26/05/2016

France bloquée et Marine Le Pen en embuscade

131125040355325553.jpg

La loi Travail fait souffler un vent de folie suicidaire sur la gauche, la droite libérale et la CGT. Qui va tirer, de ce jeu pervers, son épingle enduite de curare ?

Raffineries bloquées. Grèves dans les transports. Journaux empêchés d’être diffusés. Pays en panne. Menaces sur une reprise économique flageolante… La CGT ne dispose plus de la puissance de feu qui fut la sienne jadis, mais elle fait jouer à fond ce qui lui reste de pouvoir de nuisance contre la loi Travail.

Si l’on s’en tient strictement au texte de ce projet, la stratégie extrémiste de la centrale syndicale est incompréhensible. Après tout, le texte proposé comporte des avancées substantielles en faveur des salariés : compte personnel d’activité qui leur permet de conserver leurs droits même s’ils changent d’emploi ou de région, retraite anticipée en cas de travail pénible, meilleure protection des femmes, notamment en matière de congé-maternité et renforcement des contrôles contre le travail illégal.

La CGT (de même que FO et d’autres centrales de moindre importance) focalise ses critiques sur un point principal appelé en technolangue, « inversion de la hiérarchie des normes ». Cela signifie, en gros, que dans le domaine de l’organisation et de la durée du travail, un accord passé entre direction et salariés au sein d’une entreprise peut être « moins disant » qu’un accord conclu au niveau supérieur, soit celui des branches d’activité (la France en compte 942). Pour la CGT, la pression du patron est plus forte au sein d’une entreprise que dans le contexte plus général de la branche professionnelle, d’où risque de tirer les conditions de travail vers le bas.

Réplique de la CFDT, l’autre grande centrale syndicale, qui défend la nouvelle mouture de la Loi Travail:

La nouvelle architecture du Code du travail prévue par la deuxième version du projet de loi, suite à notre intervention, ne consiste pas en une « inversion » de la hiérarchie des normes. Elle donne la possibilité à la négociation d’entreprise et de branche d’adapter le droit aux situations concrètes, sans pouvoir déroger aux droits fondamentaux des salariés et sous certaines conditions strictes : les accords (accords temps de travail tout de suite, tous les accords en 2019) devront être majoritaires à 50 %. S’il n’y a pas d’accord, c’est le droit existant qui s’applique. Personne n’est donc obligé de négocier si le rapport de force ne lui parait pas favorable dans l’entreprise.

La bureaucratie syndicale aux abois

A l’évidence, ce n’est pas la teneur même du texte qui devrait susciter une réaction aussi disproportionnée. L’action de la CGT doit donc obéir à d’autres facteurs qui ressortissent surtout à sa perte d’influence et aux crises internes que la centrale est incapable de gérer depuis plusieurs années.

Son principal concurrent, la CFDT, est en passe de la dépasser en influence. Or, c’est ce numéro 2 qui est parvenu à modifier le texte initial dans un sens plus favorable aux travailleurs. Et cela, la CGT ne le supporte pas. Déjà, la CFDT est mieux représentée dans le secteur privé. Si elle progresse encore dans d’autres secteurs, c’est la survie même de la CGT est en jeu. Ou plutôt la survie de ses permanents. Dès lors, la CGT représente avant tout les intérêts de sa bureaucratie, sous couleurs de défense des salariés. Quant à l’intérêt général, on s’en moque comme de sa première calculette.

Le gouvernement, grand chorégraphe du faux pas

Il faut dire que dans cette affaire, le gouvernement socialiste a élevé le faux pas au rang de grande figure chorégraphique. Ce type de projet de loi techniquement complexe et socialement hypersensible aurait dû être lancé au début du quinquennat et non pas un an avant son terme, le temps d’organiser ce dialogue social dont François Hollande récite les louanges façon mantra mais dont il est un bien piètre pratiquant.

