09/02/2017

OMBRE ET MERVEILLE

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Un moment pour respirer et se rappeler la prière d’avant toutes les prières. La prière d’avant la parole. Quand nous étions une idée dans le ventre de l’Eternel.

 Marcher dans l’ombre avec ses merveilles tapies

Dans ses replis succulents ses recoins moussus

Cathédrale de bois, de feuilles et de parfums

Qui frémit aux chants de ses oiseaux liturgiques

Respirer est la prière du fond des âges

La prière d’avant le don de la parole

 

Marcher dans l’éclat bleuté de la clairière

Mais sous les pieds du pèlerin que de pièges !

Il en est de toutes tailles de tous calibres

Prêts à s’ouvrir à la moindre inattention

Le sol n’est pas si sûr le pire peut arriver

Tous, nous sommes nus quand la terre se dérobe

Jean-Noël Cuénod

Photo JNC, photo prise entre La Combe Grasse et Saint-Cergue.

18:40 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : poésie, instants, jura | |  Facebook | | |

11/08/2016

SOL SANS BOUSSOLE

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 La forge des éclairs prend la terre à témoins

A jets continus pluie et feu sur nos chairs

Nous marchons hagards sur des chemins qui s’effacent

Des gerbes de rires jaillissent çà et là

Comme des fougères surgissant des fossés

Des gerbes de rires pour baliser le cortège

Pour redresser l’échine et affermir le pas

 

L’horizon n’est pas encor sorti de sa gangue

Longue larve ventrue cœur palpitant visible

La certitude est une illusion de plus

Plus cruelle que toutes les autres et c’est tout

Le temps est une prison que nous contournons

Le but est une impasse que nous évitons

Nous marchons lucides au bord des précipices

Jean-Noël Cuénod

20:25 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : poesie, poème | |  Facebook | | |

06/06/2016

QUE VOULEZ-VOUS ?

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 Que voulez-vous? Que voulons-nous? Si nous parvenons à préciser les contours de cette question, la réponse surgira d’elle-même. Mais nous voulons tellement de choses contradictoires que nous ne sommes pas sortis de l’auberge espagnole.

 

Que voulez-vous

J’ai soif de pain partagé

 

Que voulez-vous

J’ai faim de vin fraternel

 

Que voulez-vous

Je ne rends pas mes armes

 

Que voulez-vous

J’entends les cris de nos morts

 

Que voulez-vous

J’écoute les silences de nos vivants

 

Que voulez-vous

Je ne suis ni de bois ni de marbre

 

Que voulez-vous

Je garde au cœur les vieux chants

 

Que voulez-vous

Je reste de boue devant le Veau d’Or

 

Que voulez-vous

Je puise au fond des gouffres l’eau solaire

 

Que voulez-vous

J’abrite dans mon corps l’étincelle

 

Que voulez-vous

J’attends le feu sur mes savanes

 

Que voulez-vous

Je m’évade de la prison des miroirs

 

Que voulez-vous?

Vous ?

 

Jean-Noël Cuénod

11:46 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : poésie, révolte | |  Facebook | | |

05/05/2016

ASCENSION

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Ville sans oreille les cloches sont muettes

Le ballet des ombres agite le silence

Comme si de rien n’était elles s’étreignent

Mais les phares d’une voiture les séparent

Et la lumière s’en va poursuivre sa route

 

Mes pas sont le métronome de votre coeur

Je suis le dieu qui chemine sans but

Brut comme un trottoir et sec comme un lendemain

Au fond de ma mort je cherche le pain de vie

Pour vous le transmettre prenez-en de la graine

 

Un jour je vous le dis les cloches chanteront

Et vous verrez alors de quel feu je me chauffe

Jean-Noël Cuénod

 

11:15 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ascension, poésie | |  Facebook | | |

22/04/2016

NUIT DEBOUT OU LA NECESSITE DE TOURNER EN ROND

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 Tentative d’approcher le mouvement Nuit Debout, sous un autre angle, celui de la poésie.

 Il fait un temps à rêver debout pour ne pas mourir assis. A se lever, marcher, prendre son mal en impatience et abreuver l’insomnie d’un flot de paroles.

 Tourner en rond, place de la République. Tourner en rond avec d’autres ombres rebelles au sommeil.

