04/10/2016

Fin de la presse romande ? Et si on se mobilisait ?

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 Les projets de Tamedia n’ont jamais été aussi clairs. Propriétaire de la Tribune de Genève et de 24 Heures, les deux plus gros tirages de la presse quotidienne suisse de langue française, le groupe zurichois va réduire ces journaux à l’état de bulletin paroissial. L’effectif sera réduit de 14% dans chacune des deux rédactions. Moult coupes claires ayant déjà été pratiquées, il tombe sous l’évidence que les journalistes ne pourront plus poursuivre la tâche assignée par leurs lecteurs, à savoir informer le plus complètement et le plus honnêtement possible, du Conseil municipal de Meyrin ou du Conseil communal de Vevey jusqu’aux G20 et aux G8.

Aveuglé par sa course stupide aux profits immédiats, Tamedia va donc ruiner à terme ces deux journaux qui, depuis 1762 (Feuille d’Avis de Lausanne devenue 24 Heures) et 1879 (Tribune de Genève), ont fait vivre la démocratie au cœur de la région lémanique.

Il y a deux attitudes possibles devant cette situation. La première consiste à verser des larmes plus ou moins sauriennes qui s’écouleront vers le Léman sans que cela n’élève son niveau d’un seul millimètre.

La seconde a pour but de transformer la colère en énergie créatrice. Les pétitions, les manifs, les déclarations des magistrats genevois et vaudois, tous ces soutiens aux deux rédactions démontrent que si les gnomes de Zurich avaient tablé sur l’indifférence du public pour ourdir leurs mauvais coups, ils se sont lourdement trompés.

Cela dit, comme il l’a déjà été écrit sur ce blogue, il ne sert à rien de vilipender Tamedia. On ne saurait compter sur des Zurichois pour défendre les intérêts de la Suisse romande. L’inverse aurait été aussi vrai, avouons-le.

Les limites de la solidarité confédérale sont aujourd’hui très vite atteintes. Nous ne vivons plus à l’époque d’une Suisse soudée, car entourée de dictatures menaçantes ou située à une étape de Tour cycliste de l’empire soviétique. Il faut donc faire un peu de géopolitique, même à l’échelle de la Confédération. Celle-ci compte au moins trois grands pôles d’activité économiques qui, pour l’instant, sont florissants : Zurich, dont l’influence est prépondérante dans le centre du pays jusqu’au Tessin ; Bâle, qui déborde sur l’Alsace et le Bade-Wurtenberg et l’Arc Lémanique Genève-Lausanne qui attire les autres cantons romands ainsi que la France voisine.

Tout aujourd’hui est soumis à la concurrence la plus féroce. Ces trois pôles n’y échappent pas. Face à la puissance financière de Zurich, l’une des principales places européennes, l’Arc Lémanique ne manque pas d’atout : présence des grandes organisations internationales, d’états-majors de groupes industriels multinationaux et des universités qui figurent parmi les meilleures de la planète et égalent désormais celles de l’espace zurichois.

Dans ce contexte de concurrence, l’Arc Lémanique ne peut pas se passer de médias qui couvrent l’ensemble des activités humaines, du local à l’international en passant par le national.

Laisser à d’autres le soin de raconter le monde, c’est prendre le risque de perdre pied au milieu d’une rivière en crue.

Dès lors, Tamedia ayant réduit ses deux grands quotidiens lémaniques à la portion « qu’on gruge », la création d’un nouveau média, papier et numérique, sous une forme ou une autre, s’invite à l’ordre du jour.

Mais pour ce faire, il faut des fonds. Ils ne manquent pas dans cet Arc Lémanique opulent. Ce qui manque encore, c’est la volonté de ses décideurs économiques à prendre la clef de leur coffre-fort. Sans journalistes professionnels, point d’information de qualité. Mais sans bailleurs de fonds, point de médias.

