon sujet», suggère cette idéologie totalitaire.

Dès lors, pour l’islamoterrorisme, la frontière est moins un obstacle qu’une opportunité. Elle lui permet d’utiliser les différences de procédures judiciaires et de méthodes policières entre les Etats pour se glisser entre différents pays pour y semer la terreur. De plus, les pesanteurs bureaucratiques de chaque Etat s’additionnent provoquant de graves défaillances dans la coordination entre des forces de sécurité nationales qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble.

La lutte contre le terrorisme ne saurait se satisfaire de discours simplistes. Il s’agit d’un combat à long terme à mener sur tous les fronts : social, politique, idéologique, diplomatique, policier, judiciaire, militaire. Marine Le Pen a prouvé mardi soir, sur ce chapitre essentiel de sa rhétorique, toute l’étendue de son incompétence.

Jean-Noël Cuénod

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16:45 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : marinelepen, terrorisme, djihadisme, france, présidentielle2017 | |  Facebook | | |

29/07/2016

Après l’attentat, homélie «diabolique»?

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Pour une fois que votre Plouc parpaillot – d’ordinaire méfiant envers toutes les institutions ecclésiastiques – avait dit du bien de l’Eglise romaine, le voilà puni… Après l’assassinat du père Jacques Hamel à l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, les dirigeants du catholicisme français avaient fait preuve de sang froid, de hauteur de vue et de fermeté d’âme en appelant à cette unité que, justement, les djihadistes veulent briser. Ils offraient ainsi un réconfortant contraste à l’indécent spectacle des politiciens qui, obnubilés par la présentielle de 2017, se sont déchirés en de lamentables polémiques pour soirées Pastis.

Mais voilà, l’homélie du cardinal André Vingt-Trois – prononcée mercredi lors de la messe à Notre-Dame de Paris en l’honneur du père Hamel –, nous a fait brusquement retomber sur terre. Opposant au mariage homosexuel, l’archevêque de Paris n’a pas pu se retenir de fustiger: «Le silence des élites devant les déviances des mœurs et la législation des déviances». Même si elle est formulée de chafouine manière, la pique visait clairement la loi qui a légalisé le mariage homosexuel.

Devant les protestations que ce bout d’homélie a suscitées, le diocèse de Paris a effectué un rétropédalage très politicien: «En aucun cas, il (le cardinal) ne voulait cibler une mesure en particulier, surtout pas le mariage pour les couples homosexuels. Il ciblait plutôt l’ensemble des évolutions sur la bioéthique, la fin de vie, la gestation» (Le Huffington Post). Le cardinal Vingt-Trois ayant participé très activement aux «Manifs pour tous» qui combattaient le projet de loi sur le mariage gay (photo prise à Paris le 13 janvier 2013), on peut légitimement mettre en doute la bonne foi de cette explication.

Et quand bien même le cardinal aurait sincèrement voulu ne s’attaquer, comme le soutient son diocèse, qu’à «l’ensemble des évolutions sur la bioéthique, la fin de vie, la gestation», ce n’était vraiment pas le lieu ni le moment pour mettre sur l’autel les sujets qui séparent les citoyens. A notre Notre-Dame, ces citoyens avaient besoin de se retrouver uni en mémoire du père Jacques Hamel, de faire la paix avec les autres et eux-mêmes. Ils n’avaient nul besoin d’ouïr un prélat leur débiter la doctrine de l’Eglise sur la bioéthique, doctrine qui n’est qu’un point de vue humain parmi d’autres.

Certes, comme n’importe quel citoyen, l’archevêque de Paris a le droit d’exprimer ses opinions contre le mariage homosexuel et de promouvoir ce qu’il pense être juste en matière de bioéthique et de fin de vie. Mais pas n’importe où, pas n’importe quand. Monseigneur Vingt-Trois a prononcé des paroles de division au moment où il fallait faire l’unité. Dans la mesure où l’étymologie du mot diable en grec – «diabolein» – signifie «qui divise, qui sépare», ce bout d’homélie ne serait-il pas quelque peu «diabolique» ? Un diable dont on sait qu’il niche dans les détails.

En tout cas, avant de prononcer ses paroles, le cardinal aurait dû se rappeler deux versets de Qohelet (Ecclésiaste), III-1 et III-7 :

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux (…); un temps pour déchirer, et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler.

Jean-Noël Cuénod   

12:35 | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : eglise, terrorisme, islam, djhad | |  Facebook | | |

26/07/2016

#SaintEtienneDuRouvray: l’Eglise en exemple

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L’un après l’autre, les islamoterroristes s’attaquent aux bastions symboliques de la France. Après la liberté d’expression, la présence juive, la fête parisienne, le 14-Juillet, c’est au tour de l’Eglise catholique d’être frappée. Mais quel contraste entre la calme tristesse des prêtres et l’affolement bavard des politiciens! (Illustration : Le Christ de Dali)

Ce n’est pas à Notre-Dame de Paris, ce n’est pas à Cracovie, où se rassemblent les jeunesses catholiques, que les deux islamoterroristes ont pris en otages des fidèles, égorgé le père Jacques Hamel et blessé grièvement l’un de ses paroissiens. C’est dans une modeste église en Normandie, lors de la messe du matin où une poignée de fidèles entourent affectueusement son vieux prêtre pour se souvenir du sacrifice de Jésus Christ. Les assassins de l’Etat islamique ont donc fait couler le sang sur ce coin de la France éternelle, celle de Péguy, de Francis Jammes, de Barrès et d’Aragon.

D’emblée, le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, a répliqué face à l’antagonisme religieux que l’Etat islamique veut instaurer sous nos latitudes, en formulant ses attentes vis-à-vis des musulmans: « Qu’ils ne vivent pas dans la peur et dans la honte, mais nous aident à bien comprendre que ces actes ne sont pas compatibles avec l’islam, en le disant et en le vivant. Aucun Dieu qui a créé la vie ne peut nous demander de nous entretuer. Nous voulons marcher ensemble dans la confiance et le respect, construire des projets communs» (La Croix).

Parer au danger d’un conflit entre chrétiens et musulmans en France et en Europe, telle est l’urgence. Les hommes d’Eglises l’ont compris et multiplient les discours et les actions pour éviter que notre société tombe dans ce gouffre sans fond. Malheureusement après l’attentat de Nice, la caste politique ne s’est pas hissée à cette hauteur. Elle a démontré son incapacité à saisir la gravité de l’enjeu en préférant manipuler ses pions sur le petit échiquier des primaires, avec échanges d’invectives et querelles pour gogos médiatiques. Que la France se déchire conformément à la volonté exprimée par l’Etat islamique, peu leur importe. Seul compte le positionnement en vue de la course à l’Elysée.

Mais qu’ils se taisent, ces bourrins pour écuries présidentielles! Qu’ils laissent monter à nous la voix de ceux qui n’ont rien à vendre et qui en appellent à l’amour au moment même où ils sont frappés dans leur chair!

Le combat qui nous est imposé est aussi, et même surtout, de nature spirituelle. Le danger est de voir la foi en l’Eternel travestie en marqueur communautaire, en une sorte de drapeau pour mener les nôtres contre les autres. Il appartient aux prêtres, aux pasteurs, aux rabbins, aux imams de faire digue à cette dérive mortifère. Et il appartient à chacun de nous de faire notre choix entre le chemin le plus facile, la haine, et le plus malaisé, l’amour. Nous sommes au croisement.

Jean-Noël Cuénod

VIDEO DU PERE JACQUES HAMEL (RTBF)

19:23 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : islam, catholicisme, terrorisme, djihad | |  Facebook | | |

20/07/2016

Les racistes complices des salafistes

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Après l’attentat sur la Promenade des Anglais, plusieurs altercations racistes ont éclaté à Nice. Face à un acte aussi monstrueux, il est sain et légitime d’exprimer sa colère. Mais elle devient prétexte pour susciter la haine et provoquer la division lorsqu’elle bouillonne dans la bouche des racistes. Qui, ce faisant, servent avec une redoutable efficacité les salafistes et les islamoterroristes. Bien loin d’en être les adversaires, les racistes en sont les plus serviles complices. (Dessin de l'excellent Acé)

L’idéologie salafiste qui pourrit l’islam – grâce aux fonds des pétromonarchies couvées par un Occident aussi avide que myope – a pour but de recréer la communauté d’origine de l’islam et retourner au prétendu état de pureté qui caractériserait l’époque où le prophète Mohamed prêchait et guerroyait. Pour ce faire, les salafistes s’efforcent de trier entre «bons» – c’est-à-dire eux – et «mauvais» musulmans, à savoir les confréries mystiques des Soufis, les musulmans démocrates et tous ceux qui ont adopté un mode de vie libre. Puis, ils s’efforceront de séparer les «bons» musulmans des «kouffars», soit tout le reste de l’humanité «mécréante», avec une détestation particulière envers les  «croisés» (les chrétiens) et les Juifs.

