28/03/2016

Pâques 2016

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Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

Les flics et leurs délateurs seraient bien foutus de te flanquer en détention administrative pour entrée illégale sur le territoire. Et si tu leur échappes, tu pourrais bien te faire crucifier une deuxième fois. Les bourreaux de Dieu ne manquent pas.

 Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

 Toi qui as qui a changé la mort en vie, tu verras tous ceux qui, au nom de Dieu, font le chemin inverse avec leur ceinture d’explosifs.

Toi qui a semé l’amour, tu verras tous les démagogues qui font moisson de haine.

Toi qui a remis César à sa place, tu verras tous ses petits héritiers se prendre pour des dieux.

Toi qui a prêché le pardon, tu verras tous les bigots qui n’ont que ton nom à la bouche prôner la vengeance.

Toi qui n’avais faim que de justice, tu verras tous les prédateurs dont la faim est sans fin.

Toi qui avais chassé les marchands du temple, tu verras leur retour triomphant.

Toi qui accueillais l’étranger en quête de pain, tu verras tous les braves gens le rejeter vers son néant.

Toi qui abattais les murs, tu verras tous tes zélateurs en construire de plus hauts.

Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

 

Jean-Noël Cuénod

 

Illustration :  Le Christ dans la tempête de Rembrandt, Isabella Stewart Gardner Museum à Boston.

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20/04/2014

Le Christ et sa libre parole

 

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Voilà le Christ quittant son tombeau, son linceul, ses bandelettes qui attachaient son corps d’humain. Il est revêtu de lumière nue, marche en plein midi et invite les femmes et les hommes qui le veulent à se dépouiller de tous les métaux qui sont autant d’entraves qui empêchent la marche. Serait-ce un acte simple comme bonjour ?

 

C’est aller trop vite en besogne, et faire bon marché de l’extraordinaire génie des humains qui les pousse à forger leurs propres chaînes avec tant d’ingéniosité et de raffinement. Chaîne de la cupidité qui entraîne les riches dans la spirale sans fin du «toujours plus». Chaîne de la soumission qui force les pauvres à accepter l’inacceptable sans révolte. Chaîne des stupéfiants, légaux ou illégaux peu importe, qui obnubile tous les autres dans l’illusion d’une consommation sans frein et sans autre but que sa satisfaction jamais satisfaite. Tant de chaînes qui font de nous des êtres assis. Tant de chaînes à jeter bas…

 

Dans sa marche de Pâques, le Christ nous désigne le chemin pour devenir libre. Mais il ne saurait être libre à notre place. Cette liberté, c’est à nous de la conquérir, jour après jour. Lorsque nous refusons d’être soumis aux puissances économiques, aux pouvoirs politiques, aux institutions ecclésiastiques, c’est le Christ qui parle en nous. En faisant nôtre sa libre parole, nous sommes hors d’atteinte de toute oppression.

 

 

Jean-Noël Cuénod

Photo: la foudre du Christ de Corcovado, au-dessus de Rio

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22/04/2011

Pâques (3): la Résurrection à Fukushima


Pâques, c’est Noël débarrassé de ses Chalandes pour grandes surfaces et sa sensiblerie mercantile. C’est la vraie fête chrétienne qui déborde du christianisme, comme un vin généreusement offert, puisqu’elle fait vivre cette question qui touche tous les humains : comment cohabiter avec la mort? Que l’on croit ou non au récit de la Résurrection du Christ reste secondaire. L’important n’est pas la lettre mais le cœur palpitant de l’Esprit.

La Résurrection n’est pas, à mon humble avis — dans ce domaine, tous les avis sont humbles par vocation — le triomphe de la vie sur la mort. Il n’y a pas concurrence, bataille, guerre, compétition qui aboutiraient à la défaite de l’une et à la victoire de l’autre.

