23/12/2013

La Russie de Poutine et la preuve par la grâce

 

 Après l’oligarque et opposant Mikhaïl Khodorkovski, les deux dernières chanteuses punks du groupe Pussy Riot ont été libérées par le président Vladimir Poutine, ce lundi. Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova purgeaient leur peine de deux ans de prison dans des camps de la Volga pour l’une, de la Sibérie orientale pour l’autre. Elles avaient été condamnées après avoir prié de façon iconoclaste et antipoutinienne dans la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou.

Très courageusement, Maria Alekhina a déclaré à sa sortie de geôle, à propos de la grâce accordée par Poutine: "Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un geste d'humanisme, mais plutôt d'une opération de communication." D’ailleurs, la Pussy Riot aurait refusé cette grâce si elle avait eu le choix.

 

Mikhaïl Khodorkovski a, lui aussi, placé une série de bémols sonores à cette mansuétude du président élu à perpétuité. Son geste tient surtout au fait que ses Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi risquaient d’être boudés par les chefs d’Etat. Et puis, la conjoncture économique induit Poutine à se montrer un peu moins arrogants vis-à-vis des autres puissances.

 

Les partisans de l’évolution de la Russie, telle que Poutine l’a engagée, souligneront que sous Staline les Pussy Riot et Khodorkovski auraient reçu une balle dans la nuque et sous Brejnev, des soins musclés dans une clinique psychiatrique. Certes, mais la Russie reste tout de même éloignée des standards les plus basiques de la démocratie et de l’Etat de droit. Mikhaïl Khodorkovski souligne bien le nombre élevé de prisonniers politiques russes qui n’ont pas eu la chance d’être aussi « visibles » que lui.

 

Pour Vladimir Poutine, cette clémence très intéressée se révèle à double tranchant. Car en libérant ces prisonniers par sa seule décision, il prouve l’absence de justice digne de ce nom puisqu’il peut, à son gré, enfermer et libérer.

 C’est la preuve par la grâce que son régime repose sur l’arbitraire.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Maria Alekhina : premières déclarations de femme libre (et qui l’est restée même en prison).

14:00 | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : vidéo, poutine, russie, pussy riot, khodorkovski | |  Facebook | | |