Tourner en rond jusqu’à ce que sous nos pas le sol se dérobe pour nous faire entrer dans ses souterrains. Nous y retrouverons les entrailles chaudes de l’Histoire. Nous nous y perdrons. Notre voix nous sera retournée en écho. Des mains aveugles saisiront nos bras. Nous creuserons toujours plus, en ne quémandant plus d’autre aide que celles de nos mains, en ne cherchant plus d’autre issue que nous-mêmes.

 Un matin. Peut-être. Un matin, nous aurons tellement creusé que le soleil nous surprendra place de la République.

Nous ne tournerons plus en rond.

                                                ****

PAROLE ECOUTE

Je suis la parole qui écoute

Les jeunes morts ont tous l’âge du monde

Ils seront là où vos cris les appellent

Rien n’est plus bruyant que leurs silences

Ne les retenez pas et laissez-les

Vivre leur vie dans l’ailleurs des aïeux

 

Je suis la parole qui écoute

                                   

Oubliez vos larmes au vestiaire

Séchez votre visage baigné d’armes

Les odeurs de chanvre et d’agneau grillé

Se croisent s’entrecroisent s’entremêlent

Tressent les filaments de la nuit

 

Je suis la parole qui écoute

 

Dans les cœurs il faut faire place nette

Percez les abcès que le pus coule!

C’est le grand orage dans les poitrines

Comme les braises du feu fouaillées

Des gerbes de mots s’échappent scintillent

 

Je suis la parole qui écoute

 

L’incendie prendra ou ne prendra pas

Comment savoir où le vent va souffler?

Imprévisible derviche tourneur

Qui se moque bien de vos devins

Aujourd’hui seule importe la flamme

 Je suis la parole qui écoute.

Jean-Noël Cuénod

15:44 | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : nuitdebout, poésie | |  Facebook | | |

03/10/2015

TEMPS MINERAL

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Lampée d’eau salée goût d’algue au fond de la gorge

Sur le sable un petit crabe court à sa perte

Et subira bientôt la loi du talon

 

Les rouleaux passent et repassent sur ton corps

L’océan est un monstrueux copulateur

Mais sa semence n’engendre que des galets

Qui se réchauffent dans les sables utérins

 

L’oiseau bleu ne se détache plus du ciel

La trace de son vol s’est dissoute dans l’air

Au sol absolue solitude des pierres

Le cœur absent nous vivons un temps minéral

 

Jean-Noël Cuénod

16:21 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : poème, poésie | |  Facebook | | |

25/09/2015

FORCES

 

 

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Inéluctable comme une feuille morte

La nuit fait main basse sur la forêt

 

Devenus invisibles les buissons

Craquent frémissent frissonnent crient et chantent

 

La lumière noire des frondaisons

Eteint les lumineux cadavres stellaires

 

Les fougères abritent d’étranges crimes

Charrues à poils drus les sangliers labourent

Avant d’être tués les lapins copulent

Les chevreuils préparent leurs noces de sang

Et le brâme du cerf pétrifie les sources

 

Heure animale où l’homme n’est rien

Témoin inutile que nul n’interroge

 

 

Jean-Noël Cuénod

17:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : poésie, poème, littérature | |  Facebook | | |

30/08/2015

ADHUC STAT

 

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 Vasque vide mousse éperdue

Dans la cour du château caduc

Où rôdent d’antiques esprits

Des mondes abolis s’accrochent

Lézards pétrifiés partout

 

Des escaliers effondrés

Ne portent que les pas du vent

Les dentelles du toit flageolent

Et du souvenir d’un puits

Nulle vérité ne surgit

 

La table rase du passé

Ne saurait nourrir le présent

Mais la pierre des ruines

N’a pas dit son dernier mot

Nous sommes au pied du mur

 

Jean-Noël Cuénod

10:01 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : poésie | |  Facebook | | |

31/07/2015

De l’indispensable inutilité de la poésie

 

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Essence-Ciel, photo JNC 

 « Ça rime à quoi ? », la seule émission radiophonique de poésie: supprimée de la grille de France-Culture ; la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines près de Paris : asphyxiée par fermeture du robinet à subventions; le Festival de Lodève : rayé de la carte. Ces trois emblèmes de la poésie en France vont donc passer par pertes et profits. Une pensée pour Sophie Nauleau, poétesse et productrice de «Ça rime à quoi ? » qui a défendu, toutes griffes dehors, la cause de la poésie chez les médiacrates. Une autre pour le maire et poète Roland Nadaus, qui a créé la Maison de Saint-Quentin-en-Yvelines. Une troisième pour Marc Delouze, cofondateur du Festival de Lodève, et infatigable animateur de l’association Les Parvis poétiques[1].

