29/04/2010

Le voile islamique, masque de l'impuissance politique

Il n’y a donc pas sujet d’actualité plus brûlant que l’interdiction sur la voie publique du voile islamique en version intégrale et intégriste.
La Belgique assiste à l’implosion de son Etat. Mais ses parlementaires viennent d'interdire la burqa à leur ordre du jour.
La dette publique italienne atteindra sans doute 112% du produit intérieur brut (PIB) en 2010. Et la Ligue du Nord concocte un projet de loi antivoile islamique assorti de lourdes peines. Sans parler de la Suisse et de sa «minaretophobie».
En France aussi, les difficultés ne manquent pas. Les paysans crient leur angoisse. Le chômage reste élevé. Le médiateur de la République lui-même, Jean-Paul Delevoye, dénonce la «fatigue psychique» des Français assaillis par le stress et la peur du lendemain. Toutefois, ces thèmes paraissent bien secondaires devant l’ampleur de ce débat sans fin sur l’interdiction du voile intégral.

 

Nous avons eu droit à divers épisodes depuis juin 2009, lorsqu’à l’initiative du député communiste André Gerin, l’Assemblée nationale a mis le voile sur le tapis, au plus vif plaisir du gouvernement, trop heureux de disposer ainsi d’un moyen de faire diversion. Les «idiots utiles» de Lénine aurait-il changé de camp?

 

Le dernier chapitre met aux prises le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux à un sous-sultan de la banlieue nantaise, qui disposerait d’un harem voilé — et socialement assisté — en son logis. Et voilà le moulin à sornettes qui repart de plus belle.
Il aurait été possible de régler rapidement cette affaire textile, en interdisant de cacher son visage sur la voie publique pour des raisons de sécurité. L’attaque en février dernier de la poste d’Athis-Mons (près de Paris) par deux malfrats dissimulés sous des burqas aurait pu servir d’illustration.

 

Mais le président Sarkozy et le chef de sa majorité Jean-François Copé ont choisi la voie compliquée, celle d’une interdiction générale du voile intégral en tant que tel. Il s’ensuit des avis juridiques, politiques, théologiques divers et contradictoires qui alimentent la pompe à bruits médiatiques.

 

En fait, la burqa sert de voile à l’impuissance politique qui est le véritable nœud de l’angoisse sociale dans toute l’Europe. Les Etats-nations n’ont plus la taille nécessaire pour infléchir les politiques économiques et sociales. A cette échelle, on peut essayer toutes les recettes que l’on veut, — socialistes, sociales-démocrates, libérales, ultralibérales — elles n’aboutissent à rien et ne règlent, au mieux, que des problèmes isolés et ce, de façon temporaire.

 

Quant à l’Union européenne, ses institutions démontrent leur incapacité à offrir des perspectives de sortie de crise. Une organisation fédérale aurait sans doute mieux convenu par sa répartition rationnelle des compétences, de la base au sommet. Mais aucun des Etats-nations composant l’Union n’a accepté cette solution, par souci de conserver des pouvoirs qui, pourtant, perdent chaque jour de leur substance. Dès lors, on ne voit pas comment l’angoisse sociale qui monte pourrait être apaisée.
Avant d’entreprendre quoi que ce soit, il faudrait d’abord affronter cette réalité-là, sans voile.

Jean-Noël Cuénod

Vidéo ci-dessous: débat entre deux musulmanes, l'une voilée et l'autre non, sur France5

08:26 | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : niqab, burqa, voile intégral, islam, laïcité, vidéo | |  Facebook | | |