Salafisme à bas bruit

Pour opérer ces tris, les salafistes usent de deux méthodes qui se complètent fort bien. La première est à bas bruit. Il s’agit de rendre autarciques les communautés musulmanes des pays occidentaux. Monsieur bâche Madame d’un voile intégral ; les enfants, quand cela est possible, fréquentent les écoles coraniques; Madame, dûment bâchée, fait ses courses chez des commerçants bien pensants et bons priants; on ne reçoit que des proches ; on s’efforce de réduire, au triste minimum, les rapports avec les «kouffars». Il s’agit de bien se préparer pour s’établir définitivement en terre d’islam.

Salafisme à haut bruit

La seconde méthode salafiste utilise la violence comme moyen pour séparer les «bons» musulmans des «kouffars». En se lançant, au nom de l’islam, dans les actes terroristes les plus barbares, les plus insoutenables, le but des islamoterroristes n’est pas seulement de tuer un maximum de «kouffars», ils cherchent aussi à provoquer des réactions de vengeance contre les populations musulmanes d’Europe. Un cycle de violences entre musulmans et non musulmans, au sein de nos pays, serait ainsi enclenché, avec tous les risques de guerre civile que cela suppose. Dès lors, les salafistes auront beau jeu d’apparaître comme les protecteurs de tous les musulmans. Ils auront gagné la partie.

En jetant dans le même sac de haine les islamoterroristes et l’ensemble des musulmans, les racistes préparent donc le terrain à nos pires ennemis.

Juppé, un politicien comme les autres

Mais ce discours rationnel ne passe plus, hélas. La faute en revient surtout à cette horde de politicards sans scrupule – parmi eux les membres du clan Le Pen, bien sûr, mais ils ne sont plus les seuls à aboyer – qui n’ont qu’une vision «marketing» de la politique, à savoir surfer sur les plus bas instincts pour obtenir les plus hautes fonctions. Même Alain Juppé – qui semblait pouvoir revêtir sans rire la fonction d’homme d’Etat – s’est laissé emporter par ce flot insane, en faisant de la surenchère démagogique après l’attentat de Nice. Il n’y a plus de saint à qui se vouer. Il reste au peuple à ne compter que sur lui-même. En aurait-il perdu l’habitude en France ?

Jean-Noël Cuénod

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Nice:après le recueillement, altercation... par LEXPRESS

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15/07/2016

NiceAttentat: retour du service militaire?

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Charlie-Hebdo, le Bataclan. Et maintenant Nice. Une fois de plus, la France est frappée par le terrorisme. Vers elle, doivent converger nos élans du coeur. Hélas, ce ne sera pas le dernier attentat. Et à chaque fois, la question se pose, lancinante, comment répondre ?

Croire que l’on éradiquera l’islamoterrorisme par les rodomontades d’une caste politique qui ne pense pas plus loin que le calendrier électoral relève du non-sens. Le gouvernement aura beau prolonger l’état d’urgence, faire tomber des têtes dans les organismes de renseignements, nommer un Xème comité qui coordonnera les coordinateurs qui coordonnaient déjà les organismes de coordination des Services, cela ne fera que de la mousse.

Force est de reconnaître qu’elle est payante, la stratégie de l’Etat Islamique ou des autres organisations terroristes. Trois attentats (Charlie-Hebdo, Bataclan, Nice), trois scénarios différents : délinquants convertis au djihadisme en prison, attaque de type militaire et maintenant, acte accompli – apparemment – en solitaire, par un Tunisien établi officiellement en France qui n’était pas connu en tant que musulman radical. Samedi matin, l'Etat Islamique revendiquait d'ailleurs le massacre de Nice. Dès septembre 2014, cette stratégie avait été largement diffusée par les médias – la communication est un champ de bataille – par le porte-parole de l’Etat islamique, Abou Mohammed Al-Adnani:

Si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à-coup de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d'une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le.

Le coup peut venir de n’importe où, être porté par n’importe qui, n’importe comment. Autant dire que la lutte est de longue haleine. Or, les forces de police et de gendarmerie ne peuvent pas supporter seules cet effort. Avec l’Eurofoot, le Tour de France, les cérémonies du 14-Juillet, les tâches quotidiennes, elles sont à bout d’effectifs. Quant à l’armée française, elle est principalement active contre le terrorisme, hors des frontières. Dans ces conditions, on peut se demander si le retour à la conscription, autrement dit à l’armée des citoyens, ne devrait pas être envisagé par la France qui l’a supprimée durant la présidence de Jacques Chirac. Oh, certes, on ne saurait transformer en potion miracle, le retour du service militaire obligatoire ! Le combat contre la guérilla globalisée de l’islamoterrorisme est tout à la fois politique, économique, social, culturel, géostratégique, diplomatique et militaire. De plus, il faudra du temps pour former ces conscrits. Cela dit, répétons-le, cette guérilla globalisée est installée pour durer.

Cette force d’appoint citoyenne sera bien utile pour permettre aux militaires de carrière, aux policiers, aux gendarmes de se concentrer sur les secteurs où leur professionnalisme est indispensable. Elle sera aussi utile aux jeunes Françaises et Français pour apprendre à devenir pleinement citoyen.

Jean-Noël Cuénod

17:30 | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : attentat, nice, djihadisme, daesh, terrorisme | |  Facebook | | |

23/03/2016

Après les attentats de Bruxelles, quelqu’un a-t-il vu l’Europe ?

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Jamais nous n’avons eu autant besoin d’Europe et jamais l’Union européenne n’a paru aussi impuissante. La guerre terroriste a sévi une fois de plus. A Bruxelles, au cœur de l’UE. Pour l’Etat islamique, il s’agit de frapper fort sur le maillon faible de ce monde démocratique qu’ils veulent anéantir.

Il existe, certes, des causes internes à la France et à la Belgique pour expliquer la fréquence des attentats et alertes terroristes dans ces deux pays. Mais on ne saurait s’en contenter et occulter l’état agonique des institutions européennes. Elles se sont révélées incapables de juguler le trafic d’armes intense qui fait de l’AK 47 un produit de grande consommation (on peut les acquérir sur internet, de 250 et 3000 euros, en fonction de leur qualité ou des manipulations à accomplir pour les réarmer), incapables de coordonner les services de renseignements nationaux, incapables de créer un Parquet et un FBI européens seuls à même de mener une répression cohérente et efficace contre la cinquième colonne du terrorisme.

L’impotence de l’UE est criante en matière de diplomatie. Alors que les réfugiés syriens se pressent à ses frontières pour fuir les ravages de la guerre, l’Union n’est d’aucun poids dans ce conflit devenu international. De toute façon, sans armée, comment l’Europe pourrait-elle se montrer crédible face aux Russes, aux Américains et même aux Iraniens ?

Le pire a été atteint avec l’accord entre l’Union européenne et la Turquie. N’étant pas parvenu à établir une politique d’asile pour les réfugiés, Bruxelles en a confié la gestion à Ankara qui n’est même pas membre de l’UE. Bien entendu, l’autocrate ottoman Erdogan a obtenu de l’Europe l’essentiel de ce qu’il revendiquait : trois milliards d’euros supplémentaires, en sus des trois autres déjà accordés, la libéralisation des visas pour les ressortissants turcs et l’accélération des négociations pour l’entrée de son pays dans l’Union européenne.

 En quelques semaines, l’Etat turc est devenu le sauveur de l’Europe, alors que la politique d’Erdogan vise à imposer une vision rétrograde de l’islam dans son pays et à détruire les troupes kurdes, fer de lance contre l’Etat islamique avec lequel Ankara s’est d’ailleurs montré fort complaisant pendant trop longtemps. Ce n’est pas une vipère que l’Europe réchauffe dans son sein mais un boa constrictor.

Le vice d’origine

Comment l’Union européenne est-elle tombée aussi bas ? Comme toujours récitons ce mantra avant d’hasarder une réponse : tout effet politique a des causes multiples. Sans doute faut-il remonter à la genèse de la construction européenne. Dans l’esprit de ses concepteurs au début des année 50 – notamment le ministre des Affaires étrangères, Robert Schuman, né Allemand et devenu Français après la restitution de l’Alsace-Lorraine –  il s’agissait de rendre impossible un nouveau conflit entre la France et l’Allemagne en mettant en commun le charbon et l’acier, ces deux poumons de la guerre à cette époque. Le Traité CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) a été ouvert à d’autres pays. L’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas l’ont rejoint et le Traité fut signé entre les six Etats le 18 avril 1951, jetant les bases de la future Europe communautaire (voir la vidéo à la fin du texte). Celle-ci s’est concrétisée par le Traité de Rome du 25 mars 1957 qui a créé la Communauté économique européenne et le Marché commun.

