13/11/2017

«Laïcité» laxiste ? «Laïcité» sectaire? «Laïcité» identitaire ? Laïcité tout court!

laïcité, identité,Etat,liberté

La polémique soulevée par Charlie-Hebdo contre Edwy Plenel à propos de l’affaire Tariq Ramadan doit être dépassée. On devine, derrière ces attaques, des règlements de comptes personnels et confraternels[1] qui polluent et parasitent le seul débat qui vaille : quelle laïcité pour quelle République ? Surtout en ce triste anniversaire des attentats du 13-Novembre 2015.

Placer au bon endroit le curseur de la laïcité paraît fort malaisé à pratiquer, en France, à Genève et ailleurs, surtout lorsqu’il s’agit d’islam. Ainsi, trois pseudo-«laïcités» sont-elles mises en avant : laxiste, sectaire et identitaire.

«Laïcité» laxiste 

 Pour certains militants d’extrême-gauche, notamment parmi certaines variétés trotskystes, il est possible de s’allier avec les fondamentalistes musulmans dans la mesure où les uns et les autres ont deux ennemis communs, à savoir l’impérialisme américain et le capitalisme mondialisé. Cette position – qui fait fi des aspects les plus rétrogrades et antidémocratiques, voire fascistoïdes des islamistes – s’explique, en partie du moins, par la frénétique recherche du prolétaire perdu. Pour cette frange gauchiste, le vrai prolétaire est désormais le musulman militant engagé contre l’Occident. Il s’agit donc de se concilier ses bonnes grâces dans le but d’en faire un camarade de combat.

 L’ennui, c’est que ça ne marche pas ainsi. Le prolétaire en question ne se perçoit pas comme lié à sa condition ouvrière. Il se vit essentiellement en tant que musulman fondamentaliste ou salafiste. Il n’a que faire d’une identité ouvrière qui, à ses yeux, le rabaisse.

Or, ces gauchistes ont oublié ce point essentiel du catéchisme marxiste : pas de classe, sans conscience de classe. Dès lors, l’islamiste ne se reconnaissant pas comme un prolétaire mais comme un héraut de l’islam intégriste, le combat qu’il mènera ne sera pas celui de la libération des travailleurs, mais de la diffusion de l’islam dans sa version fondamentaliste. Pour ce faire, il utilisera ces gauchistes comme Lénine manipulait les « idiots utiles », c’est-à-dire les intellectuels, compagnons de route du Parti bolchévique.

La laïcité est considérée, par cette aile du gauchisme, comme une tambouille bourgeoise au fumet colonial.

Du côté des ultralibéraux, la même complaisance envers l’islamisme peut se vérifier, avec, bien sûr, une autre forme de discours. Ainsi, lors des élections parlementaires de 2012 aux Pays-Bas le Libertarische Partij (Parti libertarien) draguait sans complexe l’électorat musulman lui promettant de ne jamais voter contre le port du voile islamique et l’abattage rituel. Dans cette optique, la laïcité est un avatar de l’Etat. Moins il en a, mieux le libertarien se porte. Voilà pour la version laxiste. Voyons maintenant, la laïcité sectaire.

«Laïcité» sectaire 

Elle est souvent défendue, sur des modes divers, par d’autres branches de l’extrême-gauche, de la gauche ou par les défenseurs de l’athéisme. Elle consiste à interdire aux institutions religieuses toute expression dans le domaine public ou sur le champ politique.

Or, si la laïcité  exclut ces institutions des organes de décision et de délibération politiques, elle ne saurait s'opposer à la Convention européenne des droits de l'homme qui, à son article 9, leur garantit la pleine liberté d’expression dans le cadre de la loi. L’Eglise romaine peut manifester – hors de ses Eglises et dans le respect de la tranquillité publique – contre le mariage gay sans que cela ne lèse le principe de la laïcité ; comme d’autres associations ont le droit de descendre dans la rue pour soutenir cette loi. En revanche, cette même Eglise ou certains militants agissant en son nom n’auraient pas le droit de s’opposer physiquement à la célébration des mariages gay, en occupant des mairies, par exemple. Ou des centres pratiquant l’interruption volontaire de grossesse pour contrer l’application de la Loi Veil.

