06/04/2017

Afrique(s): Tchicaya U Tam’si, le poète du corps-monde

Afrique(s). Avec ce pluriel bien singulier, le Printemps des Poètes 2017 – qui s’est terminé le 19 mars à Paris – a fait d’une pierre multiples coups. Il a mis en lumière les poésies africaines qui nourrissent de sève lumineuse le verbe de la Francité, notion qui déborde largement de l’Hexagone. La mentalité coloniale encrassant encore bien des discours, ce continent est trop souvent perçu comme un seul bloc que l’on peut déplacer ici ou là au gré de ses préjugés. De triste mémoire, le sarkozien Discours de Dakar fut l’illustration de cette arrogance paradant sur la bourrique de l’ignorance. Or, les Afriques foisonnent, fourmillent, irriguent le monde de tous leurs sangs multicolores.

Ce Printemps des Poètes a rendu un hommage particulier aux deux grandes figures des poésies africaines, Léopold Sédar Senghor et Tchicaya U Tam’si. Si l’un est resté célèbre, l’autre est aujourd’hui oublié en Europe. Il était donc temps de remettre au soleil les textes de ce poète du corps-monde.

De son prénom officiel Gérald-Félix, Tchicaya est né en 1931 à Mpili dans le Congo alors français. Son père, Jean-Félix est un homme politique de premier plan, instituteur et sous-officier de la France Libre durant la Seconde Guerre mondiale. Elu député à l’Assemblée constituante en 1945, le père du poète restera membre du parlement français jusqu’en 1958.

 Un père impressionnant mais très encombrant qui arrache son fils de la chaleur maternelle pour l’envoyer « se faire éduquer » en métropole. Il sera magistrat et tiendra un rôle éminent dans le Congo indépendant qui se dessine. Mais Gérald-Félix ne l’entend pas de cette oreille. Ni d’une autre d’ailleurs… Il quitte le lycée à 17 ans, juste avant de passer son bac, pour vivre de poésie et survivre de petits métiers en France. L’exemple de Rimbaud souffle partout et frappe quiconque à une âme pour le suivre.

De cette enfance contrariée, mais solidement instruite, Tchicaya fils restera marqué par une autre épreuve : une malformation du pied gauche qui l’a fait souffrir, l’empêchant de partager les jeux de ses copains.

La petite feuille qui parle pour son Afrique

Son premier recueil Le Mauvais sang paraît en 1955 aux Editions Caractères à Paris et sera salué par Léopold Sédar Senghor. En 1957, le jeune poète prend pour nom Tchicaya U Tam’si (qui signifie en langue bantoue « petite feuille qui parle pour son pays. ») et retourne dans son pays d’origine qui vit, comme ses voisins, les convulsions des indépendances. Il sera la plume de Patrice Lumumba, le leader des indépendantistes du Congo ex-Belge. Après l’assassinat de Lumumba dans d’horribles conditions, Tchicaya U Tam’si regagne la France et occupera plusieurs postes au siège parisien de l’UNESCO. Il peut ainsi vivre et écrire en toute indépendance, non sans éprouver cette déchirure dont souffrent tant d’auteurs africains : ils chantent leurs pays mais c’est en Europe que se trouvent la plupart de leurs lecteurs. Le 22 avril 1988, Tchicaya U Tam’si meurt à 56 ans, à Bazancourt, dans l’Oise, bien loin de ses terres.

En novembre dernier, L’Harmattan a pris l’excellente initiative de rééditer en un seul volume, trois œuvres poétiques majeures : Le Mauvais sang, Feu de Brousse et A Triche-cœur.

Dans son premier recueil (Le Mauvais sang), Tchicaya U Tam’si reste encore dans le jardin des rimes classiques françaises mais avec des ruptures dans la métrique. Il y pousse d’étranges lianes dans ce jardin, des lianes au sève de sang, de mauvais sang :

Pousse ta chanson – Mauvais sang – comment vivre

l’ordure à fleur de l’âme, être à chair de regret

l’atrocité du sang fleur d’étoile, nargué

Des serpents dans la nuit sifflaient comme des cuivres.

