17/12/2016

Pic de pollution et abîmes politiques

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Dans le métro, le bus, la file d’attente au supermarché ou à la poste, sur le trottoir, à la terrasse du bistrot, tous toussent à Paris. Cette année, la toux n’est pas que l’expression de la saisonnière épidémie de rhume. Les pics de pollution qui se succèdent sont les principaux compositeurs de cet oratorio laryngé.

Les pieds de la Tour Eiffel baignent dans la poussière vaporeuse des particules fines ; sur les hauteurs de Montmartre, la cuvette parisienne déborde de cette inondation sèche. Les causes sont bien connues : circulation automobile, guimbardes qui roulent au diésel et dans une mesure moindre, chauffage au bois. Mais y remédier, c’est au-dessus des forces du pouvoir politique.

Les pauvres remèdes prescrits par la Mairie de Paris se révèlent d’une redoutable inefficacité. Supplier les automobilistes de ne pas prendre leur bagnole ou, au moins, de conduire raisonnablement équivaut à tousser dans un violon. La circulation alternée ­ne change rien. Vendredi, le boulevard Blanqui était aussi encombré de véhicules toussophores que d’ordinaire. Même la gratuité des transports en commun n’est qu’une goutte d’air dans un océan de pollution.

L’agence nationale Santé publique France s’époumone à signaler le danger : chaque année, la pollution provoque la mort prématurée de 48 000 personnes dont 34 000 seraient évitables si des mesures antipollution énergiques étaient prises. Après le tabac et l’alcool, l’air toxique est la troisième cause de mort prématurée. On peut s’abstenir de boire ou de fumer. On ne saurait s’arrêter de respirer.

Malgré ces mises en garde, la région parisienne (la métropole lyonnaise est presque dans le même bain ) continue à voir les pics de pollution s’allonger comme le nez d’un politicien en campagne électorale. Chaque acteur se renvoie la patate carbonisée : « C’est pas moi, c’est l’autre ». Donc, rien ne bouge.

La maire de Paris Anne Hidalgo (PS) stigmatise l’automobiliste banlieusard. « La pureté de l’air est un luxe de Bobos que je ne peux pas me payer ; bien obligé de prendre ma bagnole pour aller au boulot », lui rétorque-t-il aussitôt. Quant aux transports publics, mieux vaut éviter le sujet, si l’on ne veut pas énerver le banlieusard. Les retards chroniques des RER ont pris une telle ampleur qu’à plusieurs reprises, la justice des Prudhommes a condamné la SNCF à indemniser des salariés licenciés pour manque de ponctualité. La maire parisienne réplique alors qu’il faut se plaindre à la Région Ile-de-France présidée par son adversaire politique Valérie Pécresse (LR). Laquelle dégage aussitôt en direction de la SNCF. Celle-ci sort sa réponse toute faite : elle n’a pas assez de sous pour investir dans la rénovation du matériel. Les regards convergent ipso facto vers le gouvernement qui se tourne vers Bercy. Lequel annonce que les caisses étant vides, il devient urgent de ne rien faire.

Cette situation démontre à quel point un Etat centralisé peut provoquer, paradoxe apparent, l’éparpillement des responsabilités. Tout est ramené au Centre qui a tellement de chats à fouetter qu’il en perd son fouet et se mure dans une impotence bavarde. La classe politique ne manque pas d’air, dit-on. Nous, si.

Jean-Noël Cuénod

16:34 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pollution, paris, politique | |  Facebook | | |

29/06/2016

ZENITH NADIR LA DEFENSE

Changement de pied. Changement de rythme. Changement d’angle. Changement d’état. Changement de dimension. Passons au mode poésie pour tenter de voir autrement l’insaisissable réel.     

