07/07/2016

La Foi, libre comme l’air

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Cet article vient de paraître à l’occasion du soixantième numéro de Hayom, magazine trimestriel de la Communauté juive libérale de Genève (voici la référence du site). Merci au Rabbin François Garaï et au « rédenchef » Dominique-Alain Pellizari. Une occasion d’évoquer deux forces qui, loin de se contredire, entrent en synergie : la Foi et la Liberté.

Le judaïsme libéral affirme que la loi, même si elle est d'inspiration divine, a été exprimée par la bouche d’êtres humains et que cette expression était déjà une interprétation. Il s'attache plus à la sainteté de l'esprit qu'à celle de la lettre.

L’essentiel figure dans ce bref extrait du texte de présentation figurant sur le site de la Communauté juive libérale d’Ile-de-France. Un chrétien libéral pourrait le soutenir. Espérons qu’un jour des musulmans libéraux en feront de même.

L’Eternel, Dieu, Allah, Adonaï, Grand Architecte de l’Univers, Brahma, … Tous les noms que l’humain donne à son Créateur ne sont que des étiquettes, nécessaires pour servir de repaires aux passants que nous sommes, mais bien fragiles sous l’ongle du temps. Qui donc serait en capacité d’enfermer l’Eternel dans un nom ? Il est. Un point, c’est tout. C’est vraiment tout.

Le protestant libéral que j’essaie d’être ­porte en lui cette parole de Rabbi Yeshoua : « Le shabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le shabbat ». Les expressions de la Foi en l’Eternel n’ont pas pour but d’enfermer le fidèle dans son moulin à prières mais de l’ouvrir à l’infinie puissance de l’Amour. L’Eternel a un goût. Goûter l’Eternel comme un vin, comme une brise matinale. Rompre ce pain fraternel pour en humer le chaud parfum. Vivre un instant fugitif comme s’il était un éternel présent, dans les deux sens du terme : temps et cadeau.

Exprimer sa Foi est un acte poétique qui tend à donner une parole à l’indicible. Y parviendra-t-on un jour ? Le plaisir est dans cette tension vers Quinousdépasse. Cette marche, cette démarche ne peuvent s’accomplir qu’en liberté et ne supportent pour discipline que celle que nous avons choisie. Croire en l’Eternel, ce n’est pas entrer dans un club pour y prendre sa carte de membre, ce n’est pas obéir à une contrainte sociale, c’est vivre au-dessus de ses pauvres moyens, c’est s’élever pour le simple bonheur de prendre un bon bol d’air venu de la source des souffles.

« Et alors, vil libertin, que faites-vous de la Loi confiée par l’Eternel à Moïse ? Que faites-vous du décalogue ? Que faites-vous des interdits qui séparent le sacré du profane ? » Ce que j’en fais ? Le meilleur usage possible à la hauteur de mes faibles capacités et dans le chaos de mes errements. Les prescriptions bibliques ne sont pas édictées pour soumettre les humains mais pour les libérer de l’emprise de la pire des lois, celle de la jungle. Comme l’explique le texte cité au début de ce papier, l’inspiration des lois bibliques est divine mais c’est la bouche des humains qui les exprime. C’est l’absolu qui enclenche le mouvement mais c’est le monde relatif et imparfait, celui de l’humanité, qui est responsable de sa continuité. Tout ce que rapporte la bouche humaine la plus sage et la plus sainte reste donc sujet à débats, ce qui ne signifie pas irrespect mais réflexion et mise en contexte, en perspective. Et en question. L’Eternel serait-il ce moyeu immobile hors de l’espace et du temps qui permet à notre monde de se mouvoir ? L’immobile qui donne le mouvement ? L’invisible comme trame du visible ? Il faut vivre ce questionnement plutôt que de l’enfermer dans une réponse figée une fois pour toutes.

L’Eternel a donné à l’humain l’éprouvante liberté de choisir entre le bien et le mal. Qu’il l’exerce en n’oubliant pas que notre monde n’est pas celui de la fixité absolue mais de la mobilité relative. Rendre relatif l’absolu, c’est trahir l’Eternel. Rendre absolu le relatif, c’est trahir l’humain.                                                                    

  Jean-Noël Cuénod

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11/09/2015

Le Grand Conseil valaisan rejette la proposition contre la Franc-Maçonnerie (2)

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 Par 55 voix contre 53 et 5 abstentions, le Grand Conseil valaisan a rejeté, ce vendredi en fin d’après-midi, la proposition de son bureau visant à exiger que les députés dirigeants une Loge dévoilent leur appartenance maçonnique. Décision prise de justesse certes. Mais décision surprenante dans la mesure où le parlement de ce canton s’acheminait vers une large adoption, seul le Parti libéral-radical ayant déclaré son opposition, la gauche ne semblant guère intéressée. Les remous médiatiques provoqués par cette proposition a sans doute dû faire réfléchir certains députés qui n’en avaient pas mesuré toutes les conséquences.

Pour l’UDC – qui a fait très pâle figure lors des débats ­– la défaite est cinglante. C’est elle qui est à l’initiative de ce projet liberticide, avec le soutien des démocrates-chrétiens. Mais le faible écart démontre l’importance de rester sur ses gardes. Les blochériens ne s’en tiendront pas là.

