poesie

  • Poésie à lire et à ouïr – RIRE FOU

    Imprimer

    poésie, poème

    Récente ponte du Plouc. Poème à lire et à ouïr dans l’espace libre de l’été. Que le torrent emporte vos songes pour en faire un océan. 

     Le fou rire des torrents

    Rend la montagne démente

    Tant de morts accumulés

    Dans sa carcasse d’ascète

    Tant de vies buissonnantes

    Sur ses flancs de reine-mère

                      *

    Les plus anciens délires

    Jaillissent comme des sources

    Fraîches et préhistoriques

    Sous la poigne des orages

    Sa peau transpercée d’éclairs

    Met la folie au zénith

                      *

     Délaissée par le ciel

    Abandonnée par la plaine

    Elle n’attend plus rien

    Du monde et des éléments

    De l’esprit et des nuées

    Plus rien que l’union

    Du ciel et de la plaine

    De tous les âges en elle

    Dans l’éclat d’un rire fou

                                                                           Jean-Noël Cuénod

    AUDIO 

    C'est ici!


    podcast

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 1 commentaire
  • Poésie à lire et à hurler: PANIQUE

    Imprimer

     

    PaniqueTrump.jpg

    Les flons-flons de la fête du ballon rond s’estompent comme les sons d’une fanfare qui s’en va loin de la Grand’place du village. Reste la panique. Panique devant le délirant cynisme des irresponsables de ce monde qui nous mènent droit sur le mur. Contents, heureux, fiers sont-ils de nous y conduire toutes sirènes hurlantes.

     Roule roule vers le mur vide

     

    La plaine glisse sous tes pieds

    Ta bouche ouverte gobe les mouches

    Ta peau luisante frémit dans l’air

    Ta carcasse fend la poussière

    Tu cours plus vite que les mirages

    Fantômes qui font trembler les routes

     

    Un parfum de mort embaume l’été

    Odeur de chèvrefeuille étranglé

    Etranglé par le soleil couchant

    Qui veut nous entraîner dans sa chute

    Le monde hurle sauve-qui-peut

     

    Roule roule vers le mur vide

    Jean-Noël Cuénod

     

     

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 2 commentaires
  • Poésie à lire et à écouter: MAIN

    Imprimer

    Pech_Merle_main.jpg

    Escale sur les terres de la poésie. Poème tout frais pondu. Si vous le voulez. A lire ou à ouïr. Ou les deux. Le son est à la fin du texte. Cliquer sur l'icône.


    Tendre la main trop tendre, la main

    S’agite dans les cendres glacées

    Fouaille fouille farfouille frotte

    Et s’écorche s’accroche s’arrache

    Se détache de l’ombre du corps

    Elle va vient vie sa vie la main

    Mue par le vertige elle palpite

    Comme un cœur dépourvu de sang

    Comme un oiseau sans plume sans cri

    Qui vole, sans mémoire du nid

     

    Tendre la main, trop tendre la main

    Tout ce qu’elle triture est glacé

    Le vieux soleil n’y peut rien

    Sans feu sans lieu sans loi sans foi

    Les hommes ont éteint leurs yeux

    Faibles lampes jetées au rebut

    La main hors corps les cherche toujours

    Incapable de faire autrement

    Et se heurte aux fenêtres froides

    A l’immense silence des steppes

     

    Tendre la main trop tendre, la main

    Saisissez-la comme une hypothèse

    Sa fragilité vous sauvera

    La force a tellement d’apparences

    Parmi ses mirages un miracle

    Un miracle à prendre sur le champ

    Sinon il se refera mirage

    Un miracle à prendre sur le chant

    Pour que la main devienne oiseau

    Et que son cri se fasse étincelle

    Jean-Noël Cuénod


    podcast
     

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 17 commentaires
  • Qu’un Christ se lève…

    Imprimer

    exodus-1966.jpg

    En ce jour pascal où la vie surmonte la mort, ce truc à lire si vous le voulez. Passez toutes et tous de belles Fêtes de Pâques. (Christ de Chagall tiré de sa série Exodus)

     La chemise du ciel se déchire

    Eclair de sang de son sol transpercé

    Poitrine ouverte sur le cœur à nu…

                         ***

    Nous marchions sans yeux tête basse

    En secouant nos chaînes d’un air las

    Leurs morsures ne nous faisaient plus souffrir

    Pourquoi donc arracher cet héritage

    Imprimé au fer rouge sur nos chairs ?

    Ne pas prendre le risque de respirer

    D’être aspiré par le vital vertige

    Pour éviter la mort nous périssions

    A tout petit feu à tout petits pas

                        ***

    Parfois nous entrions dans la colère

    Pour en rouler les rochers sur nos routes

    Rage sans espérance sitôt éteinte

    Tout reprenait son cours quotidien

    Certains dansaient en rythme avec leurs chaînes

    Comme des ours à l’anneau dans le nez

    Pour tuer le temps se donner de l’air

    Sans y croire s’ébattre sans se battre

    Remplir en vain une vie toujours vide

                       ***

    Mais qu’un Christ se lève de cette tourbe

    Et le chant du monde change de voix

    La chemise du ciel se déchire

    Eclair de sang de son, sol transpercé

    Poitrine ouverte sur le cœur à nu

    Palpitant comme un animal traqué

    Traqué et riche de ses mille vies

                      ***

    Fourmis d’étincelles sur notre peau

    La morsure des chaînes fait mal enfin

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 2 commentaires
  • Poésie – VIN NOCTURNE

    Imprimer

    VinNocturne.jpg

    L’ombre fraternelle de la nuit

    Ramène dans les plis de son manteau

    Tous nos ancêtres au souffle d’étoiles

     

    Rêves des humains vengés vendangés

    Bousculés en grappes dans le pressoir

    Pétris broyés malaxés triturés

    Rêves en jus épais sucré amer

    Nous buvons l’âme distillée des morts

    Pour avoir la force d’ouvrir la porte

    Et le courage d’en franchir le seuil

    Jean-Noël Cuénod 

     

    DERNIER OUVRAGE - "En Etat d'urgence" de Jean-Noël Cuénod, Grand Prix des Jeux Floraux du Béarn 2017 Editions La Nouvelle Pléiade.

