13/12/2016

La Super Journée du Super Tsar Poutine

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Quelle belle journée pour Vladimir Poutine ! Un sien copain, le gazopétrolier Rex Tillerson, a été nommé chef de la diplomatie américaine de l’ère Trump. Et Alep revient dans le giron de sa chose, Bachar al-Assad, l’aviation russe ayant ouvert la voie aux troupes du vassal de Damas.

Certes, au moment où ces lignes surgissent à l’écran, des milliers de femmes, d’enfants, d’hommes sont en train d’être massacrés par les soldats de Bachar, plus vaillants aux viols et à la torture qu’au combat. Mais pour un successeur d’Yvan-le-Terrible et de Joseph Staline, le sang humain n’est qu’un fleuve parmi d’autres. Juste un peu plus rouge. C’est tout. Et puis, en russe, n'ont-ils pas la même racine, le rouge et le beau ? Beau comme ce mardi 13 décembre. 

Auparavant, les heures heureuses n’avaient pourtant pas manqué de sonner au carillon de la Tour du Salut. A commencer par la miraculeuse élection de ce cher Donald Trump, qui ne cesse de vernir les escarpins poutiniens. Moscou est-il accusé d’avoir cybermagouillé l’élection présidentielle américaine comme le soutient la CIA ? Le Congrès des Etats-Unis lance-t-il une enquête ? Au pire, elle démontrerait qu’en piratage informatique, les Russes sont champions du monde. Et puis, pourquoi s’affoler pour des élections truquées ? C’est bien une réaction de démocrates dégénérés !

Rex Tillerson étant secrétaire d’Etat américain, le chat Poutine ne va pas cesser de s’amuser avec ce gros rat plein de pétrole. Le patron du groupe pétrogazier ExxonMobil n’avait-il pas milité pour que Washington lève ses sanctions contre la Russie ?  C’est que, voyez-vous, ces stupides mesures ont fait perdre un milliard de dollars à ExxonMobil en 2014 (selon un communiqué du groupe pétrogazier en février 2015).

En 2011, Rex Tillerson et sa compagnie ExxonMobil ont signé avec le géant de l’énergie russe Rosneft  – étroitement lié à Poutine – un accord pour explorer et forer l’Arctique et la Sibérie. Bien entendu, Super Tsar avait assisté à la signature : « Les investissements directs d’ExxonMobil pourraient s’élever à 300, voire à 500 milliards de dollars », déclara-t-il à cette occasion. En juin 2013, Poutine avait tenu à remercier Rex Tillerxxon en le décorant de l’Ordre de l’Amitié, la plus haute distinction qu’un étranger puisse recevoir en Russie (photo).

Ces exploitations gazières et pétrolières auraient généré des profits hallucinants, si les maudites sanctions contre Moscou n’avaient pas été décrétées par le président Obama. Mais désormais, tout ira mieux. Le premier souci de Rex Tillerxxon sera, c’est évident, de lever ces mesures obamesques. Et comme le futur patron de la diplomatie détient des actions Exxon pour plus de 150 millions de dollars, vous imaginez la manne qui va s’abattre sur l’heureux secrétaire d’Etat lorsque son groupe pétrolier pourra enfin exploiter les richesses sibériennes sans entrave. Conflit d’intérêts ? Comme vous êtes vieux jeu ! Dans le monde de Trump, il n’y a pas de conflits d’intérêts. Il n’y a que des intérêts sans conflit. « In Gold we Trust », telle est la devise nouvelle.

Dans un proche avenir, Vladimir Poutine devra manœuvrer Tillerxxon à propos de l’Iran. Trump veut démanteler l’accord sur le nucléaire conclut entre Washington et Téhéran. L’ennui, c’est que l’Iran mollarchique est le plus précieux allié de Moscou en Syrie. Et que le groupe ExxonMobil aimerait bien s’installer au sein de la deuxième plus grande réserve pétrolière du monde. Poutine va jouer avec toutes ces contradictions américaines comme le faisait jadis Rachmaninov sur son piano. Un régal sans égal !

Pendant ce temps-là, François Fillon rétropédale sur l’assurance-maladie, Angela Merkel prépare ses élections, la Grande-Bretagne se demande comment quitter l’Europe sans en sortir, la Suisse, avec d’autres pays européens, contemple son nombril argenté en se disant « y en a point comme moi », Bruxelles verse des larmes sauriennes sur les cadavres d’Alep et l’ONU prend pour modèle la SdN de 1938. Joyeux Noël !

Jean-Noël Cuénod

18:24 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : poutine, exxon, alep, russie, tillerson, trump | |  Facebook | | |

27/02/2014

Ukraine : pourquoi Poutine utilise le mot «fasciste» (Les Jeudis du Plouc)

 

 

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Poutine use du principe oratoire stalino-tsariste: pour peser, la parole du Maître doit se faire rare. A propos de la révolution de Kiev, il laisse donc son entourage lâcher les missiles médiatiques. Les insurgés de la place Maidan sont associés aux «fascistes». Certes, parmi les révoltés ukrainiens figurent des militants d’extrême-droite nationalistes. Mais les revendications principales du mouvement ­– lutter contre une corruption monstrueuse, pour établir un Etat de droit et tisser des liens étroits avec l’Union européenne ­– ne sauraient être qualifiées de programme «fasciste», même après une absorption gargantuesque de vodka. 

 

En l’occurrence, il ne s’agit pas de proférer des insultes à l’emporte-pièce. L’emploi du terme « fascisme» a une connotation bien précise. Poutine est un requin des eaux froides. Ses insultes ne sont jamais gratuites et visent un but particulier. Il existe d’ailleurs un répertoire d’injures en russe très élaboré et beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît à nos oreilles occidentales. On peut même parler d’un «code des injures».