Au lieu de cela, nous avons eu droit à des séquences désordonnées entre versions très libérales, moins libérales, de nouveau libérales, puis moins libérales, avec les déclarations d’un ministre aussitôt contredites par un sien collègue, suivies dans la foulée d’un rétropédalage-recadrage du premier ministre Valls,  pour parvenir enfin, grâce à l’apport de la CFDT, à une version plus équilibrée entre les intérêts des entrepreneurs et ceux des salariés.

 Il s’en est suivi une impression de confusion, d’incohérence et d’incompétence suscitée par le gouvernement, ce qui a eu pour effet direct d’affoler les citoyens qui rejettent ce projet de loi sans l’avoir lu. En matière de communication, il est difficile de faire plus nul.

La réponse de la droite ? L’ultralibéralisme !

Mais que dire de la droite libérale ? Elle crie à la démission du gouvernement, alors que ce qu’elle craint le plus c’est de revenir maintenant au pouvoir, plus sûr moyen de perdre l’élection présidentielle de 2017. Là aussi, peu importe l’intérêt général. Jetons encore un peu d’huile sur le feu, ça risque de nous servir.

Quelle est la réponse de cette droite à l’inquiétude populaire soulevée par la Loi Travail ? La multiplication des programmes plus ultralibéraux les uns que les autres. Les propositions des candidats du parti LR à la primaire – François Fillon, Alain Juppé, Bruno Lemaire, mais aussi Nicolas Sarkozy, candidat sans l’être tout en l’étant – transformeraient Margaret Thatcher en harpie collectiviste et Ronald Reagan en porte-parole de Bernie Sanders. Ils ont vraiment tous compris, les candidats de la droite de gouvernement ! Si un texte modéré comme la loi Travail met la France à feu et à sang, on imagine l’état de ce pays lorsque leurs propositions seront à l’ordre du jour.

Pendant ce temps, Marine Le Pen…

Pendant que la CGT joue les pompiers pyromanes, que la gauche et le gouvernement ne savent plus où ils habitent et que la droite classique fait assaut d’ultralibéralisme, Marine Le Pen se frotte les mains. Tout ce beau monde est en train de d’aménager pour le Front national un boulevard bien asphalté.

Pour l’instant, les sondages d’opinion mettent les risques de pénurie, les menaces qui pèsent sur l’Eurofoot, les grèves, les cortèges sur le dos du gouvernement et épargnent la CGT. Mais rien n’est plus volatil qu’une opinion. Si les conflits persistent et que l’approvisionnement en carburant se tarit, la colère publique risque de se retourner contre la centrale syndicale. La France est sur le fil du rasoir. Il suffirait d’un drame, d’une mort pour que la violence sociale s’embrase.

La tactique de Marine Le Pen consiste donc à apparaître comme un rempart contre le désordre gauchiste, l’impéritie gouvernementale et la surenchère ultralibérale. Les commentateurs pourront toujours dénoncer le charlatanisme des propositions économiques du FN – étatistes au nord de la France, libérales au sud, en fonction de son électorat –, sa xénophobie inaltérable et l’amateurisme de ses cadres, ils n’auront aucune oreille pour les écouter, tant la colère contre les partis de gouvernement est intense.

Une idée risque de surnager de ce magma : « On a vu les autres, essayons le FN ». Cela n’empêche nullement la CGT, la gauche et la droite libérale de foncer vers les précipices en sonnant le clairon.

Jean-Noël Cuénod

18:01 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : front national, grève, marine le pen | |  Facebook | | |

23/03/2014

Elections municipales françaises : triomphe du désarroi national

 

 La bataille pour la mairie était la compétition électorale préférée des Français, mise à part la présidentielle. L’imparfait s’impose désormais. Avec près de 40% d’abstention, le premier tour des municipales illustre le désamour des citoyens d’outre-Jura vis-à-vis de la politique.

 

 Les raisons sont multiples : impuissance des gouvernants à proposer une issue au déclin économique ; multiplication des affaires politico-judiciaires qui polluent autant la gauche que la droite de gouvernement ; coupure totale entre la sphère politique et la vie quotidienne ; incapacité de désigner une stratégie pour civiliser une mondialisation de plus en plus sauvage. A ce constat – qui pourrait s’appliquer à d’autres pays – s’ajoute une spécificité bien française : le millefeuille administratif.

