04/11/2010

Les Lumières sont de plus en plus tamisées

Sale temps pour la Raison. Les Lumières nées au XVIIIème siècle tremblotent sous le coup des vents mauvais de l’obscurantisme, quand elles ne sont pas tamisées, voire éteintes par des délires d’ordre — ou plutôt de désordre — politico-théologique.

 C’est vrai qu’elle est ennuyeuse, pour ne pas dire plus, la Raison. Au lieu de vous narrer des contes à tuer debout, elle vous invite à réfléchir avant de hurler et de tirer. Elle remplace les images fortes par la pensée subtile, l’émotion par la réflexion, la distraction par la concentration. Quelle barbe! L’idéologie «brutaliste», qui tend aujourd’hui à étendre partout son empire d’étincelles crépitantes, se révèle tellement plus séduisante, plus captivante, plus ludique aussi. Elle se résume à ce court-circuit mental: tout ce qui est différent est ipso facto mon ennemi et, comme tel, doit être supprimé.

Le «brutalisme» a l’avantage de coller à tous les masques qu’ils soient de gauche ou de droite (plutôt de ce côté pour l’instant, mais cela peut changer), chrétien, juif, musulman ou athée. Et se déploie avec des formes différentes tant dans les dictatures qu’au sein des démocraties.

L’intégrisme musulman est la figure la plus spectaculaire du «brutalisme». Il n’est de vérité que dans l’Islam. Ceux qui se situent en dehors doivent être éradiqués. Les chrétiens arabes en font régulièrement  l’amère expérience. A cette «christianophobie» proche-orientale, répond une «islamophobie» occidentale, moins sanglante, certes, mais tout aussi stupide, comme l’illustrent ces «brutalistes» américains accusant Barack Obama de professer l’Islam.
Il est vrai qu’en matière d’occultation de la pensée, la première puissance de l’Occident sait se montrer performante. Lors des récentes campagnes électorales,  les partisans des «tea parties» ont repoussé les bornes de la bêtise de plusieurs kilomètres.

Entre parenthèses, cela démontre la nocivité du thé sur l’intellect, par rapport à d’autres breuvages autrement plus spiritueux!

Cette tendance n’est pas qu’une expression ultraminoritaire, comme l’indique ce sondage de l’Institut Harris annonçant que 14% des Américains – ce taux grimpe à 24% chez les électeurs républicains   se disent persuadés qu’Obama est l’antéchrist. Ils le clament même sur leurs maillots (photo). ¨

obama antéchrist.jpg

Voyons… Voyons… Que faisait dire l’inoubliable Michel Audiard à Lino Ventura dans les « Tontons Flingueurs » ? Vite un petit tour sur DailyMotion : 
« Les cons, ça ose tout et c’est même à ça qu’on les reconnaît »... Tout juste ! Le Plouc remercie dailymachin. Non seulement, ça ose tout, mais encore, ça s’affiche...


Les racines du «brutalisme» à l’occidentale sont bien connues. La mondialisation sauvage des échanges économiques a entraîné la paupérisation d’une part importante des classes moyennes dans les pays industrialisés. C’est une chose de rester confiné dans la pauvreté. C’en est une autre d’avoir grimpé les échelons de la société, puis d’être rejeté au bas de l’échelle. L’amertume en est d’autant plus intense. Le réflexe premier est alors de s’en prendre à ceux qui se trouvaient déjà au sol, les étrangers, les exclus avec lesquels, on ne veut surtout pas être confondus, car l’espoir de remonter un jour persiste.

L’Histoire nous a montré où le «brutalisme», par un enchaînement fatal, se termine. Mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre les leçons du passé.

Jean-Noël Cuénod

(Version enrichie pour le ouèbe du texte paru jeudi 4 novembre 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures).

09:54 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : tea party, lumières, obama, tonton fligueur, vidéo | |  Facebook | | |