    Disponible: Librairie Le Parnasse 6 rue de la Terrassière, 1207 Genève, Suisse
    Et partout ailleurs sur le site de l’éditeur La Nouvelle Pléiade en cliquant sur ce lien:

    http://www.psf-letrave.fr/ds/nos-editions/989/jean-noel-cuenod/ 

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 5 commentaires
  • Poésie – TACHE DE SILENCE

    Imprimer

     

    Photo JNCLoetch17II.jpg

    Juste un laps de poésie aujourd’hui. Le Plouc vient de pondre ça. Vous en faites des choux, des pâtés, des riens, de tout ce que vous voulez ou ne voulez pas.
    Autre ponte: celui de son bouquin
    "En Etat d'urgence" (Grand Prix de poésie des Jeux floraux du Béarn 2017) paru eux Editions de La Nouvelle Pléiade.

    L’ouvrage est disponible à Genève :
    Librairie Le Parnasse 6 rue de la Terrassière, 1207 Genève, Suisse
    Et partout ailleurs sur le site de l’éditeur La Nouvelle Pléiade en cliquant sur ce lien :

    http://www.psf-letrave.fr/ds/nos-editions/989/jean-noel-cuenod/ 

     

     

    TACHE DE SILENCE

    Tache de silence sur le pré

    Le matin se tient aux aguets

    Noisetiers, chênes, ruisseau, herbes

    Forment un seul corps tout puissant

    L’un après l’autre jouent ses organes

    S’étirent ses muscles et sa peau

     

    Bientôt ma chair en pourriture

    Deviendra l’un de ses aliments

    Et mon souffle rejoindra les vents

     

    A quoi bon courir sus au coupable ?

    Plutôt transmettre mon peu de vie

    Elle est encore pailletée de feu

    Elle ne brûle plus elle pénètre

    Elle coulera dans d’autres veines

    Sur le pré le silence s’est tu.

    Jean-Noël Cuénod

     

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 1 commentaire
  • Poésie – TACHE DE SILENCE

    Imprimer

     

    Photo JNCLoetch17II.jpg

    Juste un laps de poésie aujourd’hui. Le Plouc vient de pondre ça. Vous en faites des choux, des pâtés, des riens, de tout ce que vous voulez ou ne voulez pas.
    Autre ponte: celui de son bouquin
    "En Etat d'urgence" (Grand Prix de poésie des Jeux floraux du Béarn 2017) paru eux Editions de La Nouvelle Pléiade.

    L’ouvrage est disponible à Genève :
    Librairie Le Parnasse 6 rue de la Terrassière, 1207 Genève, Suisse
    Et partout ailleurs sur le site de l’éditeur La Nouvelle Pléiade en cliquant sur ce lien :

    http://www.psf-letrave.fr/ds/nos-editions/989/jean-noel-cuenod/ 

     

     

    TACHE DE SILENCE

    Tache de silence sur le pré

    Le matin se tient aux aguets

    Noisetiers, chênes, ruisseau, herbes

    Forment un seul corps tout puissant

    L’un après l’autre jouent ses organes

    S’étirent ses muscles et sa peau

     

    Bientôt ma chair en pourriture

    Deviendra l’un de ses aliments

    Et mon souffle rejoindra les vents

     

    A quoi bon courir sus au coupable ?

    Plutôt transmettre mon peu de vie

    Elle est encore pailletée de feu

    Elle ne brûle plus elle pénètre

    Elle coulera dans d’autres veines

    Sur le pré le silence s’est tu.

    Jean-Noël Cuénod

     

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 1 commentaire
  • Conte Délirant signé Le Plouc & Burlingue

    Imprimer

    2 -cavalcade.jpg

    Grâce à l’excellent éditeur Alain Miquel, Le Plouc a rencontré un compagnon de délire, Burlingue, alias Xavier Bureau, un dessinateur qui allie poésie, cocasserie, folie et talent. Rien que ça. Il va exposer à Paris à La Galerie des Patriarches, (12 rue des Patriarches, Ve arrondissement) du 23 novembre au 20 janvier[1]. Le vernissage se déroulera mercredi qui vient, soit le 22 novembre. Si vous êtes l’Hexagonale Capitale, poussez vos pas jusque-là, vous ne le regretterez pas.

    Ci-dessus, une gouache de Burlingue « Cavalcade » qui a inspiré au Plouc ce conte délirant.

    CAVALCADE  

    J’ai le mal de terre. Tous ces virages à tordre les boyaux du diable, ces épingles à cheveux qui vous défrisent, ces tournants qui vous tourneboulent. Il faut monter, que voulez-vous. Ne pas se contenter de la plaine pleine de vide. Là-haut, c’est mieux. C’est toujours mieux, là-haut. La vue y est dégagée. Mais dégagée pour aller où ? Hein ? Pour le savoir, il faut monter. Pas d’autre issue. Et on ne monte pas en ligne droite. Jamais. Impossible. Le plus novice des mulets le sait bien. Désignez-lui le sommet. Et il vous tracera le chemin. Mais en zigzag. La nausée, c’est le prix à payer pour s’extirper des émouvants marais mouvants du pays d’en-bas.

    Un puissant parfum de patchouli me fout la gerbe. L’odeur jaillit de la terre comme un geyser odorant. D’étranges visions palpitent dans l’air épais transformé en vaste écran de cinéma.