 

Naguère encore, le maire était le symbole du pouvoir local ; chacun pouvait remarquer ses réalisations ou déplorer son inertie. Aujourd’hui, les communes sont devenues trop petites dans un monde trop grand et qui tourne trop vite. Mais pour satisfaire l’ego des roitelets de bourgades, l’Etat a préféré conserver les communes dans leur taille originelle.

Toutefois, comme il faut bien résoudre des problèmes qu’elle n'est plus en mesure de gérer, les gouvernements successifs ont ajouté d’autres structures au-dessus de l’entité municipale : syndicats intercommunaux, communautés de communes, communautés de pays, intercommunalités, entre autres «supramachins». Dès lors, petit à petit, même la commune a perdu sa visibilité. Le monde politique a disparu aux yeux des Français dans un épais brouillard, le laissant au bord de l’autoroute mondial où les poids lourds de l’économie globalisée menacent de l’écraser à chaque instant. Ce dimanche a rendu tangible le désarroi national.

 

Dans ce brouillard, perce une voix rendue éraillée par les cigarettes : celle de Marine Le Pen qui dit des choses simples : préférence nationale, retour dans le chaud giron de la France maternelle, loin des croquemitaines bronzés de la mondialisation. Peu importe que son programme soit irréalisable. Ce ne sont pas les paroles de la chanson frontiste que les Français apprécient mais sa musique. Il faut dire que celle des partis de gouvernement sonne tellement faux…

Quels que soient les résultats du second tour, le Front national sort d’ores et déjà vainqueur de ces élections municipales. Ne serait-ce que par la victoire, dès le premier tour, du frontiste Steeve Briois à Hénin-Beaumont.

Marine Le Pen semble avoir pris la mesure de la gestion catastrophique qui fut celle des maires frontistes dans les années 90 et dont les échecs ont tenu un rôle essentiel dans le déclin provisoire du FN.

Toutefois, la gestion au quotidien forcera les élus frontistes aux compromis. Ce qu’ils gagneront en respectabilité, ils le perdront en charisme. Le temps est venu, pour le Front national, de décevoir.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

Marine Le Pen,Front national,maire


23:39 | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : marine le pen, front national, maire | |  Facebook | | |

07/03/2014

Sarkozy, Copé and Co ou la vertigineuse descente aux enfers de la droite française

Pourquoi-Cope-pourrait-ceder-la-place-a-Sarkozy.jpeg

 

Il y a quelque chose de fascinant, d’effarant mais aussi d’angoissant à assister à la vertigineuse descente aux enfers de l’UMP, le parti de la droite française de gouvernement.

 

C’est tout d’abord, le calamiteux président de l’UMP Jean-François Copé qui est accusé par le magazine «Le Point», qu’on ne saurait qualifier de brûlot gauchiste, d’avoir favorisé, avec l’argent de son parti, la boîte de communication appartenant à deux de ses proches, à hauteur de huit millions d’euros. Or, l’UMP avait supplié ses adhérents de la renflouer pour onze millions. La réplique de Copé s’est révélée lamentable. Pour faire contre-feu, il a annoncé le dépôt d’un projet de loi pour assurer la transparence des partis. Malheureusement, cette loi existe déjà et Copé s’y était opposé au moment de son adoption au parlement!

 

C’est ensuite, le conseiller d’extrême-droite de Sarkozy, Patrick Buisson, qui avait enregistré l’alors président de la République, à l’insu de ce dernier. Ces conversations ne relèvent rien d’autres que la vulgarité fricarde de la Sarkosphère, la dinguerie Buissonière et le mépris que le ci-devant locataire de l’Elysée vouait à certains de ces ministres. Mais ces conversations captées sur un dictaphone de poche auraient pu aussi dévoiler des secrets relevant de la sécurité nationale. Et à ce propos–puisque ces bandes semblent se promener un peu partout (Qui les diffuse? En voilà une question qu’elle est bonne, comme dirait Coluche !) ­– l’avenir nous réserve peut-être de mauvaises surprises.