 

Dans ce recueil écrit en métropole, la pluie intervient souvent, comme des larmes venues du froid et qui coulent sur un pays maternel, solaire et lointain. Une pluie qui fait ce bruit de gouttes d’eau sur une plaque chaude :

Seul j’écoute, je doute, il pleut et c’est certain

Comme seul l’oiseau au plus fort des tragédies,

je chante pour n’être pas vaincu à la fin.

 

Le poète chante dru. C’est le vrai, dans toutes ses dimensions, qu’il étreint. Le cœur est aussi un viscère, non ? Dans ce quatrain, Tchicaya se rappelle aussi son infirmité à la jambe gauche :

Ils ne conviendront pas qu’enfant, j’eus les boyaux

durs comme fer et la jambe raide et clopant

j’allais terrible et noir et fièvre dans le vent

L’esprit, un roc, m’y faisaient entrevoir une eau.

Afrique à bras le corps

Avec Feu de Brousse et A Triche-cœur, le poète saute par-dessus la barrière du jardin et s’ébroue dans sa brousse. La poésie prend ses Afriques à bras le corps :

j’écume je meurs fleuve sans lames

qui me venge des poissons apathiques

ô mes fleuves

je vous rends l’eau salée

de mes pores.

 

La nuit africaine est une veine qui bat à sa tempe, comme un signe que donnerait le corps, un signe qui montre que tout est possible :

venez ce soir

ma tête est parfumée

ma sueur c’est de la bonne résine

venez ce soir allumez vos lampes

 

la nuit viendra,

mon âme est prête toute.

 

Lorsque les lampes font comme des étoiles terrestres, on se met à contempler ses paumes pour y déceler des pistes dans la jungle personnelle :

où mènent-elles

toutes ces lignes dans ma main ?

 

Et le dans Feu de Brousse, le mauvais sang revient :

j’ai donc eu mon mauvais sang.

 

Mais il vient d’où, ce mauvais sang ? De l’enfance à l’ombre d’un père soleil qui trace votre destin sans rien vous demander ? De cette mère dont vous avez été arraché à la chaleur pour être jeté dans le froid de la métropole ? De cette jambe qui fait souffrir ? De ces Afriques trahies par tous et même par les siens ? Des Afriques dévorées à laides dents (A Triche-Cœur) :

un charnier ouvre un festin

où l’on mange ses viscères d’abord

puis ses bras puis sa mémoire (…)

 

où l’on y boit la lente chanson du rossignol.

 

Le poète est l’arbre et le sanglier, le ciel et la fange, la rose et son fumier :

par l’épée ta moisson

sera sans ivraie rêve

ô sanglier mon cœur

 

il y avait le ciel bleu

il était dans ma bauge

 

il a culbuté l’arbre

que j’étais dans le vent.

Poète révolutionnaire authentique

 Engagé en faveur de l’indépendance du Congo, des Congos plutôt, et de toutes les Afriques, le poète n’a pas mis en vers ses programmes politiques, suivant en cela l’exemple de René Char – résistant et poète mais pas poète et propagandiste – avec lequel Tchicaya U Tam’si a souvent été comparé.

Chez Tchicaya, le corps ne fait pas partie de la nature ; il est la nature. Abolie, cette occidentale hiérarchie de supermarché qui divise en catégories distinctes les éléments de la nature et place l’Homme (et un cran au-dessous, la Femme) comme un dieu séparé d’une nature qu’il n’a même pas créée mais qu’il soumet à son profit, en aveugle avide !

En explosant cette hiérarchie, en abattant les murs, en plaçant l’humain dans l’unité qui est sa véritable nature, dans tous les sens du terme, Tchicaya U Tam’si prouve qu’il est un poète révolutionnaire. Authentiquement révolutionnaire, contrairement à ceux qui, se prétendant tels, ne font que proclamer des slogans aussitôt oubliés. En cela, Tchicaya U Tam’si rejoint un autre poète révolutionnaire, Benjamin Péret, l’inconnu le plus célèbre du surréalisme.

Tchicaya U Tam’si. Son nom fait encore vibrer toutes nos savanes.

 Jean-Noël Cuénod

 (Cet article a été également publié par AGORA FRANCOPHONE http://www.agora-francophone.org) 

ESPACE VIDEO 

Poème dit par l'auteur

Bibliographie

 

Gallimard est en train de publier ses œuvres complètes (collections «Continents noirs»). Pour le moment deux volumes sont sortis :

 

Tome 1 – J’étais nu pour le premier baiser de ma mère.

