16/12/2011

Carlos ou le crépuscule des vieux terroristes

Carlos.jpgAu cours d’une interminable soirée jeudi, la Cour d’assises spéciale de Paris a condamné le terroriste vénézuélien Illich Ramirez Sanchez dit Carlos (photo Keystone) à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 18 ans. Il a été reconnu coupable de quatre attentats commis en France dans les années 80, provoquant 11 morts et 150 blessés. Cette campagne sanglante avait pour but de faire libérer la compagne allemande de Carlos, Magdalena Kopp, ainsi que son camarade tessinois Bruno Breguet.

 

Avant la lecture du verdict, Carlos a déchaîné un flot verbeux dans la salle d’audience. Pendant cinq heures d’affilée, l’accusé a dit tout le mal qu’il pensait des procureurs et, dans un sabir franco-espagnol, a détaillé ses conceptions politiques, sorte de magma islamo-stalinien. Puis, il a chanté sa gloire en manière d’opéra que l’on pourrait intituler «le crépuscule des vieux terroristes».

 

Sa défense pathétique consiste à se glorifier d’attentats en général et de les réfuter lorsque la justice se réfère à des cas précis. Ainsi, Carlos nie toutes les opérations qui font l’objet de son acte d’accusation. Il s’agit de peindre sa légende et de poursuivre la guérilla de la procédure que des aveux rendraient impossible. Car, bien entendu, Ramirez Sanchez interjette appel contre ce jugement.

 

Il sait que ses chances d’obtenir une peine moins lourde sont quasi-nulles. Mais son objectif est de s’offrir une nouvelle tribune et parader devant son dernier carré de partisans dont le maître d’œuvre est le comique sulfureux Dieudonné. Toutefois à chaque procès, son public s’amaigrit. Il vit le drame ridicule des vedettes décaties qui s’agrippent aux rideaux du théâtre.

 

«Je n’ai honte de rien, je n’ai jamais trahi, je n’ai jamais dénoncé», s’exclame-t-il avant de lire un document qui le fait pleurer: le testament de Kadhafi. Les victimes de Carlos, elles, n’auront même pas eu droit à un regard.

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21/10/2011

L’Hirsute des Sables mord la poussière. Kadhafi tué sans autre forme de procès

 

 
 

Il a donc péri, l’Hirsute des Sables. Dans quelles circonstances? On ne sait pas trop. Le monde entier regarde de mauvaises vidéos captées par des smartphones atteints de Parkinson. Lynché? Abattu d’une balle dans la nuque? Fauché par une balle perdue (pas pour tout le monde)? En tout cas, l’Encombrant Kadhafi débarrasse le plancher des dromadaires. Tout était mal qui finit bien. Pas de procès gênant, surtout. Ouf!
 
A la faveur, si l’on ose dire, de cette exécution, le Ouèbe diffuse un extrait des mémoires de Condoleezza Rice, l’ancienne tête diplomatique de Deubelyou Busch (lire le lien). Elle y glose sur la passion que lui vouait l’Hirsute. Le portrait qu’elle en dresse est celui d’un malade mental au dernier degré. Ce n’est pas exactement une info hyperexclusive. On se doutait bien que Kadhafi éprouvait quelques difficultés à mettre de l’ordre dans ses neurones tordus.
 

Mais comment un type aussi malade a-t-il pu régner pendant 40 ans? Par un réseau dense de complicités, tout d’abord à l’intérieur de la Libye où les chefs de tribus ont reçu une part de la manne pétrolière. Cette manne leur a permis de tenir leurs gens et de vivre sans se contenter d’une poignée de dattes et d’un verre de lait de chamelle. Servir un fou dangereux peut se révéler profitable. Aujourd’hui, ces roitelets ont sans doute changé leur kalachnikov d’épaule en sautant à pied joint dans le bon camp.
 

Croyez-vous qu’ils ressentent l’urgente nécessité de traduire l’Hirsute devant un tribunal et d’organiser un procès qui les mettrait aussitôt en accusation?
 
Mais les complices du cinglé se situaient aussi dans les plus hautes sphères de la politique internationale. Bush a remis en selle Khadafi. Sarkozy a fait planter une tente de bédouin en plein Paris pour lui montrer à quel point la France l’appréciait.
 

Croyez-vous que les chefs d’Etat convenables auraient sauté de joie en apprenant que l’accusé Kadhafi – on imagine la plaidoirie de Me Vergès – allait rappeler toutes les papouilles qu’ils prodiguèrent au tyran de Syrte?
 
Désormais, l’Hirsute des Sables redevient poussière dans un désert plombé par le silence.

Jean-Noël Cuénod

 

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09/03/2011

Jacques Chirac échappe une fois de plus à la justice

Le Plouc avait commencé à vous entretenir du procès Chirac. Mais hier, hop, plus de procès! Voilà donc, destiné aux internautes, le papier paru ce mercredi 9 mars dans la Tribune de Genève et 24 Heures. En fin d'article, vous pourrez voir et ouïr la vidéo du reportage de BFMTV sur cette étrange journée au Palais de Justice de Paris.

Jacques Chirac sera-t-il jugé un jour? On peut en douter. mardi, le juge Dominique Pauthe, qui dirige la XIe Chambre correctionnelle de Paris, a annoncé qu’il reportait le procès de l’ancien président de la République.