 

C’est enfin Nicolas Sarkozy lui-même, qui est décidément un homme très écouté. Les juges d’instruction parisiens Serge Tournaire et René Grouman sont chargés d’enquêter sur des accusations de «corruption», visant l’éventuel soutien financier que Kadhafi aurait apporté à Sarkozy lors de sa campagne présidentielle de 2007. Dans ce contexte, les magistrats décident de placer sous écoutes l'ancien président, ainsi que deux de ses anciens ministres de l'intérieur, Claude Guéant et Brice Hortefeux. En soi, l’information est étonnante: c’est la première fois qu’une telle mesure est prise à propos d’un ex-chef de l’Etat en France.

Mais il y a plus explosif encore: ces écoutes montrent que Nicolas Sarkozy et son avocat Me Thierry Herzog sont très bien renseignés sur un autre dossier qui concernait l’ancien président – l’affaire Bettencourt – grâce à un haut magistrat de la Cour de cassation. Celui-ci a informé le camp sarkozyste sur l'évolution des tendances au sein de cette Cour, grâce à son accès à l’intranet de la juridiction.

Ces transcriptions évoquent un échange particulièrement délicat, entre Me Herzog et Sarkozy. L’avocat indique à son client que le magistrat, proche de la retraite, souhaite que l’ancien président use de son influence afin de le propulser conseiller d’Etat à Monaco, une sinécure de rêve.

 

Le gouvernement socialiste semble incapable de sortir la France de son marasme qui est au moins aussi moral que social et économique. Son principal opposant, l’UMP, s’effondre dans une série de scandales consternants, au moment même où son champion Sarkozy prépare sa reconquête de l’Elysée en 2017.  L’ex-président s’apprête sans doute à créer son propre parti sur les décombres de l’UMP. Ce tour de prestidigitation lui permettrait d’éviter d’en passer par d’humiliantes «primaires» en 2017. Mais il ne saurait le débarrasser du magma d’affaires qui colle à ses semelles.

 

Pendant ce temps, Marine Le Pen compte les points, entre deux bouffées de cigarette électronique.

 

Jean-Noël Cuénod

 

marine-le-pen-cigarette-électronique.jpg


18:13 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : ump, affaires, marine le pen | |  Facebook | | |

06/02/2014

L’extrême-droite s’agite. Entre le 6 février 1934 et le 6 février 2014, ressemblances et dissemblances (les Jeudis du Plouc)

6fevrier_1934.jpg

images.jpeg


Il y a 80 ans, jour pour jour, éclatait l’émeute provoquée à Paris par les ligues d’extrême-droite. Elle a laissé quinze morts et 2000 blessés sur le pavé et fait vaciller la IIIème République qui allait tomber quatre ans plus tard sous les coups des troupes allemandes et des manœuvres de Pétain.

Le 6 février 1934 reste un mythe fondateur pour l’extrême-droite française, comme le souligne l’historien Olivier Dard dans Libération. A l’occasion de ce sinistre anniversaire, de nombreux commentaires dégagent plusieurs points communs entre cette manif violente et celles qui se sont récemment déroulées en France. Tout d’abord, la convergence de plusieurs mouvements et groupuscules d’origines très diverses et qui se réunissent dans une même détestation du pouvoir en exercice.

Ensuite, les thèmes de mobilisation qui se ressemblent comme deux morceaux de boue: l’antisémitisme ­– clairement revendiqué par les manifestants du «jour de la Colère» dimanche 26 janvier dernier­ – la haine de l’étranger, le rejet des valeurs républicaines, la lutte contre la Franc-Maçonnerie en ce qu’elle incarne cette laïcité que les fascistes de 1934 et leurs rejetons d’aujourd’hui rejettent.

 A cet égard, le récent «jour de colère» a révélé que les traditionnalistes catholiques aux patronymes en trombone à coulisse se liaient fort bien aux islamistes banlieusards et barbus. Tous font quenelle commune avec Dieudonné. Or, les différentes formes de fascismes du XXe siècle sont nées de cette alliance entre éléments des classes populaires et bourgeoises. Quand Christine Boutin fait mariage triste avec Dieudonné, il a lieu de s’inquiéter.