 D’où l’importance également de se débarrasser de toutes les crétineries que les antimaçons colportent sur les secrets maçonniques. Nous avions abordé précédemment le secret des rites, abordons aujourd’hui le deuxième, celui qui protège les délibérations en Loge.

On ne répand pas à l’extérieur, les propos échangés à l’intérieur. Ce deuxième secret est à la liberté d’expression, ce que le levain est au pain. Sans lui, les discussions au sein d’un Atelier (synonyme de Loge maçonnique) auraient la platitude des crêpes !

En effet, le franc-maçon qui prend la parole en suspectant que ses propos seront diffusés hors les murs, ne pourra s’empêcher de recourir à l’autocensure. Il n’osera pas énoncer ce qui pourrait être considéré comme une sottise ou une incongruité dans un contexte « profane ». De toute façon, il est dans ce domaine une certitude : toute parole rapportée par un tiers est déformée ; de relais en relais, ce qui était à l’origine un ver de terre dans une salade devient un serpent-minute dans un régime de banane. Le bouche-à-oreille déforme systématiquement le message initial. Le secret des délibérations a aussi pour but de désarmer la rumeur.

Le franc-maçon peut alors sortir du rôle social qui est le sien dans le monde « profane » pour dire ce qu’il pense, sans maquillage. Il accomplira ainsi quelques pas de plus vers son Etre véritable, sans les masques qui troublent sa vision.

 Dans un tel contexte, la transparence risque de prendre une tournure tyrannique en imposant le conformisme des pensées. On pourrait objecter à cela qu’un franc-maçon qui n’ose pas émettre publiquement une pensée fait montre de couardise ou de manque de confiance dans ses propos. Mais là n’est pas la question : l’Atelier est un laboratoire.  Le mot même « atelier » renvoie à la notion de travail avec tout cela suppose d’essais manqués, de tentatives avortées avant de produire l’objet final. En Loge aussi, on essaie, on tente, on émet une idée, on se rend compte de son imperfection, on la modifie. Le secret des délibérations couvre aussi le droit de se contredire. Le franc-maçon qui s’exprime sait que celles et ceux qui l’écoutent ne le railleront pas et le blâmeront encore moins.

Les rituels et les traditions maçonniques imposent - j’allais dire sécrètent - l’absolu respect de l’autre. Nous sommes hors du temps profane. Les combats quotidiens sont suspendus. La Loge est un des rares lieux où chaque humain sait que ce qu’il dit ne sera pas retourné contre lui, mais pour lui. Il en va autrement dans la vie « profane » où la parole attribuée à telle ou telle personne peut devenir une arme qui la vise.

 La pensée dite est un peu semblable à l’embryon qui croît à l’intérieur de la future mère. Elle doit se développer à l’abri de la clarté. Et c’est lorsque le temps est venu qu’elle peut voir le jour.

Tout ce qui se dit et préside à une décision de la Loge doit être tenu dans l’ombre propice de la fraternité. En revanche, le fruit de ces délibérations n’est pas soumis à l’obligation absolue du secret. Un Atelier ou une obédience (fédération de Loges) peut fort bien – si cela est jugé utile par ses membres – rendre publics ses travaux lorsqu’ils sont achevés.

La franc-maçonnerie doit donner au monde profane des signes de son existence afin de contribuer à la bonne marche de la société. Elle s’abrite des regards de cette dernière pour vivre pleinement et librement l’initiation mais elle n’en est pas isolée de façon permanente. En outre, la franc-maçonnerie doit également se faire connaître pour capter l’attention des profanes qui se sentent attirés par l’initiation qu’elle propose.

 La Loge est une peau qui recouvre ses membres. La peau protège les organes des agressions extérieures. Mais elle leur permet aussi de respirer.

 

Prochain texte : le secret d’appartenance

 

Jean-Noël Cuénod

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20/04/2014

Le Christ et sa libre parole

 

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Voilà le Christ quittant son tombeau, son linceul, ses bandelettes qui attachaient son corps d’humain. Il est revêtu de lumière nue, marche en plein midi et invite les femmes et les hommes qui le veulent à se dépouiller de tous les métaux qui sont autant d’entraves qui empêchent la marche. Serait-ce un acte simple comme bonjour ?

 

C’est aller trop vite en besogne, et faire bon marché de l’extraordinaire génie des humains qui les pousse à forger leurs propres chaînes avec tant d’ingéniosité et de raffinement. Chaîne de la cupidité qui entraîne les riches dans la spirale sans fin du «toujours plus». Chaîne de la soumission qui force les pauvres à accepter l’inacceptable sans révolte. Chaîne des stupéfiants, légaux ou illégaux peu importe, qui obnubile tous les autres dans l’illusion d’une consommation sans frein et sans autre but que sa satisfaction jamais satisfaite. Tant de chaînes qui font de nous des êtres assis. Tant de chaînes à jeter bas…

 

Dans sa marche de Pâques, le Christ nous désigne le chemin pour devenir libre. Mais il ne saurait être libre à notre place. Cette liberté, c’est à nous de la conquérir, jour après jour. Lorsque nous refusons d’être soumis aux puissances économiques, aux pouvoirs politiques, aux institutions ecclésiastiques, c’est le Christ qui parle en nous. En faisant nôtre sa libre parole, nous sommes hors d’atteinte de toute oppression.

 

 

Jean-Noël Cuénod

Photo: la foudre du Christ de Corcovado, au-dessus de Rio

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