10/05/2017

Macron-Mélenchon, entrepreneurs en démolition

Macron,Melenchon,Valls,legislative2017

Au-delà du fossé idéologique qui les sépare, par-delà leurs divergences de style, Macron-Mélenchon poursuivent la même stratégie et sont en train d’atteindre leur objectif commun : débarrasser le paysage politique français des immeubles lépreux qui l’encombraient.

Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon se sont d’abord attaqués au Palais décrépit de la gauche, le Parti socialiste. Le nouveau président français a toujours tenu son plan de démolition bien à jour. Il a quitté le gouvernement juste au moment où il le fallait, ni trop tôt (il n’avait pas encore amassé de soutiens, ni d’expériences de haut niveau), ni trop tard, (pour ne pas porter l’ensemble du bilan Hollande). Il a lancé son mouvement En Marche et annoncé sa candidature, pile à l’heure. Pendant ce temps, son rival social-libéral Manuel Valls restait englué à Matignon et dans ce PS qui le rejette. Aujourd’hui, l’ancien premier ministre subit revers sur humiliation; il en est réduit à quémander un bol de soupe à la table du président élu qui, cruel, lui en jette le contenu, bouillant, à ses pieds. A la queue comme tout le monde, si tu veux être MON député ! Et encore, pas sûr que je t’accepte, t’as pas le profil, coco.

Macron, un si gentil tueur

Macron est un sympathique tueur politique aux yeux d’azur candide.

La façon dont il traite Valls n’a rien d’une quelconque vengeance pour lui faire payer ses remontrances publiques lorsque le président tout neuf était ministre de l’Economie. Emmanuel Macron n’a pas ce genre de passion. Il tue par méthode et non par colère.

Il fait plutôt d’Emmanuel Valls un exemple pour les socialistes qui sont tentés de le rejoindre : si vous voulez une investiture aux législatives, ce ne sera pas la rose au poing que vous viendrez, mais avec une corde au cou, signe que vous acceptez de concourir sous mes propres couleurs. Il ne s’agit pas de redonner un second souffle au PS moribond mais bien de l’achever pour faire place nette.

Sur l’aile gauche du Palais socialiste, Jean-Luc Mélenchon a fait la même besogne dans ce style à la fois tonitruant, populaire et cultivé qui est le sien. En développant un programme très axé sur l’écologie et la défense des revendications socialistes classiques, il a vidé de sa substance le pâle accord entre le candidat officiel du PS Benoît Hamon et le reliquat des écologistes. Comme ses qualités de débatteurs, de tribuns et d’organisateurs de campagne sont sans comparaison avec celles du modeste Hamon, Mélenchon est devenu le leader de la gauche – et plus seulement de la gauche de la gauche – en réduisant le parti du gouvernement à 6%, à peine plus que Debout La France. Aujourd’hui, Hamon doit à son tour quémander un bol de soupe en annonçant la création en juillet, «d’un mouvement pour reconstruire une gauche inventive, qui dépassera les étiquettes politiques». Un mouvement destiné, sans doute, à faire alliance avec la France Insoumise de Mélenchon. Mais il n’y aura qu’un patron, on devine sans peine lequel. Aspiré sur sa droite par Macron et sur sa gauche par Mélenchon, voilà le Palais Rose réduit en gravats.

Macron,Melenchon,Valls,legislative2017Mélenchon, après le PS, le PC

Mais La Méluche n’a pas terminé son boulot. Il y a encore la cabane du jardinier, occupée par les restes du Parti Communiste français. En refusant de s’allier avec lui, la France Insoumise, oblige le PCF à n’avoir pour alliés que des socialistes déambulant, hagards, sur leurs ruines. Dès lors, le pire est à craindre, à savoir des pertes spectaculaires en sièges avec, pour conséquence, la fermeture du robinet à finances publiques. Donc, exeunt PS et PC, place à la France Insoumise, pôle de la gauche avec lequel tous ceux qui se réclament de ce camp devront composer,