Toutefois, les dissemblances sont tout aussi nombreuses. L’imbrication des économies mondiales et les institutions européennes ont réduit les pouvoirs de l’Etat-nation comme peau de chagrin. En 1934, organiser un coup d’Etat avait encore un sens. Aujourd’hui, à quoi pourrait-il servir?

C’est ce que Marine Le Pen a bien compris. Elle laisse son ex-adversaire interne Bruno Gollnisch et son père évoquer le 6 février 1934 avec des trémolos dans la voix. Mais elle se garde bien d’en faire autant et célèbre cette République que les fondateurs de son Front national vouaient aux gémonies.

Le fascisme des années trente avait pour adversaire principal, la démocratie qu’elle a utilisée mais pour mieux la supprimer. Ses héritiers n’ont plus besoin de s’y attaquer, mis à part quelques nostalgiques de l’esthétique SS. On assiste donc à l’émergence d’une sorte de fascisme démocratique qui s’installe dans les consciences. C’est de façon tout à fait respectueuse des institutions qu’en Suisse l’UDC propose des lois xénophobes ou que Marine Le Pen veut instaurer sa «préférence nationale».

La perte de substance de l’Etat provoque cette angoisse du vide qui étreint, sous des symptômes divers, tous les pays d’Europe. Pas plus que les autres formations politiques, le fascisme démocratique ne possède de solutions réelles pour remplir ce vide. Mais mieux que les autres, il sait distiller l’illusion d’un retour à l’Etat protégé par la muraille des frontières.

Le fascisme des années trente a fait le lit des plus sanglantes horreurs que l’humanité a connu. A quels périls nous expose le fascisme démocratique de 2014? L’histoire ne se répète pas mais elle bégaie, dit-on. Lorsque les peuples se bercent d’illusions, le pire est à redouter. Et les leçons d’hier risquent fort d’être oubliées, comme l’illustre ces vers tirés du poème d’Aragon Epilogue:

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude

Vous aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris

Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix

Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le plis des habitudes.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

 

Jean Ferrat chante Epilogue de Louis Aragon

11:45 | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : vidéo, fascisme, marine le pen, jean ferrat, aragon | |  Facebook | | |

18/12/2012

Fillon, Copé et le cauchemar bleu Marine

 

 Malgré son abracadabrantesque crise interne, l’UMP a gagné dimanche trois élections législatives partielles en France. A Béziers, son candidat a même terrassé la représentante du Front national dès le premier tour. Cela signifie-t-il pour autant que le FN a cessé d’être un sujet de cauchemar pour l’UMP? Non.

Certes, le parti frontiste souffre pour l’instant d’une grave lacune. Il dispose avec Marine Le Pen d’une dirigeante charismatique qui draine un électorat de plus en plus nombreux. Mais il lui manque les relais intermédiaires, à savoir des élus de base bien formés et expérimentés. Or, cette faiblesse ne durera pas éternellement. Même si les chiffres avancés par Marine Le Pen sont incontrôlables, les frontistes sont en train d’étoffer leurs rangs, notamment grâce à l’apport d’anciens militants de l’UMP profondément ulcérés par la guerre Fillon-Copé. Avec un plus grand nombre d’adhérents, la sélection des futurs élus sera plus aisée à effectuer pour le parti d’extrême droite.

De son côté, si l’UMP est en train de s’extirper de son psychodrame, la violence de l’affrontement entre Jean-François Copé et François Fillon pour la présidence du parti a pris une telle ampleur que les plaies ne se refermeront pas rapidement. Copé devra remettre son mandat de président en jeu au mois de septembre prochain, lors d’une nouvelle élection ouverte aux membres de l’UMP. Pendant huit longs mois, la principale formation de la droite sera donc dépourvue de chef incontesté. En outre, des candidatures nouvelles ne manqueront pas de surgir avec, à la clé, une nouvelle campagne interne, qui mobilisera l’énergie de l’UMP au détriment de son rôle d’opposante principale au gouvernement socialiste.