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Robert Schuman avait fait la couverture de Time, le 1er mars 1948.

L’union devait donc se construire par l’économie, ce qui, dans le contexte historique, s’expliquait aisément. Mais la démarche recelait un vice initial ; elle obéissait à cette sorte de marxisme mécaniste qui imprégnait la pensée politique de l’époque, même dans des milieux de droite. L’économie est l’infrastructure de la société qui fait naître, comme par reflet, la superstructure, c’est-à-dire le droit, la culture, les politiques intérieures, diplomatiques et militaires. En agissant sur l’infrastructure, on change automatiquement la superstructure. C’est simple. C’est mécanique. Mais c’est faux, comme nous le démontre la situation actuelle de l’Union européenne. Il ne suffit pas de remplir les ventres pour changer les têtes. D’ailleurs, Marx lui-même condamnait cet enchainement mécaniste pour lui préférer le rapport dialectique : l’infrastructure créé la superstructure mais celle-ci, à son tour, influence celle-là.

Dès lors, en ne s’occupant que de l’économie, l’Union européenne a laissé de côté tout ce qui fait peuple, à savoir le sentiment d’appartenir à une communauté humaine solidaire qui s’exprime par la culture, par une idéologie commune et pas seulement par des normes calibrant la courbure des concombres. Cette primauté donnée au commerce a attiré vers Bruxelles la Grande-Bretagne qui a toujours voulu transformer l’Europe en vaste zone de libre-échange, tout en conservant ses liens privilégiés avec les Etats-Unis. Une fois installés dans la place, les Britanniques ont tout fait pour diluer l’Union dans le nombre, sans que les six pays fondateurs de la CEE ne réagissent.

L’UE n’a aucune vision du monde, contrairement à la Russie poutinienne, aux Etats-Unis, à la Chine concurrente. Et à l’entité terroriste qui a pour nom Etat islamique. N’ayant aucune vision du monde, elle est incapable de développer sa diplomatie, sa politique de défense, sa sécurité intérieure et sa justice pénale.

Elle est devenue une sorte de monstre obèse qui erre à l’aveugle sur la planète en feu.

Le Brexit un espoir ou illusion ?

L’UE est donc un échec et l’on voit mal comment elle pourrait le transformer en espoir. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union, à la suite du référendum organisé par Londres le 23 juin prochain, constitue-t-elle un espoir pour reconstruire cette Europe en miettes, comme le suppose l’ancien premier ministre français Michel Rocard dans L’Opinion ?

Outre qu’il est hasardeux de parier sur l’issue d’un tel vote, le Brexit, de son seul fait, ne rendra pas l’Europe à elle-même. Mais il peut, au moins, permettre d’amorcer le développement d’une Europe à plusieurs vitesses ou « à la carte ». Les Etats voulant avancer vers leur fédéralisation se mettant alors ensemble, laissant les autres évoluer à leur rythme. Car pour associer des peuples de cultures différentes, l’humanité n’a encore rien inventé de mieux que le fédéralisme. Mais pour ce faire, il faut plus que décréter des normes sur la qualité des yaourts. Il faut développer une vision du monde commune et accepter de s’engager pour elle, au risque de sa vie. On en est bien loin.

Jean-Noël Cuénod

 

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06/01/2016

De l’état d’urgence à l’Etat policier, fausses et vraies polémiques

 

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La présidence Hollande et le gouvernement Valls, usant de leur babil ligneux, ont forgé un nouvel oxymore, l’urgence permanente. Si cette figure de style est appropriée au langage poétique, traduite en jargon politique, elle cache de périlleux projets sous un voile d’ambiguïté.

Depuis les attentats de novembre, l’exécutif français cherche à pérenniser l’état d’urgence en l’inscrivant dans les lois et la Constitution. Nous sommes en guerre contre l’islamoterrorisme. Il faut donc s’adapter à la situation nouvelle. Peu importe, les fioritures juridiques. Les libertés individuelles passent au second plan.

 Sur ce train de mesures qui s’enfonce à tombeaux ouverts dans le tunnel, les professionnels de la polémique ont, une fois de plus, visé les mauvais wagons. Ils s’acharnent sur la déchéance de nationalité que François Hollande veut graver dans la Constitution. La nationalité française serait enlevée aux terroristes qui auraient retourné leurs armes contre leur propre pays.

Les socialistes sont particulièrement divisés sur cette question. Pour les uns, cette mesure ne concernerait que les binationaux, puisque les textes internationaux interdisent à un pays de créer des apatrides. Faux, rétorquent d’autres en s’appuyant sur le professeur de droit constitutionnel Michel Lascombe. La France a signé – mais non pas ratifié – les deux textes internationaux concernés (la Convention de l’ONU de 1961 et la Convention du Conseil de l’Europe de 1997). Ne les ayant pas ratifiées, l’Etat français n’a donc pas à les appliquer et pourrait enlever leur passeport au « mono-nationaux ». Mais l’aile qui bat le plus à gauche ne se soucie pas de ses nuances ; elle refuse toute déchéance de nationalité au nom de l’idéal républicain.

La droite est moins partagée et soutient, sans trop le clamer, la déchéance pour les binationaux. Mais de cette rive politique, des voix se sont élevées contre le projet, comme celles de Patrick Devedjian, Hervé Mariton et Benoît Apparu, tous élus LR peu suspects d’angélisme gauchiste. Il n’y a que l’extrême droite qui est unanime pour réclamer une déchéance de nationalité « appliquée plus largement » à en croire Florian Philippot. Appliquée à tous les binationaux, même innocents ?

Pour rendre encore plus embrouillé ce projet fumeux, des voix éparses tentent de remplacer la déchéance de nationalité par l’ « indignité nationale », une vieille disposition qui s’appliquait aux collabos de Vichy à la Libération. C’est dire si elle ne colle pas aux réalités du XXIe siècle.

 Ils s’en tamponnent le kamis!

 La vigueur de cette polémique est pour le moins exagérée. La déchéance de nationalité ne concernerait que des terroristes qui, de toute façon, ont brûlé leur passeport français. Quant à l’indignité nationale, ils s’en tamponnent le kamis. L’efficacité de ces mesures contre le terrorisme est donc à égale au zéro absolu.

 Mais de là à crier à l’assassinat de la République, il y a un abîme. Après tout, la déchéance de nationalité est déjà prévue dans les lois actuelles à l’encontre de ceux qui sont devenus Français par naturalisation. On ne saurait dire que cette mesure a mis en péril la démocratie. D’autant plus que la gauche de la gauche avait proposé, naguère, le retrait du passeport français aux exilés fiscaux.

 Ce tintamarre cache d’autres mesures gouvernementales qui, elles, sont autrement plus dangereuses pour l’Etat de droit et qui ne concernent pas qu’une poignée de terroristes mais pourraient atteindre chaque citoyen.

 Le gouvernement socialiste envisage de rendre permanentes plusieurs mesures qui ne sont prévues qu’en état d’urgence. Certes, ces projets de lois ne sont pas tous à rejeter ; certains s’imposent même, compte tenu de la situation. Mais d’autres donnent au pouvoir politique et à la police des prérogatives dangereuses pour la liberté individuelle. Elles offrent aux représentants de l’Etat – préfets et procureurs – des pouvoirs exorbitants au regard des normes démocratiques et ce, au détriment des juges.

 Ainsi, jusqu’à maintenant seul un juge – indépendant du gouvernement – avait le droit d’ordonner des perquisitions domiciliaires pendant la nuit. Désormais, un procureur – soumis au gouvernement – pourra procéder à ces perquisitions. L’exécutif invoque la sécurité et la rapidité pour expliquer cette mesure. Calembredaine ! Les juges peuvent faire des permanences de nuit tout comme les procureurs. C’est une question d’organisation interne au sein des juridictions qui n’a pas besoin d’être résolue par la loi.

 De même, selon ces projets législatifs, les policiers pourront fouiller bagages et voitures s’ils ont « des raisons sérieuses de penser » qu’il pourrait y avoir, peut-être, un vague soupçon de terrorisme. Un conseil aux barbus : rasez-vous ! De même, les policiers auront le droit de contrôler l’identité de n’importe qui, n’importe quand, sans qu’il y ait la moindre présomption d’infraction. Conséquence : les contrôles au faciès vont se multiplier, ce qui ne manquera pas d’encourager les jeunes ainsi visés à écouter les semeurs de djihad d’une oreille complaisante.