Emmanuel Macron en a bientôt fini avec l’aile droite du Palais Rose. Reste à démolir la Bastille du parti Les Républicains qui, bien qu’affaibli, résiste mieux que le PS. Cela dit, les modérés LR piaffent de rejoindre la future majorité présidentielle. Mais sur leur route, François Baroin, directeur de la campagne des LR, a dressé un obstacle de taille, représenté par les investitures aux législatives, en menaçant d’exclusion celles et ceux qui seraient prêts à rejoindre la nouvelle majorité présidentielle. Pas de parti, pas d’aide logistique et certitude d’avoir un concurrent LR dans les pattes. Ça fait réfléchir.

Néanmoins, si Machiavel-Macron désigne pour premier ministre une personnalité du centre-droit, voire même issu des rangs LR, alors cet obstacle va sans doute voler en éclats. C’est bien ce qu’a annoncé mercredi Gilles Boyer, ancien directeur de campagne d’Alain Juppé et candidat : « Si Emmanuel Macron désigne lundi un Premier Ministre qui appartient aux Républicains ou appartient à la famille de la droite et du centre, nous ne pouvons pas ne pas en tenir compte ».

La truite de Macron

Si Emmanuel Macron ne parvient pas à débaucher une personnalité de la droite modérée ou du centre, il risque fort de ne pas pouvoir disposer d’une majorité. Or, même pour gouverner par ordonnances comme il l’envisage, il est nécessaire d’obtenir l’aval du parlement. Il porterait cet échec comme un boulet jusqu’à la fin de son quinquennat et ne serait alors qu’un président faible, à la merci de majorités changeantes.

En revanche, s’il réussit à prendre dans ses filets une belle truite de la droite, les autres poissons LR vont suivre Macron par bancs entiers. Il en sera alors fait de l’unité du parti LR. Il n’en restera que la tendance hyperconservatrice dont le chef de file est Laurent Wauquiez avec Sens Commun pour cavalerie catho-tradi. Comme ce courant n’est séparé du Front national que par l’épaisseur d’une hostie, il ne sera nullement malaisé pour le FN de lui ménager une passerelle. C’est d’ailleurs ce que vise Marine Le Pen lorsqu’elle veut transformer son parti en changeant son nom.

Dès lors, le nouveau paysage politique français serait composé d’une force centrale, d’un pôle de gauche radicale et d’un pôle de droite radicale. A moins que le chaos s’installe, en cas de mauvais choix initial du premier ministre. Dans tous les cas de figure, l’ancien ordre politique disparaît dans la fosse commune de l’Histoire.

 Et les écolos, dans tout ça ? C’est ce qui a de bien avec les écolos français, ils n’ont besoin de personne pour se démolir. Ils se biodégradent tout seuls.

Jean-Noël Cuénod

17:58 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : macron, melenchon, valls, legislative2017 | |  Facebook | | |

02/05/2017

La gauche, une défaite en trompe-l’œil

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Entre la première place de l’ex-inconnu Macron et le score imposant de Marine Le Pen, un fait a été relégué au second plan dans les commentaires décryptant les résultats du premier tour de la présidentielle : si elle était partie unie, la gauche aurait pris la tête des suffrages avec plus de 9 millions d’électeurs et 25,5% des voix[1].

Par conséquent, Marine Le Pen aurait été absente au second tour, alors qu’il lui semblait promis. On imagine la guerre qui aurait fait rage au sein du Front national contre la patronne du parti. Sa série de succès électoraux a permis au FN de surmonter ses profondes divisions internes qui, en premier lieu, apparaissent au sein de la famille Le Pen comme nul ne l’ignore. Une éviction, dès le premier tour, de l’héritière du clan aurait été perçue comme un échec cinglant par les dirigeants et militants frontistes. Et les querelles entre sous-clans en auraient été décongelées. Le Front national aurait subi un sévère coup de frein.