Le Front national ne dispose que de deux députés. Mais on peut faire confiance à Marine Le Pen pour devenir, sur le plan médiatique, l’opposante numéro un.

(Edito paru lundi 17 décembre dans la "Tribune de Genève")

 

ESPACE VIDEO

Oldelaf dans "La Tristit'UMP". En France tout fini par des chansons.

 

14:24 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : vidéo, ump, front national, marine le pen | |  Facebook | | |

31/10/2012

L’UMP ou l’irrésistible tentation du hara-kiri

Par son appel à recourir aux manifs si le mariage homosexuel et le vote des étrangers aux municipales sont adoptés par le parlement français, le secrétaire général de l’UMP Jean-François Copé a rajouté ce week-end, une épaisse couche «droitiste» à son discours. Elle survient après l’épisode du pain au chocolat arraché de la bouche des petits Français par de vilains islamistes.

 

Comment une figure importante d’un grand parti conservateur peut-elle en appeler au désordre de la rue? La raison en est simple, Jean-François Copé doit rattraper François Fillon dans la course à la présidence de l’UMP. Et pour l’instant, son langage musclé plaît aux militants et aux sympathisants qui, toutefois, semblent préférer François Fillon, puisqu’il paraît être le seul à pouvoir mener son camp à la victoire lors de l’élection présidentielle en 2017.

 

Par ses discours extrémistes, Jean-François Copé lance des passerelles vers le Front national. Plusieurs facteurs l’y engagent. D’une part, 30% des sympathisants de l’UMP se déclarent favorables à des alliances électorales, selon un sondage d’OpinionWay. D’autre part, nombre d’élus locaux de l’UMP poussent leur parti à conclure des accords régionaux avec les frontistes de Marine Le Pen afin de sauvegarder leurs sièges. A court terme, la tactique de Copé paraît cohérente. A moyen et long terme, elle trahit l’inconfortable position de l’UMP sur l’échiquier politique français.

 

Tout d’abord, Marine Le Pen ne conçoit une alliance avec l’UMP que dans la mesure où le Front national se trouve en position hégémonique. Ensuite, les opinions des deux partis sont tellement éloignées sur des sujets majeurs comme l’Europe et l'économie, qu’un accord sur le plan national conduirait la formation de Copé et de Fillon à se faire hara-kiri.

 

En effet, l’électorat de l’UMP n’est pas homogène. Un autre sondage OpinionWay démontre qu’il est divisé en quatre grandes familles: les «gaullistes» (31% des sympathisants de l’UMP), les «conservateurs antilibéraux» (24%), les «libéraux» (21%) et les «progressistes» (24%). La part la plus favorable au Front national se trouve au sein des «conservateurs antilibéraux». En revanche, les «libéraux» et les «progressistes» seraient enclins à rejoindre les rangs du nouveau parti de Jean-Louis Borloo, l’UDI (centre-droit), en cas d’alliance avec le Front national. Dans cette configuration, le groupe «gaulliste» se partagerait sans doute entre pro et antifrontistes. Dès lors, l’UMP réduite à sa part la plus droitière risquerait fort d’être avalée par le Front national. Le champ serait ainsi laissé libre à l’UDI qui affiche clairement sa volonté de devenir le grand parti de la droite modérée et de gouvernement.

 

Borloo et Marine Le Pen ont au moins un point commun, ils veulent tous deux dévorer l’UMP. Le nouveau président de ce parti devra donc affronter des adversaires résolus et bien organisés au sein même de l’opposition.

Jean-Noël Cuénod

 Lors de la fête de l'Aït-el-Kébir, les musulmans français ont distribué un petit pain au chocolat en forme de croissant qu'ils ont, si l'on ose dire, baptisé le "Copé". Le secrétaire général  de l'UMP s'est au moins fait un nom dans la viennoiserie allal.