Toutes ces mises à mort se sont déroulées dans un silence criant d’indifférence. Les protestations qui se sont élevées, ici et là, n’ont pas atteint l’ouïe des médias, sourds mais point muets, hélas.

 Cela dit, ces épisodes n’ont rien d’étonnant. Ils sont dans l’ordre des choses. La société actuelle, basée sur l’hypercapitalisme et l’industrie des médias, n’est pas compatible avec l’  « état de poésie », si bien décrit par ce cher Georges Haldas.

Car, voyez-vous, la poésie n’est bonne à rien. Jadis majeur, cet art n’est aujourd’hui même plus mineur; il a disparu des écrans radar. Tout se vend, sauf la poésie. Tout se vaut, mais la poésie ne vaut rien. Impossible de la calibrer pour qu’elle se coince dans les moules de la marchandise.  La société médiamercantile a l’estomac nickelé des prédateurs. Elle avale tout : la musique qu’elle met en boîte format mp3, la littérature qu’elle castre pour la rendre consommable, l’art pictural qu’elle transforme en produits dérivés pour enjoliver les réfrigérateurs. Mais avec la poésie, rien à faire, elle la vomit.

 Ce qui fait résistance dans la poésie, c’est son inutilité. Elle ne peut pas servir à baliser une carrière, à s’insérer dans la lutte des places, à amorcer la pompe à phynances. Elle ne saurait être, en aucun cas, un divertissement, c’est-à-dire une occupation qui détourne l'humain de l'essentiel. Au contraire, la poésie va à l’essentiel, alors que la société médiamercantile impose le superflu.

 La poésie est dilatation de l’être ; elle l’aspire vers l’émotion esthétique. La société médiamercantile est rétractation de l’être ; elle le rabougrise dans sa seule dimension de tube digestif.

Ne nous lamentons pas sur le rejet de la poésie par cette société-là. Au contraire, réjouissons-nous. Il y a au moins une dimension de la vie qui échappe à cette bouillie hypercapitaliste. C’est la seule. D’où sont indispensable inutilité.

 Continuons à écrire des poèmes, à les dire, à les vivre, partout, dans les rues, les parcs, les caves, les champs, les arbres, sans rien escompter d’autre que le plaisir du moment présent. Il y aura toujours une oreille attentive à jouir de l’essence-ciel.

 

Jean-Noël Cuénod

 



[1] www.parvispoetiques.fr

18:07 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : poésie, médias, culture | |  Facebook | | |

07/10/2014

DESTIN

 

 

Dans ce nid de poussière

Que le courant d’air néglige

Des lambeaux de souvenirs

Viennent y pondre leurs œufs

 

Il fait chaud dans la soupente

Larme ou transpiration ?

 

Peu importe c’est de l’eau

Et c’est de l’air qu’il nous faut

 

Ne pas mourir tout de suite

Laisser le chant de la terre

Dérouler tous ses refrains

Nos comptes ne sont pas réglés

 

Et les fumées du matin

Cachent encore des mystères

 

Nous respirons la poussière

Comme l’univers aspire

Ses planètes ses soleils

Pour en faire des trous noirs

 

Au ventre la lumière !

Des astres courent en nous

 

Quitter ce nid aux remugles

Errer dans le soir qui tombe

Sur un quai grouillant de rats

Des grains de nuit rouleraient

Entre les pavés luisants

Des bateaux prêts à partir

Balanceraient leur squelette

En attendant notre assaut

 

Jamais nous ne partirons

Nous avons perdu la clef

Les souvenirs monstrueux

Ont fait des tas de petits

 

Voilà notre air disputé

Voilà notre peau bleuie

 

Il n’y a jamais d’issue

Il n’y a que des murailles

A percer de nos mains nues

Mousses de chair sur la pierre

 

Les sarments de notre corps

Témoigneront de l’effort

 

Une vague d’espérance

Roulera sur nos dos secs

Il n’en restera rien

Qu’un peu de sel à nos âmes

 

Car nous n’avons pas fini

De poursuivre l’invisible

 

Brisant ses murs un à un

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

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14/08/2014

SANG NOIR

 

 

 

 

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Photo Arbralettres 

Cher ange où laves-tu donc tes os ?