La Résurrection remet la mort à sa place, celle d’un lieu de passage qui permet à la vie de s’épurer, de se ressourcer, de renaître, de changer de formes tout en restant elle-même, fondamentalement. La mort fortifie la vie. Elle est ce vide sans lequel il serait impossible de garnir un vase de fleurs. Pour le démontrer, l’Eternel s’est fait mortel, Dieu a revêtu sa peau d’homme, en acceptant le pire de la condition humaine, la trahison, l’injustice, la douleur morale, la torture physique, l’angoisse devant le trépas, la solitude des ultimes instants. Malgré les innombrables tentatives pour le défigurer, pour l’embarquer sous les bannières de la haine, pour l’embrigader pour les causes les moins nobles, la figure du Christ injurié, battu, mourant, ressuscitant demeure inaltérée, 2000 ans après le passage sur la Terre de cet être de Lumière. Le vrai — peut-être le seul — miracle du Christ est d’avoir triomphé de l’usure du temps et de la caricature des hommes. Devenu symbole, Jésus demeure à jamais souffrant, cherchant et consolateur.

Il vit dans ces 304 travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima qui, connaissant les risques majeurs pour leur vie, s’exposent à des irradiations afin de juguler les fuites radioactives provoquées par le séisme du 11 mars. A leur propos, l’ingénieur en physique nucléaire français Bruno Chareyron constate:
A partir du moment où à l’extérieur de la centrale, il y a déjà des taux de radiation de 4 millions de fois plus élevés que le niveau naturel, cela signifie qu’en quelques heures de présence les personnes ainsi exposées peuvent subir des doses potentiellement mortelles à court terme (...).De ce point de vue, leur combat est un sacrifice.

Non seulement ces héros anonymes risquent la mort mais encore, ils sont menacés de subir les souffrances provoquées par des cancers. Pourquoi se sacrifient-ils ainsi? Il serait vain de parler à leur place. Leur action suffit à porter témoignage.

Venant d’une culture différente, ces Japonais ne connaissant peut-être rien de l’Evangile. Mais ils le vivent. Le Christ, c’est le meilleur de l’homme en acte.

 

Jean-Noël Cuénod

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18/04/2011

Pâques 2011(2): VERS L’INVISIBLE

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Homme portant
Les entrailles
Tous ses muscles
En révolte

Charpente
Au travail

Par la charrue
Des prophètes
Marquer la boue
Sillon de sang

Charpente
Etablie

Retrouver l’eau
Prendre le vent
Et naviguer
A l’estime.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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14/04/2011

Pâques 2011 (1): ce pardon qui a mauvaise presse


Après la découverte des crimes, les micros affamés se tendent vers les proches, les amis, les familles. A chaque fois revient cette phrase, ou plutôt ce cri de douleur: «Impossible de pardonner!» Et comment pourrait-il en aller autrement? Un être cher vous est arraché par la violence, par la perversité, par la cruauté sans borne et il faudrait pardonner au monstre?

Parler de pardon en de telles circonstances est inaudible: «On viole, on torture, on tue et on se fait pardonner? Trop facile!»

Le pardon a de plus en plus mauvaise presse dans les médias. Il est perçu comme la marque d’une faiblesse coupable devant le mal, d’un état d’âme fait de lâcheté et de complicité. L’acte le plus pur célébré par les Evangiles est devenu un sentiment vil et stupide.

Sans doute, est-ce la marque d’une époque qui se déchristianise et de l’inversion des valeurs en ce début de XXIème siècle qui élève au rang de vertus ce que naguère nous considérions comme des vices: la cupidité et l’égoïsme, entre autres. D’autres raisons expliquent ce mépris de fer pour le pardon, la ronde infernale des faits-divers. Chaque jour lance à la volée son lot d’horreurs. Sont-elles plus nombreuses aujourd’hui que jadis? Rien n’est moins certain. La lecture de la chronique judiciaire au XIXème démontrerait plutôt le contraire. Mais les crimes d’antan ne franchissaient guère les frontières. Désormais, leurs récits font le tour du monde à la vitesse du son.

De plus, après la Shoah, chacun sait maintenant qu’une société de haute culture peut puiser en elle la barbarie nécessaire pour tenter — avec une froide méthode — d’éliminer une partie de l’humanité. Comment pardonner à Hitler? Le seul fait d’aborder cette question nous révulse.

Vilipender les monstres rassure. Plus on leur jette de pierres, plus on s’éloigne de notre culpabilité. C’est oublier que nous avons tous une part de monstruosité en nous. En la projetant sur le criminel, je crois m’en débarrasser. Dangereuse illusion. Le monstre est toujours, là, tapi dans l’ombre. Dans mon ombre. Prêt à surgir.