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Cri dans le ciel criblé de braises

L’aile de l’hirondelle flamboie

Au zénith brumeux de La Défense

 

Barbouillé de sang et de nuit

Le soleil est devenu vieux

Il n’a plus la force de percer

La peau parcheminée de la Ville

Et la quitte, vieil amant honteux

Avec toutes ses ombres sans nombre

Une Ville à coucher sous ses ponts

A se perdre dans ses labyrinthes

De ruelles vidées par l’oubli

A se maquiller pour séduire

Le passé, pourvu qu’il passe enfin !

 

Silence dans le creux du ciel

L’aile de l’hirondelle s’éteint

La Défense sombre en son nadir

15:04 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : poème, paris | |  Facebook | | |

14/03/2014

Pics de pollution, Le Plouc en a ras le pot d’échappement !

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Visez donc la photo prise par l’excellent Stefan de Vries, correspondant néerlandais à Paris pour RTL4.  Une partie montre Paris un jour de pollution, si l’on ose dire, «normale» et l’autre, prise sous le même angle de vue, représente la capitale telle qu’elle est actuellement, au moment où l’empoisonnement de l’air atteint l’un de ses pics monstrueux. L’anticyclone qui apporte le soleil, transforme la cuvette parisienne en un vaste cloaque poussiéreux. 

 

Alors que chacun pourrait se réjouir de ce temps splendide, nous voilà en train de fermer les fenêtres, d’éviter toute sortie inutile, de laisser tomber les balades à vélo et les flâneries sur les boulevards. Nous en sommes réduits à espérer le retour des jours pluvieux qui, pourtant, ont accablé les Parisiens pendant des semaines, longues, grises et enrhumées. Nous avons le choix entre le coryza causé par l’humidité et la bronchite due aux particules fines.

 

Ces micro-organismes restent en suspension dans l’air et pénètrent à l’intérieur des poumons, pouvant provoquer cancers, crises d’asthme, infections respiratoires, maladies cardio-vasculaires et autres joyeusetés qui font le bonheur des petits et des grands.

 Ces saloperies ont diverses origines : les volcans en éruption, mais ils sont assez rares dans la région parisienne ; les feux de forêts, mais le Bois de Boulogne est plus enflammé par des allumeuses que par des allumettes ; le chauffage, mais qui fait marcher sa chaudière par une météo aussi estivale ?

Restent les seuls grands coupables : les bagnoles, surtout celles qui roulent au diesel ; elles abondent en France, puisque ses gouvernements successifs ont été  assez stupides – ou alors soumis aux groupes de pression bagnolards ­– pour avantager fiscalement ce carburant.

 

La version démagogique de la plaidoirie des bagnolards a pour thème : ce sont les pauvres des banlieues qui sont contraints d’utiliser leurs caisses au diesel, alors que les Bobos parigots bénéficiant de formidables réseaux de transports publics, peuvent s’en passer. C’est réducteur. Mais ce n’est pas faux.

 

Les RER amenant les banlieusards dans la Ville Lumière (tamisée aujourd’hui par les gaz), se transforment trop souvent en galère. Au zinc des bistrots, on raconte souvent qu’un tel a perdu son boulot parce qu’il arrivait systématiquement en retard à cause de son maudit train. Cela dit,  si les RER tombent en rideau, les voitures restent bloquées dans les bouchons. Les banlieusards sombrent donc de rideaux en bouchons. Ce qui n’est pas la plus enthousiasmante des perspectives.  Et rien n’est fait pour améliorer la situation.

 

Alors qui faut-il accuser ? L’incroyable millefeuille administratif qui dilue les responsabilités entre municipalités, intercommunalités, départements, régions, Etat au fur et à mesure que les gaz polluants se concentrent ? Cela saute aux yeux (qui piquent).

Les groupes de pression des constructeurs autos, des compagnies pétrolières, des transporteurs routiers ? Certes, mais enfin, ils font leur boulot.

Les sphères dirigeantes qui sont tellement élevées dans la stratosphère que même la pollution de l’air ne les concerne pas ? Certainement, puisqu’elles cèdent aux pressions desdits groupes.