Tome 2 – La Trilogie romanesque ( Les Cancrelats, Les Méduses, Les Phalènes)

 

L’Harmattan- Littérature a publié dans sa collection « Poètes des cinq continents » en un volume les trois recueils Le Mauvais sang, Feu de Brousse et A Triche-cœur.

 

Tchicaya est aussi auteur de théâtre :

  • Le Zulu suivi de Vwène Le Fondateur, Nubia, 1977.
  • Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku, prince qu'on sort, Présence africaine,1979.
  • Le Bal de N'dinga, éditions L'Atelier imaginaire/Éditions L'Âge d'Homme : Tarbes,1987.

 

A recommander la lecture de Tchicaya U Tam’si, le viol de la lune. Vie et œuvre d’un maudit, biographie rédigée par Boniface Mongo-Mboussa. Editions Vents d’ailleurs.

 

 

 

 

 

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09/02/2017

OMBRE ET MERVEILLE

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Un moment pour respirer et se rappeler la prière d’avant toutes les prières. La prière d’avant la parole. Quand nous étions une idée dans le ventre de l’Eternel.

 Marcher dans l’ombre avec ses merveilles tapies

Dans ses replis succulents ses recoins moussus

Cathédrale de bois, de feuilles et de parfums

Qui frémit aux chants de ses oiseaux liturgiques

Respirer est la prière du fond des âges

La prière d’avant le don de la parole

 

Marcher dans l’éclat bleuté de la clairière

Mais sous les pieds du pèlerin que de pièges !

Il en est de toutes tailles de tous calibres

Prêts à s’ouvrir à la moindre inattention

Le sol n’est pas si sûr le pire peut arriver

Tous, nous sommes nus quand la terre se dérobe

Jean-Noël Cuénod

Photo JNC, photo prise entre La Combe Grasse et Saint-Cergue.

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11/08/2016

SOL SANS BOUSSOLE

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 La forge des éclairs prend la terre à témoins

A jets continus pluie et feu sur nos chairs

Nous marchons hagards sur des chemins qui s’effacent

Des gerbes de rires jaillissent çà et là

Comme des fougères surgissant des fossés

Des gerbes de rires pour baliser le cortège

Pour redresser l’échine et affermir le pas

 

L’horizon n’est pas encor sorti de sa gangue

Longue larve ventrue cœur palpitant visible

La certitude est une illusion de plus

Plus cruelle que toutes les autres et c’est tout

Le temps est une prison que nous contournons

Le but est une impasse que nous évitons

Nous marchons lucides au bord des précipices

Jean-Noël Cuénod

20:25 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : poesie, poème | |  Facebook | | |

06/06/2016

QUE VOULEZ-VOUS ?

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 Que voulez-vous? Que voulons-nous? Si nous parvenons à préciser les contours de cette question, la réponse surgira d’elle-même. Mais nous voulons tellement de choses contradictoires que nous ne sommes pas sortis de l’auberge espagnole.

 

Que voulez-vous

J’ai soif de pain partagé

 

Que voulez-vous

J’ai faim de vin fraternel

 

Que voulez-vous

Je ne rends pas mes armes

 

Que voulez-vous

J’entends les cris de nos morts

 

Que voulez-vous

J’écoute les silences de nos vivants

 

Que voulez-vous

Je ne suis ni de bois ni de marbre

 

Que voulez-vous

Je garde au cœur les vieux chants

 

Que voulez-vous

Je reste de boue devant le Veau d’Or

 

Que voulez-vous

Je puise au fond des gouffres l’eau solaire

 

Que voulez-vous

J’abrite dans mon corps l’étincelle

 

Que voulez-vous

J’attends le feu sur mes savanes

 

Que voulez-vous

Je m’évade de la prison des miroirs

 

Que voulez-vous?

Vous ?

 

Jean-Noël Cuénod

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05/05/2016

ASCENSION

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Ville sans oreille les cloches sont muettes

Le ballet des ombres agite le silence

Comme si de rien n’était elles s’étreignent

Mais les phares d’une voiture les séparent

Et la lumière s’en va poursuivre sa route

 

Mes pas sont le métronome de votre coeur

Je suis le dieu qui chemine sans but

Brut comme un trottoir et sec comme un lendemain

Au fond de ma mort je cherche le pain de vie

Pour vous le transmettre prenez-en de la graine

 

Un jour je vous le dis les cloches chanteront

Et vous verrez alors de quel feu je me chauffe

Jean-Noël Cuénod

 

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22/04/2016

NUIT DEBOUT OU LA NECESSITE DE TOURNER EN ROND

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 Tentative d’approcher le mouvement Nuit Debout, sous un autre angle, celui de la poésie.