    Les femmes ? Où sont les femmes ? Je ne les vois pas ! Ah si, en voilà une, en tête du cortège, danseuse sur le cul d’un cheval de parade à la queue enrubannée. La belle – certes, je ne la vois pas bien mais elle ne peut être que belle, toutes les femmes sont belles quand elles dansent. Où en étais-je ? Elle me rend chèvre, cette Cavalcade... La belle, disais-je, brandit haut une ombrelle. Pour l’équilibre. Pas pour le soleil. Elle le précède, le soleil, tenu par un Africain en babouches, juste un peu plus loin. Les jambes nues de la danseuse forment un 4. Je me mettrai bien en 4 pour satisfaire ses 4 volontés aux 4 coins du monde. Elle est l’âme du corps animal. D’un coup d’ombrelle, elle ferait vaciller la planète. La force est dans la grâce, voyez-vous ? Non. Vous ne voyez rien. Bien sûr…

    Et le grand crétin en habit d’aristo qui la suit peut bien faire le chef avec son tricorne vissé sur sa tête de piaf, ses gestes véhéments et son jarret tendu, il n’est qu’un pantin qui reste de bois. Le chef serait plutôt l’Indien, avec sa cascade de plumes, tirant sur sa pipe sous un dais pour envoyer des signaux de fumée à un mystérieux correspondant. Juché sur son rhinoféroce blindé, l’Indien n’a plus besoin d’être chef. Il a dompté le corps animal et sait que seule la danseuse dirige l’univers. Il lui reste les plumes, certes. Pour faire joli. Sans plus.

    Le paon suit. Sternum faraud mais roue pliée. Pas même une roue de secours. Pas du tout une roue de secousse. Paon digne mais paon de peu.

     Et ce geyser de patchouli qui rejaillit encore plus fort… Si le ciel avait des aisselles, elles auraient cette odeur tenace, nauséeuse, capiteuse, stomacale. Fourrer son nez dans les aisselles du ciel… But de cette montée cavalcade ? En guise de touffes poilues, les nuages. Sous les nuages, la peau bleue souple comme la membrane d’un organe palpitant.

    Avant de renifler, il faut monter, monter en serpentant. Nous sommes tous des boas. Nos langues bifides captent les molécules divines dans les jets de patchouli. Le film continue sur l’écran du parfum.

     Un Louis XIV se balance dans son carrosse décapotable. Son engeance sera décapitée. Il n’en perd pas la tête pour autant. Il faut bien une tête pour porter la perruque, non ? C’est la perruque qui fait le roi. Plus de tête, plus de perruque. Plus de perruque, plus de roi. C’est net, simple tranché. Louis XVI ne l’avait pas compris. Où avait-il la tête ?

    Encore une femme, nous sommes sauvés ! Habillée comme une comtesse russe qui aurait pris le thé chez Tchekhov, elle conduit de son fessier magistral le dinosaure devenu doux comme un agnelet pour carte postale. Le monstre ne bouffe même pas l’agaçant roquet qui le devance. Castratrice, la comtesse russe ! Elles se sont fait la malle, les couilles du mâle. « Où est le mal ? » s’exclame la comtesse. « Il n’a même pas eu mal. Un petit couinement préhistorique et hop, les testicules ont rejoint l’espace quantique. Mon dino est désormais indéterminé. Mort et vivant à la fois. Ici et ailleurs en même temps. Un dino de Schrödinger » La comtesse russe a bien envie d’en faire de même avec Tchekhov qui a la chance d’être tout à fait mort.

     L’automobiliste en crayon à moteur négocie son virage. Mais vous connaissez les virages… Redoutables partenaires ! Le virage l’attend donc au tournant. Le juge, le jauge et ne laissera le crayonmobile poursuivre sa route que s’il signe un exploit. N’importe quel exploit.

    Tiré par une jument noire qui se cabre, le carrosse vide ressemble à un corbillard qui aurait laissé partir son cercueil. A moins que la cavale n’ait pris le mort aux dents.

    L’hyène cycliste est en position de sprinteuse. Et pourquoi n’y aurait-il pas d’hyène cycliste ? Nous avons bien eu jadis, au temps sartrien, une hyène dactylographe. Le vélo fait partie de l’hygiène des hyènes. Pourquoi tant d’hyènes dans le monde ? Ah ça, c’est une autre histoire… Ici, il n’y en a qu’une, qui cherche à dépasser tout le monde de façon subreptice. Une vraie hyène, quoi !

    Entre l’hyène cycliste et le filiforme qui court en dansant, il paraît perdu, le mégacéphale sans cou, sans épaules dont les bras et les jambes surgissent de sa tronche inquiète. Il est dépassé par les événements et ça le rend morose. C’est dur de se voir dépassé par plus rapide que soi. Mais l’être par les événements, quel sort funeste ! Vous voilà seul, sans événements. Vous n’êtes même pas dans un désert. Car un désert, c’est encore un événement. Vous n’êtes même plus un événement pour vous-même. Vous flottez dans un vide indéfini, infini. Fini, vous êtes.

    Chevauché par un autre Louis XIV emplumé, le coq géant caquette son agacement. Il s’en va piquer les minces fesses du filiforme, rien que pour passer sa colère d’être cornaqué par l’empanaché. Et puis, il ne peut pas y avoir deux Louis XIV. Cela ferait un Louis XXVIII. Et il n’y jamais eu de Louis XXVIII, relisez bien votre manuel d’histoire. Lorsque la cavalcade aura atteint ses sommets, il faudra couper la tête à ces deux Louis. Nous aurons ainsi un Louis 0. Et tout rentrera dans le désordre.

    Soyons juste et impartial. L’ire du coq a peut-être une autre origine. Un ange à roulettes piloté par un diablotin souffle de la double trompe dans le cul du gallinacé agacé. Il y a de quoi mécontenter le plus placide des monarques de la basse-cour, non ? D’ailleurs, même ceux de la haute-cour détestent qu’un ange – même à roulettes, même conduit par un sous-diable – leur souffle de la double trompe au prose ; ça leur donne des vers.

    Un souverain oriental portant barbe assyrienne, suivi de son esclave porteur d’ombre, traine toge et robe dans la poussière des chemins. Il s’en fiche. Ses esclaves feront la lessive. Un jour nous retournerons tous, esclaves et souverains, à la poussière originelle. En attendant, il y a ceux qui nettoient et ceux qui sont nettoyés. Nous ne sommes pas tous nés de la même poussière. Certaines sont plus légères que d’autres et lorsque le vent souffle, elles vont au ciel. L’égalité des poussières n’est pas encore à l’ordre du jour. Ni de la nuit.

