18/05/2017

Gouvernement Macronvélique, entre caviar et knout

 

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Contrairement à ce qu’un vain peuple pense, Nicolas Hulot n’est pas le seul ministre de la nouvelle équipe cornaquée par Edouard Philippe. Ils valent aussi le détour, les autres membres du gouvernement concocté par Macronvel, ce Machiavel aux yeux de velours.

Tout d’abord, sur un plan général, outre le respect[1] de la parité entre femmes et hommes – saluée unanimement avec des sincérités variables – Emmanuel Macron n’a pas fait dans le jeunisme à tout crin. La moyenne d’âge reste stable : 54 ans en moyenne, soit un an de plus que le dernier cabinet Valls (53 ans). A titre de comparaison, l’âge moyen du gouvernement suisse est de 57 ans.

Le nouveau président avait promis un gouvernement resserré. Avec 22 membres (3 ministres d’Etat, 15 ministres et 4 secrétaires d’Etat), on a vu plus ristrète, sans être pléthorique pour autant. Le dosage entre gauche, centre, droite et hors-caste[2] étant malaisé à réaliser, il a fallu allonger la sauce pour parvenir à la bonne cuisson : 6 socialistes libéraux, 2 radicaux de gauche, 3 centristes du MoDem, 2 figures de la droite Les Républicains et 9 hors-castes (avec des sensibilités, pour certains, gauche modérée, centriste et droite républicaine).

En compulsant un peu plus cette liste, on constate que le président Macron a cherché à équilibrer enthousiasme et rigueur, caviar et knout.

Côté caviar, passons sur la nomination de Nicolas Hulot, le Plouc en a assez causé. Relevons d’emblée une divine surprise, en la personne de la nouvelle ministre de la Culture Françoise Nyssen, l’une des dernières éditrices dignes de ce nom qui a fait d’Actes Sud une belle lumière de la littérature contemporaine. Macron a donc choisi l’intelligence à la verroterie médiatique. Françoise Nyssen nous changera très agréablement de Fleur Pellerin…

Excellente aussi l’idée de placer Marlène Schiappa au Secrétariat d’Etat à l’égalité femmes-hommes. Elle a lancé un réseau d’une remarquable efficacité sur la base de son blogue «Maman travaille». Voilà au moins un membre du gouvernement qui sait comment jongler entre ordinateur, biberon, couche-culottes, conférences.

Malin également, le choix de Sylvie Goulard aux Armées. Certes, on l’attendait plutôt aux Affaires européennes, mais justement... Le président Macron veut donner un sérieux élan à l’Europe de la Défense qui avance au pas d’une tortue asthmatique. Or, pour atteindre cet objectif, Sylvie Goulard présente un excellent profil. Députée européenne et ancienne conseillère de Romano Prodi lorsqu’il dirigeait la Commission à Bruxelles, elle connaît l’UE de fond en comble. Et puis, il fallait trouver au bras droit de François Bayrou – ce précieux allié devenu ministre d’Etat à la Justice –, un dicastère de choix. Marielle de Sarnez, europhile convaincue et militante, est à sa place aux Affaires européennes.

Judicieux enfin, d’avoir installé Elisabeth Borne, ministre des Transports. Tout d’abord, d’avoir une Borne aux transports, voilà qui va réjouir Le Canard Enchaîné. Ensuite, elle fut directrice de la stratégie aux chemins de fer français (SNCF), préfette de la région Poitou-Charente, directrice de cabinet de la ministre de l’Environnement Ségolène Royal et des tentaculaires transports publics parisiens (RATP), tous postes qui l’ont bien préparé à exercer pleinement ce ministère plus stratégique que médiatique.

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Voilà pour le caviar. Mais le knout est prêt à cingler le dos des budgétivores. Bercy est désormais dirigée par la droite libérale avec les LR Bruno Le Maire et Gérald Darmanin (photo: leur arrivée pour leur premier Conseil des ministres). Ils ont donc en main, l’économie, le budget, le fisc, la sécurité sociale et la fonction publique qui va être réformée. Du lourd. Du franc. Du massif. Les ministres «caviar» auront bien de la peine à soutirer des fonds pour leurs projets. Car si le nouveau président a placé Le Maire et Darmanin à ces postes essentiels, c’est pour appliquer une politique libérale. Quelle sera la dose de «social» dans ce libéralisme ? Un doigt ? Deux ? Un bras ?

Autre manieur de knout, beaucoup moins connu, Jean-Michel Blanquer qui fut directeur-général de l’Enseignement scolaire entre 2009 et 2012, sous la présidence Sarkozy, ce qui en faisait le numéro 2 de l’alors ministre de l’Education nationale, Luc Chatel. Les langues vipérines sifflent que Blanquer était plutôt le numéro 1, Chatel n’ayant guère d’aisance en milieu scolaire. Sous sa direction, la politique de la droite a été rudement appliquée. Les syndicats affronteront donc forte partie. D’autant plus forte, la partie, qu’elle les connaît bien! 

Jean-Noël Cuénod

Dessin d'Acé

 

[1] La parité macronienne a ses limites : une seule femme a reçu un ministère d’autorité, Sylvie Goulard aux Armées.

[2] Le Plouc se refuse à ranger les ministres qui n’appartiennent pas à un appareil de parti dans la catégorie «société civile», terme vide de sens, et préfère celui de hors-caste. Les politiciens d’appareils formant une catégorie assez proche de la définition que donne Larousse de la caste (Groupe social endogame, ayant le plus souvent une profession héréditaire et qui occupe un rang déterminé dans la hiérarchie d'une société).

 

16:41 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : gouvernement, philippe, macron | |  Facebook | | |