 

Lorsque le procureur de Staline, Andreï Vychinski, qualifiait un prévenu de «vipère lubrique» lors des procès de Moscou, chaque auditeur comprenait qu’il s’agissait d’un responsable bolchevique accusé d’avoir trahi le Parti. Ledit Parti ayant réchauffé en son sein cette vipère dont la lubricité violait la virginité de la cause stalinienne.

De même, l’épithète «rat visqueux» était plutôt  destinée aux prétendus «saboteurs», ingénieurs et techniciens traînés au Goulag parce qu’ils n’avaient pas atteint les quotas irréalistes de productions fixés par un Plan démentiel.

 

C’est donc bien ce «code des injures»  qui est aujourd’hui employé par les petites mains et grandes bouches de Poutine. En qualifiant l’insurrection ukrainienne de «fasciste», les poutiniens s’adressent surtout à leur propre opinion. Depuis plusieurs années, l’actuel Maître de toutes les Russies réhabilite la figure de Staline, en tant que vainqueur de Hitler, et reprend la terminologie soviétique pour qualifier le second conflit mondial : la Grande Guerre patriotique. Et il a d’ailleurs rétabli pour la Fédération de Russie, l’hymne soviétique décrété par le Petit Père des Peuples en 1944. Le qualificatif de «fasciste» ou de «fascisme» s’inscrit donc dans ce contexte.

 

D’autant plus, qu’il fait référence à la situation en Ukraine. Sous-entendu: «Les Ukrainiens de l’Ouest qui veulent se joindre à l’Europe occidentale sont les héritiers des nationalistes ukrainiens qui, dans la même région, se sont alliés aux troupes fascistes de l’Allemagne, contre nos aînés de l’Armée rouge». En réalité, si une partie des indépendantistes ukrainiens s’étaient engagés dans les troupes allemandes, ce n’était pas le cas de tous, loin de là. Et les résistants antinazis ont été nombreux dans toutes les régions de l’Ukraine.  Mais qualifier tout le mouvement ukrainien de «fasciste» est un bon moyen pour Poutine de réveiller le nationalisme russe, afin de faire oublier l’affront qu’il a subi avec la chute de Ianoukovytch.

 

On notera qu’à l’instar de Staline, Poutine utilise peu le terme de «nazi» qui serait pourtant plus approprié que le mot «fascisme», créé par l’Italie mussolinienne. C’est que «nazi» vient de la contraction allemande de «national-socialisme». Staline, régnant sur une nation autoproclamée «socialiste», ne pouvait donc l’utiliser dans sa propagande qu’avec parcimonie. Alors, que «fascisme», ne renvoyant pas directement au «socialisme», était plus aisément utilisable. Poutine a suivi cette tradition soviétique.

 

Que cherche-t-il par ses invocations ? Montrer ses muscles ? Menacer l’Ukraine de partition ? Encourager la sécession de la Crimée ? Peut-être, mais ses marges de manœuvres restent étroites. Il a besoin de tranquillité pour écouler, via l’Ukraine, ses hydrocarbures vers l’Europe occidentale.

Il s’agit aussi pour lui, de donner un signal d’unité nationale au sein de la Fédération de Russie et de force à l’endroit des autres nations de l’ancien empire soviétique. A cet égard, le rappel des grandes heures de la victoire contre l’Allemagne est un élément de propagande qui peut rencontrer un écho certain au sein de la population russe et de son «étranger proche». 

 

Jean-Noël Cuénod


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23/12/2013

La Russie de Poutine et la preuve par la grâce

 

 Après l’oligarque et opposant Mikhaïl Khodorkovski, les deux dernières chanteuses punks du groupe Pussy Riot ont été libérées par le président Vladimir Poutine, ce lundi. Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova purgeaient leur peine de deux ans de prison dans des camps de la Volga pour l’une, de la Sibérie orientale pour l’autre. Elles avaient été condamnées après avoir prié de façon iconoclaste et antipoutinienne dans la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou.

Très courageusement, Maria Alekhina a déclaré à sa sortie de geôle, à propos de la grâce accordée par Poutine: "Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un geste d'humanisme, mais plutôt d'une opération de communication." D’ailleurs, la Pussy Riot aurait refusé cette grâce si elle avait eu le choix.

 

Mikhaïl Khodorkovski a, lui aussi, placé une série de bémols sonores à cette mansuétude du président élu à perpétuité. Son geste tient surtout au fait que ses Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi risquaient d’être boudés par les chefs d’Etat. Et puis, la conjoncture économique induit Poutine à se montrer un peu moins arrogants vis-à-vis des autres puissances.

 

Les partisans de l’évolution de la Russie, telle que Poutine l’a engagée, souligneront que sous Staline les Pussy Riot et Khodorkovski auraient reçu une balle dans la nuque et sous Brejnev, des soins musclés dans une clinique psychiatrique. Certes, mais la Russie reste tout de même éloignée des standards les plus basiques de la démocratie et de l’Etat de droit. Mikhaïl Khodorkovski souligne bien le nombre élevé de prisonniers politiques russes qui n’ont pas eu la chance d’être aussi « visibles » que lui.

 

Pour Vladimir Poutine, cette clémence très intéressée se révèle à double tranchant. Car en libérant ces prisonniers par sa seule décision, il prouve l’absence de justice digne de ce nom puisqu’il peut, à son gré, enfermer et libérer.

 C’est la preuve par la grâce que son régime repose sur l’arbitraire.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Maria Alekhina : premières déclarations de femme libre (et qui l’est restée même en prison).

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