 Les médias ? Bien sûr, puisqu’au lieu de battre le tambour à propos de ces pics polluants, ils nous jouent du pipeau à coulisse sur de vaseuses histoires d’écoutes sarkophages.

 

Mais l’accusé principal n’est autre que le citoyen bagnolard. Si le gouvernement fait mine d’augmenter les impôts sur le diesel, il s’embrase. Si le parlement adopte l’écotaxe, il prend son bonnet rouge. Si la vitesse est réduite, il démolit les radars de contrôle.

 

Bref, le Français aime sa bagnole. A en mourir.

 

 

Jean-Noël Cuénod

20:34 | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : pollution, paris, particules fines, photo, écotaxe | |  Facebook | | |

15/05/2013

Emeute du PSG : le foot parisien entre Qatar et Clignancourt

 

PSG.jpgLe football occupe à Paris une place étrange. Dimanche passé, lorsque le Paris Saint-Germain (PSG) a conquis son titre de champion de France – ce qui n’était plus arrivé depuis dix-neuf ans –, les rues populaires du XIIIe arrondissement ne vibraient d’aucune ferveur particulière. Elles frissonnaient plutôt sous l’effet d’un printemps glacial. On imagine sans peine l’explosion de joie qui aurait parcouru tout Marseille, des quartiers Nord au Vieux-Port, si l’OM avait remporté le championnat.

 

Le lendemain soir, c’est une mau- vaise fièvre qui a saisi Paris, et plus particulièrement le Trocadéro. L’équipe du PSG devait y recevoir son trophée et, loin de la liesse, c’est l’émeute qui a éclaté dans ces beaux quartiers. Passons sur la nauséabonde récupération politique des événements par l’UMP et la pitoyable transformation de bedonnants conservateurs en agitateurs «djeunes» qui tapent sur le gouvernement en épargnant les casseurs. Il est vrai qu’on prend moins de coups à ce petit jeu de massacre.

 

Le plus intéressant réside dans la provenance sociale et géographique des émeutiers. L’un d’entre eux, au micro de France-Info, met cartes sur table: «On est venu fêter la victoire des Clignancourt. C’est un prétexte, en fait. C’est un prétexte pour faire la guerre sur les Champs (ndlr: les Champs-Elysées). On va tout casser. On s’en fout du foot.» Pourquoi cette allusion à Clignancourt? Il s’agit de l’un des derniers quartiers parisiens restés populaires.

 

L’émeute exprimerait-elle la rage du peuple «d’en bas» contre les «bobos», cette nouvelle classe des bourgeois bohèmes mondialisés qui tient désormais le haut du pavé (et bientôt tous les pavés) à Paris? Il faut se garder des apparences et des conclusions hâtives. Après tout, parmi les casseurs, il y avait aussi des jeunes gens bien coiffés et à la mise onéreuse qui sont gentiment rentrés chez papa-maman à Neuilly après s’être défoulés avec la «racaille». Toutefois, on ne saurait écarter l’aspect social de cette revanche de Clignancourt sur le Trocadéro.

 

De création récente (il a été fondé en 1970), le PSG reste un club hors-sol, contrairement à l’Olympique de Marseille qui soude sa ville depuis 1899. Son rachat par le fonds souverain du Qatar a encore accentué cet aspect. Le club parisien constitue un élément parmi d’autres dans le marketing de ce petit émirat qui voit grand, comme l’explique magistralement un livre qui vient d’être publié chez Fayard, Le vilain petit Qatar, de Jacques- Marie Bourget et Nicolas Beau.

