09/11/2016

Trump président: l’annonce faite à Marine

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Impression ce matin de se réveiller dans un vide-ordure. Pourtant, on la sentait venir cette catastrophe, dans l’ambiance d’égout qui nous plombe. Donald Trump règne désormais sur la première puissance mondiale. Victoire des «petits» contre les «grands», clameront les démagogues. Lui, un «petit», ce milliardaire qui se vante de ne pas payer un cent d’impôt ? Victoire de la «base» contre les «élites» ! Parce que Trump, le médiacrate, le fils à papa, il ne fait pas partie des «élites» ? Mais il est en plein dans les «élites», le Trump ! Il marche dedans et ça lui porte bonheur. Car faire partie des élites désormais, c’est être raciste, prôner la violence, mépriser les femmes, emporter la présidence américaine sans s’être donné la peine d’élaborer un programme. Cette victoire est aussi une réaction violente contre une mondialisation qui échappe à tout le monde, sauf aux hyperriches. Mais espérer que Trump  – qui n'a aucune vision du monde – est capable de contrer ce mouvement, c'est croire que Rantanplan va décrocher le Prix Nobel de Physique.

L’élection de Donald Trump va libérer tous les démons de la société. Tous nos démons intérieurs aussi. Cette élection, c’est aussi l’annonce faite à Marine. L’Elysée est à portée de main du Front national. Le pire n’est plus possible, il est probable. Avec Poutine, Erdogan et maintenant Trump à la Maison Blanche, jamais le monde n’a été aussi imprévisible, jamais le monde n’a été aussi dangereux. Quant aux Etats-Désunis, ils sont désormais divisés en deux moitiés qui se haïssent mutuellement. La seule bonne nouvelle est l’effondrement, une fois de plus, des sondages d’opinion qui servent d’oreillers de paresse aux médias.

 

Cet effondrement moral et intellectuel est aussi aussi le nôtre. Nous avons la Rome et les Césars que nous méritons. Nous avons voulu le règne de la quantité, nous y sommes soumis. Nous avons choisi le matérialisme et la cupidité pour moteur, nous voilà embarqués plein pot vers le précipice. Les dirigeants politiques ne sont que l’expression de nous-mêmes. Si le peuple sécrète pareils tordus, c’est le signe qu’il marche de travers. Nous avons tous la tronche de Trump.

De Manille à Washington, en passant par Budapest, Vienne, Varsovie, Amsterdam, Genève, Zurich, Paris, Marseille, Londres et tant d’autres, la marée de la médiocrité ramène toujours sur nos plages du XXIe siècle, les détritus rejetés par l’Histoire : nationalisme, démagogie, racisme, identité fantasmée, fermeture du cœur et du cerveau. Des murs, des murs, partout des murs. A l’extérieur. A l’intérieur. On appelle «populistes» le ramassis de politicards qui ont, comme l’on dit dans les gazette d’une autre âge, «le vent en poupe» . «Populiste» ? Mais du peuple, ils ne veulent qu’une chose, l’agiter avant de s’en servir! Et de servir les copains, une fois parvenus aux bonnes places.    

La question des «migrants» – mot chafouin qui signifie «réfugiés» – est devenue l’obsession qui occulte toutes les questions vitales pour notre avenir : le réchauffement climatique, l’inégalité toujours plus criante entre les hyperriches et les autres, le tissu social qui devient lambeaux, les déserts ruraux asséchés par le simoun du capitalisme sauvage.

C’est tellement facile de désigner cette masse de femmes, d’hommes et d’enfants qui errent sur la planète en fuyant la faim et le feu, plutôt que de s’attaquer au système financier qui a créé ces situations. On ferme les frontières et c’est au voisin de se démerder. Le voisin fait la même chose avec d’autres voisins et ainsi de suite.  Le problème n’est pas réglé ; il est enfoui sous le tapis d’à-côté. Mais, fatalement, il reviendra. Des terroristes parmi les réfugiés ? Il y en a sans doute quelques uns au milieu de ces foules jetées sur les routes. Mais les terroristes ne s’appellent pas tous Mohamed. Ils ont aussi les cheveux blonds, un nom bien de chez nous, comme ce jeune égorgeur normand.  

