03/06/2011

DSK, Tron et les accusations de Luc Ferry: «Tout le monde savait...»

«Tout le monde savait». Ce mantra est débité, en guise d'oraison libératoire, par la caste politico-médiatique dans les trois affaires à connotation sexuelle qui embrasent actuellement la France: DSK, Tron et maintenant les accusations du philosophe et politicien Luc Ferry contre un mystérieux ministre qui serait impliqué dans des actes pédomaniaques au Maroc.

Alors, non! A part les petits marquis emperruqués qui pérorent dans le cocktails et sautillent dans les soirées du Paris chic, personne ne savait. Et cette formule - «tout le monde» - traduit bien le mépris que ladite caste voue aux Français qui sont 65 millions à ne pas faire partie de ce «tout le monde». Désormais, les petits marquis devront se mettre à table. Ce sera le cas de l'un d'entre eux, Luc Ferry qui sera bientôt convoqué à la police pour en dire plus sur ses brides de révélations.

 Philosophe suffisant - mais bon présentateur de la pensée kantienne - qui fut un ministre insuffisant - il n'a pas fait d'étincelle à l'Education nationale - Ferry est l'incarnation de cette caste méprisante. A-t-il rapporté des ragots sans fondement pour faire sa roue devant les caméras? Révèlera-t-il des faits d'une criminelle gravité? Dans les deux cas, il y aura scandale. Pendant ce temps, Marine Le Pen compte les points et n'a même plus besoin de se démener pour engranger des suffrages. La droite, elle, se contente de s'offusquer des propos de Luc Ferry qui est l'un des siens. Et la gauche, à l'exception notoire de Ségolène Royal, regarde ostensiblement ailleurs. Les partis de gouvernement semblent subir la marée polluée qui les submerge.
 
«Le poisson pourrit par la tête», constate le proverbe chinois. Politiquement, il faudra en couper, des têtes; celles des dirigeants qui, à droite comme à gauche, embourbent leur pays dans ces marécages. Mais quand donc la Bastille sera-t-elle enfin prise? 


Jean-Noël Cuénod

(Cet éditorial a paru vendredi 3 juin dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

09:38 | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags : strauus-kahn, tron, luc ferry, sexe, politique | |  Facebook | | |

17/05/2011

Dominique Strauss-Kahn accusé d'agression sexuelle: à qui profite le scandale? VERSION ACTUALISEE

Dans l'avant-dernier texte de son blogue, Le Plouc évoquait la Porsche grand style qui transportait Dominique Strauss-Kahn. Il avait un peu vite écrit: "Pour DSK, il eût mieux valu qu’il fût surpris le pantalon sur les chevilles – une situation qu’il connaît assez bien et qui, finalement, ne lui a pas porté préjudice". Erreur, une nouvelle affaire de sexe risque fort, cette fois-ci, de le tuer politiquement. Il est accusé par la justice new-yorkaise d'agression sexuelle, ce que le directeur français du Fonds monétaire international (FMI) conteste (voir la vidéo).

Est-il tombé dans un piège? Sera-t-il finalement innocenté? Peu importe. Il doit désormais se défendre et n'aura plus le temps, ni l'énergie pour se présenter à l'élection présidentielle. Son image "bling-bling" en faisait, de toute façon, un candidat fragile. L'amour du luxe insupporte les Français. C'est nouveau, certes. Mais ce sentiment va fortissimo.

Alors, à qui profite le scandale DSK?

Nicolas Sarkozy voit son principal adversaire être éliminé. Mais, pour autant, il ne roule pas sur un boulevard, avec ou sans Porsche. Tout d’abord, c’est lui qui a fait nommer DSK à la tête du FMI. L’actuel président porte donc sa part de responsabilité dans cette humiliation que subit la France sur la scène internationale. Ensuite, nombre d’électeurs vont ranger Sarkozy et ses amis du Fouquet’s dans la même catégorie des politiciens «bling-bling» dont Strauss-Kahn était l’une des plus rutilantes figures.

Martine Aubry avait déclaré que si DSK ne se présentait pas à l’investiture du Parti socialiste pour la présidentielle, elle se porterait candidate. Fera-t-elle le pas? Seule son aversion pour François Hollande pourrait l’y pousser. Car la première secrétaire du PS doit maintenant se mobiliser à fond pour préserver son parti qui, une fois de plus, est secoué de toutes parts. Cette rude mission semble difficilement compatible avec une épuisante campagne électorale.


Prétendant déclaré à la primaire du PS, François Hollande paraît l’un des principaux bénéficiaires. Sa cote dans les sondages ne cesse de grimper. Désormais, il devient la meilleure chance socialiste pour remporter l’élection de 2012. Habilement, Hollande a récemment déclaré: "Il faut que le Parti socialiste présente un candidat normal". Sous-entendu, "ma bonne pomme, avec mon scooter, ma présidence de la Corrèze, mon allure de type sympa et malin, je suis vachement normal". Il sait que la plupart des Français commencent à en avoir ras le béret de tous ces supermen de la politique, ces êtres extra-ordinaires, ces hommes providentiels et providentiellement inefficaces.

 Les premiers sondages enregistrés après l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn démontrent que François Hollande est soutenu par 49% des sympathisants socialistes interrogés (sondage Harris International) et dépasse largement Martine Aubry (23%) et Ségolène Royal (10%). 

Mais la haine de Martine Aubry envers François Hollande pourrait profiter à Laurent Fabius qui dispose d'une longue expérience gouvernementale, contrairement au président de la Corrèze qui n'a jamais décroché le moindre ministère.L'ancien premier ministre socialiste avait conclu un "pacte à trois" avec DSK et Martine Aubry aux termes duquel aucun d'entre eux ne se ferait concurrence lors de la primaire du PS. Ce acte lie toujours Martine Aubry et Fabius. Or, ce dernier voue la même animosité envers Hollande que la première secrétaire du PS. Pourquoi cette phobie? Durant les dix ans que François Hollande a passés à la tête du Parti socialiste, il a eu le temps de se créer bien des ennemis dans cette formation où grouillent les egos surdimensionnés. D'autant plus qu'il a roulé plus d'un "éléphant" dans la farine, grâce à son talent de manoeuvrier. Et ça laisse des traces dans les mémoires! Dès lors, Martine Aubry, si elle ne se porte pas elle-même candidate, pourrait bien pousser Fabius sur la route de François Hollande. Fabius qui a publiquement déclaré à propos de son "camarade" Hollande devant les étudiants de Sciences-Po de Bordeaux: "Franchement, vous l'imaginez président de la République? On rêve!"

Le radical Jean-Louis Borloo peut lui aussi tirer les marrons du feu. Une partie des électeurs modérés de DSK se reportera sans doute sur sa candidature à la présidentielle. Si le centriste dispose, lui aussi, d'une jolie surface financière et d'un plantureux carnet d'adresses, il sait la jouer modeste en peaufinant son apparence de type avec lequel on descenderait volontiers le petit beaujolpif du patron sur un coin de comptoir.


Enfin, Marine Le Pen est, une nouvelle fois, la grande gagnante. Elle trouvera encore plus d’oreilles pour écouter son discours «tous pourris, sauf moi». Devant la prudence affichée par les sarkozystes dans l'affaire DSK - ils mettent systématiquement en avant la présomption d'innocence, comme les socialistes -  elle n'hésite pas à dénoncer la «collusion UMPS».

 

Jean-Noël Cuénod

 

Voir le Dossier consacré à l'affaire Strauss-Kahn

15:02 | Lien permanent | Commentaires (28) | Tags : dsk, justice, sexe, politique, ps, vidéo | |  Facebook | | |