     Le dinosaure qui suit le souverain oriental n’a pas de barbe, même assyrienne et arbore sur son dos saurien une crête de punk tout à fait démodée. Sait-il que depuis des lustres (en plastique, pas en cristal) les Sex Pistols ont débandé ? Mais non, il n’en sait rien, le dinosaure ! Vous avez vu l’étroitesse de son crâne ? Pas de quoi abriter des nichées de neurones.  Il n’est bon qu’à tirer la langue en même temps qu’un char portant un vase antique garni de fleurs du même âge et surmonté d’un dais dont les montants ne tiennent que par la force du Saint-Esprit. Il faut bien qu’il serve à quelque chose, le Saint-Esprit.

     Sain d’esprit, tel est Neptune chevauchant un paquebot. Pas que beau, le Neptune, bodybuildé, surtout. Sain de corps aussi. Les muscles roulent sous la peau comme des courants sous-marins. Dans cette chair abondante, des mystères aquatiques se meuvent avec force et délicatesse. De son trident, Neptune fera surgir des monstres marins lorsqu’avec la Cavalcade, il sera parvenu tout en haut, là où la mer et le ciel ne font plus qu’une même soupe d’âmes.

     Le fou mandoliniste, échappé sans doute d’un carnaval belge, danse les yeux fermés. Pourquoi belge ? N’avez-vous pas remarqué le lion flamand qui lui colle aux fesses d’un air narquois ?

    Comme tous les fous – les vrais, pas ceux qui se prennent pour des rois – son troisième œil, bien ouvert, suffit à lui montrer le chemin. C’est le seul qui permet de voir l’invisible. Il est préférable de laisser les deux autres yeux dans leur nuit, lorsqu’on veut atteindre le sommet où tous les mondes se rejoignent. Nécessité de la cécité.

     Un chien ferme la marche, tête basse, à la recherche d’une odeur perdue. Et un dragon, queue entre les jambes, regarde en arrière la plaine qui s’éloigne et s’estompe dans la poussière du soleil. Il me contemple courant en vain derrière ce cortège. Et je reste seul, seul, seul dans une plaine sans parfum.

     Jean-Noël Cuénod

    [1] La Galerie est ouverte du jeudi au samedi, tous les renseignements se trouvent sur le site www.galeriedespatriarches.fr ; adresse électronique : galeriedespatriarches@gmail.com.

     

     

  • MAUDIRE ET MOTS DIRE

    Imprimer

    b3654a569fb078776b948f3bfd243934.jpg

    Un poème qui vient de sortir. Prenez-le, si tel est votre désir.

     Prendre les mots par la main

    Par les pieds par les oreilles

    Par tous les bouts qui dépassent

    Oui même là et là

    Les dresser pour les placer

    Dans la clairière du temps

    Rangs serrés garde-à-vous fixe

    Pas un mot plus haut que l’autre

    Qu’ils fassent silence complet

    Qu’ils soient maudits sans mot dire

     

    Ils ont commis tant de crimes

    Ourdi tant de trahisons

    Précipité tant de chutes

    Annoncé tant de défaites

    Désignant sage le fou

    Laissant le sage sans voix

    Glorifiant le poltron

    Humiliant l’homme-droit

    Adorant tous les reflets

    Haïssant tous les soleils

     

    Les mots sont tous enduits

    De mélasse et de mensonges

    Pour capturer notre esprit

    Et nous le rendre poisseux

    Que nul n’échappe à leur glu

    A leur sirop de fiel

    Amertume doucereuse

    Confuse confiserie

    De l’or ils font de la boue

    Alchimistes à l’envers

     

    D’eux plus rien à tirer

    Nul besoin de jugement

    Abattons-les sur-le-champ

    Non c’est mieux noyons-les

    Dans la rivière d’acides

    Qu’aucun d’entre eux n’en réchappe

    Le feu qu’ils ont étouffé

    Ne peut plus les consumer

    Alors que le feu liquide

    Les ronge jusqu’à la moelle

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 6 commentaires
  • Trump l’éléphant fou dans le bazar oriental

    Imprimer

    Accords-de-Paris-V2.jpg

    Au moment l’ancien directeur du FBI James Comey l’accuse, le président Trump continue à piétiner les porcelaines du bazar moyen-oriental et risque de faire sombrer tout l’Occident dans un conflit qui n’est pas le sien, à savoir la guerre intra-musulmane entre sunnisme et chiisme, forme contemporaine de l’antagonisme millénaire arabo-perse.(Dessin d'Acé)

    Et rien à voir avec ce qui précède: Le Plouc a reçu le Grand Prix de Poésie à Pau.

    L’éléphant fou échappé à grands barrissements de la Maison Blanche pèse désormais de tout son poids en faveur des sunnites menés par l’Arabie Saoudite, alors que l’affrontement entre les deux grandes confessions de l’islam a pris une ampleur nouvelle. Suspecté de se montrer trop accommodant avec les chiites Iraniens, le Qatar a été mis au ban des nations par les Emirats arabes unis, Bahreïn, l'Égypte et le Yémen à l’instigation du maître de la manœuvre, le régime saoudien. Le motif avancé par Ryad pour expliquer la quarantaine du Qatar – à savoir que cet émirat favoriserait le terrorisme – ne trompe personne.

    Dans son sermon antiterroriste adressé au Qatar, l’Arabie Saoudite est aussi crédible qu’une mère maquerelle prêchant l’abstinence sexuelle à l’une de ses pensionnaires. C’est donc bien le rapprochement, fantasmé ou réel, du Qatar avec l’Iran chiite qui est en cause.

    En outre, le terrorisme sunnite de l’Etat Islamique a frappé mercredi Téhéran au cœur même du pouvoir chiite, causant la mort de treize personnes. Comme si les terroristes de Daech voulaient donner un signal aux Saoudiens en leur rappelant qu’une cause sacrée les unissait : combattre le chiisme.

    Obama avait rééquilibré la position des Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran, sans pour autant abandonner les intérêts de son pays auprès des monarchies arabes. Trump a démoli ce savant équilibre en soutenant pleinement le régime saoudien au détriment de l’Iran. Certes, l’Arabie Saoudite a dû payer cet engagement au prix fort, en signant au bénéfice des Etats-Unis pour 380 milliards de dollars en contrats dont 110 milliards d’armement. Armement qui, d’ailleurs, risque un jour ou l’autre de servir contre le fidèle allié américain, Israël.