 Il fait un temps à rêver debout pour ne pas mourir assis. A se lever, marcher, prendre son mal en impatience et abreuver l’insomnie d’un flot de paroles.

 Tourner en rond, place de la République. Tourner en rond avec d’autres ombres rebelles au sommeil.

Tourner en rond jusqu’à ce que sous nos pas le sol se dérobe pour nous faire entrer dans ses souterrains. Nous y retrouverons les entrailles chaudes de l’Histoire. Nous nous y perdrons. Notre voix nous sera retournée en écho. Des mains aveugles saisiront nos bras. Nous creuserons toujours plus, en ne quémandant plus d’autre aide que celles de nos mains, en ne cherchant plus d’autre issue que nous-mêmes.

 Un matin. Peut-être. Un matin, nous aurons tellement creusé que le soleil nous surprendra place de la République.

Nous ne tournerons plus en rond.

                                                ****

PAROLE ECOUTE

Je suis la parole qui écoute

Les jeunes morts ont tous l’âge du monde

Ils seront là où vos cris les appellent

Rien n’est plus bruyant que leurs silences

Ne les retenez pas et laissez-les

Vivre leur vie dans l’ailleurs des aïeux

 

Je suis la parole qui écoute

                                   

Oubliez vos larmes au vestiaire

Séchez votre visage baigné d’armes

Les odeurs de chanvre et d’agneau grillé

Se croisent s’entrecroisent s’entremêlent

Tressent les filaments de la nuit

 

Je suis la parole qui écoute

 

Dans les cœurs il faut faire place nette

Percez les abcès que le pus coule!

C’est le grand orage dans les poitrines

Comme les braises du feu fouaillées

Des gerbes de mots s’échappent scintillent

 

Je suis la parole qui écoute

 

L’incendie prendra ou ne prendra pas

Comment savoir où le vent va souffler?

Imprévisible derviche tourneur

Qui se moque bien de vos devins

Aujourd’hui seule importe la flamme

 Je suis la parole qui écoute.

Jean-Noël Cuénod

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03/10/2015

TEMPS MINERAL

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Lampée d’eau salée goût d’algue au fond de la gorge

Sur le sable un petit crabe court à sa perte

Et subira bientôt la loi du talon

 

Les rouleaux passent et repassent sur ton corps

L’océan est un monstrueux copulateur

Mais sa semence n’engendre que des galets

Qui se réchauffent dans les sables utérins

 

L’oiseau bleu ne se détache plus du ciel

La trace de son vol s’est dissoute dans l’air

Au sol absolue solitude des pierres

Le cœur absent nous vivons un temps minéral

 

Jean-Noël Cuénod

16:21 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : poème, poésie | |  Facebook | | |

25/09/2015

FORCES

 

 

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Inéluctable comme une feuille morte

La nuit fait main basse sur la forêt

 

Devenus invisibles les buissons

Craquent frémissent frissonnent crient et chantent

 

La lumière noire des frondaisons

Eteint les lumineux cadavres stellaires

 

Les fougères abritent d’étranges crimes

Charrues à poils drus les sangliers labourent

Avant d’être tués les lapins copulent

Les chevreuils préparent leurs noces de sang

Et le brâme du cerf pétrifie les sources

 

Heure animale où l’homme n’est rien

Témoin inutile que nul n’interroge

 

 

Jean-Noël Cuénod

17:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : poésie, poème, littérature | |  Facebook | | |

30/08/2015

ADHUC STAT

 

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 Vasque vide mousse éperdue

Dans la cour du château caduc

Où rôdent d’antiques esprits

Des mondes abolis s’accrochent

Lézards pétrifiés partout

 

Des escaliers effondrés

Ne portent que les pas du vent

Les dentelles du toit flageolent

Et du souvenir d’un puits

Nulle vérité ne surgit

 

La table rase du passé

Ne saurait nourrir le présent

Mais la pierre des ruines

N’a pas dit son dernier mot

Nous sommes au pied du mur

 

