28/09/2010

Rachida Dati a la langue qui fourche

Rachida Dati l’avait sur le bout de la langue, ce mot « inflation » à placer dans une interview télévisée. Mais c’est un autre qui est venu : « Je vois certains qui demandent des taux de rentabilité à 20-25%, avec une fellation quasi nulle... ». Le succès est immédiat. En unité de bruits médiatiques, cette interview – qui aurait dû passer inaperçue – remet en selle l’ex-garde des sceaux et des sacs Vuitton. Voilà un lapsus qui rapporte gros. Tapez le mot « fellation » sur Google et vous verrez le nom Rachida Dati se placer en quatrième position.
 
C’est l’occasion pour tous les sites de la Toile de rappeler les lapsus les plus célèbres : le fameux « Moustaku » de l’éternel ministre de la mousse-ta-culture Jack Lang qui décorait Moustaki, le pâtre grec le plus célèbre de l’Ile Saint-Louis ; l’inoubliable cri du… cœur de Robert-André Vivien, député gaulliste : « Enfin Monsieur le Ministre, durcissez votre sexe, heu pardon, votre texte » à l'occasion d'un débat parlementaire sur la classification des films pornos en 1975. Mais dans ce cas, le lapsus n’est pas certain. Il est possible que ce député – amateur de calembours olé-olé- se fût volontairement trompé, à la suite d’un pari conclu à la buvette parlementaire !

En Suisse, Couchepin avait également passé de Mörgeli à Mengele. Ce qui prouve que même en se trompant les politiciens suisses sont moins rigolos que leurs collègues français. A moins qu’ils ne se mettent à délirer en suisse-allemand comme Hans-Rudolf Merz à propos d’une histoire de viande salée (et non pas une histoire salée de viande). Mais là, c’est le bruit que fait son dialecte qui est drôle.

Rachida Dati n’est donc pas la seule dont la langue, pourtant bien pendue, fourche. Ce qui peut faire mal. Il semble même que ces lapsus deviennent de plus en plus fréquents. Une explication saute aux yeux : les mini-caméras et  l’Internet diffusent aujourd’hui ce qui n’était connu, naguère encore, que d’un petit cercle de rieurs sous capes. Mais il en est une autre : les interventions des politiciens sont aujourd’hui calibrées au millimètre par les conseillers médias. Ce qui rend la parole de nos chers zélus aussi intéressante que la lecture à haute voix de la Pravda des années Brejnev. A force de débiter leurs discours creux, les raboteurs de langue de bois ne pensent plus à ce qu’ils disent. Et disent alors vraiment n’importe quoi.

Jean-Noël Cuénod

Puisque vous avez été sages voici les deux vidéos, celle de Rachida Dati et celle de Hans-Rudolf Merz.
Lapsus: Dati confond "inflation" et... "fellation"
envoyé par LePostfr. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

20:39 | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : rachida dati, lapsus, merz, couchepin, lang, vidéo | |  Facebook | | |

14/06/2010

Kadhafi et libération de Max Göldi : comptes et mécomptes

 
 kadhafiportierhotel.jpg
L’affaire Kadhafi est loin d’être terminée. Tout d’abord, l’Hirsute des Sables (notre photo, en costume estival de portier de prison avec balayettes à poussière incorporées) ayant obtenu un succès complet après le retour en Suisse de Max Göldi, la tentation sera grande pour lui de céder à son délire mégalomaniaque en inventant une nouvelle provocation.

Ensuite et surtout, l’heure des comptes a sonné en Suisse. On ne saurait imaginer désastre diplomatique plus spectaculaire. Il est vrai que nous autre Helvètes, persuadés que seuls les comptes comptent, nous avons négligé la diplomatie au seul profit des échanges commerciaux. A privilégier l’économique au détriment du politique – à l’instar de cancres qui auraient parcouru les œuvres de Marx trop hâtivement – le conseil fédéral est pris à son propre piège. Jadis, le Département des affaires étrangères se nommait « Département politique fédéral ».
Ce n’était pas si mal vu.

Le calamiteux cas Kadhafi démontre aussi à quel point nos institutions apparaissent inadaptées au monde actuel. Les contradictions internes au Conseil fédéral ont éclaté au grand jour. Chaque ministre mène sa propre barque sans souci de conduire le paquebot « Suisse ». Au premier coup de vent, les marins se dispersent tous azimuts. On le savait déjà. La confirmation est cruelle.

Certes, les réformes institutionnelles deviennent indispensables mais elles réclament du temps. Certaines mesures sont donc à prendre dès maintenant. La plus symbolique et la moins chronophage serait la démission du conseiller fédéral Rudolf Merz.

Pour notre plus grand malheur, Merz s’est pris pour un vrai président en voulant négocier avec l’Hirsute des Sables comme s’il avait en face de lui un « landamann » glaronais. Ne demandant aucun avis éclairé, mettant la ministre des affaires étrangères Calmy-Rey devant le fait accompli – ou plutôt inaccompli -, prenant en solo les initiatives les plus inopportunes, Merz n’a plus sa place dans le gouvernement fédéral.
Et qu’il ne fasse pas porter le chapeau à Genève ou à la « Tribune ». Il ferait mieux de manger le sien.

Jean-Noël Cuénod
 
 

18:54 | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : göldi, kadhafi, libye, justice, conseil fédéral, merz | |  Facebook | | |