Pardonner, c’est donc en premier lieu se pardonner. C’est-à-dire prendre conscience de la possibilité d’un monstre en nous. Ne pas le rejeter mais le transformer en une force positive et créatrice. Cette alchimie intérieure réclame un effort sur soi, alors que tout dans cette société du bruit nous en dissuade. Mais le jeu en vaut la chandelle, puisqu’il s’agit d’apprendre à tourner une page douloureuse pour re-vivre.

Pardonner n’est en aucun cas passer le crime par pertes et profits. C’est au contraire
le désigner et le juger comme tel. Le pardon est une force qui permet de se libérer de son statut de victime. Un statut qui est aussi une prison.

Jean-Noël Cuénod

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05/04/2010

Pâques, les 7 morts du Christ et la Vie.

Perit ut vivat. Il meurt pour qu’il vive. Pour « vivre sa vie », il faut disposer d’un savoir-mourir. C’est le message que, chaque année, Pâques nous délivre.  Hélas,  dans ce tumulte dépressif et déprimant qui nous enténèbre, les oreilles deviennent des murs.  A Pâques 2010, la question des prêtres pédocriminels monopolise les médias.

 

A juste raison, certes, puisque devant ces monstruosités l’Eglise romaine, en les taisant, a trop longtemps préféré la logique de l’institution à la compassion envers ses victimes et au respect de la justice.  Toutefois, la faillite d’une institution humaine – le Vatican n’est pas autre chose qu’une puissance temporelle non-démocratique – ne devrait pas occulter la leçon de vie que Pâques nous offre, notamment celle-ci : il y a une vie et plusieurs morts. Et toutes ces morts demeurent indispensables à la réactivation vitale.
 Ainsi, avant sa Résurrection, le Christ a connu, au moins, sept morts si l’on se réfère à l’un ou l’autre des Evangiles.

 

Première mort, l’angoisse. Avant d’être livré, Jésus et ses disciples se rendent au Mont des Oliviers. Jésus est durant un moment « saisi d’effroi et d’angoisse » (Marc  XIV ,33-34).

 

Deuxième mort, la trahison. Judas, l’un des disciples de Jésus, le dénonce aux sacrificateurs.

 

Troisième mort,  l’infidélité. Pierre renie trois fois son maître.

 

Quatrième mort, l’injustice. Le gouverneur Ponce Pilate se lave les mains « du sang de ce juste » alors qu’il n’a relevé aucun crime contre lui et laisse la foule décider du sort de Jésus.

 

Cinquième mort, l’humiliation.  La populace enfonce sur le crâne de Jésus la couronne d’épine, crache contre lui et l’insulte.

 

Sixième mort, l’abandon. A la neuvième heure,  Jésus s’écrie « Père, Père pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

Septième mort : le cadavre. Après avoir subit les affres de la crucifixion, le corps de Jésus « rend l’esprit ».

 

A chacune de ces morts correspond la rupture d’un lien, avec un ami fraternel, avec le sentiment de la justice. Et même avec l’Eternel.  Mais le Christ a renoué chacun de ces liens rompus. Son angoisse au Mont des Oliviers, Il l’a surmontée dans la prière. La trahison de Judas, Il l’a acceptée comme un élément indispensable à l’œuvre de Résurrection.  L’infidélité de Pierre, Il l’a effacée par la vraie puissance, celle du Pardon. L’injustice et les humiliations ne l’atteignent plus en son âme lorsqu’Il dit à Ponce Pilate : «Mon Royaume n’est pas de ce monde» (Jean XVIII, 36).
L’abandon dont Il accuse l’Eternel, son Père, se résout dans la confiance retrouvée au moment de la mort : « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Luc XIII, 46). Et au cadavre, succède la Résurrection, le troisième jour.

 

Sept morts pour transmettre l’Eternité de la Vie… Il serait possible de trouver encore bien d’autres morts précédant la Résurrection. Cela dit, le nombre 7 est le symbole qui correspond le mieux à cette transmission. Il est créé par l’union du  3, symbole du ciel, de l’esprit ou de l’illimité et du 4, symbole de la terre, de la matière ou de la limite.  Le fini ensemence l’infini. Perit ut vivat.

Ci-dessous, l'extrait d'un chant grégorien de la liturgie pascale enregistré par les moines bénédictins de Santo Domingo de Silos.

 

Jean-Noël Cuénod

12:37 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pâques, vatican, christ, eternité, chant grégorien | |  Facebook | | |