 Plus de pouvoirs à l’Etat, moins aux juges

 D’une manière générale, ces dispositions augmentent les pouvoirs des agents du gouvernement – préfets, procureurs, policiers – au détriment des magistrats indépendants. Or, la France ne laisse à ces derniers qu’une part de plus en plus réduite et seuls les contre-pouvoirs sont à même d’endiguer la puissance de l’autorité politique. L’état d’urgence nous a montré que les représentants de l’Etat ne sont pas tous animés par le sens du bien commun, voir par le bon sens tout court. Souvenons-nous que les perquisitions et assignations à résidence permises par l’état d’urgence ont été trop souvent utilisées pour museler les militants écologistes pendant COP 21. Des « suspects » qui n’avaient pas le moindre lien avec le terrorisme.

Les islamoterroristes cherchent avant tout à abattre la démocratie et l’Etat de droit considérés comme œuvres impies. En transformant l’état d’urgence en Etat policier, nous leur facilitons le travail et leur donnons raison.

Tout détenteur d’un pouvoir ne résiste jamais longtemps à la tentation d’en abuser.

 

Jean-Noël Cuénod

15:54 | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : terrorisme, france, nationalité, islamisme | |  Facebook | | |

08/10/2015

Et si la femme était l’avenir de l’islam?

 

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Il existe de multiples diagnostics pour décrypter la succession de convulsions violentes qui secoue le monde ici et là et tout particulièrement au Moyen-Orient. Une piste est peu suivie, celle de la confrontation entre l’émancipation de la femme et les forces du patriarcat.

Avec des périodes de haut et de bas, le patriarcat s’est imposé comme la référence principale de la plupart des sociétés humaines, même si d’autres formes de relations entre les genres ont prévalu dans certaines contrées et à certaines époques. En Suisse et chez ses voisins, la «tutelle masculine» sur la femmes s’est renforcée dans les législations au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle. L’homme était le Chef de famille avec un C des plus majuscules. A la femme, le rôle d’assistante et de ménagère. En Suisse, il a fallu attendre la révision du Code civil de 1988 pour que ce schéma soit définitivement bouté hors des lois mais... pas toujours, hors des têtes.

            L’évolution vers l’émancipation de la femme est lente, sujette à retours en arrière. Toutefois, depuis la dernière moitié du XXe siècle, il est indéniable qu’en Occident, elle a fait des progrès. Néanmoins, le vieux monde patriarcal ne se tient pas pour battu. Il organise ici ou là ses résistances. Dans les sociétés où, de par la culture, les us et coutumes, voire les conditions climatiques, le rôle de la femme était moins subalterne qu’ailleurs, les contre-offensives patriarcales se font plutôt rares et lorsqu’elles s’engagent, c’est à fleurets mouchetés.

Mais il en est d’autres où le poids des traditions permet aux forces du patriarcat de s’exprimer avec virulence. C’est le cas de la plupart des pays musulmans à des degrés diverses intensités. Certes, d’autres régions du monde, d’autres religions considèrent les femmes sur le mode mineur. Mais force est de reconnaître que c’est dans les pays musulmans — à la belle exception de la Tunisie — que le patriarcat déchaîne ses forces. Elles sont désormais bien connues, les exactions de Boko Haram — qui a enlevé 2000 femmes et très jeunes filles au Nigéria, selon Amnesty International, pour les réduire à l’esclavage sexuel — et celles de l’Etat islamique qui en fait de même à encore plus grande échelle. Certes, il serait faux d’associer tout l’islam à ces terroristes, mais c’est tout de même au nom de leur foi qu’ils agissent ainsi. Et ces actes barbares trouvent aussi un terrain fertile dans les coutumes qui placent la femme à un rang inférieur.

 

Qu’on ne s’y trompe pas, le refus de l’Occident par l’islamoterrorisme, ce n’est pas seulement celui des anciennes puissances coloniales. C’est aussi — et sans doute surtout — le rejet de ce féminisme qui s’est développé dans nos contrées.

Il appartient aux musulmans, et à eux seuls, de reconsidérer la place de la femme dans leur conception du monde pour que leurs sociétés soient enfin pacifiées. Le chemin pour y parvenir est semé de pièges que les forces du patriarcat ne manqueront pas de tendre. Ce patriarcat qui mène un combat d’autant plus sanglant qu’il est d’arrière-garde. Alors, que les musulmans se posent cette question: et si la femme était l’avenir d’un islam renouvelé? En attendant laissons le poète Aragon conclure avec cet extrait du Fou d’Elsa:

 L’avenir de l’homme c’est la femme
Elle est la couleur de son âme
Elle est sa rumeur et son bruit
Et sans Elle il n’est qu’un blasphème.

 Jean-Noël Cuénod

Editorial du mensuel suisse La Cité octobre 2015 http://lacite.website/

Photo: une femme enlève sa burqa dans une zone qui a été libérée de l'Etat islamique par les Kurdes

11:55 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : islam, féminisme, terrorisme | |  Facebook | | |

05/10/2015

Crise des réfugiés : les Etats-Unis coupables mais pas responsables

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Douze millions de Syriens en errance entre leur dictateur et les égorgeurs de l’Etat islamique. Quatre millions d’entre eux sont parvenus à quitter leur terre de feu. La plupart ont gagné les pays voisins, souvent de tailles modestes. Ainsi, le Liban – 5,8 millions d’habitants – en abrite… 1,1 million. Et dire que nos Blochériens aux âmes noueuses glapissent de trouille devant les 500 réfugiés Syriens que le Conseil fédéral a accepté de recevoir ces prochains mois! Aveuglés par nos richesses, nous autres Suisses avons-nous perdu tout sens des réalités du monde ?

 Il faut dire qu’au bal des faux-culs, l’Helvète n’est pas le seul à valser, loin de là. Passons sur les pétromonarchies qui n’ont pas levé le petit doigt bagué de diamant pour aider les Syriens en fuite. Ceux-ci, il est vrai, n’ont nulle envie de se rendre en Arabie Saoudite ; ils savent bien qu’entre ce Royaume à essence et l’Etat islamique, il n’y a qu’une différence de degrés et non pas de nature, l’un et l’autre défendant la même vision intégriste d’un islam réduit à la portion médiévale.

 Quant à l’Allemagne, elle a vu dans ces réfugiés syriens – appartenant souvent aux classes moyennes et éduquées – une aubaine pouvant compenser son déficit démographique, avant de fermer brusquement ses portes. Cruelle décision après avoir suscité autant d’espoirs. L’Allemagne, présentée il y a peu comme un modèle de vertu solidaire, a désormais rejoint Volkswagen et ses tests falsifiés au cimetière des illusions perdues.

 Il y aurait encore plus à dire sur les réactions des Européens de l’Est qui, aujourd’hui, rejettent ces réfugiés dont ils partageaient le même sort il n’y a pas si longtemps.

 Mais ce bal, ce sont tout de même les Etats-Unis qui le mènent avec un entrain travoltesque. En intervenant en Irak en 2003, sous prétexte de détruire des armes de destruction massive mais massivement inexistante, Washington et ses néoconservateurs voulaient redessiner un Moyen-Orient à leur main et imposer la démocratie par la force. Il s’agissait aussi d’effacer les traces des anciennes puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne, qui avaient créé l’Irak et la Syrie, deux Etats artificiels. Sur ce dernier point, les visées des «néocons», comme ils se nomment eux-mêmes, ont été couronnées de succès mais certainement pas dans le sens souhaité. S’il n’y a plus de frontière entre l’Irak et la Syrie, c’est que l’Etat islamique occupe désormais les deux côtés de la ligne Sykes-Picot. En guise d’un Moyen-Orient s’ébrouant sur les paisibles prairies démocratiques et gentiment dévoué aux intérêts politico-économiques étatsuniens, le gigantesque brassage de cartes engagé par Deubelyou Bush a fait naître le monstrueux Etat islamique qui porte la guerre partout, y compris en Europe.

 C’est en pleine conscience que Washington a jeté la planète dans la fournaise moyen-orientale. La France et son président Jacques Chirac avaient pourtant prédit en détails les événements catastrophiques qu’une intervention étatsunienne allait entraîner. En guise de réponse, Washington a changé le nom des frites de ses cantines, les french fries étant rebaptisées freedom fries. Pour le coup, les «néoscons» avaient tout à fait mérité leur french suffix.

