25/07/2011

Attentat en Norvège: la pureté, objet de tous les délires.

Ainsi, le terroriste norvégien qui vient de semer la mort à Oslo serait à la fois extrémiste de droite, franc-maçon, rosicrucien et fondamentaliste chrétien, toutes appartenances incompatibles entre elles. Les francs-maçons ont été persécutés par tous les régimes fascistes et ceux prônant le communisme autoritaire (à l’exception de Cuba). De même, le fondamentalisme chrétien n’est pas soluble dans les Ordres ésotériques, comme la Rose-Croix, qu’il voue aux gémonies. Cette incohérence dans la démarche de l’assassin démontre qu’Anders Behring Breivik est avant tout un fou; c’est comme tel qu’il doit être présenté.

Mais la folie meurtrière ne brûle pas n’importe où. Il lui faut un climat idoine, une idéologie sécrétée par des porte-parole qui sans passer aux actes, donnent aux fous l’étincelle qui boutera le feu à leur délire. Ce climat propice est favorisé par une idée-force qui a provoqué bien des massacres dans l’Histoire: la pureté. Refus de tout mélange, obsession du retour à un passé mythique, idolâtrie de la virginité en constituent ses aliments de base.

Au XVe siècle, l’Espagne fut traversée par l’idéologie de la «limpieza de sangre» - la pureté du sang – qui servit de prétexte aux massacres de juifs et de musulmans convertis au christianisme et suspectés par les chrétiens d’origine d’avoir conservé en secret la foi de leurs pères.

Née au XIXe siècle en Europe – notamment en France dans le contexte de l’affaire Dreyfus - la pureté de la race a été développée par le fascisme en Italie et, surtout, par le nazisme en Allemagne-Autriche. Même convertis au christianisme, les Juifs devaient être massacrés, ce qui n’est pas sans trait commun avec la «limpieza de sangre», apparue cinq siècles auparavant.

La pureté de classe a, elle, été inventée par Staline au moment où il a éradiqué la vieille garde de Lénine, accusée d’«intellectualisme bourgeois», afin de laisser la place à de jeunes prolétaires formés à sa main. Cette «pureté de classe» a provoqué de façon délibérée la famine en Ukraine lors de la campagne contre les paysans à l’aisance toute relative (les «koulaks»).

Aujourd’hui, la folie de la pureté s’attaque au multiculturalisme, comme le démontrent les propos de Breivik. Le multiculturalisme est un fait. Et un fait qui n’est pas nouveau. Même lorsque les communications ne s’accomplissaient qu’à voile ou à cheval, les cultures ont toujours échangé entre elles, dans l’entente ou la confrontation. Une culture imperméable, cela n’existe pas.

Les tenants du racisme et de la xénophobie en Suisse, avec leurs affiches gluantes de haine, feraient bien de méditer le sinistre exemple de Breivik.


Jean-Noël Cuénod

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