17/12/2016

Pic de pollution et abîmes politiques

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Dans le métro, le bus, la file d’attente au supermarché ou à la poste, sur le trottoir, à la terrasse du bistrot, tous toussent à Paris. Cette année, la toux n’est pas que l’expression de la saisonnière épidémie de rhume. Les pics de pollution qui se succèdent sont les principaux compositeurs de cet oratorio laryngé.

Les pieds de la Tour Eiffel baignent dans la poussière vaporeuse des particules fines ; sur les hauteurs de Montmartre, la cuvette parisienne déborde de cette inondation sèche. Les causes sont bien connues : circulation automobile, guimbardes qui roulent au diésel et dans une mesure moindre, chauffage au bois. Mais y remédier, c’est au-dessus des forces du pouvoir politique.

Les pauvres remèdes prescrits par la Mairie de Paris se révèlent d’une redoutable inefficacité. Supplier les automobilistes de ne pas prendre leur bagnole ou, au moins, de conduire raisonnablement équivaut à tousser dans un violon. La circulation alternée ­ne change rien. Vendredi, le boulevard Blanqui était aussi encombré de véhicules toussophores que d’ordinaire. Même la gratuité des transports en commun n’est qu’une goutte d’air dans un océan de pollution.

L’agence nationale Santé publique France s’époumone à signaler le danger : chaque année, la pollution provoque la mort prématurée de 48 000 personnes dont 34 000 seraient évitables si des mesures antipollution énergiques étaient prises. Après le tabac et l’alcool, l’air toxique est la troisième cause de mort prématurée. On peut s’abstenir de boire ou de fumer. On ne saurait s’arrêter de respirer.

Malgré ces mises en garde, la région parisienne (la métropole lyonnaise est presque dans le même bain ) continue à voir les pics de pollution s’allonger comme le nez d’un politicien en campagne électorale. Chaque acteur se renvoie la patate carbonisée : « C’est pas moi, c’est l’autre ». Donc, rien ne bouge.

La maire de Paris Anne Hidalgo (PS) stigmatise l’automobiliste banlieusard. « La pureté de l’air est un luxe de Bobos que je ne peux pas me payer ; bien obligé de prendre ma bagnole pour aller au boulot », lui rétorque-t-il aussitôt. Quant aux transports publics, mieux vaut éviter le sujet, si l’on ne veut pas énerver le banlieusard. Les retards chroniques des RER ont pris une telle ampleur qu’à plusieurs reprises, la justice des Prudhommes a condamné la SNCF à indemniser des salariés licenciés pour manque de ponctualité. La maire parisienne réplique alors qu’il faut se plaindre à la Région Ile-de-France présidée par son adversaire politique Valérie Pécresse (LR). Laquelle dégage aussitôt en direction de la SNCF. Celle-ci sort sa réponse toute faite : elle n’a pas assez de sous pour investir dans la rénovation du matériel. Les regards convergent ipso facto vers le gouvernement qui se tourne vers Bercy. Lequel annonce que les caisses étant vides, il devient urgent de ne rien faire.

Cette situation démontre à quel point un Etat centralisé peut provoquer, paradoxe apparent, l’éparpillement des responsabilités. Tout est ramené au Centre qui a tellement de chats à fouetter qu’il en perd son fouet et se mure dans une impotence bavarde. La classe politique ne manque pas d’air, dit-on. Nous, si.

Jean-Noël Cuénod

16:34 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pollution, paris, politique | |  Facebook | | |

14/03/2014

Pics de pollution, Le Plouc en a ras le pot d’échappement !

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Visez donc la photo prise par l’excellent Stefan de Vries, correspondant néerlandais à Paris pour RTL4.  Une partie montre Paris un jour de pollution, si l’on ose dire, «normale» et l’autre, prise sous le même angle de vue, représente la capitale telle qu’elle est actuellement, au moment où l’empoisonnement de l’air atteint l’un de ses pics monstrueux. L’anticyclone qui apporte le soleil, transforme la cuvette parisienne en un vaste cloaque poussiéreux. 

 

Alors que chacun pourrait se réjouir de ce temps splendide, nous voilà en train de fermer les fenêtres, d’éviter toute sortie inutile, de laisser tomber les balades à vélo et les flâneries sur les boulevards. Nous en sommes réduits à espérer le retour des jours pluvieux qui, pourtant, ont accablé les Parisiens pendant des semaines, longues, grises et enrhumées. Nous avons le choix entre le coryza causé par l’humidité et la bronchite due aux particules fines.

 

Ces micro-organismes restent en suspension dans l’air et pénètrent à l’intérieur des poumons, pouvant provoquer cancers, crises d’asthme, infections respiratoires, maladies cardio-vasculaires et autres joyeusetés qui font le bonheur des petits et des grands.

 Ces saloperies ont diverses origines : les volcans en éruption, mais ils sont assez rares dans la région parisienne ; les feux de forêts, mais le Bois de Boulogne est plus enflammé par des allumeuses que par des allumettes ; le chauffage, mais qui fait marcher sa chaudière par une météo aussi estivale ?

Restent les seuls grands coupables : les bagnoles, surtout celles qui roulent au diesel ; elles abondent en France, puisque ses gouvernements successifs ont été  assez stupides – ou alors soumis aux groupes de pression bagnolards ­– pour avantager fiscalement ce carburant.

 

La version démagogique de la plaidoirie des bagnolards a pour thème : ce sont les pauvres des banlieues qui sont contraints d’utiliser leurs caisses au diesel, alors que les Bobos parigots bénéficiant de formidables réseaux de transports publics, peuvent s’en passer. C’est réducteur. Mais ce n’est pas faux.

 

Les RER amenant les banlieusards dans la Ville Lumière (tamisée aujourd’hui par les gaz), se transforment trop souvent en galère. Au zinc des bistrots, on raconte souvent qu’un tel a perdu son boulot parce qu’il arrivait systématiquement en retard à cause de son maudit train. Cela dit,  si les RER tombent en rideau, les voitures restent bloquées dans les bouchons. Les banlieusards sombrent donc de rideaux en bouchons. Ce qui n’est pas la plus enthousiasmante des perspectives.  Et rien n’est fait pour améliorer la situation.

 

Alors qui faut-il accuser ? L’incroyable millefeuille administratif qui dilue les responsabilités entre municipalités, intercommunalités, départements, régions, Etat au fur et à mesure que les gaz polluants se concentrent ? Cela saute aux yeux (qui piquent).

Les groupes de pression des constructeurs autos, des compagnies pétrolières, des transporteurs routiers ? Certes, mais enfin, ils font leur boulot.

Les sphères dirigeantes qui sont tellement élevées dans la stratosphère que même la pollution de l’air ne les concerne pas ? Certainement, puisqu’elles cèdent aux pressions desdits groupes.

 Les médias ? Bien sûr, puisqu’au lieu de battre le tambour à propos de ces pics polluants, ils nous jouent du pipeau à coulisse sur de vaseuses histoires d’écoutes sarkophages.

 

Mais l’accusé principal n’est autre que le citoyen bagnolard. Si le gouvernement fait mine d’augmenter les impôts sur le diesel, il s’embrase. Si le parlement adopte l’écotaxe, il prend son bonnet rouge. Si la vitesse est réduite, il démolit les radars de contrôle.

 

Bref, le Français aime sa bagnole. A en mourir.

 

 

Jean-Noël Cuénod

20:34 | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : pollution, paris, particules fines, photo, écotaxe | |  Facebook | | |