Les Etats-Unis sont donc les premiers coupables de la situation actuelle. Mais ils ne s’en estiment nullement responsables. La fameuse formule lancée par l’alors ministre française Georgina Dufoix dans l’affaire du sang contaminé – «responsable mais pas coupable»– est ainsi retournée outre-Atlantique en «coupables mais pas responsables». En effet, la vague de réfugiés n’émeut guère les Etatsuniens qui n’ont accueilli que 1800 Syriens depuis 2011. Devant les vifs reproches que cette indifférence a soulevés, Obama a promis que son pays allaient en recevoir 10 000 d’ici à septembre 2016. Outre que les promesses rendent les fous joyeux, comme l’on dit à Genève (qui n’est avare ni de promesses ni de fous, mais c’est une autre histoire), ce chiffre reste bien modeste pour une nation aussi vaste, aussi puissante et aussi riche. A comparer au million de Syriens qui se tassent dans le petit Liban. Et au Québec qui s’est organisé pour en abriter 3. 650 d’ici à décembre prochain.

 En bonne justice, Washington devrait assumer le plus gros des charges provoquées par sa politique moyen-orientale. Mais il ne se trouvera personne pour lui présenter l’addition.

 

Jean-Noël Cuénod

15:09 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : réfugiés, droit d'asile, syrie, terrorisme | |  Facebook | | |

23/09/2015

1956

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 Je vous parle d’un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître. Mais dont ils feraient bien d’en méditer les leçons.

1956. Cette année-là, une avalanche d’événements déferle du vénérable poste de radio pour s’étaler sur la table familiale. Le petit garçon de 7 ans et demi que j’étais, saisit, sans les comprendre, les discussions qui s’engagent entre adultes. La France, déjà empêtrée en Algérie, se lance avec la Grande-Bretagne et Israël dans une guerre contre l’Egypte sur le canal de Suez. Les monarchies pétrolières menacent de fermer le robinet à essence. Mais ce n’est pas cette perspective qui trouble les parents. Après tout, qui a une voiture dans le quartier ? En tout cas, chez nous, les moyens de locomotion se limitent au vélo et au tram 12.

Non, l’inquiétude parentale prend naissance de l’autre côté du Rideau de fer. Staline est mort depuis trois ans et enterré par le rapport Khrouchtchev depuis février. Mais il bouge encore. Et rudement. En Pologne, mais surtout en Hongrie des soulèvements éclatent contre l’ogre soviétique. La radio suisse romande décrit les combats qui se déroulent à Budapest avec force détails. Le 10 novembre, tout est fini. L’insurrection hongroise est écrasée.

 En quelques jours, 200 000 réfugiés déferlent sur l’Ouest de l’Europe. A elle seule, la petite Suisse – le recensement fédéral de 1950 dénombre 4 714 992 habitants – en accueille 12 000 (Photo prise en Suisse à Buchs dans un centre d’accueil).  Dans l’urgence, tout est mobilisé pour recevoir ces familles qui n’ont eu le temps que d’emporter le triste nécessaire, dans le meilleur des cas. Pas de Blocher, pas de Freysinger pour geindre que la barque est pleine. Pourtant, la Suisse de cette époque travaille dur pour des salaires modestes. La prospérité, ce sera pour le début des années 60.

 Dans les conversations d’adulte, une formule revient souvent : « Et dire que l’hiver commence ! » L’Europe avait traversé en février 1956 une vague de froid sans précédent. Genève a grelotté à – 21 degrés ; sa Rade était gelée. Souvenir de cygnes battant de l’aile, les pattes prises dans les glaces.

 Alors, comment aider ces réfugiés, qui viennent du froid politique, à affronter le froid météorologique ? Dans mon école, les instituteurs et les parents se mobilisent pour récolter des manteaux d’enfants, des pulls, des écharpes, des cagoules, des grosses chaussettes hâtivement tricotées. Autre souvenir, celui des grandes tables disposées dans un coin de la classe et jonchées de vêtements d’hiver prêts à partir pour la Croix-Rouge. Cinq ans après, Servette remportera le championnat de Suisse de foot en alignant trois ex-réfugiés hongrois : Pazmandy, Mackay et Nemeth.

 Trop facile, la comparaison entre les Hongrois qui se faufilaient entre les lames du Rideau de Fer pour échapper à la terreur soviétique et ceux d’aujourd’hui qui rejettent, armes au poing, les Syriens qui fuient la terreur islamiste. Trop facile, car nous aussi, en Suisse, en France, nous avons bien changé.

 

Jean-Noël Cuénod 

14:46 | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : réfugiés, asile politique, terrorisme | |  Facebook | | |

26/06/2015

La France, la Tunisie et le chi’isme en première ligne de la guérilla mondiale

 

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Un homme décapité et une attaque dans l’usine à gaz de Saint-Quentin-Fallavier (Isère, à 24 kilomètres de Lyon) ; 38 personnes abattues à la kalachnikov sur la plage d’un hôtel de Sousse ; 25 morts et 202 blessés provoqués par un attentat-suicide – revendiqué par l’Etat islamique – dans une mosquée chi’ite de Koweït-Ville (photo). Voilà le bilan de ce nouvel épisode de la guérilla mondiale qui s’est déroulé ce vendredi.  

Si ces trois attentats islamoterroristes ont visé la France, la Tunisie et le chi’isme cela ne doit rien au hasard. Certes, il est bien trop tôt pour savoir si les trois attaques ont été coordonnées par l’Etat islamique ou un autre groupe du même tonneau de dynamite. Mais le choix des deux pays et du chi’isme comme cibles privilégiées obéit à la logique développée par l’islam radical. Faut-il rappeler qu’aux massacres de janvier dernier à Paris ont succédé ceux du Bardo à Tunis en mars et que les chi’ites sont persécutés par l’Etat islamique avec la même cruauté que les chrétiens d’Orient et les autres communautés non-sunnites ?

 

La Tunisie exsangue

 

La Tunisie est l’unique Etat arabo-musulman à vivre dans le respect de la femme, de la démocratie et des droits humains. Affaibli économiquement par les années Ben Ali et le contrecoup de la Révolution de 2011, ce pays n’a guère que le tourisme pour commencer à sortir la tête de l’eau. Dès lors, les islamoterroristes ne cessent d’attaquer ce secteur faisant ainsi d’une balle deux coups : ils tuent des «infidèles» et détruisent tout espoir de reprise économique en Tunisie. Ils espèrent ainsi qu’accablés par la misère, les Tunisiens finirons par les rejoindre.

 

La France ex-coloniale

 

La France abrite la plus grande communauté musulmane d’Europe avec 3,5 millions de personne, à en croire le Zentralinstitut Islam-Archiv-Deutschland. Elle aussi constitue un maillon faible, dans la mesure où ses gouvernements successifs ont laissé croître des ghettos caractérisés par le chômage de masse, irrigués par l’économie souterraine et animés par l’islam radical. De plus, le passé colonial de la France fait de ce pays une cible idéale pour «vendre» idéologiquement l’islam radical dans les pays arabes.

 

Le chi’isme ennemi numéro 1 de l’Etat islamique

 

Quant au chi’isme, il est l’objet de la part du sunnisme d’une guerre interislamique qui remonte à la mort du prophète Mohammed, c’est dire que nous ne sommes pas près d’en voir la fin. L’Etat islamique a été tout d’abord créé contre les chi’ites d’Irak puis, par la suite contre les différents avatars du chi’isme en Syrie. Eradiquer le chi’isme de l’islam est le premier objectif de l’Etat islamique. L’explosion de la mosquée chi’ite de Koweït-Ville fait partie de cette stratégie.

 Il faut donc tenir compte de ces trois cibles – Tunisie, France, chi’isme – avant d’élaborer une stratégie contre celui qui est désormais notre ennemi principal : l’Etat islamique. Dans cette optique, la police et l’armée ne constituent qu’une composante parmi d’autres.

 

Les limites de la réponse militaire

 

Certes, la police française, dans l’ensemble, fait très bien son travail et a pu arrêter ou mettre hors d’état de nuire de nombreux terroristes. De même, son armée a su réagir de façon efficace aux agressions intégristes au Mali. Mais la réponse militaire et policière n’est jamais déterminante dans une guérilla. Or, c’est bien de cela qu’il s’agit. Non pas de la troisième guerre mondiale, mais de la première guérilla mondiale de l’Histoire. Ce ne sont plus des armées qui combattent front contre front. Mais des guérilleros qui frappent ici ou là, de préférence dans le dos, se replient ou laissent des pseudo-martyrs sur place et réattaquent ailleurs de façon tout aussi brève et explosive, avec utilisation accrue des images médiatiques fortes.

