01/05/2010

Présenté au Festival de Cannes, "Hors-la-Loi" fait déjà polémique

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                              Photo: Cette co-production franco-algérienne réunit quatre des cinq acteurs d’  «Indigènes » qui avaient décroché collectivement le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2006 : Sami Bouajila, Jamel Debbouze, Roschdy Zem et Bernard Blancan

La France éprouve encore de la peine à pacifier sa mémoire algérienne. Une nouvelle polémique le prouve. Le député des Alpes-Maritimes Lionnel Luca — qui appartient à l’aile droite du parti présidentiel UMP — part en guerre contre le film du cinéaste franco-algérien Rachid Bouchareb (1), «Hors-la-loi», et sa sélection officielle au Festival de Cannes qui se déroulera du 12 au 23 mai.

L’œuvre du créateur des «Indigènes» évoque le massacre de Sétif qui a éclaté au Nord-Est de l’Algérie alors française, le 8 mai 1945 et qui a provoqué la mort de milliers d’Algériens musulmans et d’Européens. Le nombre exact des victimes oscille entre 1 165 (version officielle des autorités françaises), 17 000 (estimation des services secrets américains) et 45 000 (version officielle des autorités algériennes actuelles).

De son propre aveu, le député Luca n’a pas visionné le film. Il se fonde sur les interviews de Bouchareb pour attaquer le réalisateur, le traitant «d’irresponsable qui met le feu aux poudres de manière insupportable» et l’accuse de «falsification» de l’Histoire.

Pour alimenter sa colère, l’élu utilise également un rapport du général Gilles Robert, chef du Service historique de la Défense, qui a étudié le scénario de Rachid Bouchareb et le juge truffé «d’erreurs et d’anachronismes». Le général précise: «Le réalisateur veut faire croire au spectateur que le 8 mai 1945 à Sétif, les musulmans ont été massacrés aveuglément par des Européens. Or, ce jour-là, c’est le contraire qui s’est produit.»

Le massacre oublié


Le massacre de Sétif a longtemps été occulté. Si l’on résume le travail des historiens, voilà ce qui se serait passé ce 8 mai 1945, au moment où l’Allemagne nazie signe l’armistice avec les alliés. Emmenés par des militants du PPA clandestin (Parti du peuple algérien), une dizaine de milliers de musulmans défilent pour célébrer la victoire mais aussi, réclamer l’indépendance. Saal Bouzid (26 ans) brandit le drapeau algérien vert et blanc. La police tente d’arracher l’emblème, en vain. Un policier tire. Bouzid est mortellement atteint. Les manifestants sortent des couteaux. Les forces de l’ordre tire encore. D’autres musulmans tombent. C’est alors que, pour se venger, des protestataires poignardent et tuent des Européens.


Sétif est déclaré en état de siège. Durant trois jours, des policiers et les milices de colons vont se livrer à de sanglantes «ratonnades» dans toute la région. Le calme n’est rétabli que le 22 mai après d’humiliantes cérémonies publiques de reddition des musulmans. La première étape vers l’indépendance a été franchie ce jour-là.

C’est dire l’importance de cet événement, tant pour la France que pour l’Algérie. «Hors-la-Loi» et la polémique qu’il suscite offrent donc l’occasion d’éclairer cette zone d’ombre historique.