Jean-Noël Cuénod

10:01 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : poésie | |  Facebook | | |

31/07/2015

De l’indispensable inutilité de la poésie

 

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Essence-Ciel, photo JNC 

 « Ça rime à quoi ? », la seule émission radiophonique de poésie: supprimée de la grille de France-Culture ; la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines près de Paris : asphyxiée par fermeture du robinet à subventions; le Festival de Lodève : rayé de la carte. Ces trois emblèmes de la poésie en France vont donc passer par pertes et profits. Une pensée pour Sophie Nauleau, poétesse et productrice de «Ça rime à quoi ? » qui a défendu, toutes griffes dehors, la cause de la poésie chez les médiacrates. Une autre pour le maire et poète Roland Nadaus, qui a créé la Maison de Saint-Quentin-en-Yvelines. Une troisième pour Marc Delouze, cofondateur du Festival de Lodève, et infatigable animateur de l’association Les Parvis poétiques[1].

Toutes ces mises à mort se sont déroulées dans un silence criant d’indifférence. Les protestations qui se sont élevées, ici et là, n’ont pas atteint l’ouïe des médias, sourds mais point muets, hélas.

 Cela dit, ces épisodes n’ont rien d’étonnant. Ils sont dans l’ordre des choses. La société actuelle, basée sur l’hypercapitalisme et l’industrie des médias, n’est pas compatible avec l’  « état de poésie », si bien décrit par ce cher Georges Haldas.

Car, voyez-vous, la poésie n’est bonne à rien. Jadis majeur, cet art n’est aujourd’hui même plus mineur; il a disparu des écrans radar. Tout se vend, sauf la poésie. Tout se vaut, mais la poésie ne vaut rien. Impossible de la calibrer pour qu’elle se coince dans les moules de la marchandise.  La société médiamercantile a l’estomac nickelé des prédateurs. Elle avale tout : la musique qu’elle met en boîte format mp3, la littérature qu’elle castre pour la rendre consommable, l’art pictural qu’elle transforme en produits dérivés pour enjoliver les réfrigérateurs. Mais avec la poésie, rien à faire, elle la vomit.

 Ce qui fait résistance dans la poésie, c’est son inutilité. Elle ne peut pas servir à baliser une carrière, à s’insérer dans la lutte des places, à amorcer la pompe à phynances. Elle ne saurait être, en aucun cas, un divertissement, c’est-à-dire une occupation qui détourne l'humain de l'essentiel. Au contraire, la poésie va à l’essentiel, alors que la société médiamercantile impose le superflu.

 La poésie est dilatation de l’être ; elle l’aspire vers l’émotion esthétique. La société médiamercantile est rétractation de l’être ; elle le rabougrise dans sa seule dimension de tube digestif.

Ne nous lamentons pas sur le rejet de la poésie par cette société-là. Au contraire, réjouissons-nous. Il y a au moins une dimension de la vie qui échappe à cette bouillie hypercapitaliste. C’est la seule. D’où sont indispensable inutilité.

 Continuons à écrire des poèmes, à les dire, à les vivre, partout, dans les rues, les parcs, les caves, les champs, les arbres, sans rien escompter d’autre que le plaisir du moment présent. Il y aura toujours une oreille attentive à jouir de l’essence-ciel.

 

Jean-Noël Cuénod

 



[1] www.parvispoetiques.fr

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07/10/2014

DESTIN

 

 

Dans ce nid de poussière

Que le courant d’air néglige

Des lambeaux de souvenirs

Viennent y pondre leurs œufs

 

Il fait chaud dans la soupente

Larme ou transpiration ?

 

Peu importe c’est de l’eau

Et c’est de l’air qu’il nous faut

 

Ne pas mourir tout de suite

Laisser le chant de la terre

Dérouler tous ses refrains

Nos comptes ne sont pas réglés

 

Et les fumées du matin

Cachent encore des mystères

 

Nous respirons la poussière

Comme l’univers aspire

Ses planètes ses soleils

Pour en faire des trous noirs

 

Au ventre la lumière !

