24/03/2013

En France, la tristesse devient très tendance

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Les médias n’ont d’yeux que pour Gérard Depardieu (dessin d'Acé). Lâche-t-il d’une voix pâteuse que la France est triste, que les gens en ont marre, mon bon Monsieur, et que tout ça, c’est la faute au gouvernement? Micros et caméras accourent aussitôt pour se prosterner devant ce prophète déprimé et déprimant.

 

Il faut vraiment que la France soit triste pour que Depardieu préfère à sa superbe maison au cœur de Paris, l’ancienne douane belge de Néchin qui donnerait des envies de suicide au plus joyeux des labradors et la riante Mordovie, capitale des goulags ex-soviétiques et néo-russes.

 

Alors, tristes les Français? Septante-six pour cent des lecteurs du quotidien Le Progrès partagent cette opinion. Les habitants de l’Hexagone le seraient-ils davantage que ceux de la Péninsule qui, désormais, célèbrent plus le «Vaffanculo-Day» que le Carnaval? Jean Cocteau disait des Français qu’ils sont des Italiens de tempérament maussade. Aujourd’hui, les deux sœurs latines sont d’aussi mauvais poil l’une que l’autre. Et ne parlons pas des Espagnols, des Portugais, des Grecs, des Chypriotes, d’humeur carrément massacrante.

 

Le moral se porte donc au ras des chaussettes, selon la dernière mode en France mais aussi dans l’Europe du Sud. Et il n’est pas certain que le Nord reste épargné. Il n’est rien de plus contagieux qu’une dépression. La tristesse se dessine sur un fond européen. Depardieu, tout à sa Sarkolâtrie, l’attribue à sa tête de Turc Hollande. Mais le mal est bien plus profond. Ce n’est pas la crise qui en est la cause. Une crise, ce n’est qu’un sale moment à passer comme chez le dentiste. Ce qui déprime, c’est l’installation d’une permanente précarité et la certitude que notre continent sera rejeté vers la banlieue du monde.

 

Sur cette partition commune, chaque nation décline la tristesse qui lui est propre. En France, elle dirige ses larmes vers l’Etat devenu impuissant. Car rien n’est plus déstabilisant pour les citoyens de ce pays qu’un Pouvoir qui ne peut plus montrer ses muscles. Or, l’Etat n’a plus la taille suffisante pour endiguer le tsunami de la mondialisation. Les Français commencent à s’en rendre compte et regardent tout naturellement vers l’Union européenne. Ils n’y voient qu’usines à gaz et eurocrates assoupis. L’horizon paraît aussi aride que le crâne de Monsieur Van Rompuy et aussi atone que le regard de la baronne Ashton, deux des principaux dirigeants — on ne rit pas! — de l’Union.

 

Comme la notion d’engagement social et politique a été détruite par l’individualisation due aux nouvelles méthodes de travail et aux technologies de la communication, cette tristesse ne peut même pas se muer en colère. Dans son jus, elle marine et profite à… Marine Le Pen. Pour sortir de cette impasse morose, il faudrait que naisse une véritable conscience collective des Européens. Sans elle, il sera impossible de faire bouger les lignes molles de Bruxelles.

 

 

Jean-Noël Cuénod

11:28 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : depardieu, politique, europe, ras-le-bol | |  Facebook | | |