Le Plouc rêve-t-il en espérant que les décideurs économiques et les professionnels des médias se réunissent un jour pour bâtir le pôle d’information dont l’Arc Lémanique a besoin ? Sans doute, mais cela vaut mieux que de contempler en soupirant les vieilles photos jaunies d’un passé prestigieux pour oublier les vicissitudes d’un présent médiocre.

Jean-Noël Cuénod

17:32 | Lien permanent | Commentaires (48) | Tags : tamedia, presse, crise | |  Facebook | | |

19/09/2016

Vers la fin de la presse romande?

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La politique managériale groupe de presse zurichois Tamedia menace l’existence des deux principaux quotidiens romandsla Tribune de Genève et 24 Heures (Lausanne).

Propriétaire de ces deux journaux, le groupe Tamedia soumet, depuis des années, ses rédactions à de régulières coupes claires. Les journalistes se sont donc efforcés, au fil des ans, de « faire mieux avec moins », le slogan préféré des Grands Nyaquas des bords de la Limmat. Mais là, trop c’est trop.

Tamedia exige désormais que chaque titre de son groupe soit rentable. Seulement voilà, naguère les titres en question disposaient des importants revenus générés par les petites annonces. Or, aujourd’hui, ce secteur rentable, notamment sur internet, est devenu une entité autonome, privant ainsi les journaux d’une partie de leurs ressources. Et en plus, Tamedia taille sans cesse dans les budgets rédactionnels, alors que les journalistes fournissent les éditions « papier » et numériques.

En d’autres termes, Tamedia se trouve dans la posture du directeur sportif qui exige de son champion qu’il gagne le Tour de France en roulant avec un vélo sans dérailleur.

Selon le syndicat suisse de la communication Syndicom « le print (édition papier) reste très rentable pour le groupe, avec des marges de 14 à 19% » et « il a permis le décollage du digital (internet)». Mais tout à sa logique de goinfre financier, Tamedia veut encore plus de rentabilité. C’est la politique managériale du « marche ou crève » qui va se traduire, selon les Sociétés des rédacteurs concernées, par « une baisse des charges en 2017 qui pourrait atteindre deux millions de francs (1,8 million d’euros) pour chacun des titres. Même si l’ampleur exacte des coupes exigées ne sera révélée qu’à la fin du mois de septembre par Tamedia, l’ordre de grandeur de l’effort demandé fait craindre de nombreux licenciements. »

« Marche ou crève » ? Ce sera plutôt « crève », dans la mesure où en supprimant des postes dans des rédactions déjà exsangues, la Tribune de Genève et 24 Heures ne pourront plus assurer leurs tâches.

Dans notre pays, les « grands régionaux » tiennent une place particulière. Ils couvrent tant l’actualité du quartier que celle du monde, sans oublier le sport, la culture et les pages « opinions ». Ces journaux généralistes sont les fédérateurs de leur région. Ils en assurent la cohérence sociale, le débat citoyen et la mémoire collective. Leur porter atteinte, c’est vider la démocratie de sa substance.

Les sociétés de rédacteurs des deux quotidiens lémaniques font actuellement circuler une pétition qui sera envoyée au Groupe Tamedia. Pour sauver vos journaux et votre patrimoine, signez-la en cliquant ici ! Merci !

Mais il ne sert à rien de vitupérer les gnomes de Zurich. Cette triste situation des médias romands, nous le devons à nous-mêmes. Ce sont les décideurs Genevois et Vaudois qui ont laissé les deux « Julies » tomber dans les mains du groupe Tamedia. Les fonds ne sont pas une denrée rare dans l’Arc lémanique ; nous aurions pu trouver les finances nécessaires pour les maintenir dans leur bassin naturel. Mais il nous a manqué l’essentiel, à savoir de véritables patrons de presse.

Il faudra pourtant bien réagir et recréer un pôle d’information qui nous soit propre, si l’on veut éviter que le tissu social s’étiole dans nos régions. C’est le moment de se réveiller. Le dernier moment.

Jean-Noël Cuénod

19:13 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : presse, media, tamedia | |  Facebook | | |