Premier constat : en n’étant pas parvenu à unir leurs forces – l’un s’accrochant à son ego démesuré et l’autre, à son appareil impotent –, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont raté leur rendez-vous avec l’Histoire. Ils ont ouvert un boulevard à Le Pen fille et frustré des millions d’électeurs d’une présence de la gauche au second tour.

Deuxième constat :  alors que moult médias clamaient sa mort en submergeant son cadavre de leurs larmes de crocodiles, la gauche reste une force de premier plan. De plus, les programmes de Mélenchon et Hamon contenaient nombre d’idées intéressantes et parfois novatrices : débat sur la VIe République, sur le Revenu minimum d’existence, renforcement de la démocratie d’entreprise, plan pour assurer la transition vers les énergies renouvelables. Aucun des deux n’envisageaient de Frexit tout en militant pour une revitalisation démocratique de l’Union européenne.

C’est donc l’appareil du PS de type mitterrandien qui est en état de mort cérébrale mais pas du tout l’ensemble de la gauche et surtout sa base. Elle semble, au contraire, déborder d’idées ; elle s’est même convertie à la défense de l’environnement, ce qui jusqu’alors n’était pas du tout sa tasse de thé vert.

Dupont Raignan.jpegLa gauche doit débrancher le PS

La gauche dispose du carburant idéologique ; il lui reste à trouver un bon véhicule pour l’amener sur les routes du nouveau paysage politique français. Le social-libéralisme a trouvé son Macron providentiel, du centre-gauche au centre-droit. La droite nationale-conservatrice est solidement implantée, avec Nicolas Dupont-Aignan comme sas pour permettre l’exfiltration de l’aile droite du parti LR vers Marine Le Pen. Il reste donc à la gauche authentique – celle qui, unie, aurait obtenu plus de 25% des suffrages – de débrancher le PS pour qu’il rejoigne la SFIO d’antan au paradis des éléphants roses et de s’organiser pour créer une nouvelle structure adaptée à cette recomposition des forces politiques françaises.

Il n’est pas certain que les candidats du premier tour Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon soient les mieux placés pour mettre au jour cette structure.

Hamon n’a jamais eu qu’un seul métier : apparatchik du Parti socialiste. Il lui sera donc difficile de sortir de ce moule pour participer à l’émergence d’un nouveau mouvement qui devra, contrairement au PS, se connecter sur le monde du travail et adopter des formes bien différentes que celles imposées par les gros appareils vétustes. Comme l’explique fort bien Jacques Julliard dans Le Figaro (pour lire sa chronique cliquer ici), les partis politiques classiques sont en voie de disparition. De nouvelles structures vont les remplacer, la nature politique ne supportant pas le vide. Sans doute seront-elles plus fluides, plus horizontales moins pérennes et plus axées sur des thématiques précises (écologie, Europe, démocratie directe). A cet égard le jeune Benoît Hamon paraît vieux.

Paradoxe apparent, Jean-Luc Mélenchon, 65 ans, a mieux saisi et mieux utilisé que son cadet ses formes nouvelles de « faire de la politique ». Mais, compte tenu de son âge, il a sans doute mené sa dernière campagne. Et sa conception de l’action politique reste trop centrée sur sa personne pour créer un mouvement de type horizontal.

La gauche est donc à réinventer. Au cours de l’Histoire, elle a toujours trouvé les femmes et les hommes, pour accomplir cette tâche toujours recommencée. Espérons que notre époque ne fasse pas exception.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] La consultation initiée auprès de ses partisans de La France Insoumise par Mélenchon a donné les résultats suivants : 65%  d’entre eux préconisent le vote blanc ou nul ou l’abstention et 35% déclarent qu’ils voteront Macron. Le choix de Marine Le Pen ne figurait pas dans cette consultation. 243 000 militants y ont pris part sur 450 000. Une grande partie n’y a donc pas participé. Une part d’entre eux risquent de voter Marine Le Pen.

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Ce discours de Léon Blum, prononcé le 24 octobre 1936 à Toulouse n’est pas sans résonnances actuelles.

