14/10/2011

Ségolène Royal, Martine Aubry et François Hollande: le coup de poignard de la reine déchue

 

 Dimanche soir, la France pleurait au rythme des sanglots versés par Ségolène Royal, reine déchue avec ses pauvres 7% d’électeurs au premier tour de la primaire du PS. Trois jours après, elle revient sur scène en provoquant la seule surprise de cet avant second tour. Quitte à ne plus être reine, autant couronner elle-même le futur prétendant socialiste à l’Elysée.

 Elle n’a pas laissé longtemps ce plaisir à Montebourg qui faisait assez «ravi de la crèche» avec ses 17% de votants qu’il n’espérait pas conquérir.

 

En soutenant son ancien compagnon François Hollande — alors que tout portait à croire qu’elle choisirait Martine Aubry — Ségolène Royal lui a donné un coup de pouce qui peut se révéler décisif, en même temps qu’elle poignardait dans le dos celle qui l’avait écartée de la direction du PS. Car ses 7% d’électeurs pèsent plus que les 17% d’Arnaud Montebourg qui, lui aussi, soutient François Hollande, mais à titre personnel, sans donner de consignes de votes à ses supporteurs. De toute façon, le «troisième homme» a reçu un grand nombre de voix provenant de l’extrême gauche. Or, les militants rouge vif ne se déplaceront certainement pas au second tour pour départager deux sociaux-démocrates. Quant aux autres électeurs de Montebourg, ils se partageront entre François Hollande et Martine Aubry, au gré de leurs intérêts ou de leurs opinions.

 

En revanche, les partisans de Ségolène Royal sont affectivement très attachés à leur héroïne. Dans les réunions socialistes, elle traîne son long manteau de dévotes et de dévots qui ont pour elle le regard des adorateurs de la Madone. Si elle soutient le père de ses enfants, nul doute que ces «royalistes» se feront aussitôt «Hollandais».

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

(Editorial paru dans 24 Heures vendredi 14 octobre 2011 et réactualisé)

 

16:47 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : primaire ps, vidéo, hollande, aubry | |  Facebook | | |

12/10/2011

Hollande-Aubry: tout n’est pas rose dans la primaire du PS

duelHa.jpg

La primaire… Toute la France mâche ce mot. Même la droite salue cette initiative du Parti socialiste de l’Hexagone. Sauf Nicolas Sarkozy qui la juge contraire à l’esprit gaulllien. Mais en l’occurrence, c’est moins la gauche que le président visait que son premier ministre François Fillon — chaud partisan de la primaire — qui l’agace de plus en plus.

Avec 2,7 millions d’électeurs, le Parti socialiste a donc réussi son pari. Du moins jusqu’à maintenant. Il reste à savoir si l’étalage des arguments et des postures ne va pas plutôt servir à Nicolas Sarkozy pour assurer sa réélection à la présidence de la République en 2012. Il connaît désormais toutes les failles de son futur adversaire socialiste. Cela dit, le débat de mercredi soir sur France 2 entre Martine Aubry et François Hollande n'a pas dû lui apprendre grand-chose. Sauf, que les deux adversaires socialistes partagent à la fois le même programme et une inimitié réciproque. Ce qui ne relève pas de l'information exclusive.

Tout n’est pas rose dans la primaire du Parti socialiste français. Ses effets positifs remplissent actuellement colonnes et micros. Ses effets négatifs n’en subsistent pas moins. L’organisation de la primaire a permis au PS de se sortir des magouilles internes qui présidaient au choix de son candidat. Mais ce mode de désignation détruit la substance même d’un parti politique, comme l’a relevé le professeur Rémi Lefebvre (Sciences-Po à Lille) dans une tribune libre publiée en mai 2010 par Le Monde Diplomatique:
«C’est cette conception du parti comme creuset politique, lieu de délibération, d’éducation et de mobilisation qui se démonétise aujourd’hui (…) A quoi bon militer dans un parti si rien ne distingue le militant du sympathisant? Si les frontières du dedans et du dehors du parti disparaissent?»

Face aux crises du capitalisme, le socialisme démocratique aurait pu tenir lieu d’alternative, à la condition que sa définition et ses objectifs fussent réexaminés à l’aune de l’effondrement du socialisme autoritaire. Le Parti socialiste français, de par son importance, aurait dû devenir ce creuset où l’alternative nouvelle se forme. Il n’a pas su ou voulu le faire. Au lieu de ménager un espace où l’avenir peut se dessiner, le PS a préféré construire des écuries électorales.

Certes, Arnaud Montebourg a apporté une touche un peu originale. Mais ses propositions tenaient aussi de cette «pensée marketing» à laquelle doit se plier tout candidat à une élection très personnalisée. La démondialisation semble-t-elle à la mode? Montebourg s’en proclame aussitôt le héraut. Mais comment y parvenir dans le cercle national où se déroule l’élection présidentielle? Le programme du chef de l’aile gauche socialiste est, à cet égard, tellement flou qu’il se fait récupérer par Marine Le Pen et son Front national.

Le PS a choisi la primaire pour moteur de sa régénérescence électorale. Mais cette «fabrique de personnalités» signe aussi sa dégénérescence comme force de proposition alternative au capitalisme.

 

Jean-Noël Cuénod

23:48 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : primaire ps, élection présidentielle | |  Facebook | | |