 

copéChocolat.jpg

 

13:03 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : islam, ump, france, front national, marine le pen, copé, fillon, borloo | |  Facebook | | |

02/05/2012

Le Pen fille et son cocktail bleu Marine

Le plouc s'est donc tapé, mardi les trois 1er-Mai, tout d'abord celui de Marine Le Pen entre le Palais-Royal et l'Opéra Garnier, ensuite le Sarkoshow au Trocadéro et enfin le défilé syndical, vers la Bastille. Tous trois ont bénéficié d'une forte affluence. Les métingues en plein air redeviennent ce qu'ils étaient jadis, des rendez-vous indispensables dans l'agenda électoral.

Le plus intéressant reste celui de la famille Le Pen et de sa petite entreprise qui connaît un succès considérable. On pourrait même le qualifier de "croissant" si le terme ne faisait pas trop songer à un minaret. Comme son père, la Marine nationale vogue avec aisance sur le flot des foules. Attendant que l'UMP explose, elle se prépare à récolter les débris de la droite dite "classique" pour devenir l'opposante numéro de François Hollande dont elle espère la victoire. Elle votera blanc, proclame-t-elle. Mais c'est un blanc teinté de rose.

Tout au long de son discours, Le Pen fille nous a présenté son cocktail bleu marine dont le plouc vous donne la recette en inexclusivité Coctail-Bleu-Marine.jpgmondiale:

  • une pincée de laïcité
  • une giclée d'esprit républicain
  • une cuillerée à soupe de social
  • une poignée de xénophobie
  • une rasade d'islamophobie
  • une louche de démagogie

Agitez tous ces ingrédients, réchauffez avant chaque élection et consommez sans la moindre modération.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Devant la journaliste Anne-Sophie Lapix, Marine Le Pen s'est montrée nettement moins à l'aise que devant l'Opéra, comme en témoigne cette vidéo prise sur Canal + dimanche 15 janvier 2012.

 

 

18:22 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : video, front national, marine le pen, élections, france | |  Facebook | | |

19/06/2011

Double nationalité: l'exemple du chauffeur de taxi helvéto-syrien

 

En France, Marine Le Pen vient d’ajouter de nouveaux boucs émissaires à sa collection pourtant richement pourvue, à savoir les double-nationaux. Qui se ressemble s’assemble: l’UDC a choisi les mêmes. La conseillère nationale saint-galloise d’extrême droite Jasmin Hutter avait déposé une motion visant à supprimer la double nationalité pour les futurs naturalisés. Le 3 mars 2010, le Conseil national a rejeté cette motion par 121 voix contre 63.
Mais l’idée persiste au sein de l’UDC, même si dans un pays comme la Suisse — les double-nationaux y sont nombreux — elle peut se révéler dangereuse en termes de suffrages. Parfois, la frénésie idéologique l’emporte sur la gourmandise électoraliste.

Un récent échange que le signataire de ces lignes a partagé à Genève avec un chauffeur de taxi binational syrien et suisse illustre bien l’ineptie de cette posture. Sa femme et ses enfants vivent, comme lui, en Suisse. Lors du soulèvement populaire, il a rejoint la Syrie afin de protéger ses parents et participer à la révolution démocratique. Arrêté, passé à tabac, incarcéré pendant une dizaine de jours dans les conditions que l’on imagine, il a été expulsé vers Genève par les flics de Bachar el Assad. «Mais je vais tenter de retourner là-bas par la frontière turque. Je ne veux qu’une seule chose, que la Syrie prenne le chemin de la démocratie, comme en Suisse.»

Alors son cœur ne penche-t-il que vers la Syrie? «Mais pas du tout! J’aime la Syrie où je suis né. Et j’aime tout autant la Suisse où sont nés mes enfants. Si la Suisse est attaquée, je serai le premier à prendre les armes. Le cœur est assez grand pour aimer deux pays.»

Le chauffeur de taxi helvéto-syrien — ou syro-suisse — a compris notre époque bien mieux que nos politiciens UDC toujours en quête de sujets démagogiques à balancer pour amuser la galerie.