Trump, le clan Le Pen, Blocher, Orban et tant d’autres ont éveillé le pire en nous. Nous vivons en ère vulgaire et serons, un jour ou l’autre, nos premières victimes.

Jean-Noël Cuénod

07:55 | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : président, etats-unis | |  Facebook | | |

01/01/2014

Les vrais vœux cachés de François Hollande

 

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 Légende: Jean-Luc Mélenchon et François Hollande se tournent le dos, plus que jamais.

Depuis que Charles de Gaulle en a inauguré la pratique en 1958, chaque président français doit accomplir la cérémonie des vœux. Parfois, elle est le vecteur d’annonces lourdes de conséquences historiques. Ainsi, le 1er janvier 1961 (voir la première vidéo), le Général avait prévenu les Français que s’ils n’acceptaient pas l’autodétermination du peuple algérien en vue de son indépendance, « par un oui franc et massif », il démissionnerait aussitôt de ses fonctions présidentielles. Une semaine après, le corps électoral lui donnait satisfaction. Un an et demi plus tard, l’Algérie n’était plus française.

 Mais la plupart du temps, les vœux présidentiels sont aussi passionnants à suivre qu’un programme de figures imposées en patinage plus ou moins artistique.

 

Si François Hollande ne saurait être comparé à de Gaulle, ni par l’époque ni par la stature, il n’en demeure pas moins que ses vœux pour 2014 n’ont rien d’anodins (voir la seconde vidéo). Ils annoncent clairement que le gouvernement socialiste accentuera encore plus son mouvement vers la droite.

 

Il est tout de même fort rare d’entendre sortir de la bouche d’un chef d’Etat socialiste de telles prises de position :

 

–      « les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années » (mais alors pourquoi les a-t-il augmentés ? Pourrait-on lui rétorquer) ;

–      « je veux réduire la dépense publique » ;

–      « la sécurité sociale (…) doit en terminer avec les excès – nous les connaissons – et les abus » ;

–      « je veux simplifier (…) les démarches administratives  (…) c’est une condition pour que nous puissions être plus attractifs, plus modernes, plus souples ».

 

La mesure phare présentée par Hollande se situe dans la droite ligne de… cette ligne à droite ! Il s’agit du « pacte de responsabilité aux entreprises » : « Il est fondé sur un principe simple, moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social », praeses dixit !

D’ailleurs, le Medef, syndicat patronal français, a aussitôt approuvé cette proposition, par la voix de son président Pierre Gattaz : « Le Medef est prêt à participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé par le président de la République. Il faut cependant avancer rapidement car il y a urgence». Le Medef revendique même la paternité  de cette idée qu’il avait émise mi-novembre dernier.

 

Il reste à savoir si le patronat va vraiment jouer le jeu hollandais ou s’il se contentera de ramasser la mise en faisant fi de ses contreparties. La faiblesse des syndicats français pourrait l’y inciter. En ce cas, l’Etat tapera-t-il du poing sur la table patronale ?

 

Lors de ses vœux, le président français a donc confirmé que les ponts avec la gauche de la gauche étaient définitivement coupés, comme le confirme la violence du commentaire diffusé par François Delapierre, secrétaire national du PG de Jean-Luc Mélenchon : « Pour 2014, les intentions exprimées par François Hollande lors de ses vœux  sont claires, continuer d'arroser les puissants et de maltraiter le peuple. Le président nous a resservi un pot-pourri des poncifs néolibéraux qu'il a appliqués cette année ». En comparaison, la réaction du secrétaire général adjoint de l’UMP, Geoffroy Didier, paraît presque tendre : « Si ces vœux  étaient sincères, ils étaient surtout stériles ». Et au sein de l’aile gauche du Parti socialiste la gêne est perceptible.