Des astres courent en nous

 

Quitter ce nid aux remugles

Errer dans le soir qui tombe

Sur un quai grouillant de rats

Des grains de nuit rouleraient

Entre les pavés luisants

Des bateaux prêts à partir

Balanceraient leur squelette

En attendant notre assaut

 

Jamais nous ne partirons

Nous avons perdu la clef

Les souvenirs monstrueux

Ont fait des tas de petits

 

Voilà notre air disputé

Voilà notre peau bleuie

 

Il n’y a jamais d’issue

Il n’y a que des murailles

A percer de nos mains nues

Mousses de chair sur la pierre

 

Les sarments de notre corps

Témoigneront de l’effort

 

Une vague d’espérance

Roulera sur nos dos secs

Il n’en restera rien

Qu’un peu de sel à nos âmes

 

Car nous n’avons pas fini

De poursuivre l’invisible

 

Brisant ses murs un à un

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

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- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

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14/08/2014

SANG NOIR

 

 

 

 

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Photo Arbralettres 

Cher ange où laves-tu donc tes os ?

Dans quel récipient les trempes-tu ?


Toute la suie que tu essuies

Dans ton ciel si souillé qui suinte

A passé ton squelette au brou de noix

Tu n’es plus que cet oiseau mazouté

Que l’homme a crucifié comme l’Autre

 

Nous avons tout corrompu même toi

Qui fut la plus belle part de nos rêves

Lave tes os, l’ange, lave tes os

Que nous puissions voir un peu de blanc

Au-dessus de tout ce sang noir qui coule

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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07/06/2014

BILAN

 

 

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Dans les sillons du ciel

                                                          Homme petit homme

Tu as semé tes larmes

 

Creuse creuse creuse

Ta tombe tu tombes

Tu tombes

Dans le sein moelleux puant

                                                           De la sous-terre

 

Tu te terres

Te taire

Tu n’es qu’un bruit qui fait tinter

                                                          Le silence

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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16/03/2014

VANILLE

 

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VANILLE

 

Rayon de soleil vanillé

Sur le toit garni de corbeaux

Hésitation du matin

Frémissement  dans les plumages

Un parfum féminin s’envole

Douce prière de la peau

 

 

                                   *****************

 

L’AILE DU DOUTE

 

Sur l’aile du doute

Navigue ma foi

Vers d’autres matins

Elle s’est envolée

Mais le soir venu

Elle revient

Plumage nouveau

Et même regard

 

Jean-Noël Cuénod

PHOTO: BLOG moniquetdany.typepad.fr

 

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25/02/2014

NOCTURNE

 

 

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Ta peau de lune dans la nuit

Luit comme un serpent lisse et nu

Le sombre sang du sol te nourrit

Le passage de la dame blanche

Veille sur tes étreintes secrètes

 

Sous le chêne étique et tourmenté

Un chat fait son œuvre d’assassin

Et la mort s’échappe sans bruit

Entre les buissons d’épineux

 

Sur ton ventre des ombres propices

Ont fait main basse et hautes caresses

Les herbes frémissent sous ton corps

Au loin très loin le son d’une cloche

Dénoue tes doigts crispés sur le vide

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

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22/01/2014

Haïkus – BOUILLON DE VIE

L’œillet du matin

S’est ouvert sous la pluie

Pour offrir sa force

 

 

 

Trouver le lieu

Dans un repli de l’enfance

Y planter sa tente

 

 

Le ciel déchire

Sa peau grise et fait surgir

Des plaies colorées

 

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Soudaine pluie

Qui bondit sur nos épaules

Comme un chat sauvage

 

Bouillon plein de vies

La flaque dans l’ornière

Créé ses univers

 

 

Nuages en chemises

Qui passent en se boutonnant

Et filent ailleurs

 

Jean-Noël Cuénod 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

 

 

 

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24/05/2013

Georges Moustaki, éternel métèque, tire sa révérence

La poésie en chanson porte le deuil de Georges Moustaki, décédé, mercredi à Nice, d’une affection des bronches. Il venait de fêter ses 79 ans. Depuis plusieurs mois, les habitués de l’île Saint-Louis, au cœur de Paris, ne le côtoyaient plus dans les rues ou chez le glacier Berthillon. Il avait choisi le climat de la Côte d’Azur pour apaiser les symptômes de sa maladie pulmonaire qu’il savait irréversible.

Georges Moustaki a tiré sa révérence en enregistrant, avec la chanteuse franco-israélienne Orlika, ce titre éloquent: « Il est trop tard », qui est sorti en disque au mois de mars.