 

C’est ainsi que le club de la capitale française est devenu le panneau publicitaire d’un émirat proche-oriental qui soutient à la fois les Frères musulmans et le Credit Suisse (le fonds souverain du Qatar en est l’un des principaux actionnaires). On appelle ça «mondialisation». Et, pour reprendre l’expression locale, Clignancourt «n’en a rien à battre», d’une telle équipe.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE AUDIO

L'interview des "Clignancourt" sur France-Info

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03/05/2013

Le 1er Mai parisien le plus déprimant du Plouc

muguet_fane.jpg Un brin de muguet fané à la boutonnière, Le Plouc a donc traîné ses bottes dans tout Paris en ce 1er Mai. Le plus sinistre de toute sa longue carrière. Le moins enthousiasmant. Le plus déprimant. Le moins roboratif. Le plus gris. Le moins ensoleillé. Et surtout, le plus éclaté. Terminé, le grand défilé unitaire des syndicats qui drainait les foules dans la fumée des merguez grillées.

 

Certes, Force Ouvrière a toujours fait défilé à part en célébrant les fusillés de la Commune (1871) au Mur des Fédérés. Mais enfin, la plus grande partie du monde ouvrier battait le pavé de Paris, toutes tendances confondues.

Cette année, FO n’est plus la seule à faire bande à part. La CFDT et les autres syndicats réformistes s’expatrient dans la banlieue de Reims pour bien souligner leur refus de participer au cortège parisien de la CGT et de ses alliés qui accomplit le classique parcours révolutionnaire Bastille-Nation.

 

Pourquoi cette bouderie de la CFDT? Pour troquer le beaujolpif contre du champagne? Ou alors, le nouveau patron cédétiste, Laurent Berger, a-t-il voulu s’y faire sacrer, avec onction de Saint Chrême et de Sainte Ampoule, comme un vulgaire Roi de France? La réalité est moins pétillante et plus prosaïque. La CFDT et les autonomes ont signé avec le patronat le pacte de compétitivité voulu par le président Hollande, alors que la CGT, SUD, Solidaires et d’autres le rejettent en criant à la trahison de classe. Des militants de la CGT ont donc brûlé un drapeau de la CFDT, traitée de «collabo» des patrons. D’où la colère du bon Berger et de son troupeau.

 

Bien d’autres 1er Mai se sont déroulés à Paris. A l’Opéra, par exemple, avec celui du clan Le Pen et sa trinité blonde: le grand-père Jean-Marie, la fille Marine et la petite-fille Marion, la députée. Sous l’impulsion de la patronne du Front national, les fachos sont tenus à l’écart. Pas question de vendre des fanzines racistes ou de distribuer des tracts antisémites. Mais chez ces gens-là, le naturel revient au trot et au galop. Dès que Marine Le Pen sent du mou dans l’assistance – moins nombreuse que l’an passé (3000 au lieu de 10 000 personnes) – hop, elle entonne le couplet sur l’immigration. Le succès est garanti. Même Sarkozy et Hollande sont moins hués. Un slogan fuse: «Du PQ pour les sans-papiers!» Dans les rangs, les blagues racistes se répandent avant d’être réprimées: chut, il faut écouter la cheffe!

 

De l’autre côté de la Seine, à la Fontaine Saint-Michel, les «antifa» manifestent contre le Front national. On retraverse la Seine, vers la Bastille, les climato-complotistes défilent contre la «géoingénierie». Retour rive gauche, pour léviter avec les raéliens, partisans du «paradisme qui annonce la fin du travail». Le Plouc craint fort que cette fin soit déjà décrétée par l’«enférisme» de la finance sauvage.

 

Quant au Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, il n’a guère figuré dans le cortège le plus proche de son idéologie, celui de la CGT, assez peu fourni lui aussi. Toutes les forces mélenchonienne sont mobilisées par la grande manif de la gauche anti-Hollande, dimanche 5 mai. Voilà qui est bien plus important que de participer à un traditionnel défilé syndical.