    Le président américain a agité ces contrats en signe de victoire. Une victoire qui risque fort d’être de dupes. Car avec quel argent les Saoudiens vont-ils honorer ces mirifiques projets ? Le déficit saoudien a dépassé les 84 milliards de dollars et la dette publique du Royaume s’alourdit à la suite de l’effondrement constant des cours du pétrole et des campagnes militaires en Syrie et au Yémen. Comme l’on dit à Genève, « les promesses rendent joyeux les fous ». Surtout, les fols éléphants…

    Le but que semble – la prudence est de mise – poursuivre Dingo Donald serait de susciter un changement de régime en Iran, en mettant la pression sur ce pays. Au moment où les Iraniens ont massivement réélu à la présidence de la République le modéré Hassan Rohani, dans l’espoir de renouer avec l’Occident, le Pachyderme n’a rien trouvé de mieux que de leur fermer la porte au nez, en soutenant Ryad contre Téhéran. Ce faisant, Washington a apporté aux ennemis de l’Occident, aux conservateurs iraniens et aux tyranniques gardiens de la Révolution un soutien inespéré. Si changement de régime il y avait en Iran, ce serait sans doute au détriment des partisans de l’ouverture à l’Occident. Bien joué, le Mammouth !

    La mollarchie iranienne n’est pas plus sympathique que les monarchies arabes, loin de la là. Mais force est de constater que le terrorisme qui nous frappe reste le fait de pays ou de groupes qui se réclament du sunnisme. Pendant longtemps, les pétromonarchies ont financièrement soutenu nos plus implacables ennemis et ils continuent aujourd’hui à les nourrir de leur idéologie salafiste, antisémite, liberticide et antidémocratique.

    Les démocraties occidentales n’ont donc aucun intérêt à intervenir dans le conflit entre sunnites et chiites, ni d’un côté ni de l’autre. Il n’y a, dans cette affaire, que des coups à prendre. Dans son Médecin malgé lui, Molière avait tout compris en s’exprimant par le truchement de Sganarelle:

    Vous êtes un impertinent de vous ingérer dans les affaires d’autrui. Apprenez que Cicéron dit : Qu’entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt.  

    Jean-Noël Cuénod

    Le Plouc reçoit le Grand Prix de Poésie à Pau

    Pau1.jpg

    Le Grand Prix de Poésie des XXIIIème Jeux Floraux du Béarn a été attribué à Jean-Noël Cuénod –– autrement dit votre Plouc – samedi 3 juin 2017 pour son manuscrit encore inédit En Etat d’Urgence. Ce concours est placé sous l’égide du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, de la Ville de Pau et la revue de poésie L’Etrave.

    Outre la coupe remise audit Plouc par Jean Lacoste – adjoint à la culture du maire de Pau un certain François Bayrou – cette distinction permettra à ce manuscrit d’être édité par La Nouvelle Pléiade.

    Moult mercis à la présidente des Jeux Floraux du Béarn, la poétesse Floriane Clery et à Vital Heurtebize, président de Poètes sans Frontières et président d’honneur de la Société des Poètes Français, inlassable et efficace militant de la cause poétique.

     

  • Afrique(s): Tchicaya U Tam’si, le poète du corps-monde

    Imprimer

    Afrique(s). Avec ce pluriel bien singulier, le Printemps des Poètes 2017 – qui s’est terminé le 19 mars à Paris – a fait d’une pierre multiples coups. Il a mis en lumière les poésies africaines qui nourrissent de sève lumineuse le verbe de la Francité, notion qui déborde largement de l’Hexagone. La mentalité coloniale encrassant encore bien des discours, ce continent est trop souvent perçu comme un seul bloc que l’on peut déplacer ici ou là au gré de ses préjugés. De triste mémoire, le sarkozien Discours de Dakar fut l’illustration de cette arrogance paradant sur la bourrique de l’ignorance. Or, les Afriques foisonnent, fourmillent, irriguent le monde de tous leurs sangs multicolores.

    Ce Printemps des Poètes a rendu un hommage particulier aux deux grandes figures des poésies africaines, Léopold Sédar Senghor et Tchicaya U Tam’si. Si l’un est resté célèbre, l’autre est aujourd’hui oublié en Europe. Il était donc temps de remettre au soleil les textes de ce poète du corps-monde.

    De son prénom officiel Gérald-Félix, Tchicaya est né en 1931 à Mpili dans le Congo alors français. Son père, Jean-Félix est un homme politique de premier plan, instituteur et sous-officier de la France Libre durant la Seconde Guerre mondiale. Elu député à l’Assemblée constituante en 1945, le père du poète restera membre du parlement français jusqu’en 1958.

     Un père impressionnant mais très encombrant qui arrache son fils de la chaleur maternelle pour l’envoyer « se faire éduquer » en métropole. Il sera magistrat et tiendra un rôle éminent dans le Congo indépendant qui se dessine. Mais Gérald-Félix ne l’entend pas de cette oreille. Ni d’une autre d’ailleurs… Il quitte le lycée à 17 ans, juste avant de passer son bac, pour vivre de poésie et survivre de petits métiers en France. L’exemple de Rimbaud souffle partout et frappe quiconque à une âme pour le suivre.

    De cette enfance contrariée, mais solidement instruite, Tchicaya fils restera marqué par une autre épreuve : une malformation du pied gauche qui l’a fait souffrir, l’empêchant de partager les jeux de ses copains.

    La petite feuille qui parle pour son Afrique

    Son premier recueil Le Mauvais sang paraît en 1955 aux Editions Caractères à Paris et sera salué par Léopold Sédar Senghor. En 1957, le jeune poète prend pour nom Tchicaya U Tam’si (qui signifie en langue bantoue « petite feuille qui parle pour son pays. ») et retourne dans son pays d’origine qui vit, comme ses voisins, les convulsions des indépendances. Il sera la plume de Patrice Lumumba, le leader des indépendantistes du Congo ex-Belge. Après l’assassinat de Lumumba dans d’horribles conditions, Tchicaya U Tam’si regagne la France et occupera plusieurs postes au siège parisien de l’UNESCO. Il peut ainsi vivre et écrire en toute indépendance, non sans éprouver cette déchirure dont souffrent tant d’auteurs africains : ils chantent leurs pays mais c’est en Europe que se trouvent la plupart de leurs lecteurs. Le 22 avril 1988, Tchicaya U Tam’si meurt à 56 ans, à Bazancourt, dans l’Oise, bien loin de ses terres.