17:40 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : présidentielle2017, gauche, hamon, mélenchon | |  Facebook | | |

17/03/2017

Présidentielle: la France livrée aux cratopathes

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La monarchie républicaine possède au moins un avantage sur l’autre, la vraie. Pour s’en débarrasser, nul besoin de couper des têtes, elle en est dépourvue. Avec cette présidentielle 2017, voilà un pays, la France livrée à ses cratopathes. Rappelons-le, la cratopathie (cratos=pouvoir, pathos=maladie) a pour effet de vider les têtes et de remplir les grandes gueules.

C’est dans le langage que la cratopathie exerce ces ravages en premier lieu. Orwell l’a dit mieux que personne : la première tâche que s’assigne le pouvoir totalitaire est de transformer la langue, de la plier à ses contraintes, de l’appauvrir pour mieux rendre idiots ses sujets, d’en extirper sa substantifique moelle poétique pour la dévitaliser, car la poésie cachant de multiples significations dans les replis de ses vers, elle doit être réduite à la platitude de l’inique sens unique.

 De grands cratopathes comme Hitler, Staline et Mao ont porté à cette castration du verbe une attention toute particulière. Il est d’ailleurs très symptomatique de constater qu’en tant que poète Mao-Tsé-Toung composait des textes en style classique, alors que tyran, il déniait aux autres écrivain le droit d’en écrire.

Trump, le grand saut des sots

La cratopathie et la Nov’langue orwellienne étaient donc, jusqu’à un passé récent, réservées aux dictatures. Mais voilà que le mal atteint désormais nos démocraties. A cet égard, l’élection de Trump a constitué une « première ». Certes, la parole politique a toujours été sujette à caution. «Les promesses rendent les fous joyeux», comme l’on dit à Genève. Toutefois, Donald Trump l’a réduite à néant, en hurlant des insanités, balbutiant des injures, disant tout, n’importe quoi et son contraire, se faisant une gloire d’être imprévisible, ne connaissant de ses dossiers que les 140 caractères limitant ses tweets. Devant cette trogne qui éructe ses barbarismes incohérents, le monde est saisi de vertige.

Tous les pays d’Europe sont, peu ou prou, affectés par la cratopathie. Toutefois, sur notre continent, c’est en France que cette épidémie sévit avec le plus d’intensité. La plupart des principaux protagonistes de l’ahurissante campagne présidentielle 2017 osent vraiment tout.  Et c’est à ça qu’on les reconnaît, dirait Michel Audiard.

François Fillon, la cratopathie foudroyante

L’exemple le plus consternant de cratopathie en mode foudroyant est, de toute évidence, offert par François Fillon. Il suffit de rappeler ses plus mémorables sorties : «Imagine-t-on (à propos de Sarkozy) le général de Gaulle mis en examen ?» «Si je suis mis en examen, je retirai ma candidature à la présidence». «Je suis mis en examen et je maintiens ma candidature» ; sans oublier les cascades de mensonges quotidiens tellement énormes qu’ils sont démentis le lendemain.

Avec de tels boulets, il plombe son parti dit «Les Républicains». Mais de l’intérêt de son camp, il s’en fiche comme de son premier costume Arnys. Et s’il est tout de même élu, comment compte-t-il gouverner avec toutes ses casseroles qui feront un boucan d’enfer au moindre de ses gestes ? De telles considérations glissent comme des gouttes de pluie sur sa  veste forestière à 5000 euros. Le bien du pays ? Vous voulez rire ! Le cratopathe veut le pouvoir pour le pouvoir, c’est tout, c’est obsessionnel, compulsif, addictif, orgasmique. Si vous n’êtes pas cratopathes, vous ne pouvez pas comprendre.

Fillon se réclame du gaullisme. Qu’il se rappelle l’attitude de son général préféré ; lors de la campagne électorale de 1965, il a interdit à son entourage de diffuser la photo de François Mitterrand recevant la francisque des mains de Pétain. Selon les propos rapportés par Alain Peyrefitte, De Gaulle ne voulait pas porter atteinte à la fonction présidentielle au cas où Mitterrand l’occuperait un jour. C’était en 1965, donc… Autant dire, il y a un millénaire.