 Il y a, surtout en France, l’idée bien ancrée que la religion doit demeurer dans l’intime de la personne et ne pas s’extérioriser. C’est le thème central de la «laïcité» sectaire qui veut bannir toute trace de religion dans l’espace public. Coca-Cola, McDo, Nike, les partis politiques pourraient donc s’exprimer pour convaincre des clients et des électeurs, mais les institutions religieuses ne le pourraient pas pour convaincre des fidèles. Empêcher l’expression d’un groupe parce que celui-ci ne nous plaît pas est inadmissible en démocratie. La libre expression ne doit avoir d’autres limites que celles imposées par la loi pour garantir l’ordre public.

«Laïcité» identitaire 

Il existe aussi un autre type de fausse «laïcité», celle émise par Marine Le Pen, la «laïcité» identitaire . Qui parvient à mélanger «laïcité» laxiste et «laïcité» sectaire! Dans ses discours, la cheffe des frontistes n’a pas de mots assez durs contre l’islam en réclamant que les lois de la laïcité lui soient appliquées avec la plus extrême rigueur. En revanche, dès qu’il s’agit du christianisme, ces mêmes lois peuvent être contournées dans l’allégresse. Vivent les crèches de Noël dans les mairies ! A l’évidence, la laïcité est ainsi détournée à des fins racistes et pour exacerber une identité particulière, celle des Français chrétiens, au détriment des autres. Cette «laïcité» identitaire proclame que les racines culturelles de la France ne sont que chrétiennes. Que la France possède de solides et profondes racines chrétiennes, c’est l’évidence. Mais elle en a d’autres, druidiques, gréco-romaines, juives, musulmanes, sans oublier celles qui ont poussé pendant le siècle des Lumières. C’est l’ensemble de ces racines qui fait croître la France.

Laïcité tout court

Ces trois «laïcités», l’une laxiste, l’autre sectaire, la troisième identitaire partagent un dénominateur commun : chacune à sa façon vide de sa substance la laïcité tout court, sans guillemet, sans épithète du genre «positive», «affirmative»  «pure et dure» etc.

 La laïcité n’est pas la religion de ceux qui n’ont pas de religion, ni une «contre-communauté». Elle repose sur trois piliers indissociables : la liberté absolue de conscience, la séparation de l’Etat d’avec les communautés religieuses et la neutralité confessionnelle de l’Etat. Ce dernier et les institutions des communautés religieuses peuvent entreprendre des actions communes lorsque le bien général est en cause. Mais sans jamais confondre l’un avec les autres.

La laïcité protège autant ceux qui croient au ciel que ceux qui n’y croient pas. Elle est la rose et le réséda.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] « La confraternité est une haine vigilante » aimait à dire le très regretté professeur Dominique Poncet à propos du Barreau genevois. Apparemment, la formule s’applique fort bien à la presse parisienne.

 

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29/03/2017

Islamisme d’Etat en Algérie ? Ecrivain menacé

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Anouar Rahmani (25 ans, photo) risque d’être poursuivi pour blasphème par la justice algérienne et d’être condamné de 3 à 5 ans d’emprisonnement. Human Rights Watch et PEN International se mobilisent pour le défendre. L’islamisme d’Etat s’installerait-il en Algérie?

 Ainsi, en décembre 2006, le Code pénal de ce pays a-t-il été alourdi d’un nouvel l’article, le 144bis 2, ainsi libellé :

Est puni d’un emprisonnement de trois ans à cinq ans et d’une amende de cinquante mille à cent mille DA (dinars algériens, soit de 421 à 842 euros, ou de 451 à 902 francs), ou l’une de ces deux peines seulement, quiconque offense le prophète (paix et salut soient sur lui) et les envoyés de Dieu ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen.

Si l’amende peut paraître légère vue d’Europe, il faut tout de même la replacer dans le contexte économique de l’Algérie. En revanche, il ne fait aucun doute que le Code pénal algérien a la main particulièrement lourde en menaçant de jeter en prison – pour trois à cinq ans – ceux que la justice assimilera à des blasphémateurs.

Le jeune romancier Anouar Rahmani est actuellement dans le viseur du Parquet algérien au titre de cet article scélérat, le procureur de la République ayant ouvert une enquête contre lui. L’écrivain a été interrogé le 28 février dernier pendant plusieurs heures au poste de police de Tipasa, ville côtière sis à 61 kilomètres à l’Ouest d’Alger et qu’Albert Camus a rendu célèbre dans Noces à Tipasa.