Dans quel récipient les trempes-tu ?


Toute la suie que tu essuies

Dans ton ciel si souillé qui suinte

A passé ton squelette au brou de noix

Tu n’es plus que cet oiseau mazouté

Que l’homme a crucifié comme l’Autre

 

Nous avons tout corrompu même toi

Qui fut la plus belle part de nos rêves

Lave tes os, l’ange, lave tes os

Que nous puissions voir un peu de blanc

Au-dessus de tout ce sang noir qui coule

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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07/06/2014

BILAN

 

 

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Dans les sillons du ciel

                                                          Homme petit homme

Tu as semé tes larmes

 

Creuse creuse creuse

Ta tombe tu tombes

Tu tombes

Dans le sein moelleux puant

                                                           De la sous-terre

 

Tu te terres

Te taire

Tu n’es qu’un bruit qui fait tinter

                                                          Le silence

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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16/03/2014

VANILLE

 

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VANILLE

 

Rayon de soleil vanillé

Sur le toit garni de corbeaux

Hésitation du matin

Frémissement  dans les plumages

Un parfum féminin s’envole

Douce prière de la peau

 

 

                                   *****************

 

L’AILE DU DOUTE

 

Sur l’aile du doute

Navigue ma foi

Vers d’autres matins

Elle s’est envolée

Mais le soir venu

Elle revient

Plumage nouveau

Et même regard

 

Jean-Noël Cuénod

PHOTO: BLOG moniquetdany.typepad.fr

 

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25/02/2014

NOCTURNE

 

 

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Ta peau de lune dans la nuit

Luit comme un serpent lisse et nu

Le sombre sang du sol te nourrit

Le passage de la dame blanche

Veille sur tes étreintes secrètes

 

Sous le chêne étique et tourmenté

Un chat fait son œuvre d’assassin

Et la mort s’échappe sans bruit

Entre les buissons d’épineux

 

Sur ton ventre des ombres propices

Ont fait main basse et hautes caresses

Les herbes frémissent sous ton corps

Au loin très loin le son d’une cloche

Dénoue tes doigts crispés sur le vide

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

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22/01/2014

Haïkus – BOUILLON DE VIE

L’œillet du matin

S’est ouvert sous la pluie

Pour offrir sa force

 

 

 

Trouver le lieu

Dans un repli de l’enfance

Y planter sa tente

 

 

Le ciel déchire

Sa peau grise et fait surgir

Des plaies colorées

 

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Soudaine pluie

Qui bondit sur nos épaules

Comme un chat sauvage

 

Bouillon plein de vies

La flaque dans l’ornière

Créé ses univers

 

 

Nuages en chemises

Qui passent en se boutonnant

Et filent ailleurs

 

Jean-Noël Cuénod 

 

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24/05/2013

Georges Moustaki, éternel métèque, tire sa révérence

La poésie en chanson porte le deuil de Georges Moustaki, décédé, mercredi à Nice, d’une affection des bronches. Il venait de fêter ses 79 ans. Depuis plusieurs mois, les habitués de l’île Saint-Louis, au cœur de Paris, ne le côtoyaient plus dans les rues ou chez le glacier Berthillon. Il avait choisi le climat de la Côte d’Azur pour apaiser les symptômes de sa maladie pulmonaire qu’il savait irréversible.

Georges Moustaki a tiré sa révérence en enregistrant, avec la chanteuse franco-israélienne Orlika, ce titre éloquent: « Il est trop tard », qui est sorti en disque au mois de mars.

Sa passion pour les voyages et sa faculté de s’adapter à des styles de musique de toutes provenances ont pour source Alexandrie, où il est né le 3 mai 1934. A cette époque, la ville égyptienne est la quintessence du cosmopolitisme. Dans ce chaudron grouillent les cultures juives, musulmanes, chrétiennes, italiennes, arabes, turques, arméniennes, maltaises britanniques et françaises. De son vrai nom Youssef Mustacchi, le futur chanteur est le fils d’un couple grec de religion juive. Son père Nessim parle cinq langues et sa mère Sarah, six. Ils inscrivent Youssef à l’Ecole française d’Alexandrie, qui l’initie à notre culture.

