03/02/2015

Entre Galilée et Rome, la grande bataille du ciel

 

 book-07210650.jpgVoilà un roman qui tombe à pic – et du ciel – pour rappeler que l’intégrisme religieux traverse toutes les époques et contamine toutes les religions. Aux barbus du XXIe siècle répondent les tonsurés du XVIIe. «Splendor Veritatis», tel est son titre. Il vient d’être publié par Slatkine. Sous le pseudonyme de l’auteur – François Darracq (photo en fin d'article) – se cache un jeune historien, Genevois d’adoption. Ce faisant, il veut dissuader le lecteur de confondre cette sienne fiction avec son travail universitaire. Cela dit, les personnages qui figurent dans son ouvrage sont bien les produits de l’Histoire et les acteurs d’une époque cruciale pour l’humanité, celle où l’humain va changer radicalement sa place dans l’univers.

 

Depuis Aristote, le monde était inchangé et inchangeable. La Terre immobile se trouvait au centre de l’Univers, le soleil tournait autour d’elle et les étoiles lui servaient de guides nocturnes. Au centre du centre, l’Humain solitaire sous le regard de Dieu.

L’Eglise romaine était la gardienne de cette vérité qui, dévoilée par l’insatiable curiosité humaine, deviendra illusion, puis mensonge. Parmi les savants qui ont déniaisé le ciel en expliquant que la Terre tournait autour du soleil, Galileo Galilei ou Galilée.

 

Le roman met en scène ce prestigieux savant toscan et son adversaire acharné, le jésuite hongrois Melchior Inchofer. Le génie de Galilée balaiera tout d’abord les arguments traditionnalistes du jeune Inchofer, envoyé au casse-pipe par son supérieur Orazio Grassi. Et puis, le pape Urbain VIII fait partie des soutiens les plus fidèles de l’astronome. L’Eglise romaine serait-elle prête à changer son regard vers le ciel? Mais en humiliant l’un des leurs, Galilée a attiré sur lui la rancune des jésuites, une rancune opiniâtre, calculatrice, manipulatrice et efficace. A cette stratégie de la vengeance s’associe la force du dogme qui sert de bouée de sauvetage à une papauté malmenée par la Réforme. Pas question de changer la vision aristotélicienne du monde, au risque de donner libre cours aux hérésies!

Galilée sera donc sacrifié. Pour sauver sa peau, il a dû renier publiquement ses théories. Emprisonné, puis assigné à résidence dans sa maison villageoise sise à Arcetri, près de Florence, Galilée retrouve la protection de son ami Ferdinand II, grand-duc de Toscane ; ce représentant de la famille Médicis lui adjoint pour collaborateur, un jeune mathématicien, Vincenzo Viviani, qui se révèlera d’un précieux secours pour le vieil astronome.

 

Alors que le fier Galilée descend, son ennemi Melchior Inchofer, lui, grimpe dans la hiérarchie de son ordre, après avoir manœuvré pour obtenir la condamnation de l’astronome. Mais cette victoire lui laisse un goût de cendre. En secret, il va reprendre ses observations astronomiques.

 Pendant ce temps, les partisans de la liberté de penser s’organisent très discrètement autour de Galilée pour faire parvenir en terre protestante les écrits de l’astronome afin qu’ils soient publiés au nez et à la barbe de la papauté. Parmi ces propagateurs de la cause scientifique, le Genevois Elie Diodati tient un rôle capital.

 

Melchior Inchofer va traverser une violente crise intérieure. Lors de ses observations clandestines,  le jésuite découvre ce qu’il redoutait et espérait à la fois: la justesse des thèses de Galilée. La hargne déployée par Inchofer contre l’astronome toscan est à la mesure de l’immense admiration qu’il lui porte. Le jésuite se débat comme un diable dans un bénitier, entre la splendeur de la vérité et les contraintes du dogme. N’en disons pas plus afin de laisser le suspens ouvert.

 

Parmi les nombreuses conclusions que l’on peut tirer de ce duel, c’est le peu de confiance que les dogmatiques accordent au Dieu dont ils sont les dévots aussi zélés qu’encombrants. Leur foi est si vacillante qu’ils veulent la conforter par des certitudes immuables.

Or, c’est l’Eternel, la puissance de vie, qui a initié le mouvement de la création; aucun humain ne saurait la fixer, l’enfermer dans ses certitudes. L’immuable n’est pas de ce monde. Le scientifique qui doute est près de l’Eternel, alors que l’intégriste qui censure s’en éloigne, comme un astre mort qui va rejoindre son néant dans un trou noir.

 

Jean-Noël Cuénod

 

«Splendor Veritatis» - François Darracq - Editions Slatkine – Genève - 296 pages.

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