Sa passion pour les voyages et sa faculté de s’adapter à des styles de musique de toutes provenances ont pour source Alexandrie, où il est né le 3 mai 1934. A cette époque, la ville égyptienne est la quintessence du cosmopolitisme. Dans ce chaudron grouillent les cultures juives, musulmanes, chrétiennes, italiennes, arabes, turques, arméniennes, maltaises britanniques et françaises. De son vrai nom Youssef Mustacchi, le futur chanteur est le fils d’un couple grec de religion juive. Son père Nessim parle cinq langues et sa mère Sarah, six. Ils inscrivent Youssef à l’Ecole française d’Alexandrie, qui l’initie à notre culture.

Les succès de Charles Trenet l’éblouissent. Alors qu’il a 13 ans, sa mère l’accompagne au tour de chant d’Edith Piaf, dont il deviendra le fugitif compagnon onze ans plus tard.

Bedos, Brassens…

La tête pleine de chansons françaises, Moustaki s’installe à Paris dès 1951, où son beau-frère le poète Jean-Pierre Rosnay l’embarque dans son groupe, le JAR (Jeunes auteurs réunis), dont les membres s’appellent par dérision les «jarivistes». Parmi eux figure Guy Bedos. Peu après, Georges Brassens les rejoint. Convaincu par les premières chansons de Moustaki, il devient son mentor. Youssef abandonne son prénom pour choisir celui de Georges, en hommage à son modèle et soutien.

Vendeur de livres de poésie au porte-à-porte — une nourriture plus spirituelle que calorique —, chanteur de rue et de terrasse, Georges Moustaki devient pianiste de bar, activité qui lui permet de pousser parfois sa propre chansonnette. Il parvient à se faire engager dans les cabarets parisiens des années 50, lieux d’éclosion des plus grands talents de la poésie chantée. Il enrichit son répertoire qu’il propose à des vedettes comme Henri Salvador, et collabore avec le sublime guitariste Henri Crolla. Après son mariage avec la seule femme que ce séducteur a épousée, Moustaki devient en 1954 père de Pia, qui choisira, elle aussi, de faire carrière dans la chanson.

Intense rencontre avec Piaf

Sa rencontre, grâce à Crolla, avec Edith Piaf en 1958 va bouleverser sa vie. La liaison de Georges Moustaki avec ce volcan à la voix d’or ne tiendra qu’une année mais elle lui a semblé «avoir duré dix ans», avouera-t-il plus tard, tant la vie avec la Piaf est trépidante. Il compose pour elle les paroles de l’un des plus grands succès de la star,Milord.

Malgré quelques essais discographiques comme interprète, Georges Moustaki, au début des années 60, est surtout apprécié en tant qu’auteur et compositeur. L’acteur devenu chanteur Serge Reggiani lui doit ses meilleurs tubes. En tout, Moustaki a écrit 300 titres pour Yves Montand, Juliette Gréco, Barbara… Ce travailleur aura l’élégance de paraître paresseux.

Le métèque sort de l’ombre

Georges Moustaki connaît la gloire en tant qu’auteur-compositeur-interprète en 1969, avecLe métèque. Sa voix sourde et lumineuse à la fois, solaire mais voilée de brume marine séduit enfin. Surtout, la chanson correspond à l’air du temps — celui de Mai 68, auquel Moustaki participe avec enthousiasme — en évoquant un monde sans borne, fait de liberté pour chacun et de pain pour tous. Un engagement qui dure, puisque l’an passé, ce doux révolutionnaire appelle à voter Philippe Poutou, le candidat trotskiste du NPA, à l’élection présidentielle. Le voilà un an après qui part ailleurs avec sa guitare.

Jean-Noël Cuénod

Ecoutons-le

Je vous chante ma nostalgie

Ne riez pas si je rougis

Mes souvenirs n’ont pas vieilli

J’ai toujours le mal du pays

Alexandrie.  

Dir’ qu´il faudra mourir encor

Moi qui suis souvent déjà mort

Oui, mort d´amour et de plaisir

De quoi pourrais-je mieux mourir?