    En novembre dernier, L’Harmattan a pris l’excellente initiative de rééditer en un seul volume, trois œuvres poétiques majeures : Le Mauvais sang, Feu de Brousse et A Triche-cœur.

    Dans son premier recueil (Le Mauvais sang), Tchicaya U Tam’si reste encore dans le jardin des rimes classiques françaises mais avec des ruptures dans la métrique. Il y pousse d’étranges lianes dans ce jardin, des lianes au sève de sang, de mauvais sang :

    Pousse ta chanson – Mauvais sang – comment vivre

    l’ordure à fleur de l’âme, être à chair de regret

    l’atrocité du sang fleur d’étoile, nargué

    Des serpents dans la nuit sifflaient comme des cuivres.

     

    Dans ce recueil écrit en métropole, la pluie intervient souvent, comme des larmes venues du froid et qui coulent sur un pays maternel, solaire et lointain. Une pluie qui fait ce bruit de gouttes d’eau sur une plaque chaude :

    Seul j’écoute, je doute, il pleut et c’est certain

    Comme seul l’oiseau au plus fort des tragédies,

    je chante pour n’être pas vaincu à la fin.

     

    Le poète chante dru. C’est le vrai, dans toutes ses dimensions, qu’il étreint. Le cœur est aussi un viscère, non ? Dans ce quatrain, Tchicaya se rappelle aussi son infirmité à la jambe gauche :

    Ils ne conviendront pas qu’enfant, j’eus les boyaux

    durs comme fer et la jambe raide et clopant

    j’allais terrible et noir et fièvre dans le vent

    L’esprit, un roc, m’y faisaient entrevoir une eau.

    Afrique à bras le corps

    Avec Feu de Brousse et A Triche-cœur, le poète saute par-dessus la barrière du jardin et s’ébroue dans sa brousse. La poésie prend ses Afriques à bras le corps :

    j’écume je meurs fleuve sans lames

    qui me venge des poissons apathiques

    ô mes fleuves

    je vous rends l’eau salée

    de mes pores.

     

    La nuit africaine est une veine qui bat à sa tempe, comme un signe que donnerait le corps, un signe qui montre que tout est possible :

    venez ce soir

    ma tête est parfumée

    ma sueur c’est de la bonne résine

    venez ce soir allumez vos lampes

     

    la nuit viendra,

    mon âme est prête toute.

     

    Lorsque les lampes font comme des étoiles terrestres, on se met à contempler ses paumes pour y déceler des pistes dans la jungle personnelle :

    où mènent-elles

    toutes ces lignes dans ma main ?

     

    Et le dans Feu de Brousse, le mauvais sang revient :

    j’ai donc eu mon mauvais sang.

     

    Mais il vient d’où, ce mauvais sang ? De l’enfance à l’ombre d’un père soleil qui trace votre destin sans rien vous demander ? De cette mère dont vous avez été arraché à la chaleur pour être jeté dans le froid de la métropole ? De cette jambe qui fait souffrir ? De ces Afriques trahies par tous et même par les siens ? Des Afriques dévorées à laides dents (A Triche-Cœur) :

    un charnier ouvre un festin

    où l’on mange ses viscères d’abord

    puis ses bras puis sa mémoire (…)

     

    où l’on y boit la lente chanson du rossignol.

     

    Le poète est l’arbre et le sanglier, le ciel et la fange, la rose et son fumier :

    par l’épée ta moisson

    sera sans ivraie rêve

    ô sanglier mon cœur

     

    il y avait le ciel bleu

    il était dans ma bauge

     

    il a culbuté l’arbre

    que j’étais dans le vent.

    Poète révolutionnaire authentique

     Engagé en faveur de l’indépendance du Congo, des Congos plutôt, et de toutes les Afriques, le poète n’a pas mis en vers ses programmes politiques, suivant en cela l’exemple de René Char – résistant et poète mais pas poète et propagandiste – avec lequel Tchicaya U Tam’si a souvent été comparé.

    Chez Tchicaya, le corps ne fait pas partie de la nature ; il est la nature. Abolie, cette occidentale hiérarchie de supermarché qui divise en catégories distinctes les éléments de la nature et place l’Homme (et un cran au-dessous, la Femme) comme un dieu séparé d’une nature qu’il n’a même pas créée mais qu’il soumet à son profit, en aveugle avide !

    En explosant cette hiérarchie, en abattant les murs, en plaçant l’humain dans l’unité qui est sa véritable nature, dans tous les sens du terme, Tchicaya U Tam’si prouve qu’il est un poète révolutionnaire. Authentiquement révolutionnaire, contrairement à ceux qui, se prétendant tels, ne font que proclamer des slogans aussitôt oubliés. En cela, Tchicaya U Tam’si rejoint un autre poète révolutionnaire, Benjamin Péret, l’inconnu le plus célèbre du surréalisme.

    Tchicaya U Tam’si. Son nom fait encore vibrer toutes nos savanes.

     Jean-Noël Cuénod

     (Cet article a été également publié par AGORA FRANCOPHONE http://www.agora-francophone.org) 

    ESPACE VIDEO 

    Poème dit par l'auteur

    Bibliographie

     

    Gallimard est en train de publier ses œuvres complètes (collections «Continents noirs»). Pour le moment deux volumes sont sortis :

     

    Tome 1 – J’étais nu pour le premier baiser de ma mère.

    Tome 2 – La Trilogie romanesque ( Les Cancrelats, Les Méduses, Les Phalènes)

     

    L’Harmattan- Littérature a publié dans sa collection « Poètes des cinq continents » en un volume les trois recueils Le Mauvais sang, Feu de Brousse et A Triche-cœur.