 

Et nous passons sur les autres micro-défilés. Chacun a donc fait son petit 1er Mai rien qu’à lui, dans son coin, en cultivant un frileux entre-soi. Jambon-beurre chez les frontistes. Brochette hallal chez les cégétistes. Voilà le 1er Mai 2013 : indigeste et pluvieux. Plus vieux, surtout.

 

Jean-Noël Cuénod

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17/01/2012

LES COPINAGES DU PLOUC: Faits d'Hiver, un festival de la danse qui ne tourne pas en rond

Si vos pas de deux ou vos grands jetés vous propulsent à Paris, ne manquez pas le Festival Faits d'Hiver, consacré à la danse contemporaine. Il se tient dès maintenant jusqu'au 11 février et comprend huit spectacles qui se dérouleront dans six lieux différents dont le Théâtre de la Bastille. Par ce lien, vous disposez de tous les renseignements pratiques sur le déroulement de cette intéressante manifestation dirigée par Christophe Martin, également directeur artistique de Micadanses.

 La caractéristique de ce festival réside dans l'importance donnée à la création. On y danse donc, mais pas en rond.

Et pour vous faire une petite idée de la chose, voici une vidéo qui vaut tous les discours.

 

 

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27/03/2011

Le Théâtre 14 met Shakespeare en Bouteille

Affiche_Tout_est_bien.gifVous disposez encore de tout le mois d’avril pour ne pas rater cette comédie au Théâtre 14-Jean-Marie Serreau à Paris. Aidé par son assistante Estelle Simon, le metteur en scène Pierre Beffeyte y met Shakespeare en Bouteille, dans cette pièce peu jouée, « Tout est bien qui finit bien.» En effet, le sublime Romain Bouteille y tient le rôle du Fou. Tous ceux qui ont encore plein les oreilles de ses sketches vitriolesques au « Café de la Gare », devraient laisser en plan leurs besognes, pour courir au Théâtre 14. 

Cet éternel garnement en a lancé, des pavés ! Et si ce Romain fort gaulois a créé avec Coluche – qui lui doit tout comme il l’a reconnu à maintes reprises   le « Café de la Gare » en 1968, ce n’est pas pour des prunes. Ou alors pour des pruneaux dans la gueule des flics de tous ordres et désordres.

Grâce à « Tout est bien qui finit bien », Romain Bouteille continue à faire son insolent solaire et son impertinent pertinent. Cette comédie un brin foutraque a été écrite par Shakespeare dans un encrier sans doute empli de « pure malt », car on y divague entre genres divers, mélo, farce et satire.

Le Divin William étant au-delà de toutes les époques, chacun pourra transposer cette pièce dans le théâtre politique actuel où les chargés de com’ ont remplacé les courtisans, l’esprit en moins, la lourdeur en plus. Et le Fou Romain Bouteille ne cesse de clamer que le roi est nu. Mais que le monarque soit ou non à poil ne change rien, pourvu que les langues flagorneuses y trouvent l’espace nécessaire à leur pratique.
Tant que l’on peut se servir en le servant, le roi est toujours habillé.

Jean-Noël Cuénod

 

Renseignements.

« Tout est bien qui finit bien » de William Shakespeare, jusqu’au 30 avril 2011

Adaptation et mise en scène : Pierre Beffeyte, assisté par Estelle Simon

Diane : Alexandra Chouraqui (en alternance avec Rachel Arditi)

Le Fou : Romain Bouteille

Hélène de Narbonne : Julia Duchaussoy
 
Le Roi de France et le Duc de Florence : Sébastien Finck

Seigneur : René-Alban Fleury

Parolle : Christophe Guillon

Renaud aîné : Emmanuel Guillon

Renaud Cadet : Franck Lorrain

Marianna : Estelle Simon

Bertrand de Roussilllon : Maxime d’Aboville (en alternance avec Benoît Solès)

La comtesse de Roussillon et la veuve : Chantal Trichet

Lafeu : Yvan Varco

Théâtre 14-Jean-Marie Serreau, 20 avenue Marc-Sangnier, Paris XIV ; téléphone : +33 1 45 45 49 77 ; courriel : theatre14@wanadoo.fr