Pourquoi cet intérêt pour Anouar Rahmani ? Dans son blogue « Le Journal d’un Algérien atypique », il défend, entre autres, les communautés homosexuelles, les minorités religieuses, le droit à l’incroyance et toutes les formes de liberté. Ce qui a de quoi donner de l’urticaire aux islamistes qui ne lui ont pas ménagé insultes, calomnies et harcèlements. Avec l’enquête ouverte par le Parquet algérien, un pas supplémentaire a été accompli. La répression se fait désormais officielle, surtout depuis le succès de son dernier roman écrit en arabe ; il a pour titre en français, La Ville des ombres blanches.

Cet ouvrage met en scène une histoire d’amour entre deux hommes à l’époque de la guerre d’indépendance algérienne : un maquisard du FLN et un Pied-Noir. En soi, le thème est propre à faire avaler leur tapis de prière aux bigots et leur képi aux militaires. Mais c’est un chapitre en particulier qui motiverait l’accusation de blasphème : un enfant discute avec un clochard qui se fait appeler « Dieu » et explique au bambin qu’il a créé le ciel à partir d’un chewing-gum. Anouar Rahmani n’a trouvé aucun éditeur en Algérie pour le publier. Aussi a-t-il diffusé La Ville des ombres blanches sur la Toile, l’an passé. Selon l’écrivain, le roman a été lu par 12000 internautes en deux mois.

Avec Human Rights Watch, l’organisation d’écrivains PEN International s’est mobilisée pour convaincre les autorités algériennes de renoncer aux poursuites contre Rahmani et d’abandonner l’article 144bis 2 (Vous pouvez participez à cette action de protestation en cliquant ici).

Pour l’instant, Anouar Rahmani n’est pas arrêté. Mais son inculpation peut intervenir à tout moment. Or, il faut savoir qu’un journaliste et blogueur algérien est mort en prison le 11 décembre dernier. Mohamed Tamalt avait été condamné en juillet 2016 à deux ans de prison pour « offense au président de la République ». Pour protester contre sa condamnation, Tamalt a fait une grève de la faim pendant trois mois, avant de sombrer dans le coma, puis de mourir des suites « d’une infection pulmonaire », à en croire l’administration pénitentiaire.

Il n’est pas plus grands blasphémateurs que ceux qui ont inventé la notion de blasphème. En voulant protéger « l’honneur de Dieu », ils abaissent l’Eternel au niveau d’un être mortel. En suivant leur folle logique, il faudrait donc poursuivre les rédacteurs et les utilisateurs de l’article 144bis 2. Les poursuivre pour blasphème, bien entendu !

Jean-Noël Cuénod

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07/07/2016

La Foi, libre comme l’air

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Cet article vient de paraître à l’occasion du soixantième numéro de Hayom, magazine trimestriel de la Communauté juive libérale de Genève (voici la référence du site). Merci au Rabbin François Garaï et au « rédenchef » Dominique-Alain Pellizari. Une occasion d’évoquer deux forces qui, loin de se contredire, entrent en synergie : la Foi et la Liberté.

Le judaïsme libéral affirme que la loi, même si elle est d'inspiration divine, a été exprimée par la bouche d’êtres humains et que cette expression était déjà une interprétation. Il s'attache plus à la sainteté de l'esprit qu'à celle de la lettre.

L’essentiel figure dans ce bref extrait du texte de présentation figurant sur le site de la Communauté juive libérale d’Ile-de-France. Un chrétien libéral pourrait le soutenir. Espérons qu’un jour des musulmans libéraux en feront de même.

L’Eternel, Dieu, Allah, Adonaï, Grand Architecte de l’Univers, Brahma, … Tous les noms que l’humain donne à son Créateur ne sont que des étiquettes, nécessaires pour servir de repaires aux passants que nous sommes, mais bien fragiles sous l’ongle du temps. Qui donc serait en capacité d’enfermer l’Eternel dans un nom ? Il est. Un point, c’est tout. C’est vraiment tout.

Le protestant libéral que j’essaie d’être ­porte en lui cette parole de Rabbi Yeshoua : « Le shabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le shabbat ». Les expressions de la Foi en l’Eternel n’ont pas pour but d’enfermer le fidèle dans son moulin à prières mais de l’ouvrir à l’infinie puissance de l’Amour. L’Eternel a un goût. Goûter l’Eternel comme un vin, comme une brise matinale. Rompre ce pain fraternel pour en humer le chaud parfum. Vivre un instant fugitif comme s’il était un éternel présent, dans les deux sens du terme : temps et cadeau.