Hamon et Mélenchon, la cratopathie sourde et aveugle

La cratopathie a traversé le fleuve de salive électorale pour atteindre la rive gauche. Hamon et Mélenchon disposent à peu près du même volume d’électeurs (de 10 à 15%). Cette division rend impossible la présence de la gauche au second tour et possible la victoire de Marine Le Pen. Devant deux périls de cette ampleur, des responsables politiques normaux, se diraient : «On ne peut pas se piffer. Mais on ravale nos rancœurs et on fait cause commune pour faire front contre le Front et obtenir une chance de figurer au second tour». Mais voilà, la gauche, comme la droite, n’a plus comme dirigeants que des irresponsables politiques anormaux, habités par la cratopathie. La cause du peuple ? Cause toujours, tu m’intéresses ! Enfin, non tu ne m’intéresses plus…

Marine Le Pen, la cratopathie gonflée

Marine Le Pen, elle, a la cratopathie gonflée. Elle donne des leçons de morale à tout l’univers, alors que son Front vachement national siphonne les fonds européens à un point tel que la justice en a été alertée. Le FN est devenu, rappelle «Le Canard Enchaîné», le parti le plus poursuivi de France.  En comparaison, Fillon fait petit casserolier. Le vieux Le Pen fustigeait la «Ripoublique». Le Front l’a conquise, cette «Ripoublique», avant même d’arriver au pouvoir. Très fort. Et pour l’instant, ces poursuites judiciaires n’entament guère le crédit de Marine Le Pen. Pour l’instant…

Emmanuel Macron, la cratopathie effervescente

Emmanuel Macron a la cratopathie juvénile et effervescente. Plus subtile aussi que celle qui accable les autres. Cela dit, le pouvoir, Macron ne pense qu’à ça, quitte à planter tous les couteaux du monde dans tous les dos qui passent à sa portée. Mais en gardant toujours le sourire. François Hollande peut en témoigner. Le futur ex-président n’en est toujours pas revenu.

Il a le crime politique élégant, ce jeune homme. Et il ratisse large. Dans un marais, il se fait grenouille. Dans un nid, il gazouille. En banlieue, le voilà lascar de luxe. Devant la flamme du Soldat Inconnu, il y va de son étincelle. Jaurès lui arrache des larmes de bonheur et Barrès inspire ses collines. Vous êtes un patron, il annonce la diminution de l’impôt sur les sociétés (de 33,3% à 25%). Vous êtes un rurbain ? Il vous promet aussitôt d’exonérer de la taxe d’habitation 80%  des familles. Vous êtes un libéral ? Il réduira de 15 milliards d’euros les dépenses liées à l’assurance-maladie. Vous êtes une infirmière qui bondit d’effroi en apprenant un tel projet ? Smiling Macron vous rassure aussitôt en frisant son regard céleste : le secteur hospitalier ne sera pas concerné. Vous l’attendez là ? Il est ici. Vous l’attendez ici ? Il est ailleurs. A gauche, à droite, au centre, au zénith, au nadir. Aucune particule d’espace ne lui échappe.

Et comment fera-t-il, lui aussi, pour gouverner sans majorité claire et avec autant de supporteurs contradictoires ? De tous les cratopathes, Emmanuel Macron est le moins caricatural mais le plus retors, le plus ficelle. Le pouvoir pour le pouvoir toujours et encore. On verra après.

Pour l’instant, son sourire s’installe partout comme les moustaches de Plekszy-Gladz dans l’album de Tintin «L’Affaire Tournesol». Un sourire qui, par cette omniprésence en devient aussi inquiétant que celui de Joker dans le film «Batman».

Jean-Noël Cuénod 

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19:06 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : france2017, fillon, hamon, mélenchon, marine, macron, trump | |  Facebook | | |

01/01/2014

Les vrais vœux cachés de François Hollande

 

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 Légende: Jean-Luc Mélenchon et François Hollande se tournent le dos, plus que jamais.