Les succès de Charles Trenet l’éblouissent. Alors qu’il a 13 ans, sa mère l’accompagne au tour de chant d’Edith Piaf, dont il deviendra le fugitif compagnon onze ans plus tard.

Bedos, Brassens…

La tête pleine de chansons françaises, Moustaki s’installe à Paris dès 1951, où son beau-frère le poète Jean-Pierre Rosnay l’embarque dans son groupe, le JAR (Jeunes auteurs réunis), dont les membres s’appellent par dérision les «jarivistes». Parmi eux figure Guy Bedos. Peu après, Georges Brassens les rejoint. Convaincu par les premières chansons de Moustaki, il devient son mentor. Youssef abandonne son prénom pour choisir celui de Georges, en hommage à son modèle et soutien.

Vendeur de livres de poésie au porte-à-porte — une nourriture plus spirituelle que calorique —, chanteur de rue et de terrasse, Georges Moustaki devient pianiste de bar, activité qui lui permet de pousser parfois sa propre chansonnette. Il parvient à se faire engager dans les cabarets parisiens des années 50, lieux d’éclosion des plus grands talents de la poésie chantée. Il enrichit son répertoire qu’il propose à des vedettes comme Henri Salvador, et collabore avec le sublime guitariste Henri Crolla. Après son mariage avec la seule femme que ce séducteur a épousée, Moustaki devient en 1954 père de Pia, qui choisira, elle aussi, de faire carrière dans la chanson.

Intense rencontre avec Piaf

Sa rencontre, grâce à Crolla, avec Edith Piaf en 1958 va bouleverser sa vie. La liaison de Georges Moustaki avec ce volcan à la voix d’or ne tiendra qu’une année mais elle lui a semblé «avoir duré dix ans», avouera-t-il plus tard, tant la vie avec la Piaf est trépidante. Il compose pour elle les paroles de l’un des plus grands succès de la star,Milord.

Malgré quelques essais discographiques comme interprète, Georges Moustaki, au début des années 60, est surtout apprécié en tant qu’auteur et compositeur. L’acteur devenu chanteur Serge Reggiani lui doit ses meilleurs tubes. En tout, Moustaki a écrit 300 titres pour Yves Montand, Juliette Gréco, Barbara… Ce travailleur aura l’élégance de paraître paresseux.

Le métèque sort de l’ombre

Georges Moustaki connaît la gloire en tant qu’auteur-compositeur-interprète en 1969, avecLe métèque. Sa voix sourde et lumineuse à la fois, solaire mais voilée de brume marine séduit enfin. Surtout, la chanson correspond à l’air du temps — celui de Mai 68, auquel Moustaki participe avec enthousiasme — en évoquant un monde sans borne, fait de liberté pour chacun et de pain pour tous. Un engagement qui dure, puisque l’an passé, ce doux révolutionnaire appelle à voter Philippe Poutou, le candidat trotskiste du NPA, à l’élection présidentielle. Le voilà un an après qui part ailleurs avec sa guitare.

Jean-Noël Cuénod

Ecoutons-le

Je vous chante ma nostalgie

Ne riez pas si je rougis

Mes souvenirs n’ont pas vieilli

J’ai toujours le mal du pays

Alexandrie.  

Dir’ qu´il faudra mourir encor

Moi qui suis souvent déjà mort

Oui, mort d´amour et de plaisir

De quoi pourrais-je mieux mourir?

 

ESPACE VIDEO

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20/05/2013

AU FIL DES PLUIES

 

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Aigle au ventre d’or

Que les parfums portent

Au-dessus des herbes

Scrute la montagne

Et ses doux replis

Tu y trouveras

Le songe des femmes

Qui s’accroche aux rocs

Pour donner leur chance

Aux hommes des plaines

Aveugles errants

 

Aigle au ventre d’or

Contemple le songe

Ne l’emporte pas

Dans ton bec solaire

Ne l’agrippe pas

Dans tes serres sanglantes

Laisse-le aux hommes

Qui le recevront

Au fil des pluies

Et un jour peut-être

Ils le comprendront 

 

Jean-Noël Cuénod

Crédit photo: www.oiseaux.net

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17/09/2012

DUNIQUES

 

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C'est un signe du destin. Nous sommes les enfants égarés dans un désert peuplé d'ombres. Pour nous guider, nous avons la boussole de notre amour qui ne perd jamais le Nord et nous ne marchons pas en rond sur nos traces. Nous avançons sur le sable, vierge de pistes. Nous inventons nos chemins et les effaçons derrière nous. Que personne ne nous précède. Que personne ne nous suive.