     

    Tchicaya est aussi auteur de théâtre :

    • Le Zulu suivi de Vwène Le Fondateur, Nubia, 1977.
    • Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku, prince qu'on sort, Présence africaine,1979.
    • Le Bal de N'dinga, éditions L'Atelier imaginaire/Éditions L'Âge d'Homme : Tarbes,1987.

     

    A recommander la lecture de Tchicaya U Tam’si, le viol de la lune. Vie et œuvre d’un maudit, biographie rédigée par Boniface Mongo-Mboussa. Editions Vents d’ailleurs.

     

     

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 1 commentaire
  • OMBRE ET MERVEILLE

    Imprimer

    ClairièreSaint-Cergue.jpg

    Un moment pour respirer et se rappeler la prière d’avant toutes les prières. La prière d’avant la parole. Quand nous étions une idée dans le ventre de l’Eternel.

     Marcher dans l’ombre avec ses merveilles tapies

    Dans ses replis succulents ses recoins moussus

    Cathédrale de bois, de feuilles et de parfums

    Qui frémit aux chants de ses oiseaux liturgiques

    Respirer est la prière du fond des âges

    La prière d’avant le don de la parole

     

    Marcher dans l’éclat bleuté de la clairière

    Mais sous les pieds du pèlerin que de pièges !

    Il en est de toutes tailles de tous calibres

    Prêts à s’ouvrir à la moindre inattention

    Le sol n’est pas si sûr le pire peut arriver

    Tous, nous sommes nus quand la terre se dérobe

    Jean-Noël Cuénod

    Photo JNC, photo prise entre La Combe Grasse et Saint-Cergue.

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 9 commentaires
  • SOL SANS BOUSSOLE

    Imprimer

    IMG_0104.jpg

     

     La forge des éclairs prend la terre à témoins

    A jets continus pluie et feu sur nos chairs

    Nous marchons hagards sur des chemins qui s’effacent

    Des gerbes de rires jaillissent çà et là

    Comme des fougères surgissant des fossés

    Des gerbes de rires pour baliser le cortège

    Pour redresser l’échine et affermir le pas

     

    L’horizon n’est pas encor sorti de sa gangue

    Longue larve ventrue cœur palpitant visible

    La certitude est une illusion de plus

    Plus cruelle que toutes les autres et c’est tout

    Le temps est une prison que nous contournons

    Le but est une impasse que nous évitons

    Nous marchons lucides au bord des précipices

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent Catégories : Poésie L'Or du temps 3 commentaires
  • QUE VOULEZ-VOUS ?

    Imprimer

    IMG_0104.jpg

     Que voulez-vous? Que voulons-nous? Si nous parvenons à préciser les contours de cette question, la réponse surgira d’elle-même. Mais nous voulons tellement de choses contradictoires que nous ne sommes pas sortis de l’auberge espagnole.

     

    Que voulez-vous

    J’ai soif de pain partagé

     

    Que voulez-vous

    J’ai faim de vin fraternel

     

    Que voulez-vous

    Je ne rends pas mes armes

     

    Que voulez-vous

    J’entends les cris de nos morts

     

    Que voulez-vous

    J’écoute les silences de nos vivants

     

    Que voulez-vous

    Je ne suis ni de bois ni de marbre

     

    Que voulez-vous

    Je garde au cœur les vieux chants

     

    Que voulez-vous

    Je reste de boue devant le Veau d’Or

     

    Que voulez-vous

    Je puise au fond des gouffres l’eau solaire

     

    Que voulez-vous

    J’abrite dans mon corps l’étincelle

     

    Que voulez-vous

    J’attends le feu sur mes savanes

     

    Que voulez-vous

    Je m’évade de la prison des miroirs

     

    Que voulez-vous?

    Vous ?

     

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 7 commentaires
  • ASCENSION

    Imprimer

    IMG_0962.jpg

    Ville sans oreille les cloches sont muettes

    Le ballet des ombres agite le silence

    Comme si de rien n’était elles s’étreignent

    Mais les phares d’une voiture les séparent

    Et la lumière s’en va poursuivre sa route

     

    Mes pas sont le métronome de votre coeur

    Je suis le dieu qui chemine sans but

    Brut comme un trottoir et sec comme un lendemain

    Au fond de ma mort je cherche le pain de vie

    Pour vous le transmettre prenez-en de la graine

     

    Un jour je vous le dis les cloches chanteront

    Et vous verrez alors de quel feu je me chauffe

    Jean-Noël Cuénod

     

    Lien permanent 2 commentaires
  • NUIT DEBOUT OU LA NECESSITE DE TOURNER EN ROND

    Imprimer

    NDequilibre.JPG

     Tentative d’approcher le mouvement Nuit Debout, sous un autre angle, celui de la poésie.

     Il fait un temps à rêver debout pour ne pas mourir assis. A se lever, marcher, prendre son mal en impatience et abreuver l’insomnie d’un flot de paroles.

     Tourner en rond, place de la République. Tourner en rond avec d’autres ombres rebelles au sommeil.

    Tourner en rond jusqu’à ce que sous nos pas le sol se dérobe pour nous faire entrer dans ses souterrains. Nous y retrouverons les entrailles chaudes de l’Histoire. Nous nous y perdrons. Notre voix nous sera retournée en écho. Des mains aveugles saisiront nos bras. Nous creuserons toujours plus, en ne quémandant plus d’autre aide que celles de nos mains, en ne cherchant plus d’autre issue que nous-mêmes.

     Un matin. Peut-être. Un matin, nous aurons tellement creusé que le soleil nous surprendra place de la République.

    Nous ne tournerons plus en rond.

                                                    ****

    PAROLE ECOUTE

    Je suis la parole qui écoute

    Les jeunes morts ont tous l’âge du monde

    Ils seront là où vos cris les appellent

    Rien n’est plus bruyant que leurs silences

    Ne les retenez pas et laissez-les

    Vivre leur vie dans l’ailleurs des aïeux

     

    Je suis la parole qui écoute

                                       

    Oubliez vos larmes au vestiaire

    Séchez votre visage baigné d’armes

    Les odeurs de chanvre et d’agneau grillé

    Se croisent s’entrecroisent s’entremêlent

    Tressent les filaments de la nuit

     

    Je suis la parole qui écoute

     

    Dans les cœurs il faut faire place nette

    Percez les abcès que le pus coule!