Exprimer sa Foi est un acte poétique qui tend à donner une parole à l’indicible. Y parviendra-t-on un jour ? Le plaisir est dans cette tension vers Quinousdépasse. Cette marche, cette démarche ne peuvent s’accomplir qu’en liberté et ne supportent pour discipline que celle que nous avons choisie. Croire en l’Eternel, ce n’est pas entrer dans un club pour y prendre sa carte de membre, ce n’est pas obéir à une contrainte sociale, c’est vivre au-dessus de ses pauvres moyens, c’est s’élever pour le simple bonheur de prendre un bon bol d’air venu de la source des souffles.

« Et alors, vil libertin, que faites-vous de la Loi confiée par l’Eternel à Moïse ? Que faites-vous du décalogue ? Que faites-vous des interdits qui séparent le sacré du profane ? » Ce que j’en fais ? Le meilleur usage possible à la hauteur de mes faibles capacités et dans le chaos de mes errements. Les prescriptions bibliques ne sont pas édictées pour soumettre les humains mais pour les libérer de l’emprise de la pire des lois, celle de la jungle. Comme l’explique le texte cité au début de ce papier, l’inspiration des lois bibliques est divine mais c’est la bouche des humains qui les exprime. C’est l’absolu qui enclenche le mouvement mais c’est le monde relatif et imparfait, celui de l’humanité, qui est responsable de sa continuité. Tout ce que rapporte la bouche humaine la plus sage et la plus sainte reste donc sujet à débats, ce qui ne signifie pas irrespect mais réflexion et mise en contexte, en perspective. Et en question. L’Eternel serait-il ce moyeu immobile hors de l’espace et du temps qui permet à notre monde de se mouvoir ? L’immobile qui donne le mouvement ? L’invisible comme trame du visible ? Il faut vivre ce questionnement plutôt que de l’enfermer dans une réponse figée une fois pour toutes.

L’Eternel a donné à l’humain l’éprouvante liberté de choisir entre le bien et le mal. Qu’il l’exerce en n’oubliant pas que notre monde n’est pas celui de la fixité absolue mais de la mobilité relative. Rendre relatif l’absolu, c’est trahir l’Eternel. Rendre absolu le relatif, c’est trahir l’humain.                                                                    

  Jean-Noël Cuénod

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11/09/2015

Le Grand Conseil valaisan rejette la proposition contre la Franc-Maçonnerie (2)

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 Par 55 voix contre 53 et 5 abstentions, le Grand Conseil valaisan a rejeté, ce vendredi en fin d’après-midi, la proposition de son bureau visant à exiger que les députés dirigeants une Loge dévoilent leur appartenance maçonnique. Décision prise de justesse certes. Mais décision surprenante dans la mesure où le parlement de ce canton s’acheminait vers une large adoption, seul le Parti libéral-radical ayant déclaré son opposition, la gauche ne semblant guère intéressée. Les remous médiatiques provoqués par cette proposition a sans doute dû faire réfléchir certains députés qui n’en avaient pas mesuré toutes les conséquences.

Pour l’UDC – qui a fait très pâle figure lors des débats ­– la défaite est cinglante. C’est elle qui est à l’initiative de ce projet liberticide, avec le soutien des démocrates-chrétiens. Mais le faible écart démontre l’importance de rester sur ses gardes. Les blochériens ne s’en tiendront pas là.

 D’où l’importance également de se débarrasser de toutes les crétineries que les antimaçons colportent sur les secrets maçonniques. Nous avions abordé précédemment le secret des rites, abordons aujourd’hui le deuxième, celui qui protège les délibérations en Loge.

On ne répand pas à l’extérieur, les propos échangés à l’intérieur. Ce deuxième secret est à la liberté d’expression, ce que le levain est au pain. Sans lui, les discussions au sein d’un Atelier (synonyme de Loge maçonnique) auraient la platitude des crêpes !

En effet, le franc-maçon qui prend la parole en suspectant que ses propos seront diffusés hors les murs, ne pourra s’empêcher de recourir à l’autocensure. Il n’osera pas énoncer ce qui pourrait être considéré comme une sottise ou une incongruité dans un contexte « profane ». De toute façon, il est dans ce domaine une certitude : toute parole rapportée par un tiers est déformée ; de relais en relais, ce qui était à l’origine un ver de terre dans une salade devient un serpent-minute dans un régime de banane. Le bouche-à-oreille déforme systématiquement le message initial. Le secret des délibérations a aussi pour but de désarmer la rumeur.