 

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05/02/2011

Bernard Thomas-Roudeix ou les troublantes merveilles de l’art défiguratif

BernardThomaRoudeixdegout.jpgSi votre TGV vous lâche à Paris, ne ratez pas l’exposition d’un artiste qui va au bout de nos rêves, le peintre sculpteur et céramiste Bernard Thomas-Roudeix. Elle se déroule à Sèvres, tout près de Paris dans un lieu nommé SEL (Sèvres-Espace-Loisirs). Ce qui convient fort bien à Thomas-Roudeix, l’homme et son œuvre n’ayant rien de fade. Elle se terminera le 6 mars.

Il est toujours un peu ridicule – et agaçant pour celui qui en est victime – d’enfermer un artiste dans une catégorie. Figuratif ? Abstrait ? Bernard Thomas-Roudeix n’est ni l’un, ni l’autre. Disons que son art est défiguratif. La figure humaine ou animale est déconstruite pour se reconstruire en révélant l’enfant tapi dans l’ombre de celle ou celui qui regarde la sculpture. (illustration de droite, "Le Dégoût" de Bernard Thomas-Roudeix)

 

Une œuvre de Thomas-Roudeix, c’est la vague de l’inconscient qui laisse sur la plage de la conscience des bribes de trésors dérobés par des pirates, le rêve d’un gosse turbulent façonné par les mains les plus expertes qui soient. Le songe multicolore de l’un de ces sales gamins qui crient en pleine messe de couronnement que le roi est à poils et la reine itou. Thomas-Roudeix est un Mai-68 perpétuel. (illustration ci-dessous, "le Fumeur décomposé" de Bernard Thomas-Roudeix)

La force de cet artiste à l’anarchisme cruel et joyeux réside dans sa parfaite maîtrise technique acquise aux Beaux-Arts à Paris et peaufinée dans la restauration des monuments historiques. Il peut ainsi re-présenter ce qui, en d’autres mains, serait irreprésentable. Quel autre artiste est en mesure, comme lui, de sculpter de la fumée ?

Dans cette ère du « tout se vaut », comme le dit son ami et peintre Philippe Rillon,BernardThomasRoudeixfumeur-decompose.jpg où les kooneries et autres fabritudes nous les brisent menus, Bernard Thomas-Roudeix fait tache. Il rappelle, l’insolent, que l’art et la poésie dérivent tous deux du verbe « faire ». Il y a donc les faiseurs qui ne font que du vent et les poètes qui, en « faisant » vraiment, le sculptent.


Jean-Noël Cuénod

Sites à consulter

La Peau de l’Ours, mouvement d’artistes dont Bernard Thomas-Roudeix est membre:

 http://lapeaudelours.free.fr

Le blogue de Philippe Rillon : http://rillon.blog.lemonde.fr

 Celui de l’artiste : http://thomas-roudeix.com

Le site de l'expo: www.sel-sevres.prg

Pratique

Sèvres-Espace-Loisirs – SEL est situé 47 Grand-Rue à Sèvres dans les Hauts-de-Seine. Horaires – Lundi et mardi : de 14 h. à 21 h. ; mercredi : de 10 h. à 18 h. ; samedi et dimanche : de 16 h. 30 à 21 h. Téléphone : 00 33 1 41 14 32 32. 

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30/11/2010

Dur et bref retour du Plouc vers le journalisme fédéral

Aimez-vous l’aviron? Oui ? Alors le journalisme fédéral est fait pour vous. Car dans cette discipline – en l’occurrence ce substantif ne manque pas de substance – il faut ramer. Et même souquer ferme. Le journaliste fédéral ne doit pas rechigner à se frotter à la rude école des galériens.