En privilégiant l’option militaire contre la guérilla, les Etats-Unis ont perdu le Vietnam et la France, l’Algérie. Répéter la même erreur contre l’Etat islamique aurait des conséquences catastrophiques. La réponse doit donc aussi se situer sur les plans politiques et économiques. Et c’est là que le bât blesse car les deux entités qui disposent du poids démographique nécessaire pour répondre à l’islam radical – les Etats-Unis et l’Union européenne – montrent d’inquiétants signes de faiblesse.

 

Obama l’Asiatique

 

Obsédé par la Chine et l’extrême-orient et se désintéressant des vielles problématiques européennes et moyen-orientales, Obama n’a pas élaboré une stratégie cohérente et convaincante face à l’islam radical. Cela restera l’énorme point noir de sa présidence. Tardivement, le président des Etats-Unis a compris qu’il était impossible d’avoir deux ennemis musulmans à combattre en même temps, à savoir l’Iran chi’ite et l’Etat islamique. D’où son changement de pied vis-à-vis de Téhéran. Mais il lui reste bien peu de temps, son mandat tombant à échéance dans un an et demi.

 

L’Epicière berlinoise et son carnet du lait

 

Quant à l’Europe, c’est le vide politique qui la caractérise. Sa principale dirigeante – l’Epicière berlinoise – est obnubilée par son carnet du lait et n’a pas d’autres perspectives que comptables. Or, pour apporter une aide concrète à la France – qui doit affronter la hausse exponentielle de ses dépenses militaires – et organiser le sauvetage économique de la Tunisie exsangue, l’Europe doit se trouver en capacité de prendre des mesures rapides, ce qui n’est pas le cas actuellement. De même, c’est aussi sur le plan européen qu’il faut entreprendre une politique idéologique digne de ce nom pour convaincre les jeunes musulmans du continent, souvent fraîchement convertis, de ne pas combler le vide qu’ils ressentent par un engagement au service de l’islam radical.

 

Jean-Noël Cuénod

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Attentat en Tunisie : "le terrorisme est notre... par lemondefr

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28/03/2015

Le copilote Andreas Lubitz ou l’inextinguible désir d’éternité personnelle

 

 

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«Un jour, je vais faire quelque chose qui va changer tout le système, et tout le monde connaîtra mon nom et s'en souviendra.» Voilà ce qu’aurait dit le copilote Andreas Lubitz (photo) à sa fiancée, dont l’interview vient de paraître sur le site du quotidien allemand Bild.

A propos des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, auteurs des attentats de janvier à Paris, le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait déclaré qu’eux aussi recherchaient ce quart d’heure de célébrité, cher à Andy Wahrol, l’islam n’étant pour eux qu’un vecteur à leur quête violente de notoriété. En d’autres temps, ils auraient trouvé d’autres causes. L’important est de marquer les esprits au fer rouge, peu importe l’outil.

 

 Comme il est plus aisé d’être tueur de masse que prix Nobel de physique, la voie sanguinaire est la plus courte pour parvenir à ce Graal. D’ailleurs, décrocher le prix de Nobel de physique ne mène pas forcément à la gloire. Citez donc celui qui l’a obtenu l’an passé[1]!

Et ça marche! Les tueurs de Charlie-Hebdo et de l’Hyper casher ont réussi à faire défiler dans les rues de Paris les dirigeants politiques de la planète; Andreas Lubitz a attiré sur les lieux de son crime-suicide, Angela Merkel, François Hollande et Mariano Rajoy. Ces desperados ont désormais leur fiche Wikipédia, ce qui tient lieu de viatique pour une célébrité qui durera plus qu’un modeste quart d’heure. Petit bras, Andy Wahrol!

 D’aucuns rétorqueront que ces massacres sont perpétrés par des malades mentaux et qu’on ne saurait donc en tirer leçons. Pourtant, la folie dit beaucoup de choses sur la société. La nôtre a évacué la mort et la transcendance pour fixer les humains sur deux objectifs impératifs : la production et la consommation. Produire pour consommer. Consommer pour produire. L’humain tourne de plus en plus vite sur sa roue d’écureuil. Mais voilà, il ne vit pas que d’iPhone 6, l’humain. Il a besoin d’autre chose qu’il ne sait pas ou plus nommer.

 

Certes, les croyances religieuses lui offrent la vie éternelle. Jadis, cette perspective pouvait étancher, au moins en partie, sa soif d’éternité. Mais aujourd’hui, l’humain n’est pas attiré par cet espace éthéré qui n’empêche nullement l’oubli de son nom dans la mémoire des générations suivantes. Tout le monde ne peut pas s’appeler Mozart. L’éternité en question ne concerne donc que la perpétuation de son moi, que la survie de son ego, célébré par notre société médiamercantile – à la fois marchande et médiatique. C’est le moi qui consomme et qui, donc, produit. C’est le moi qui vibre au diapason de ce monde d’images. Quitte à perdre ce qui fait ma raison de vivre, ce moi impérieux, autant laisser une trace, fût-elle de sang.

 «Le moi est haïssable». La formule de Blaise Pascal  s’impose au XXIe siècle plus que jamais. Mais pour le quitter, la société médiamercantile est bien incapable d’offrir le moindre remède. Pour dépasser l’égo, il faut viser au-delà de lui-même. Peu importe, le mot que l’on donnera à ce «Quinousdépasse». Ce peut-être le Christ, Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, le Tout, la Nature, voire le Cosmos du philosophe athée Michel Onfray. L’essentiel est de sortir de ce moi-même devenu toxique.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] Après consultation de Wikipédia, il s’agit des chercheurs japonais Isamu Akasaki, Hiroshi Amano et Shuji Nakamura (ce dernier est devenu citoyen des Etats-Unis)

 

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21/03/2015

Aider la Tunisie après l'attentat? Alors annulons sa dette publique!

 

terrorisme,islamismem

Photo: Journée de la Femme à Tunis

L’industrie textile tunisienne fut l’une des victimes de la mondialisation version chinoise qui avait inondé ce marché de camelotes à prix cassés. Puis, les troubles qui suivirent la chute de la dictature Ben Ali avaient provoqué le naufrage de l’industrie touristique. Après les premières élections libres et le début de stabilisation politique, les touristes ont commencé timidement à reprendre le chemin des plages tunisiennes. Jusqu’à ce que les terroristes de l’Etat Islamique commettent leur attentat, pour étouffer dans l’œuf ce qui aurait pu devenir un début de reprise.

Les appels ­– tels ceux de l’écrivain Jean d’Ormesson (voir vidéo) – à séjourner en Tunisie malgré tout ne sont, certes, pas inutiles. Mais ils risquent fort d’être insuffisants pour surmonter les craintes des touristes.

 

La Tunisie, déjà mal en point, se trouve donc placée au seuil d’une crise économique majeure. Comme d’habitude, les intégristes s’empresseront d’en profiter pour recruter de nouvelles forces et dénigrer la démocratie tunisienne encore fragile.

Cette situation est encore aggravée par la présence à proximité de la Tunisie d’un territoire libyen aux mains de l’Etat Islamique. C’est d’ailleurs dans cette zone que les deux islamoterroristes, auteurs de l’attentat contre le Musée du Bardo à Tunis, ont été entraînés.

 

Soit, les démocraties occidentales se laissent couler dans leur impotente maussaderie houellebecquienne en ne faisant rien d’autres que pleurnicher. Et la démocratie tunisienne ne sera plus qu’un rêve nostalgique. Soit, elles décident de tout employer pour sauver l’économie de la seule démocratie arabe.

Mais alors, les démocraties occidentales doivent y mettre les moyens. Et commencer par annuler les dettes[1] qu’elles détiennent contre la Tunisie. Les altermondialistes avaient initié un mouvement en ce sens, mais apparemment sans succès. Il est donc urgent de le réanimer et de l’élargir à d’autres milieux.

Ensuite, c’est un véritable plan Marshall pour la Tunisie que les démocraties occidentales doivent entreprendre. Le soutien économique à ce pays doit être massif. Les mesurettes ne serviraient à rien d’autres qu’à enduire les Occidentaux de ce léger vernis de bonne conscience dont ils aiment à faire parade.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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[1] La dette publique tunisienne (dette de l’Etat) est estimée pour 2014 à 41. 754 millions de dinars. Soit 19. 894 millions d’euros. Ce qui représente 49,1% du PIB (source : presse économique tunisienne).

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09/10/2014

Contre l'Etat islamique, quelles sont nos valeurs?