Le franc-maçon peut alors sortir du rôle social qui est le sien dans le monde « profane » pour dire ce qu’il pense, sans maquillage. Il accomplira ainsi quelques pas de plus vers son Etre véritable, sans les masques qui troublent sa vision.

 Dans un tel contexte, la transparence risque de prendre une tournure tyrannique en imposant le conformisme des pensées. On pourrait objecter à cela qu’un franc-maçon qui n’ose pas émettre publiquement une pensée fait montre de couardise ou de manque de confiance dans ses propos. Mais là n’est pas la question : l’Atelier est un laboratoire.  Le mot même « atelier » renvoie à la notion de travail avec tout cela suppose d’essais manqués, de tentatives avortées avant de produire l’objet final. En Loge aussi, on essaie, on tente, on émet une idée, on se rend compte de son imperfection, on la modifie. Le secret des délibérations couvre aussi le droit de se contredire. Le franc-maçon qui s’exprime sait que celles et ceux qui l’écoutent ne le railleront pas et le blâmeront encore moins.

Les rituels et les traditions maçonniques imposent - j’allais dire sécrètent - l’absolu respect de l’autre. Nous sommes hors du temps profane. Les combats quotidiens sont suspendus. La Loge est un des rares lieux où chaque humain sait que ce qu’il dit ne sera pas retourné contre lui, mais pour lui. Il en va autrement dans la vie « profane » où la parole attribuée à telle ou telle personne peut devenir une arme qui la vise.

 La pensée dite est un peu semblable à l’embryon qui croît à l’intérieur de la future mère. Elle doit se développer à l’abri de la clarté. Et c’est lorsque le temps est venu qu’elle peut voir le jour.

Tout ce qui se dit et préside à une décision de la Loge doit être tenu dans l’ombre propice de la fraternité. En revanche, le fruit de ces délibérations n’est pas soumis à l’obligation absolue du secret. Un Atelier ou une obédience (fédération de Loges) peut fort bien – si cela est jugé utile par ses membres – rendre publics ses travaux lorsqu’ils sont achevés.

La franc-maçonnerie doit donner au monde profane des signes de son existence afin de contribuer à la bonne marche de la société. Elle s’abrite des regards de cette dernière pour vivre pleinement et librement l’initiation mais elle n’en est pas isolée de façon permanente. En outre, la franc-maçonnerie doit également se faire connaître pour capter l’attention des profanes qui se sentent attirés par l’initiation qu’elle propose.

 La Loge est une peau qui recouvre ses membres. La peau protège les organes des agressions extérieures. Mais elle leur permet aussi de respirer.

 

Prochain texte : le secret d’appartenance

 

Jean-Noël Cuénod

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20/04/2014

Le Christ et sa libre parole

 

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Voilà le Christ quittant son tombeau, son linceul, ses bandelettes qui attachaient son corps d’humain. Il est revêtu de lumière nue, marche en plein midi et invite les femmes et les hommes qui le veulent à se dépouiller de tous les métaux qui sont autant d’entraves qui empêchent la marche. Serait-ce un acte simple comme bonjour ?

 

C’est aller trop vite en besogne, et faire bon marché de l’extraordinaire génie des humains qui les pousse à forger leurs propres chaînes avec tant d’ingéniosité et de raffinement. Chaîne de la cupidité qui entraîne les riches dans la spirale sans fin du «toujours plus». Chaîne de la soumission qui force les pauvres à accepter l’inacceptable sans révolte. Chaîne des stupéfiants, légaux ou illégaux peu importe, qui obnubile tous les autres dans l’illusion d’une consommation sans frein et sans autre but que sa satisfaction jamais satisfaite. Tant de chaînes qui font de nous des êtres assis. Tant de chaînes à jeter bas…

 

Dans sa marche de Pâques, le Christ nous désigne le chemin pour devenir libre. Mais il ne saurait être libre à notre place. Cette liberté, c’est à nous de la conquérir, jour après jour. Lorsque nous refusons d’être soumis aux puissances économiques, aux pouvoirs politiques, aux institutions ecclésiastiques, c’est le Christ qui parle en nous. En faisant nôtre sa libre parole, nous sommes hors d’atteinte de toute oppression.

 

 

Jean-Noël Cuénod

Photo: la foudre du Christ de Corcovado, au-dessus de Rio

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