Depuis son arrivée à Paris, Le Plouc avait oublié ces servitudes. En France, les ministres savent lâcher à la meute journalistique un ou deux os qui vont vous faire un bouillon médiatique, rarement consistant mais toujours parfumé. Et leurs collègues genevois les imitent à la perfection. Franchie la Versoix, les politiciens helvétiques ne vous lancent rien pour satisfaire l’appétit des lecteurs. Sinon une langue en bois brut, même pas joliment chantournée. Pas de quoi en faire un plat.

Donc, lorsque l’ambassade de Suisse a téléphoné au Plouc pour lui annoncer l’arrivée à Paris  du conseiller fédéral Johann Schneider-Amman, il en est tombé de son bottacul : « Schneider qui ? Ammann quoi ? » Consternation au bout du fil.
 
Vite, un mensonge : « Monsieur Schneider euh Houlmann ? Non Ammann ! Oui voilà, Schneider-Ammann, mais voyons je ne connais que lui bien sûr ! C’est le … le conseiller fédéral chargé du Département de… euh, oui oui, c’est ça l'économie. »

Voilà qui commence bien. Le Plouc avait tout simplement oublié l’existence de ce conseiller fédéral. Quelle honte ! Quel mauvais Suisse ! Rattrapons notre retard grâce à Internet. Bof, on ne peut pas dire que le conseiller Schneider-Ammann déchire la Toile…

Le pire restait à venir. L’ambassade de Suisse annonce qu’après avoir rencontré la ministre française Christine Lagarde, ledit conseiller fédéral recevra la presse, dans l’annexe du ministère des Finances, sis 80 rue de Lille au cœur de l’ultrachic VIIème arrondissement qui a pour maire Rachida Dati.
Les journalistes suisses de Paris sont donc massés dans ce boudoir très Marie-Antoinette qui a dû en voir de belles. Et sous toutes les coutures. La porte s’ouvre. Christine Lagarde surgit en majesté avec son casque de cheveux immaculés et cuirassée par son tailleur argent (une ministre des Finances ne pouvait faire moins).

«Mais où sont les éléments de langage?» La ministre s’adresse sotto voce à l’un de ses collaborateurs. Qui, le regard tendu à la recherche de ces «éléments de langage» égarés, prend un air un peu inquiet. Moins inquiet tout de même qu’un quinquagénaire lunetté à l’allure grise répondant ton sur ton à son costume et aux nuages qui plombent Paris. A l’évidence, il se demande ce que, Diable, il peut bien faire en cet antre qui sent la poussière aristocrate. Et même le soufre.

 Ce quinquagénaire marchant dans l’ombre de la ministre française de l’Economie et des Finances n’est autre que son confrère suisse, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann qui paraît bien pâle devant le bronzage éblouissant de la ministre française. Elle fait songer à la Déesse Athéna, sortie  tout armée du crâne de Zeus. Lui, ressemble à un conseiller paroissial  de la Reformierte Kirchgemeinde de Sumiswald. Le temps de débiter tout le bien qu’elle pense de ce cher conseiller fédéral et d’annoncer qu’elle viendra en Suisse, la ministre tourne ses talons aiguilles en laissant un sillage de Chanel numéro 5.

Nous voilà donc entre Suisses. Retour à grosses semelles vers le journalisme fédéral. Laborieusement, le conseiller Schneider-Ammann nous dit qu’il n’a, au fond, rien à nous dire. Les « éléments de langage » égarés par Christine Lagarde auraient pu lui servir. Hélas, il n’y a pas plus d’ "éléments" que de "langage" dans ce boudoir qui n'a jamais autant mérité son nom. 
La sueur commence à perler au front des journalistes. Et chacun de presser de questions ce malheureux Johann Schneider-Ammann. Comme une huitre, le conseiller fédéral se ferme. Il  y a un semblant d’ouverture vers le G20. On s’y engouffre. Le Plouc a la curieuse idée de poser cette question stupide :

- La France serait-elle pour la Suisse une sorte de cheval de Troie pour entrer dans le G20 ?