 

Dès lors, les vœux de François Hollande en cacheraient-ils d’autres ? Relevons tout d’abord que, contrairement à l’an passé, le président n’a pas prononcé une seule fois le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Serait-ce l’indice d’une prochaine éviction ? Sans doute puisqu’après les élections municipales et européennes (mars et  mai prochains), le chef de l’Etat changera son équipe gouvernementale. Si les socialistes peuvent éviter une déroute totale aux municipales ­– du fait de l’attachement des électeurs aux premiers magistrats de leurs communes et des triangulaires PS-Front national- UMP ­– ils risquent fort un Waterloo aux Européennes.

 

Dès lors, en plaçant la barre aussi à droite, le président socialiste ne prépare-t-il pas un gouvernement de coalition avec le centre-droit ? Certes, la Cinquième République n’a guère l’usage de ce mode de gouvernement. Mais rien n’est éternel en politique. Et la situation périlleuse que connaît la France pourrait induire une telle alliance. A ce propos, lors d’une interruption de séance à l’Assemblée nationale, lors du vote sur le budget en décembre dernier, Jean-Louis Borloo avait déclaré, devant des journalistes, qu’il était prêt à aider le gouvernement à mener sa réforme fiscale.

 

Si Hollande n’est plus du tout compatible avec Mélenchon, il le devient de plus en plus avec Borloo.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

Les voeux de 1961...

Et ceux de 2014.


Le direct de la Présidence de la République by Présidence de la République

28/09/2011

Sarkozy sème la chicaya entre profs et ouvriers

Il n’a pas pu s’en empêcher. C'est plus fort que lui. Un démon démangeur l'habite. En réponse à la claque historique de dimanche aux élections sénatoriales et à l’étonnante union sacrée, mardi, entre les enseignants des écoles publiques et privées contre sa politique scolaire, le président Nicolas Sarkozy n’a rien trouvé de mieux que de sombrer, une fois de plus, dans la provocation.

Au moment où les profs de la «laïque» et de la «catho» défilaient ensemble dans les villes de son pays, le président français a pris à témoin, contre les enseignants, les ouvriers d’une usine en Picardie: «Mon devoir est d’abord de penser aux ouvriers et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale (…). Les fonctionnaires ont un travail difficile, mais ont un statut qui les protège. Vous, vous êtes exposés. »

Si la France éprouve tellement de peine à exporter ses produits, la cause réside, en partie, dans une formation scolaire et professionnelle moins performante qu’ailleurs. Au plus fort de l’impitoyable concurrence internationale, les atouts majeurs s’appellent «écoles», «universités», «centres d’apprentissage». Et le rôle que tient le professeur est aussi essentiel que celui joué par l’ouvrier, le cadre, le délégué commercial. Opposer une catégorie à l’autre est non seulement contre-productif mais aussi malsain. Au moment où le monde tangue, ce n’est pas le moment d’embrigader les ouvriers contre les profs. Au lieu de l’unité qu’un véritable chef de l’Etat devrait prôner, il attise la chicaya, fomente la dispute, ourdit la mésentente.

Par ses feux de bouche, Sarkozy nous montre qu’il est désormais candidat et ressort ses recettes pimentées de 2007. Mais, depuis, bien des choses ont changé. Et l’ancien candidat est devenu le premier président de droite à perdre le Sénat et à mobiliser contre lui l’école des laïcards et celle des jésuites. Cela inciterait à l’humilité. Un mot intraduisible en sarkozien.

Jean-Noël Cuénod

Voici la vidéo complète de l'allocution du président de la République devant les ouvriers de cette usine picarde.


Allocution informelle devant les ouvriers du... par elysee

10:49 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : nicolassarkozy, président, usine, vidéo | |  Facebook | | |