Depuis que Charles de Gaulle en a inauguré la pratique en 1958, chaque président français doit accomplir la cérémonie des vœux. Parfois, elle est le vecteur d’annonces lourdes de conséquences historiques. Ainsi, le 1er janvier 1961 (voir la première vidéo), le Général avait prévenu les Français que s’ils n’acceptaient pas l’autodétermination du peuple algérien en vue de son indépendance, « par un oui franc et massif », il démissionnerait aussitôt de ses fonctions présidentielles. Une semaine après, le corps électoral lui donnait satisfaction. Un an et demi plus tard, l’Algérie n’était plus française.

 Mais la plupart du temps, les vœux présidentiels sont aussi passionnants à suivre qu’un programme de figures imposées en patinage plus ou moins artistique.

 

Si François Hollande ne saurait être comparé à de Gaulle, ni par l’époque ni par la stature, il n’en demeure pas moins que ses vœux pour 2014 n’ont rien d’anodins (voir la seconde vidéo). Ils annoncent clairement que le gouvernement socialiste accentuera encore plus son mouvement vers la droite.

 

Il est tout de même fort rare d’entendre sortir de la bouche d’un chef d’Etat socialiste de telles prises de position :

 

–      « les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années » (mais alors pourquoi les a-t-il augmentés ? Pourrait-on lui rétorquer) ;

–      « je veux réduire la dépense publique » ;

–      « la sécurité sociale (…) doit en terminer avec les excès – nous les connaissons – et les abus » ;

–      « je veux simplifier (…) les démarches administratives  (…) c’est une condition pour que nous puissions être plus attractifs, plus modernes, plus souples ».

 

La mesure phare présentée par Hollande se situe dans la droite ligne de… cette ligne à droite ! Il s’agit du « pacte de responsabilité aux entreprises » : « Il est fondé sur un principe simple, moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social », praeses dixit !

D’ailleurs, le Medef, syndicat patronal français, a aussitôt approuvé cette proposition, par la voix de son président Pierre Gattaz : « Le Medef est prêt à participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé par le président de la République. Il faut cependant avancer rapidement car il y a urgence». Le Medef revendique même la paternité  de cette idée qu’il avait émise mi-novembre dernier.

 

Il reste à savoir si le patronat va vraiment jouer le jeu hollandais ou s’il se contentera de ramasser la mise en faisant fi de ses contreparties. La faiblesse des syndicats français pourrait l’y inciter. En ce cas, l’Etat tapera-t-il du poing sur la table patronale ?

 

Lors de ses vœux, le président français a donc confirmé que les ponts avec la gauche de la gauche étaient définitivement coupés, comme le confirme la violence du commentaire diffusé par François Delapierre, secrétaire national du PG de Jean-Luc Mélenchon : « Pour 2014, les intentions exprimées par François Hollande lors de ses vœux  sont claires, continuer d'arroser les puissants et de maltraiter le peuple. Le président nous a resservi un pot-pourri des poncifs néolibéraux qu'il a appliqués cette année ». En comparaison, la réaction du secrétaire général adjoint de l’UMP, Geoffroy Didier, paraît presque tendre : « Si ces vœux  étaient sincères, ils étaient surtout stériles ». Et au sein de l’aile gauche du Parti socialiste la gêne est perceptible.

 

Dès lors, les vœux de François Hollande en cacheraient-ils d’autres ? Relevons tout d’abord que, contrairement à l’an passé, le président n’a pas prononcé une seule fois le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Serait-ce l’indice d’une prochaine éviction ? Sans doute puisqu’après les élections municipales et européennes (mars et  mai prochains), le chef de l’Etat changera son équipe gouvernementale. Si les socialistes peuvent éviter une déroute totale aux municipales ­– du fait de l’attachement des électeurs aux premiers magistrats de leurs communes et des triangulaires PS-Front national- UMP ­– ils risquent fort un Waterloo aux Européennes.