 

Nous sommes duniques. Deux et uniques dans les dunes.

 

Nous regardons le ciel qui reste muet de chaleur et ne s'intéresse à rien d'autre qu'à espérer que le soir tombe un peu plus vite que d'habitude. Le ciel fait son travail de ciel. Sans plus. Que l'on ne compte pas sur lui pour accomplir des heures supplémentaires. Ciel, c'est un métier d'avenir; on y jouit d'une position élevée. Mais c'est un peu monotone comme activité, au fond.

 

Je préfère la condition d'homme perdu dans le désert. A la condition que tu tiennes à mes côtés. Etre égaré avec toi, c'est retrouver tous les chemins de ma vie.

 

Jean-Noël Cuénod

14:01 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie, prose | |  Facebook | | |

17/08/2012

Le plouc lauréat au Festival Rilke

Le plouc reçoit ce vendredi soir au Château Mercier à Sierre, le prix que son livre de haïkus "Le Goût du Temps" a reçu au concours de poésie au Festival Rainer Maria Rilke et cède le clavier à sopn excellent collègue Etienne Dumont (article paru mercredi dans la Tribune de Genève et 24 Heures) :

Le Festival Rilke aura lieu pour la cinquième année à Sierre, du 17 au 19   août. Pourquoi Sierre? Parce que le poète allemand a passé ses dernières années à Veyras, tout près de là. La manifestation ne se veut pas passéiste pour autant. La preuve! En 2012, les voix romandes, de Thierry Romanens à Aliose, secoueront les "Notes sur la mélodie des choses". Il y aura aussi du slam, chose tout à fait inconnue lorsque Rilke quitta ce monde en 1926.

La poésie classique garde bien sûr ses droits. Il y a eu une double compétition, en français et en allemand. Dans notre langue, c'est Philippe Delaveau qui l'a emporté avec "Ce que disent les vents", paru chez Gallimard. Notre collaborateur Jean-Noël Cuénod a remporté le second prix grâce au "Goût du temps", édité par Samizdat à Genève. L'occasion de lui demander les règles du jeu. «Ce concours ne se fait pas sur manuscrit. Le texte doit avoir été publié. Les organisateurs s'adressent aux différentes maisons, ce qui écarte les poèmes imprimés à compte d'auteur. »

Sorti en avril, l'ouvrage de Jean-Noël se compose de haïkus. «J'écris un de ces poèmes japonais en dix-sept syllabes chaque jour. Je le vois comme une discipline. J'ai dépassé les 4000. Il s'agit là d'un petit choix de 200 textes, illustrés par Philippe Rillon. Les mauvais jours donnent les meilleurs vers. » Et pour quelle raison Samizdat? «Parce que je leur avais déjà donné un livre. C'est pour moi une question d'amitié et de confiance. »

Note:www. festivalrilke. ch

Et voici pour finir trois poèmes en forme de haïkus consacrés à l'été et tirés du "Goût du Temps"

Sueur de l'été
Sur la peau de la route
Qui frémit d'aise.

L'odeur du foin
A la secrète odeur
Du sein maternel

Lune épaisse et rouge
Qui attend son heure
Comme l'ivrogne son verre.

 

 Jean-Noël Cuénod

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09/06/2012

Le plouc fait son poète

 

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Voici tout frais pondu, le nouveau bouquin du plouc, "Le Goût du Temps", des haïkus - c'est-à-dire des poèmes de formes courtes - illustrés par le peintre français Philippe Rillon qui préside le mouvement d'artistes "La Peau de l'Ours". La préface a été rédigée par son épouse Marianne, enseignante de philosophie dans la région parisienne et passionnée par le Japon où le haïku est né. "Le Goût du Temps" est édité par Samizdat et a reçu le soutien de la Ville de Genève. Samizdat est animé par la merveilleuse Denise Mützenberg. Avec sa soeur Claire Krähenbühl, elle se dépense sans compter pour la cause de la poésie.

Vous ne risquez pas de lire quoique ce soit à propos de ce bouquin dans la presse. A part quelques heureuses exceptions qui se reconnaîtront, les confrères du plouc ne sont pas du tout portés vers la poésie. Jugez donc par vous-mêmes en lisant "Le Goût du Temps".

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