Ce faisant, l’extrême droite occulte les véritables défis que pose la globalisation des échanges. On ne peut s’y opposer par décret. Mais il est urgent d’en maîtriser les effets. Dans ce sens, la préservation des emplois en Suisse relève de la priorité absolue. Et s’attaquer aux double-nationaux n’apporte aucun début de solution. Au contraire, les transformer en symboles d’une mondialisation honnie ne fait qu’introduire dans notre pays les germes de la division, ce qui l’affaiblirait au moment où il a besoin de toutes ses forces. Sous son masque nationaliste, l’UDC constitue donc un véritable danger pour la patrie et son unité.

Par son amour de notre démocratie qu’il cherche à promouvoir dans son pays natal, le chauffeur de taxi helvéto-syrien fait bien plus pour le renom de la Suisse que tous les nationalistes pour banquets du 1er Août.


Jean-Noël Cuénod

12:18 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : binationalité, marine le pen, udc | |  Facebook | | |

10/03/2011

Comment endiguer la vague Marine Le Pen

marine-le-pen Langue.jpgQuel que soit le candidat socialiste, Marine Le Pen apparaît en tête du premier tour de la présidentielle 2012 en France, à en croire deux sondages de l’Institut Harris Interactive. Le dernier révèle même que Nicolas Sarkozy pourrait ne pas être qualifié pour le sprint final. Dès lors, une averse de réactions politiciennes inonde les médias.

 
Les uns s’acharnent à démonter les ressorts de ce sondage pour en dénoncer les vices cachés. C’est une attitude aussi efficace que de balancer à la poubelle le baromètre qui vous annonce un temps exécrable pour dimanche. Les autres s’affolent et renchérissent en matière de xénophobie sur le discours du Front national. Ainsi, la députée UMP Chantal Brunel a répété, façon merle des Indes, les propos de Marine Le Pen promettant de bouter hors des eaux européennes les Libyens et autres immigrés qui auraient l’étrange dessein d’échapper aux massacres et à la famine. Voilà donc le message de la frontiste banalisé par l’ancienne porte-parole officielle du parti sarkozyste.

 

Quant aux socialistes, personne ne les entend. Ils marchent à côté de leurs escarpins en priant un ciel incertain que leur sauveur Dominique Strauss-Kahn daigne descendre de son Olympe washingtonien pour se confronter à la rugueuse réalité hexagonale.

 
Marine Le Pen vit actuellement ces moments de grâce où quoi que fassent ou disent ses adversaires, elle engrange des suffrages. Un bémol tout de même dans le concert pour Front national solo, ces sondages flatteurs interviennent trop tôt, treize mois avant l’élection présidentielle. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait pu se hisser au second tour par surprise, personne ou presque ne l’attendait à cette place. Aujourd’hui, chacun est averti des risques encourus.

 
Toutefois, même si la vague Marine n’a pas encore englouti l’Elysée, il n’en demeure pas moins que l’extrême-droite se renforce partout en Europe. Il faut donc s’attendre à ce qu’un jour ou l’autre, ici ou là, les partis racistes et xénophobes l’emportent. Contrairement aux années 1930, ils ne disposent pas de milices armées et ne se mobilisent pas contre la démocratie. Les traiter de «fascistes» relève donc de l’anachronisme. Il appartient maintenant aux partis qui rejettent toute politique basée sur l’exclusion de tirer les leçons de ce constat: les idéologies du XXème siècle — communisme, social-démocratie, libéralisme — sont mortes.

Sur ces ruines, il faut reconstruire une pensée politique qui prenne en compte la globalisation, le besoin de protection d’une population européenne toujours plus vieille, la sauvegarde de l’environnement. L’extrême-droite évoque ces problématiques en offrant des solutions sans issue. Aux partis de l’ «arc humaniste» de tracer des voies nouvelles. Le peuple se détournera des démagogues dès qu’il aura la certitude qu’on le prend, pour une fois, au sérieux.

 

Jean-Noël Cuénod

Ce texte est paru jeudi 10 mars en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et, en version plus courte, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève. 

15:00 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : marine le pen, front national, extrême-droite | |  Facebook | | |