Le conseiller fédéral lance un regard affolé vers Le Plouc et se tourne vers ses conseillers :

- Un quoi ? Mais ça veut dire quoi ça ?

On essaie en allemand. Sans plus de succès. Les conseillers marmonnent. Il comprend encore moins. Une vague lueur s’allume. Et répond sur un ton réprobateur:

-  Non,  non nous n’agirons jamais comme ça avec la France.

Soulagé, le conseiller fédéral a terminé sa corvée et s’esquive, laissant les journalistes à leur perplexité.

Si le cheval de Troie a bien servi aux Grecs pour emporter la place, il n’a été d’aucune utilité au Plouc dans sa chasse à courre aux « éléments de langage ».


Jean-Noël Cuénod

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24/05/2010

Fête rue Doudeauville

montmartre0510.jpgC’est la fête, dimanche de Pentecôte, rue Doudeauville, dans le quartier de la Goutte d’Or, au pied de Montmartre. Paloma et Didier Royant inaugurent leur « Gamin de Paris », un bistrot qui réveille la tradition du genre. L’assiette est auvergnate, donc copieuse et goûteuse, avec la cochonnaille du Père Miton qui est au boudin noir ce que le maillot jaune est au cyclisme. Les produits chimico-dopants en moins. Et le parrain de l’établissement est le célébrissime cabaretier Michou au brushing de neige bleutée.

 


Le décor évoque le folklore montmartrois, sans pour autant faire dans le faux vieux, grâce aux remarquables peintures murales et sur vitre de Gabriel Szeles qui est un peu le Diego Riviera des restaus parisiens qu’il décore en s’inspirant de l’âme des lieux. Szeles est aussi un remarquable peintre « de tableaux » mais qui, en loup libertaire, préfère le secret de son atelier aux pia-pias des vernissages et le piano de sa compagne Caroline Cuny à la grosse caisse médiatique. Un homme libre, quoi. Un spécimen dont la rareté serait à préserver s’il y avait un WWF pour les bipèdes.

Photo: "C'est la fête à tout le monde, ici!" 


Ce bistrot détonne dans ce quartier aux allures africaines où l’on slalome sur les trottoirs entre les superbes fessiers des mamas en boubous multicolores, qui marchandent âprement le régime de bananes plantains,  et les étals branlants des vendeurs, qui opposent la patience commerciale à l’impétuosité économe de leurs clientes. Mais ce « Gamin de Paris » trouve parfaitement sa place dans ce Sud transplanté au Nord de la Ville-Lumière.

 


D’ailleurs, en ce dimanche festif, tout le monde se mélange Maghrébins, Africains noirs, Parisiens couleur navet, lorsque les « Petits Poulbots » en costumes (photo) font battre tambours en l’honneur du nouveau bistrot. Les gamins de toutes couleurs sont ravis, pendant que leurs parents tchatchent et photographient dans la bousculade et la chaleur d’un mois de mai jusqu’alors frileux.
Dans l’épicerie africaine d’à côté, c’est aussi la fête, celle de la patronne, qui danse avec ses copines. Hop, une petite photo ! Mais voilà qu’un grand escogriffe s’avance, menaçant, vers Le Plouc et son modeste portable : « Pas de film. Compris ? ». Mais l’épicière le renvoie aussitôt dans l’arrière-boutique : « Le magasin, il est à moi. Et la patronne, c’est moi, personne d’autre ! Alors, si vous voulez photographier, allez-y. Pas de problème. C’est la fête à tout le monde, ici ! »

 


Le soir tombe sur un personnage étonnant aux baskets d’un jaune doré pétant, le poète Rabah Medhaoui. Devant « Au Gamin de Paris », il récite, comme personne, le poème en prose de Baudelaire « L’Etranger ».


Jean-Noël Cuénod

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