 

Dès lors, en plaçant la barre aussi à droite, le président socialiste ne prépare-t-il pas un gouvernement de coalition avec le centre-droit ? Certes, la Cinquième République n’a guère l’usage de ce mode de gouvernement. Mais rien n’est éternel en politique. Et la situation périlleuse que connaît la France pourrait induire une telle alliance. A ce propos, lors d’une interruption de séance à l’Assemblée nationale, lors du vote sur le budget en décembre dernier, Jean-Louis Borloo avait déclaré, devant des journalistes, qu’il était prêt à aider le gouvernement à mener sa réforme fiscale.

 

Si Hollande n’est plus du tout compatible avec Mélenchon, il le devient de plus en plus avec Borloo.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

Les voeux de 1961...

Et ceux de 2014.


Le direct de la Présidence de la République by Présidence de la République

19/04/2012

présidentielle 2012: le rêve français, illusions et espoir

C'est fou ce que l'on rêve durant la campagne présidentielle française! Au fil des meetings, les candidats inscrivent dans les songes de fabuleux destins, quitte à traiter leurs adversaires de «rêveurs». Comprenne qui pourra.

 

Certes, en Suisse, le rêve ne fait pas partie de notre vocabulaire électoral. Même le plus échevelé des poètes surréalistes ne pourrait envisager un seul instant de rêver après un discours de ce brave Schneider-Amman ou un entretien avec la déprimante Eveline Widmer-Schlumpf. Quant à Blocher, il ne saurait susciter que ces cauchemars provoqués par les lourdeurs stomacales. En matière d'onirisme politique, la France est donc bien mieux pourvue. Toutefois, elle n'en détient pas le monopole.

 

Aux Etats-Unis, l'«American dream» deviendrait presqu'une marque déposée. Leur équipe de basket avait été surnommée «dream team» lors des Jeux olympiques de 1992. Et le fameux «I have a dream» du pasteur Martin Luther King résonne encore dans toutes les âmes. D'ailleurs, le rêve des Américains a excellente presse. Alors que les voisins de l'Hexagone, surtout anglo-saxons, raillent celui des Français. Le rêve d'outre-Atlantique fait rêver. Celui d'outre-Jura fait ricaner. Il y a là une certaine injustice.

 

Bien sûr, les candidats à la présidence française chantent à leurs électeurs de jolies berceuses aux illusoires refrains. Aucun d'entre eux - sinon de temps en temps François Bayrou dont la voix ne porte guère - n'a le courage d'expliquer à ses électeurs à quel point la situation de la France approche de la catastrophe.

Il est sidérant de constater que la réforme du permis de conduire et la viande halal ou pas halal ont éclipsé la hausse massive de la dette publique. Or en 2011, le service de cette dette a obligé la France à verser aux banques un montant supérieur (près de 47 milliards d'euros) au budget de l'Education nationale.

 

Toutefois, le rêve français n'est pas tissé que de calembredaines pour banquets républicains. Il a sa noblesse populaire. Et si Jean-Luc Mélenchon parvient à déplacer les foules, c'est sans doute moins à son programme plutôt fumeux qu'il le doit qu'à cet appel au rêve fraternel qu'il a su faire vibrer dans les cœurs d'une partie des Français.

 

Ce monde s'épuise à suivre les délires du capitalisme financier et à subir l'hystérie de la société de consommation - avec de moins en moins de consommateurs et de plus en plus de frustrés -, ce monde disais-je, a soif. Soif de partage et de solidarité; soif d'échanges gratuits et non plus de relations marchandes; soif de rencontres réelles et non plus de rendez-vous virtuels.

 

Un jour peut-être, les Français débarrasseront leur rêve de sa gangue d'illusions. Alors, leur pays ne fera plus ricaner. Et redonnera au monde ce qu'il lui avait jadis offert, un espoir de fraternité.

 

Jean-Noël Cuénod

12:24 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : sarkozy, hollande, bayrou, mélenchon, élection | |  Facebook | | |