 

 

 Gagner une guerre sur le plan militaire ne sert à rien si on la perd politiquement. Au début des années 1960, l’armée française avait vaincu par les armes les indépendantistes algériens. Pour quel résultat? En 1962, l’indépendance de l’Algérie était proclamée et ses habitants d’origine européenne ont dû quitter leur terre natale dans des conditions particulièrement inconfortables.

La France avait perdu la seule bataille décisive, celle du rapport de force moral, politique et idéologique. Alors que son armée – encore traumatisée par sa déroute face à la Wehrmacht en 1940 et à la perte de l’Indochine – se crispait sur ses acquis en Algérie, de Gaulle avait compris, lui, que cet ascendant militaire n’était que provisoire.

Qu’elles étaient les valeurs défendues par la République? Perpétuer un régime colonial? Qui se battrait pour un tel motif? En France même, l’idée d’une poursuite des hostilités en Algérie a été vigoureusement rejetée par l’immense majorité des citoyens.

 

Certes, la guerre d’Algérie a peu de points communs avec celle qui fait rage contre l’Etat islamique. Toutefois, la leçon principale du conflit franco-algérien demeure: qui abandonne le terrain des valeurs perd la guerre.

Que nous jugions les valeurs de nos ennemis fausses, trompeuses, stupides, obscurantistes ou barbares importe peu; ce qui compte, c’est leur capacité de mobilisation.

Or, force est de reconnaître que l’Etat islamique (EI) mobilise. Les divers services de renseignements occidentaux estiment le nombre de combattants d’EI entre 12 000 et 20 000, voire plus. Parmi eux, figurent 2000 à 3000 terroristes originaires des pays occidentaux dont 700 à 900 Français, quelque 400 Britanniques et 270 Allemands. La plus forte proportion en fonction de la population est atteinte par la Belgique qui compte 250 djihadistes pour 11 millions d’habitants (voir aussi la vidéo).

La Suisse n’est pas épargnée. Le SRC (Service de renseignement de la Confédération) établit à 40 le nombre de djihadistes provenant du sol helvétique. C’est peu, surtout si on compare ce nombre avec les 800 volontaires suisses des Brigades internationales durant la Guerre d’Espagne (170 d’entre eux y laisseront leur vie). Mais le conflit actuel ne fait que commencer.

Selon toute vraisemblance, l’Etat islamique augmentera encore le nombre de jeunes Occidentaux dans ses rangs. Ils y éprouveront l’exaltation des combats, la fraternité des armes, l’apaisement moral des rituels collectifs, le sentiment de se battre pour une cause qui dépasse les étroites limites des hommes et celui de donner sa vie pour un idéal au lieu de la perdre dans un monde dépourvu de sens.

 

Et nous autres Occidentaux, au nom de quelles valeurs nous battons-nous? Pour la cause du pétrole qui va nourrir les bouchons routiers du week-end? Pour la survie du capitalisme financier qui n’a d’autre horizon que sa cupidité destructrice?

Dans le cynisme déprimé et régressif qui est la marque de nos sociétés cacochymes, les idées qui, jadis, mobilisaient les énergies ne provoquent plus que des ricanements et des haussements d’épaules fourbues. En levant les yeux vers le ciel, nous ne voyons plus rien, pas même l’azur. En les baissant sur la terre, nous les détournons bien vite de peur de voir les cadavres d’immigrés clandestins venus d’Afrique pour s’échouer sur nos côtes. Plus rien ne nous touche, sinon nos petites peurs d’Harpagon sénile. Et c’est avec cet état d’esprit que l’Occident part en guerre contre l’Etat islamique? Eh bien il est plutôt mal barré !

 

 

Si l’on ne compte que sur la force des armes, alors, à terme, nous perdrons. A quoi a-t-il servi de vaincre militairement les troupes de Saddam Hussein? A créer des monstres. Il faut donc se réapproprier ces valeurs qui ont permis à ceux qui nous ont précédé de vaincre l’adversité: le goût du pain partagé, le sentiment de faire corps, la main tendue vers le semblable et le dissemblable. Aujourd’hui, ces mots font rire les imbéciles.

Mais on n’est pas forcé de les suivre. Le cynisme ne créée rien d’autres que des crampes d’estomac alors que la fraternité a permis aux hommes de surmonter tous les obstacles. Serons-nous capables de ce sursaut moral?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Voici le témoignage d’un jeune chercheur belge qui a rencontré des djihadistes en Syrie.


Un chercheur de la KUL a réalisé une thèse sur les jeunes djihadistes

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02/06/2014

Le Djihad des banlieues, un mal français

 

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Qui n’a pas passé un dimanche après-midi à Rosny-sous-Bois ne sait pas ce qu’est l’ennui. Il suinte de partout et, surtout, des barres d’immeubles. Elles ne sont même pas dégradées d’ailleurs,  ces boîtes à dormir. Elles sont simplement moches et mornes, comme de grands cercueils posés ça-et-là, à la va-comme-je-te-crève. Le silence serpente comme un petit vent aigrelet sur les maigres pelouses pelées où aucun enfant ne joue.

 

 

 

Dans les allées, personne, sinon quelques jeunes noirs, portant des maillots du Barça ou du Réal, qui tentent de réparer un tacot hors d’âge. Où sont-ils, ces habitants? «Devant la télé ou au centre commercial, non pas pour acheter mais seulement pour regarder», explique cette habituée des cités de la Seine-Saint-Denis, département de la banlieue  parisienne plus connu sous son matricule façon cellule: le 9-3.

 

 

 

Le djihad apparaît alors aux déclassés comme une échappée vers un monde fait d’aventure, d’héroïsme, de fraternité d’armes. Un monde où, enfin, on se sent vivre quitte à tuer, quitte à en mourir. Qu’attendraient-ils de la France qui, pour eux, symbolise leurs échecs scolaires ou professionnels? Rien.

 

 

 

Ce n’est sans doute pas par hasard que Mohamed Merah a vécu dans un quartier toulousain du même genre, cité Bellefontaine au Mirail, ni que Mehdi Nemmouche, le suspect du massacre au Musée Juif de Bruxelles, a poussé comme il a pu Cité Bourgogne à Tourcoing. Que ce soit au Sud ou Nord de l’Hexagone, la météo des banlieues est toujours au gris.

 

 

 

 

 

Islam radical: les politiques ont-ils fermé… par LCP

 

 

 

Le Djihad en Syrie a formaté Merah comme il l’a fait pour Nemmouche. De retour en France, ils se sont mués en bombes à retardement, allumées par des idéologues comme Adam Gadahn, ressortissant des Etats-Unis, né dans une famille judéo-protestante (les Pearlman) et converti à l’islam à 17 ans.

 

 

 

Cette nouvelle génération d’islamoterroristes, –­souvent musulmans de fraîche date –, constatant que des opérations comme celles du 11-Septembre ne sont plus possibles, table désormais sur des actions individuelles, menées à peu de frais et visant des cibles, généralement juives, peu protégées. C’est une sorte de 11-Septembre rampant qui est ainsi mis en œuvre.

 

 

 

Tous les pays occidentaux sont visés. Et chacun est touché en fonction des propres faiblesses de son Etat. Ainsi, les affaires Merah et Nemmouche offrent un concentré des souffrances qui accablent la France.

 

 

 

Malgré les multiples «plans banlieue» et les centaines de millions d’euros qui y ont été investis en pure perte (200 millions en 2008 d’après le Sénat et 600 millions annoncés en avril dernier par la ministre Najat-Belkacem, sans compter les autres plans), la situation dans les cités, dites par euphémisme «sensibles», s’est détériorée. Nombre d’entre elles se trouvent gouvernées de facto par l’économie criminelle – qu’on ne peut même pas appeler souterraine puisqu’elle agit au grand jour.

 

 

 

Ces zones de non-droit ne cessent de s’élargir. Les services de l’Etat sont remplacés par les structures délinquantes qui s’organisent autour des trafics d’armes et de stupéfiants, notamment. Dans ces cités où vous ne trouverez ni poste ni commissariat ni bureau d’aides; ce sont les trafiquants qui assurent le gros de la redistribution sociale, évidemment dans l’inégalité et l’arbitraire.

 

 

 

Ainsi, de vénérables grands-mamans servent-elles de «nourrices» à ces bandes, c’est-à-dire qu’elles leur ménagent des planques pour y stocker la drogue. Bien sûr, cette prestation est rémunérée. Les gamins sont aussi sollicités dès le plus jeune âge pour servir de guetteurs et prévenir toute présence hostile. «Qu’est-ce tu feras plus tard quand tu seras grand, mon petit?» «Ben dileur, comme mon grand frère, c’te question!»