 

ESPACE VIDEO

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20/05/2013

AU FIL DES PLUIES

 

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Aigle au ventre d’or

Que les parfums portent

Au-dessus des herbes

Scrute la montagne

Et ses doux replis

Tu y trouveras

Le songe des femmes

Qui s’accroche aux rocs

Pour donner leur chance

Aux hommes des plaines

Aveugles errants

 

Aigle au ventre d’or

Contemple le songe

Ne l’emporte pas

Dans ton bec solaire

Ne l’agrippe pas

Dans tes serres sanglantes

Laisse-le aux hommes

Qui le recevront

Au fil des pluies

Et un jour peut-être

Ils le comprendront 

 

Jean-Noël Cuénod

Crédit photo: www.oiseaux.net

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17/09/2012

DUNIQUES

 

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C'est un signe du destin. Nous sommes les enfants égarés dans un désert peuplé d'ombres. Pour nous guider, nous avons la boussole de notre amour qui ne perd jamais le Nord et nous ne marchons pas en rond sur nos traces. Nous avançons sur le sable, vierge de pistes. Nous inventons nos chemins et les effaçons derrière nous. Que personne ne nous précède. Que personne ne nous suive.

 

Nous sommes duniques. Deux et uniques dans les dunes.

 

Nous regardons le ciel qui reste muet de chaleur et ne s'intéresse à rien d'autre qu'à espérer que le soir tombe un peu plus vite que d'habitude. Le ciel fait son travail de ciel. Sans plus. Que l'on ne compte pas sur lui pour accomplir des heures supplémentaires. Ciel, c'est un métier d'avenir; on y jouit d'une position élevée. Mais c'est un peu monotone comme activité, au fond.

 

Je préfère la condition d'homme perdu dans le désert. A la condition que tu tiennes à mes côtés. Etre égaré avec toi, c'est retrouver tous les chemins de ma vie.

 

Jean-Noël Cuénod

14:01 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie, prose | |  Facebook | | |

17/08/2012

Le plouc lauréat au Festival Rilke

Le plouc reçoit ce vendredi soir au Château Mercier à Sierre, le prix que son livre de haïkus "Le Goût du Temps" a reçu au concours de poésie au Festival Rainer Maria Rilke et cède le clavier à sopn excellent collègue Etienne Dumont (article paru mercredi dans la Tribune de Genève et 24 Heures) :

Le Festival Rilke aura lieu pour la cinquième année à Sierre, du 17 au 19   août. Pourquoi Sierre? Parce que le poète allemand a passé ses dernières années à Veyras, tout près de là. La manifestation ne se veut pas passéiste pour autant. La preuve! En 2012, les voix romandes, de Thierry Romanens à Aliose, secoueront les "Notes sur la mélodie des choses". Il y aura aussi du slam, chose tout à fait inconnue lorsque Rilke quitta ce monde en 1926.

La poésie classique garde bien sûr ses droits. Il y a eu une double compétition, en français et en allemand. Dans notre langue, c'est Philippe Delaveau qui l'a emporté avec "Ce que disent les vents", paru chez Gallimard. Notre collaborateur Jean-Noël Cuénod a remporté le second prix grâce au "Goût du temps", édité par Samizdat à Genève. L'occasion de lui demander les règles du jeu. «Ce concours ne se fait pas sur manuscrit. Le texte doit avoir été publié. Les organisateurs s'adressent aux différentes maisons, ce qui écarte les poèmes imprimés à compte d'auteur. »

Sorti en avril, l'ouvrage de Jean-Noël se compose de haïkus. «J'écris un de ces poèmes japonais en dix-sept syllabes chaque jour. Je le vois comme une discipline. J'ai dépassé les 4000. Il s'agit là d'un petit choix de 200 textes, illustrés par Philippe Rillon. Les mauvais jours donnent les meilleurs vers. » Et pour quelle raison Samizdat? «Parce que je leur avais déjà donné un livre. C'est pour moi une question d'amitié et de confiance. »

Note:www. festivalrilke. ch

Et voici pour finir trois poèmes en forme de haïkus consacrés à l'été et tirés du "Goût du Temps"

Sueur de l'été
Sur la peau de la route
Qui frémit d'aise.

L'odeur du foin
A la secrète odeur
Du sein maternel

Lune épaisse et rouge
Qui attend son heure
Comme l'ivrogne son verre.

 

 Jean-Noël Cuénod

10:26 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie, haïkus | |  Facebook | | |