Il a bien avancé une date de reprise, le 20   juin prochain, mais il ne s’agit que d’une audience de fixation du calendrier des débats. Or, les avocats de Chirac et des coaccusés – ses amis politiques en grande partie – ont d’ores et déjà brandi des agendas dont la plénitude contraste avec la vacuité du casier judiciaire de l’ex-chef de l’Etat. Aucun ne sera disponible à cette date, «hélas», ont-ils soupiré en chœur avec des mines de chattemites et une sincérité que chacun appréciera à sa juste mesure.

Le principal conseil de Chirac, Me Jean Veil — le fils de l’ancienne ministre Simone Veil —, a même déclaré au président Pauthe, soulevant des grondements réprobateurs dans la salle: «En juin, nous serons entrés en période électorale et il me semble inenvisageable d’examiner cette affaire dans un tel contexte. » Alors quand? Après les élections de 2012? Autant dire aux calendes grecques. L’ancien président aurait alors 80 ans.

«Ce n'est pas républicain, Monsieur!»

Et puis, Jacques Chirac n’est pas candidat, pourquoi le procès ne se poursuivrait-il pas en période électorale? «Ce ne serait pas républicain, Monsieur!» nous a rétorqué un avocat. Voilà qui clôt le débat.

Ce report du procès a pour origine la décision de la XIe Chambre correctionnelle de transmettre à la Cour de cassation la «question prioritaire de constitutionnalité» (QPC) déposée par Me Leborgne, avocat de Rémy Chardon, l’ancien directeur du cabinet de Chirac. Cette QPC ne concernait qu’un seul des deux volets du dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris. Mais le président Pauthe a décidé avec ses assesseurs de ne pas disjoindre les deux causes et de reporter l’ensemble du dossier.

Souvent soupçonné

Accusé d’avoir fait rémunérer des permanents de son parti, le RPR, par la ville de Paris lorsqu’il en était le maire, Chirac bénéficie donc, une fois de plus, d’un répit. Suspecté dans de nombreuses affaires politico-judiciaires depuis une vingtaine d’années, il est toujours parvenu à éviter d’être jugé. Douze magistrats instructeurs ont enquêté à son propos mais leurs dossiers ont été étouffés par les habiles manœuvres procédurières de ses brillants avocats et aussi grâce à la mansuétude du Parquet (l’accusation) qui, en France, dépend hiérarchiquement du gouvernement.

De plus, pendant douze ans, Jacques Chirac a bénéficié de l’immunité présidentielle, ce qui a rallongé d’autant les procédures. Seules deux affaires d’emplois fictifs ont pu parvenir jusqu’à l’audience de jugement, les deux dont, justement, le procès vient d’être reporté.

Commentaire d’un de nos confrères parisiens à la sortie du Palais de Justice: «Voilà qui fera encore grimper Marine Le Pen dans les sondages.»

 

Jean-Noël Cuénod

Procès Chirac: Vidéo de BFMTV

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07/03/2011

En marge du procès Chirac : les « satellites allumés »

Nous réserverons à la partie « papier » de la Tribune de Genève et de 24 Heures, les aspects sérieux du procès de Jacques Chirac - accusé, lorsqu’il était maire de Paris, d’avoir rémunéré des permanents de son parti, le RPR, avec les sous de ses contribuables. Dans son blogue, Le Plouc s’intéressera aux « satellites allumés » qui tentent d’accrocher l’orbite de cette affaire.


Parmi les parties civiles – c’est-à-dire les personnes lésées – figurent des associations qui luttent contre la corruption ou défendent les citoyens. Mais deux particuliers très particuliers sont parvenus à se glisser sur ce banc. Pourquoi ne se constitueraient-ils pas parties civiles puisque ces deux « satellites allumés » sont contribuables de la Ville de Paris ? Et à ce titre, ils se déclarent lésés. Heureusement pour les nerfs du président Pauthe qui dirige les débats, les 2 211 295 autres Parisiens n’ont pas suivi cet exemple. La loi française se révèle fort laxiste en la matière. A peu près n’importe qui, disant n’importe quoi, pour aboutir n’importe où, peut se parer du titre de partie civile et participer au procès.


Visiblement, les deux zozos en question ne cherchent qu’une seule chose : disposer de leur quart d’heure de célébrité promis par Andy Warhol. Le spectacle qu’ils ont offert, lundi en ouverture du procès Chirac, relève donc du théâtre de l’absurde. Ainsi, ces énergumènes se sont-ils prononcés sur la « question prioritaire de constitutionnalité » posée par Me Leborgne, l’avocat de l’ancien directeur du cabinet de Jacques Chirac. Un sujet ardu et d’une rare technicité. Imaginez un quidam n’ayant jamais lu une partition de solfège de sa vie et encore moins touché un piano qui, soudain, veut interpréter une sonate d’Alban Berg. Et vous aurez une idée de la prestation de nos contribuables.


Mais les « satellites allumés » n’ont aucune peur du ridicule. Ils pérorent,  jacassent, cacardent et caquettent accrochés au micro, trop heureux de savourer ce moment où la France les regarde. Lassé, le président veut les interrompre. Les « satellites » clignotent de rage et hurlent à la censure. Deux gendarmes les saquent de la salle d’audience, au soulagement général. L’un d’entre eux se laisse tomber. Et les agents doivent se mettre à plusieurs pour le traîner à terre hors du prétoire.  Le spectacle est terminé. Mais les deux compères promettent de revenir.


 Le ridicule n’a jamais tué. Mais il peut nous faire mourir d’ennui.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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