 

 

 

Pourquoi cet échec constant? Comme toujours, les causes sont multiples. Mais l’idéologie centralisatrice – qui traverse tous les courants politiques de l’extrême-droite à l’extrême-gauche – en constitue une qu’on ne saurait qualifier autrement que de … centrale.

 

 

 

Le centralisme français n’est pas qu’un mode de gouvernement, c’est une sorte de mentalité collective qui s’est progressivement installée dès la royauté avec la place centrale du Roi, qui a été forgée à la Révolution par la victoire des Jacobins sur les Girondins, le 2 juin 1793,  puis peaufinée par le Premier Empire et consolidée au fil des régimes.

 

 

 

Il s’en est suivi la création d’une caste d’«ingénieurs de l’administration» basée à Paris qui s’est progressivement, par effet entropique, dégradée en bureaucratie. Au nom de l’égalité, il s’agissait – et il s’agit toujours – pour le Centre (c’est-à-dire Paris) de concevoir des cadres juridiques, administratifs, sociaux dans lesquels tous les éléments de la France doivent se débrouiller pour s’y insérer.

 

 

 

Le Centre décide, la périphérie exécute. La base du centralisme est donc autoritaire par essence, fût-ce dans une démocratie. Toutes les tentatives de décentralisations, même si elles ont apporté quelques améliorations secondaires, sont condamnées à l’échec, car on ne peut pas réformer un  système aussi rigide. Le Centre ne veut pas abandonner sa primauté dans la mesure où il parvient à persuader une majorité de Français que lui seul peut assurer l’unité de la France.

 

 

 

Les banlieues pauvres se situent à la périphérie des périphéries, sorte de rebut en bout de ligne où le Centre exile tout ce qui ne peut pas s’inscrire dans ses cadres. Alors que le discours officiel en France condamne le communautarisme et encense la laïcité, l’Etat central a fait exactement l’inverse dans les cités déshéritées.

 

 

 

Le Centre devant s’occuper de tout, il fixe ses priorités dans son proche environnement.  C’est là qu’il s’investit, parce que c’est là que se trouvent ses électeurs, ses contribuables, ses zones d’activités principales. Dès lors, il était commode pour lui de laisser les cités aux mains d’imams autoproclamés, de petits trafiquants qui ne le gênaient pas trop et de laisser deux pétromonarchies, Qatar et Arabie Saoudite, y investir massivement.

 

 

 

Bien entendu, ces Etats islamistes particulièrement rétrogrades et antidémocratiques, ont financé diverses officines salafistes, celles qui prônent le retour à l’Islam médiéval et le rejet des idées issues des Lumières. Pris par son mouvement centralisateur, le Centre n’a rien vu venir. Ou plutôt n’a rien voulu voir venir, malgré les émeutes de 2005 à Clichy-sous-Bois et 2007 à Villiers-le-Bel.

 

 

 

Cet humus, formé d’intégrismes et de trafics, fait naître une génération qui n’a pour signe d’appartenance à la France qu’une carte d’identité. Mais elle reste foncièrement étrangère à ce qui fait ce pays, puisque le Centre l’a laissée croupir dans sa périphérie des périphéries.

 

 

 

Le Centre, aujourd’hui, s’étonne de ce surgissement sauvage d’islamoterrorisme et s’agite alors qu’il en est l’auteur par dol éventuel. Il n’a pas voulu le résultat de son absence d’acte mais n’a rien fait pour changer de pratique et de politique.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 


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Ce débat évoque une autre affaire intervenue en octobre 2012.


Islam radical : les politiques ont-ils fermé... par LCP


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03/02/2013

François Hollande et l'hirondelle malienne

 

Pour François Hollande, une hirondelle, même malienne, ne fait pas le printemps. Samedi à Bamako, le président français a été acclamé par une foule reconnaissante. Mais son prédécesseur Sarkozy avait connu pareille liesse en septembre 2011 à Benghazi, après l’intervention française en Libye. Huit mois plus tard, il mordait la poussière à l’élection présidentielle.

 

Certes, même ses détracteurs sont obligés de l’admettre, François Hollande a démontré à l’occasion de la guerre au Mali toutes ses capacités à prendre des décisions vitales, avec efficacité et rapidité. Il est désormais entré dans cet habit de président que Nicolas Sarkozy, même après la chute du despote libyen, n’avait jamais su revêtir.

 

Cela dit, le quinquennat de Hollande sera jugé à l’aune sociale et non pas malienne. Les succès militaires ne font pas le poids face à l’effondrement de l’industrie française, aux fermetures d’usines quasi quotidiennes, à la pauvreté qui s’étend et s’installe.

 

Si au Mali, le président peut user des impressionnants pouvoirs que la Constitution française lui confère en tant que chef des armées, ils ne lui sont guère d’utilité sur les plans économique et social. Dans ce domaine, le volontarisme politique se heurte à la dure réalité du monde globalisé. Goodyear, Mittal et les autres grands groupes financiers et industriels sont autrement plus puissants que les terroristes, même aguerris et bien armés.

 

Les dirigeants français de tous les bords politiques se sont raconté de jolis contes pendant des lustres, en proclamant qu’ils pouvaient tout faire dans leur pré carré. Or, seule l’Europe dispose de la taille critique nécessaire pour tenir sa partie dans l’économie globalisée. C’est donc vers l’Europe que le président Hollande devrait diriger son action et faire œuvre de pédagogie vis-à-vis des Français, plutôt que de les bercer d’illusions perdues d’avance.

  

Jean-Noël Cuénod

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Le discours de Bamako dans son intégralité

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20/10/2012

Cri du coeur d'un musulman de Suisse: "Stop à la terreur et à la haine!"

Le plouc a reçu le courriel ci-dessous à la suite de son édito paru le 8 octobre 2012 sur le démantèlement d’une cellule terroriste animée par des Français convertis à l’islam. Il s’agit d’un cri du cœur poussé par une personnalité musulmane bien connue à Genève et ailleurs Hafid Ouardiri.  Ce cri mérite d’être entendu et même, écouté.

                          

Musulman,je suis doublement victime de ces voyous, barbares et criminels.

 

Pour ces innocents qu'ils arrachent à la vie et pour ma foi, l'islam à laquelle ces monstres se déclarent convertis.

Quel horrible outrage à Dieu ils commettent en perpétrant de tels actes barbares en son Nom.

 Nés dans les banlieues sans éducation dans lesquelles ils ont connus tous les échelons de la délinquance pour échouer dans les pénitenciers. Là, ils sont entrés en contact avec on sait quel "imam diabolique" qui les aurait convertis au terrorisme en les initiant à son idéologie meurtrière qui ressemble étrangement aux agissements des "hashashins" (assassins), mercenaires, drogués à mort qui allaient massacrer les innocents et semer la haine et le désordre dans certaines régions du Moyen-Orient il y a de cela quelques siècles.

 Non, ils n'ont pas été convertis à l'islam mais au terrorisme, à la haine et à la violence aveugle !

Ils sont les ennemis de tout le genre humain et sont porteurs de tous les racismes, de l'antisémitisme et ne l'oublions pas ils sont aussi et surtout les promoteurs de l'islamophobie. Car il n'y a pas pires ennemis de l'islam que ces énergumènes qui se réclament de lui pour tuer cruellement et corrompre la terre en étant persuadés qu'ils font le bien.

 Ils se vengent sans pitié pour se soulager de leurs échecs. Ce sont des gens gravement malades qu'ils fallait soigner avant qu'ils en arrivent à ce stade.

  C'est une abomination comme d'autres abominations que notre histoire a connu, il y a certainement une explication à cela mais jamais au grand jamais une justification à de tels actes inhumains.

 L'islam n'a rien à voir avec ces abominables criminels et les musulmans aujourd'hui dans leur extrême majorité souffrent à cause de ces détracteurs criminels. Ils doivent, aidés de toutes et de tous, lutter contre ce fléau qui les menace ainsi que tout le genre humain toutes appartenance confondues.

  Il ne faut pas que tous les opportunismes politiques ou autres, qui sont à l'affût de ces malheurs, en profitent pour ajouter la haine à la haine, la confusion à la confusion. Ils ne doivent pas encourager l'amalgame pour grapiller quelques voix en usant par ci par là de la stratégie du bouc-émissaire et de la culture de l'ignorance à outrance.

 Il faut que ceux qui sont chargés de la sécurité et de la justice accomplissent leurs tâche avec une tolérance zéro pour montrer à ses voyous tueurs sans foi ni loi qu'ils ne seront pas impunis.

Stop à la terreur et à la haine.

 

 

Hafid Ouardiri 

Fondation pour l'Entre-Connaissance

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