27/06/2012

De l'UDC au Front national, les masques tombent

Bas_les_masques_A4nb_250dpi.jpg

L'ennui avec les masques, c'est qu'ils tiennent trop chaud et ont une fâcheuse tendance à glisser, laissant ainsi entrevoir le véritable visage. Cette malencontreuse tendance s'observe chez deux des principaux spécimens de l'extrême droite européenne, l'UDC Suisse et le Front national français. Il s'agit de faits en apparence secondaires mais qui, en s'accumulant, démontrent que les partis de l'extrême droite actuelle ont de plus en plus de mal à cacher leur héritage politico-culturel qui est celui du fascisme des années 30.

 

Récemment, un membre du parti blochérien de la ville de Zurich a prôné la Nuit de Cristal contre les mosquées. Il faisait ainsi allusion à la Reichskristallnacht du 9 au 10 novembre 1938, lorsque les nazis ont brûlé en Allemagne 200 synagogues et tué une centaine de Juifs.

 

En mars dernier, une militante du Front national d'Annemasse et ardente supportrice de l'UDC avait publié des photos faisant l'apologie du nazisme avec cette exclamation: «God bless Hitler !». Elle n'aurait fait ça que pour «réveiller les consciences», à l'en croire. En tout, cas cette personne nous a clairement indiqué où se situaient ses références morales.

 

Dans les deux cas, bien sûr, les dirigeants de l'UDC et du Front national ont condamné ces excès de langage. Ou de franchise. Pour se dédouaner, le discours de l'UDC et du FN est toujours le même: nous n'avons rien à voir avec le fascisme et le nazisme. Fort bien. Mais alors pour quelles raisons, des personnages obsédés par ces idéologies se trouvent-ils dans leurs rangs? Par hasard ou par affinité?

 

Il est une preuve supplémentaire que les masques de l'extrême droite, non seulement glissent mais encore, tombent. Le groupe UDC au Grand Conseil zurichois - il ne s'agit donc pas d'un isolé qui s'agite dans son bocal - a déposé une motion visant à distinguer deux sortes de Suisses, les naturalisés et les Helvètes de souche. Pourquoi se limiter à deux catégories? Pourquoi pas trois, quatre, cinq? Et si l'on adoptait le système des castes?

 

Certes, cette motion «apartheid» a été sèchement rejetée par une large majorité de députés. Mais dans un premier temps, les Vert'Libéraux zurichois l'avaient soutenue, même s'ils l'ont finalement combattue. Les mesures les plus discriminatoires ne sont plus forcément considérées comme monstrueuses, même dans les rangs de partis réputés modérés.

 

Notre époque n'a guère de points communs avec les années brunes. Mais les deux périodes sont marquées par les crises économiques avec tous les dangers d'exaspération sociale qu'elles comportent. Le fascisme d'hier n'aura pas les mêmes formes que celui qui s'annonce de plus en plus clairement. Mais les mêmes idéologies de haine, de racisme, de recherche frénétique du bouc émissaire, de rejet, de fermeture entraîneront les mêmes effets et nous conduiront, si nous n'y prenons pas garde, à de semblables catastrophes.

 

 

Jean-Noël Cuénod

18:56 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : politique française, politique suisse, extrême droite | |  Facebook | | |

15/02/2012

Le dernier pari de Nicolas Sarkozy

 

Sarko.jpg

Aventurier d’Etat, Nicolas Sarkozy entame son dernier pari en se lançant dans le grand saut électoral. Puisque l’actuel «présimonarque» français a fait acte de candidature, après avoir entretenu un faux suspens destiné à faire frémir la Toile.

Comment pouvait-on douter d’une telle décision? D’abord, les juges d’instruction attendent la fin de son immunité présidentielle pour lui poser quelques questions sur le financement de la campagne de Balladur en 1995 et celui de sa propre propagande électorale en 2007. Ensuite, Sarkozy éprouve une telle passion du paraître qu’il ne saurait abandonner la lumière sans combattre de toute son énergie, fût-elle désespérée. Conformément à son tempérament, il tente de jouer à «face, j’ gagne; pile, j’ perds pas».

Sarkozy se trouve dans la position de l’animal blessé qui redouble d’agressivité envers les fauves rôdant autour de sa tanière élyséenne. Ses talents d’improvisateur, sa promptitude tactique et sa méchanceté politique trouveront l’espace nécessaire pour se déployer. L’homme au Kärcher entre les dents a démontré dans le passé tout son savoir-faire. Pour ceux qui l’ont enterré trop vite, le réveil risque de faire mal aux gencives.

Toutefois, le Teigneux de la République sait que la guillotine du scrutin peut lui trancher le col. Et les blessures symboliques n’en sont pas moins durablement douloureuses. Giscard d’Estaing en offre l’exemple vivant, quoique parcheminé. Le traumatisme de sa défaite en 1981 fut tel que, pour survivre dans la mémoire des Français, il en est réduit à écrire des romans lestes et, pour demeurer immortel, il a dû quémander un siège à l’Académie. Le Rutilant Suprême ne saurait se satisfaire d’aussi obscurs expédients.
 
Si son bail à l’Elysée n’est pas reconduit, Nicolas Sarkozy prendra l’avenir à témoin pour dépasser sa défaite. Car, même s’il murmure le contraire aux oreilles des journalistes amis, l’Hyperactif ne se contentera pas de siroter un smoothie banane au bord d’une piscine comme un vulgaire Copé. Il fera entendre sa voix tous azimuts.
Si le sort de la France s’améliore avec le nouvel élu, Nicolas Sarkozy affirmera haut et fort que sa politique, pour impopulaire qu’elle fût, s’est révélée bénéfique. C’est donc sciemment qu’il a ordonné des remèdes amers avec effet retard bienfaisant. Son successeur – citons, au hasard, François Hollande – n’est qu’un vil profiteur qui récolte des blés qu’il n’a point semés. Sarkozy, le glorieux battu, sera le vrai vainqueur aux yeux de l’Histoire.

A contrario, si la France devient encore plus souffrante sous le règne de son successeur, Sarkozy n’hésitera pas à chanter sur toutes les antennes la chanson du «J’ vous l’avais bien dit». Et à se poser en recours.
Il prétend aujourd’hui qu’en cas de défaite nous n’entendrons plus parler de lui… Tu parles!


Jean-Noël Cuénod

PS: pour les Sarkofans, voici le lien qui leur permettra de se rendre sur le site Fesse-bouc du nouveau candidat

11:17 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : politique française, campagne présidentielle | |  Facebook | | |