    C’est le grand orage dans les poitrines

    Comme les braises du feu fouaillées

    Des gerbes de mots s’échappent scintillent

     

    Je suis la parole qui écoute

     

    L’incendie prendra ou ne prendra pas

    Comment savoir où le vent va souffler?

    Imprévisible derviche tourneur

    Qui se moque bien de vos devins

    Aujourd’hui seule importe la flamme

     Je suis la parole qui écoute.

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 20 commentaires
  • TEMPS MINERAL

    Imprimer

    zen-galet-pierre-mer-océan.jpg

    Lampée d’eau salée goût d’algue au fond de la gorge

    Sur le sable un petit crabe court à sa perte

    Et subira bientôt la loi du talon

     

    Les rouleaux passent et repassent sur ton corps

    L’océan est un monstrueux copulateur

    Mais sa semence n’engendre que des galets

    Qui se réchauffent dans les sables utérins

     

    L’oiseau bleu ne se détache plus du ciel

    La trace de son vol s’est dissoute dans l’air

    Au sol absolue solitude des pierres

    Le cœur absent nous vivons un temps minéral

     

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 1 commentaire
  • FORCES

    Imprimer

     

     

    qkmntu3dwtu.jpg

    Inéluctable comme une feuille morte

    La nuit fait main basse sur la forêt

     

    Devenus invisibles les buissons

    Craquent frémissent frissonnent crient et chantent

     

    La lumière noire des frondaisons

    Eteint les lumineux cadavres stellaires

     

    Les fougères abritent d’étranges crimes

    Charrues à poils drus les sangliers labourent

    Avant d’être tués les lapins copulent

    Les chevreuils préparent leurs noces de sang

    Et le brâme du cerf pétrifie les sources

     

    Heure animale où l’homme n’est rien

    Témoin inutile que nul n’interroge

     

     

    Jean-Noël Cuénod

  • ADHUC STAT

    Imprimer

     

    pompei_mur_chute_-_0314.jpg

     Vasque vide mousse éperdue

    Dans la cour du château caduc

    Où rôdent d’antiques esprits

    Des mondes abolis s’accrochent

    Lézards pétrifiés partout

     

    Des escaliers effondrés

    Ne portent que les pas du vent

    Les dentelles du toit flageolent

    Et du souvenir d’un puits

    Nulle vérité ne surgit

     

    La table rase du passé

    Ne saurait nourrir le présent

    Mais la pierre des ruines

    N’a pas dit son dernier mot

    Nous sommes au pied du mur

     

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 1 commentaire
  • De l’indispensable inutilité de la poésie

    Imprimer

     

    Essence-Ciel.jpg

    Essence-Ciel, photo JNC 

     « Ça rime à quoi ? », la seule émission radiophonique de poésie: supprimée de la grille de France-Culture ; la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines près de Paris : asphyxiée par fermeture du robinet à subventions; le Festival de Lodève : rayé de la carte. Ces trois emblèmes de la poésie en France vont donc passer par pertes et profits. Une pensée pour Sophie Nauleau, poétesse et productrice de «Ça rime à quoi ? » qui a défendu, toutes griffes dehors, la cause de la poésie chez les médiacrates. Une autre pour le maire et poète Roland Nadaus, qui a créé la Maison de Saint-Quentin-en-Yvelines. Une troisième pour Marc Delouze, cofondateur du Festival de Lodève, et infatigable animateur de l’association Les Parvis poétiques[1].

    Toutes ces mises à mort se sont déroulées dans un silence criant d’indifférence. Les protestations qui se sont élevées, ici et là, n’ont pas atteint l’ouïe des médias, sourds mais point muets, hélas.

     Cela dit, ces épisodes n’ont rien d’étonnant. Ils sont dans l’ordre des choses. La société actuelle, basée sur l’hypercapitalisme et l’industrie des médias, n’est pas compatible avec l’  « état de poésie », si bien décrit par ce cher Georges Haldas.

    Car, voyez-vous, la poésie n’est bonne à rien. Jadis majeur, cet art n’est aujourd’hui même plus mineur; il a disparu des écrans radar. Tout se vend, sauf la poésie. Tout se vaut, mais la poésie ne vaut rien. Impossible de la calibrer pour qu’elle se coince dans les moules de la marchandise.  La société médiamercantile a l’estomac nickelé des prédateurs. Elle avale tout : la musique qu’elle met en boîte format mp3, la littérature qu’elle castre pour la rendre consommable, l’art pictural qu’elle transforme en produits dérivés pour enjoliver les réfrigérateurs. Mais avec la poésie, rien à faire, elle la vomit.

     Ce qui fait résistance dans la poésie, c’est son inutilité. Elle ne peut pas servir à baliser une carrière, à s’insérer dans la lutte des places, à amorcer la pompe à phynances. Elle ne saurait être, en aucun cas, un divertissement, c’est-à-dire une occupation qui détourne l'humain de l'essentiel. Au contraire, la poésie va à l’essentiel, alors que la société médiamercantile impose le superflu.

     La poésie est dilatation de l’être ; elle l’aspire vers l’émotion esthétique. La société médiamercantile est rétractation de l’être ; elle le rabougrise dans sa seule dimension de tube digestif.

    Ne nous lamentons pas sur le rejet de la poésie par cette société-là. Au contraire, réjouissons-nous. Il y a au moins une dimension de la vie qui échappe à cette bouillie hypercapitaliste. C’est la seule. D’où sont indispensable inutilité.

     Continuons à écrire des poèmes, à les dire, à les vivre, partout, dans les rues, les parcs, les caves, les champs, les arbres, sans rien escompter d’autre que le plaisir du moment présent. Il y aura toujours une oreille attentive à jouir de l’essence-ciel.

     

    Jean-Noël Cuénod

     



    [1] www.parvispoetiques.fr

    Lien permanent 5 commentaires